‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 16 sur 67 · H É VOL IRIONS · texte numérisé non relu

H É VOL IRIONS

tion très-bornée , et la pratique en tire bien' peu •le sûres indications.

Cælius Auréhanus, dont le livre contient d’ailleurs des choses utiles, nous fait connaître assez en détail les principes de la niédeciue méthodique. Il les avait adoptés, et il s’en servait avec sagesse: mais il n’a pu' leur donner lé caractère de vérité pratique et de généralité, qui leur manquait essentiellement.

Prosper Alpin, dans le seizième siècle, et Baglivi, dans le dix-huitième, ont tenté de rajeunir oétle doctrine. Ils l’ont tenté l’un et l’autre avec génie, mais sans succès. D’autres ont osé le faire sans génie : leur petite vogue éphémère a presque toujours fini de leur vivant; et leurs noms ne seront pas même cités pour ces essais infructueux.

Après plusieurs Ages , perdus pour ses progrès ; après beaucoup d’agitations et d’erreurs, la médecine avait besoin de chercher des routes plus sures. Tl était temps pour elle de revenir aux dogmes de la nature, ou d’Hippocrate son ïidèlq interprète. Galien parut. Génie assez vaste pour ^embrasser toutes les sciences, pour les cultiver toutes avec un égal succès: dès l’enfance, il donnait déjà des preuves d’une capacité rare; et, dans les écoles, il commençait à sentir Je vide des systèmes dominants. Peu satisfait de^ce que ses maîtres enseignaient comme des vérités incontestables, comme les principes éternels de l’art, il lut Hippocrate : il fut éclairé, pour ainsi

<life, .d’une lumière toute nouvelle., En le comparant à la nature, son étonnement et son admiration redoublèrent. Hippocrate et la nature furent dès lors les seuls maîtres dont il voulut recevoir les leçons, il se mit à commenter les écrits du père de la médecine ; il présenta ses vues sous différents aspects, qu’on n’y avait pas encore aperçus : il répéta ses observations; il les enrichit,' et les appuya de tout ce que pouvaient leur prêter la philosophie et les sciences physiques, soit par le simple rapprochement des faits, soit par la comparaison des diverses théories, soit enfin par la combinaison des différentes méthodes de raisonnement. En un mot, Galien ressuscita la médecine hippocratique, et lui donna un éclat qu’elle n’avait point eu dans sa simplicité primitive. Mais, il faut l’avouer, ce qu’elle acquit entre ses mains, fut peut-être plutôt une parure qu’une richesse véritable. Les observations recueillies et les règles tracées par Hippocrate, en prenant un caractère plus brillant et plus systématique, perdirent beaucoup de leur pureté : sous cet appareil étranger de sciences ou. de dogmes divers, la nature, que le médecin de Cos avait toujours saisie avec tant d’exactitude et de réserve, se trouva comme étouffée et perdue : et l’art, surchargé de règles ou superflues ou trop subtiles, ne fit que s’embarrasser dans beaucoup de difficultés nouvelles qui ne tiennent pas à sa nature. % . ’» • ■ '

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Bordeu compare Boërhaave à Asclépiade; et eu effet, if a pu trouver quelques rapports entre ces deux Célèbres médecins. Mais c’est plutôt à Galien qu’il fallait comparer le professeur de Leyde. L’un et l’autre ont réuni tontes les connaissance^ de leur siècle; l’un et l’autre ont voulu lés transporter dans la médecine. En la réformant sur des plans généraux et vastes, ils se sont efforcés d'y fondre des doctrines qui lui sont absolument étrangères, ou qui du moins n'ont avec elle que des rapports isolés , et relatifs à quelques simples accessoires. L’un et l’aytre ont voulu qqp leur médecine s’enrichît de tout ce qu’ils savaient d’ailleurs. De là vient qu’en simplifiant avec méthode, quoique avec un degré de méthode trèsinégal, .les vues générales qui doivent guider son enseignement, ils ont cependant laissé une grande tâche à leurs successeurs : celle de séparer avec justesse plusieurs choses belles et excellentes de ces dogmes hypothétiques qui les déparent, et que l’ordre même avec lequel ils y sont enchaînés, rend encore plus dangereux pour les jeunes lecteurs, facilement séduits par de si vastes tableaux.

Galien fut le médecin de Marc-Aurèle. C’est avec un intérêt touchant qu’on lit dans ses ou-v vrages l’histoire de quelques maladies de cet empereur philosophe, dont la vie étalés écrits offrent le plus digne modèle aux hommes qui tiennent dans leurs mains le sort des nations, et dont

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le nom sera dans tous les siècles la censure île ceux qui ne l’auront pas imité. " . 1.

Epoque des - Arabes.

Depuis Galien jusqu'au temps des Arabes, la médecine roule dans le cercle des opinions qu’on a vues se succéder parmi les Grecs. Le tableau qu’elle présente pendant la durée du Bas-Empire, mérite peu d’attention. Nous trouverions peutêtre durant cet intervalle quelques observations à recueillir sur les hôpitaux qui furent établis alors à Constantinople, et dans plusieurs autres villes de la Grèce d’Europe et d’Asie: mai§ cet objet n’a que des rapports éloignés avec celui qui nous occupe dans ce moment.

La bibliothèque d’Alexandrie, formée par les soins d’une longue suite de pripces amis t|eS lettres, fut brûlée du temps de la guerre de César et de Pompée. Une violente sédition s’étant déclarée au sein de la ville, César fit mettre le feu aux vaisseaux qui se trouvaient dans le port : l’incendie se communiqua tout à coup aux bar timents de la bibliothèque; et quatre cent mille volumes devinrent la proie des flammes.

Cependant cette perte fut réparée peu de temps après, du moins autant qu’elle pouvait l’être. Antoine fit don à Cléopâtre de la bibliothèque de.

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l’ergame, oui contenait lieux cent mille volumes. Ce fonds s’accrut par degrés: les livres attiraient

les savants, et les savants attiraient d’autres

livres. Alexandrie redevint le centre des Sciences et des arts.

La médecine surtout y fut. enseignée avec beaucoup d’éclat. De toutes parts, les élèves y

* venaient entendre les maîtres les plus célèbres dé 1’univers et cette école, fondée dans les plus beaux siècles. de la Grèce, jonissait ençore d’une gloire non interrompue, lors de la conquête de l’Égypte par les Sarrasins.

Amrou, qui commandait- l’expédition, voulut sauver la bibliothèque. On connaît la répoftse «l’Omar. Tant de richesses précieuses" pour le genn* humain périrent par l’ign#raute fureur «les Musulmans. . ' • • V’

Cependant la proscription fut moins générale

• • pour les livres.de médecine, d’histoire naturelle

et de physique. Quelques-uns échappèrent à là destruction, soit à cause de l’intérêt qu’inspire aux hommes les plus stupides la science qui promet le soulagement des maux et la santé; soit, comme le pensent quelques écrivains, à cause de l’idée généralement répandue dans l’Orient, qu’on y trouverait, l'art de faire de l’or(r).

(1) Jean le grammairien résidait "alors à Alexandrie : il. fit de grands efforts, qui ne furent pas tous infructueux , poçr sauver -quelques manuscrits. Théôddcus' et Thcodt,ilus, cétè-

Les premières versions qui parurent de ces livres, étaient en langue syriaque : les traductions arabes sont d’une époque postérieure. Les ouvrages d’Aristote et de Galien furent ceux pour lesquels les Arabes montrèrent le plus d’enthousiasme. Ils les traduisirent avec beaucoup de soin; ils les commentèrent de cent manières et sous cent points de vue différents. Leur esprit » subtil s’accommodait infiniment de la métaphysique péripatéticienne, et de cette foule d’abstractions bizarrement énoncées, pour lesquelles un petit nombre de vues ingénieuses et même justes ne sauraient obtenir grâce. Leurs savants, aussi pillards que leurs guerriers , s’approprièrent les idées des ouvrages moins connus, quelquefois même les ouvrages tout entiers, dont ils ne faisaient que retrancher le nom de l’auteur. Les plus célèbres de leurs écrivains ne sont point exempts de ce reproche.

On doit aux Arabes quelques améliorations importantes dans l’art de préparer les remèdes.

Ils ont introduit dans la pratique les purgatifs doux , appelés minoratifs. C’est Rhazès , médecin

bres médecins , étaient aussi vraisemblablement dans la ville , lorsqu’elle tomba entre les mains d’Amron; c’est du moins ce qu’on doit naturellement conclure du récit d’Aby-Osbaya, l’historien de leur vie. Or,' on ne peut mettre en doute qu’ils n’aient désiré vivement de sauver les plus précieuses richesses de l’art.

de cette nation, qui, le premier, a décrit la petite vérole. Sans doute les modernes sont allé& plus loin que lui dans l’étude des caractères divers qu’elle affecte, et des phénomènes qu’elle présente, suivant l’âge, le tempérament, l’état du corps et la constitution épidémique durant laquelle la maladie , se développe : mais elle est peinte avec beaucoup d’exactitude dans ses écrits ; et jusqu’au moment où l’inoculation, simplifiée par la belle découverte de Jenner, l’aura totalement rayée du catalogue des maladies, Rhazèz et quelques autres Arabes qui ont traité cette matière , seront encore lus avec beaucoupde fruit.

Les ouvrages d’Hippocrate furent traduits en arabe en même temps que ceux d’Aristote et de Galien. Mais sa simplicité, sa précision, ses dogmes renfermés dans l’expérience, cette philosophie pleine de retenue, et cette méthode sévère qui marche toujours pas à pas sur les traces de la nature, n’excitèrent pas, à beaucoup près , le même enthousiasme que l’appareil scientifique et le luxe imposant des deux autres. Aussi la médecine des Arabes s’en est-elle toujours ressentie. On n’y retrouve point ce génie et ce tact médical qui sont à la science ce qu’est le goût aux arts d’agrément.

A pe considérer que l’absurdité de l'entreprise ,' et l’ignorante férocité qui l’inspira , les croisades ne furent qu’une maladie superstitieuse et cruelle d’un temps de barbarie. On ne peut cepen-

DE LA MEDECINE. qq

dant méconnaître qu’elles devinrent de puissants moyens de distraire et d’affaiblir la tyrannie féodale; et surtout qu’elles multiplièrent les communications entre l’Europe ignorante et les Sarrasins' plus éclairés. Il paraît aussi qu’on leur doit la première idée du système municipal. C’est à Jérusalem (i) qu’une bourgeoisie sortit tout à coup du sein des armées chrétiennes, et que la politique des chefs supérieurs, en l’associant à diverses magistratures, vint à bout de contenir par son secours ces bordes de nobles turbulents jusqu’alors sans frein.

D’ailleurs, les moins stupides de ces nobles qui revenaient en Europe , y rapportèrent des idées toutes nouvelles. L’aspect florissant, le luxe et les commodités que présentaient les villes et les palais habités et embellis par les chefs des Ara^ bes, leur avaient inspiré de nouveaux désirs : et, soit par cette circonstance, soit par leurs rapports avec les négociants génois et vénitiens, les croisés commencèrent à sentir d’abord le prix des arts, bientôt celui des sciences qui les éclairent, ou des lettres qui les animent, et qui sont leurs guides ou leur cortège, pour ainsi dire, néces* saire. Ils en répandirent les premiers germes dans l’Occident.

Les débris malheureux de l’école d’Alexandrie, échappés à la fureur ou à la rapacité des

(i) Voyez Gibbon sur cette époque.

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Sarrasins, avaient été recueillis par les empereurs (l’Orient. Tandis que les Arabes cherchaient à faire fleurir les sciences en Asie et en Espagne, la Grèce conservait quelques faibles souvenirs de sa gloire passée. Les lieux témoins de tant de grandes scènes, de tant d’efforts du génie et de l’activité de ses anciens habitants, parlaient encore à tous les yeux. Les chefs-d’œuvre de la plus belle langue que les hommes aient parlée, étaient dans toutes les mains : les nomuments que l’avarice de Rome n’avait pu dérober au sol, et ceux que le luxe des empereurs de Constantinople avait élevés à grands hais , environnaient ces imaginations sensibles de tableaux et d’impressions favorables au développement de toutes les facultés de l’esprit : et, sans les disputes théologiques que la sottise des princes avait attisées, le génie eût pu jeter encore quelques lueurs faibles, il est vrai, mais les seules qui puissent éclairer un peuple après la perte de sa liberté.

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