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La médecine passe de Grèce en Europe avec les savants et les livres.
Lors de la prise de Constantinople par les Turcs, les gens de lettres, accompagnés et suivis de leurs livres, cherchèrent un asyle en Occi: dent. L’Italie était à leur porte; et d’anciennes
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DK LA MïDKCIIfK.
relations politiques, religieuses ou commerciales unissaient d’ailleurs encore les deux pays. Ce fut donc en Italie que ces malheureux fugitifs se retirèrent, apportant avec eux ces trésors dont l’Europe entière devait s’enrichir, ces précieuses collections d’ouvrages grecs que l’on n’y connaissait point encore , ou qu’on n’y connaissait que d’une manière très-imparfaite, et qui bientôt secondèrent si puissamment le mouvement régénérateur dont l’Italie avait déjà ressenti la première impulsion.
Les livres des Arabes remplissaient de leur gloire les pays soumis au califat. Déjà les peuples voisins commençaient à tourner vers ces pays heureux des régards d’envie. Le commerce s’ouvrait quelques faibles communications : il faisait sentir de nouveaux besoins; il développait de nouveaux goûts. Bientôt les jeunes gens accoururent de tous côtés en Espagne , pour puiser à la source même de cette clarté naissante. Les écoles arabes devinrent à la mode, comme les écoles grecques l’avaient été jadis. L’arabe fut bientôt la langue savante. C’est dans cette langue que l’Europe connut d’abord les ouvrages d’Hippocrate, de Galien , d’Aristote , d’Euclide et de Ptolémée. , Mais la médecine, au milieu de-sce mouvement des esprits, n’avait fait aucun progrès réel.
Cependant les Grecs, réfugiés en Italie, répandaienl^les copies des livres qu’ils avaient apportés avec eux : ils enseignaient et dévelop-
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paient dans des leçons publiques les doctrines qui s’y trouvaient consignées. C’étaient leurs richesses ; ils tâchaient d’en répandre le goût, et de leur donner tout leur prix. Théodore Gaza , Argyropile , Lascaris , Bessarion , en préparaient des éditions correctes; Aide les imprimait. Les ouvrages de Dioscoride parurent les premiers; après eux, ceux de Galien, de Paul d’Ægine; enfin ceux d’Hippocrate. Cette subite publication diminua beaucoup le crédit des Arabes, dont les nombreux plagiats frappaient tous les yeux , et dont l’infériorité , sous tous les rapports , commençait à se faire sentir. Mais l’engouement était trop grand et trop général. Aristote et Galien , dont la réputation restait la même , conservèrent à la littérature arabe une partie de cet empire qu’elle avait usurpé à l’ombre de leurs noms.
Vainement l’école de Salerne , fondée vers le milieu du septième siècle , avait-elle mérité à cette ville le nom de Civ i tas Hippoctutica ; vainement Hippocrate lui-même venait-il d’être mis dans les mains des savants de l’Europe , sous sa forme primitive, et non plus sous le déguisement des traductions et des commentaires arabes : le temps de sa gloire chez les modernes n’était pas encore venu ; et la renaissance de la vraie médecine exigeait peut-être que le cercle des erreurs eût été parcouru tout entier.
§ VIII
Médecins juifs.
Ce sont les Juifs qui ont fait connaître à l’Europe les avantages que les différentes nations peuvent retirer des relations commerciales , et les richesses que peuvent recueillir, en exerçant ce genre d’industrie, les agents de leurs échanges mutuels. Par cette intime fraternité qui les unissait dans toutes les parties du monde, ils en devinrent naturellement les entremetteurs, les courtiers et les voituriers. Le peu de sûreté des mers et des grandes roules leur avait fait imaginer des moyens plus faciles et plus commodes pour le déplacement des valeurs monétaires. Us étaient nos facteurs et nos banquiers avant que nous sussions lire : ils furent aussi nos premiers médecins. Les langues orientales leur étaient familières : et dans un temps où. Galien, Hippocrate et les autres pères de la médecine n’étaient connus en Occident que par les traductions arabes et syriaques, les Juifs étaient presque les seuls qui sussent traiter les maladies avec quelque méthode^, en profitant des travaux de l’antiquité.
Leurs opinions théoriques et leurs systèmes généraux sont exposés assez au long dans ltiolan : mais ils ne méritent plus la peine d’être rappelés. Leur pratique fut plus heureuse, roules
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les sectes qui s’étaient formées au milieu deux, pendant qu’ils existaient en corps de peuple, avaient joint l’étude de la médecine à celle de leurs dogmes religieux. Nous avons déjà vu que les esséniens et les thérapeutes étaient renommés pour leur habileté dans le traitement des maladies, et que le nom des derniers signifie Guérisseurs. Ils prétendaient même faire des miracles : et la classe ignorante de ce peuple ( peut-être alors le plus stupide et le plus fanatique de tous) s’enflamma souvent pour ces prétendues merveilles, de manière à faire trembler les pharisiens propriétaires en titre du culte de l’état.
O11 croit que l’université de Sora, fondée en Asie par leurs rabbins date de l’an aoo de l’ère chrétienne. Les Juifs passèrent en Espagne avec les Maures , qui , rapprochés d’eux par beaucoup d’opinions ou d’usages communs , et surtout par les services importants qu’ils en tiraient pour l’approvisionnement de leurs armées, les laissèrent former en liberté leurs établissements de commerce et de sciences.
Les Juifs eurent des écoles à Tolède, à Cordoue, à Grenade : la médecine s’y enseignait avec un soin tout particulier.
Huarte, dans son Traité de la connaissance des Esprits, établit avec assurance que les Juifs sont les hommes les plus propres à la médecine. Cette nation, mêlée avec tous les peuples de la terre , a conservé toujours et partout son carac-
tèrq primitif. L’influence d une législation qui les sépare du reste t^es humains, a gravé dans toutes leurs habitudes, et même a laissé sur les traits de leur visage de profondes empreintes qui ne peuvent plus s’effacer : et la persécution cruelle et constante , dont ils étaient surtout alors les malheureuses victimes dans toutes les parties du monde connu , rendait cette séparation plus complète et plus irrévocable. Huarte prétend que leur tempérament et leur caractère sont précisément ceux qui conviennent le mieux au médecin. Les subtilités dont il étaie sou opinion peuvent ne pas convaincre : mais il est sûr que , de son temps encore , les médecins les plus recherchés, et vraisemblablement aussi les plus habiles, étaient des Juifs.
On sait que Charlemagne avait donné sa confiance à Farragut et à Bengestâ, et Charles -le- Chauve à Zédékias. François 1er voulut avoir un médecin de la même nation : il écrivit à Charles- Quint pour lui en demauder un de sa cour; et celui que ce prince lui envoya , s étant trouvé suspect de christianisme, il le. fit repartir sur-lechamp, sans vouloir lui parler de sa maladie.
Quand les prêtres se furent emparés de la médecine dans plusieurs états de l’Europe occidentale , comme ils l’avaient fait autrefois en Grèce et en Égypte, ils intriguèrent auprès des papes et des conciles, pour susciter toutes sortes de persécutions aux médecins juifs, qu’ils regardaient avec
raison comme des rivaux dangereux. Ils obtinrent des excommunications en ‘forme contre les personnes qui se faisaient traiter par des Juifs; et ils forcèrent les princes faibles à poursuivre , de toutes les rigueurs des lois, ceux d’entre ces derniers qui osaient avoir des lumières et servir l’humanité. Mais ces excommunications et ces défenses n’avaient d’effet que pour le peuple, qui restait livré à l’ignorance des moines , des chanoines, des bacheliers et des clercs, et pour les Juifs obscurs et non protégés par les rois ou par des hommes puissants.
Ce fut surtout en France , que les prêtres employèrent avec succès tout leur crédit, pour rester maîtres absolus de la médeciné. Ils firent défendre à ceux qui la pratiquaient de se marier. Ne trouvant dès lors aucun avantage à rester libres, tous les médecins s’engageaient dans l’état ecclésiastique, qui leur offrait l’espoir de riches bénéfices, de canonicats, d’abbayes et même d’évèchés. Fulbert, évêque de Chartres, et le maître des Sentences, évêque de Paris; des moines, tels que Rigord, auteur de la vie de Philippe-Auguste, et Obizo, de la maison de Saint- Victor , et médecin de Louis -le -Gros; enfin, des chanoines comme Robert de Douay, attaché à Marguerite de Provence, et de simples ecclésiastiques non titrés, comme Robert de Provins, attaché a saint Louis, joignirent la médecine au sacerdoce, et s’acquirent, par ce double moyen, beaucoup de
richesses et de considération. Le concile de Latran, tenu en 1 1 a3 , censure vivement ces espèces d’êtres amphibies (i), qui par leur avidité, leurs fourberies et leurs moeurs scandaleuses, déshonoraient «à la fois les deux professions. Mais les prêtres et les moines français bravèrent ses foudres et ses défenses. Ce fut seulement trois cents ans après, que le bon sens, la décence et l’utilité publique triomphèrent de leurs manœuvres. Une bulle expresse, obtenue par le cardinal d’Estouteville, en permettant le mariage des médecins, les sépara véritablement du clergé, et fit cesser, par cela seul, une foule d’abus révoltants.
Dès ce moment, les médecins juifs furent moins persécutés, ils se répandirent librement en France, dans les. Pays-Bas , en Hollande, en Allemagne, en Pologne; et partout ils obtinrent sur les autres médecins une prépondérance trop constante, pour qu’elle ne leur fasse pas supposer de véritables talents.
Il nous reste à peine aujourd’hui quelque souvenir de tous ces graitds succès de pratique : les observations et les vues de tant d’hommes, si célèbres parmi leurs contemporains, sont ensevelis dans leurs tombes : ils guérirent des malades; mais leurs travaux, inconnus à la postérité, ont été perdus pour les progrès de l’art.
(1) Ils exerçaient aussi la profession d'avocat , et s’y déshonoraient également par leurs exactions.
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Médecins Chimistes de la première époque.
La chimie, aussi-bien que la médecine, fut portée dans l’Occident par les Arabes. L’art des distillations leur était connu dès long-temps : ils avaient fait subir à divers médicaments simples plusieurs altérations utiles ; et des remèdes nouveaux étaient sortis de leurs laboratoires. Leurs vues chimiques, encore informes, passèrent en Europe avec leurs traductions des livres grecs. Les opérations qui décomposent les corps , et les ramènent à leurs éléments constitutifs; qui, de ces éléments épars, recomposent les mêmes corps, ou, par des associations nouvelles, produisent d’autres substances, douées de propriétés dont la.nature ne nous offre point les analogues: ces opérations, étonnantes par elles-mêmes, frappèrent d’une admiration stupide des esprits plongés dans la plus grossière ignorance , et dont presque toutes les idées étaient autant d’erreurs. Les premiers chimistes passèrent pour des sorciers : ils eurent besoin de beaucoup de réserve et d’adresse pour éviter d’être mis en lambeaux par le peuple. Mais enfin la curiosité, l’avidité de l’or qu’on se promettait de fabriquer , l’amour de la vie qu’on se flattait de perpétuer par les produits de cet art nouveau, l’emportèrent sur la terreur
des enfers dont on l’avait cru sorti. Des espérances mensongères, enveloppées dans le langage ténébreux des superstitions du temps, s’offraient aux imaginations actives. Tant d’autres mensonges ridicules ne suffisaient pas encore pour consommer et rassasier la crédulité. À des époques où les lumières sont bien plus généralement répandues, ne la voit-on pas courir sans cesse après des objets nouvéaux? Et le détrompement ne semble-t-il pas être pour l’homme un état pénible, dont il veut se dédommager en cherchant d’autres illusions?
11 ne s’agissait donc de rien moins que de faire de l’or , de guérir toutes les maladies par un seul remède, de rendre les hommes immortels. C’est en poursuivant ces chimères, que les chimistes d’Europe ont fait leurs premières découvertes, et que plusieurs hommes d’un génie d’ailleurs rare les ont accrues et perfectionnées. Tels sont les premiers pas de cette science, qui maintenant, après avoir passé par les mains de quelques vrais philosophes, est parvenue à ce degré d’exactitude dans les procédés , qui doit la conduire désormais par des routes sûres : science sublime par le but de ses recherches et par la généralité de ses. méthodes , et qui est tout à la fois la clef générale de toutes les sciences naturelles, la vraie lumière des arts industriels, et le plus redoutable fléau do toutes les superstitions ,
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dans le sein desquelles elle a pris naissance parmi nous. ' ; . ...
Une chose assez remarquable , c’est que ceux des alchimistes qui étaient le plus infatués de leurs prétentions folles, ont eu pourtant des idées saines , ou plutôt des vues heureuses en médecine. Dans le temps que les écoles s’enfonçaient de plus en plus dans les préjugés scientifiques du galénisme et du péripatécisme médical, les alchimistes, par l’impulsion d’un génie hardi, peut-être aussi par le besoin que ces esprits, avides de conceptions extraordinaires , avaient de suivre des sentiers non battus , commençaient à pressentir les véritables principes de l’économie vivante. Us avaient déjà reconnu qu’il est nécessaire de séparer son étude de celle de la matière morte , et que tout ce qui sent et vit est soumis à d’autres lois que celles qui régissent les corps inanimés. Arnaud de Villeneuve , Raymond Lulle, Isaac le Hollandais , Paracelse , étaient sur la route de la médecine hippocratique. Paracelse* que le praticien solitaire des Pyrénées, cité par Bordeu, appelait le plus fou des médecins et le plus médeciu des fous , fut sans doute le prototype des charlatans; un vrai modèle d’orgueil , de démence et d’audace. Du fond des cabarets de Bâle, il se jouait de la crédulité des princes , et même de celle de quelques hommes, d’ailleurs fort éclairés pour le temps. Sorti de ces asyles honteux, il
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UK LA MÉDECINE.
accumulait , en présence d’une foule de disciples infatués, les mensonges, les absurdités, les outrages contre ses rivaux. Du haut de ses traiteaux , il prononçait la proscription de tout ce qui n’était pas lui. Il criait d’une voix frénétique :
Arrière moi , Grec , Latin , Arabe! Il jetait au feu publiquement les écrits dont il voulait anéantir la gloire.
Tel était ce Théophile Bombast-Paracelse, qui se croyait un grand homme , parce que son nom était plus souvent prononcé dans toute l’Europe que celui d’aucun de se& contemporains. Depuis cette époque, la justice, et la justice sévère, a succédé à l’engouement : il n’est personne, parmi les médecins dont l’opinion a quelque poids , qui n’ait reconnu l’incohérence de ses idées , et l’absurdité de ses prétentions. Combien de fois n’at-on pas dévoilé tout ce que sa conduite présentait de ridicule et d’odieux! Et cependant une entière équité ne permet pas de méconnaître les services réels qu’il a rendus à la science; l’utilité des remèdes qu’il a le premier mis en usage, ou qu’il a maniés avec plus de hardiesse et de bon- ; > ,
heur que ses devanciers; enfin, je ne sais quelle sagacité originale, qui, sans être le vrai génie, conduit à certaines découvertes , auxquelles une marche plus réservée ne conduirait peut-être pas. (
Paracelse avait senti les vices principaux de la médecine de son temps; il avait entrevu les réformes qu’elle exigeait : et si la tournure de son
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caractère lui avait permis de rendre justice à ceux qu’il copiait impudemment, en les outrageant sans mesure; s’il n’avait pas sans cesse eu besoin d’ameuter la foule autour de lui , sans doute il eût pu beaucoup accélérer la révolution qui devait tôt ou tard ressusciter la vrai médecine dans l’Occident. ... ' ' .
Renaissance des Lettres et de la Médecine hippocratique.
Dès avant la prise de Constantinople, l’industrie et le commerce de quelques villes d’Italie avaient réveillé* dans ce pays favorisé de la nature , le goût des sciences , des lettres et des arts» La langue italienne , formée des débris du latin , et sur laquelle tant de hordes barbares avaient laissé l’empreinte de leur passage et de leur violente domination , avait enfin pris un caractère plus fixe. Des écrivains originaux, et même élégants, commençaient à lui faire reproduire les beautés classiques dont les anciens nous ont laissé des modèles immortels : elle inventait , c’est-àdire, elle trouvait aussi d’autres beautés d’un genre moins pur, mais qui semblent tenir à son génie, et qu’un goût minutieux peut seul vouloir proscrire absolument.
L’Italie avait servi d’asyle aux hommes de let- . très fugitifs de Constantinople : elle ressentit la
première les heureux effets des nouvelles lumières qu’ils avaient apportées avec eux. La littérature ancienne y devint plus familière : le bon goût y fit des progrès rapides , soit par l’influence d’un ciel favorable et des plus riants aspects de l’univers ; soit par la présence de beaucoup de chefs-d’œuvre qui restaient encore des beaux siècles passés ; soit enfin par cette impulsion toujours croissante du commerce et de l’industrie , et par les encouragements que quelques gouvernements éclairés donnaient aux gens de lettres et aux savants.
Déjà l’italien était une langue harmonieuse et riche. Elle se perfectionna tout à coup alors , comme se sont perfectionnées toutes les langues de l’Europe , par l’étude réfléchie des grands modèles de l’antiquité : et le concours de tous les hommes éclairés de l’Occident vers l’Italie , y retraçait quelque ombre de ces beaux âges de la Grèce , où l’on vit accourir de toutes parts , et se mêler aux disciples des philosophes et des orateurs, tous les hommes qui, parmi les peuples voisins , et même parmi les vainqueurs du monde , avaient su reconnaître que la vie humaine n’est rien sans l’éclat des talents, et surtout sans les lumières de la raison.
Parmi les protecteurs des lettres et les propagateurs <les lumières, la postérité honore surtout une famille de banquiers florentins. Les Médicis ont plus fait pour les progrès de la philosophie , i. 8
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des lettres et des arts , et par conséquent pour le bonheur des races futures, que tous les princes et les rois ensemble. Respectables surtout , tant qu’ils se contentèrent d’exercer noblement et libéralement leur négoce , et qu’ils n’ambitionnèrent d’autre influence que celle d’une popularité due à leurs talents et à leurs services, ils ont laissé dans l’histoire des souvenirs immortels, et dans le cœur de tous les amis de la philosophie , des lettres et des arts, un profond sentiment de reconnaissance : et la gloire d’avoir contribué si puissamment au progrès de l’esprit humain efface peut-être les reproches qu’ils ont d’ailleurs trop mérités.
Les deux plus grands hommes parmi les Médicis furent sans doute Cosme et Laurent. La gloire de Cosme est plus pure; mais la carrière de Laurent fut plus brillante : et même les juges les plus sévères ne peuvent méconnaître en lui de très - belles et très - nobles qualités. En effet , qui réunit à un plus haut degré l’amour sincère de son pays aux grands talents de la politique , et l’élévation d’une ame généreuse à cette adresse et à ce tact juste qui lui conservèrent toujours sa popularité? Aussi n’échappa-t-il que par le plus grand bonheur à un projet d’assassinat dans lequel trempaient un pape , un cardinal , un archevêque , et dont il n’y eut que deux prêtres qui voulussent se charger , les assassins ordinaires jiyant frémi d’horreur à l’idée de commettre un
si grand crime dans l’église et pendant l’office divin (i).
Laurent de Médicis ne fut pas seulement un protecteur zélé de la philosophie, des lettres et des arts : il contribua lui-meme encore par ses écrits à la propagation de cette morale sublime et généreuse des platoniciens , fondée malheu* reusement sur des principes qui ne peuvent soutenir l’examen sévère de la raison , maté qui du moins ont l’avantage de donner à l’homme le sentiment de sa dignité.
Les poésies de Laurent doivent encore être mises au rang des services qu’il a rendus aux lettres : quoiqu’elles ne soient pas exemptes des défauts de son pays et de son siècle , elles portent une empreinte de mélancolie , et un caractère de majesté que nous voudrions trouver plus souvent dans les poètes italiens.
On possédait les ouvrages d’Hippocrate : on les expliquait , on les enseignait , on les commentait avec ceux de Platon. Les médecins cultivaient les lettres; les gens de lettres étaient médecins. C’était en vain que Pétrarque, jaloux du crédit dont
(l) Disse ( Montesicco) che g lin on bastarebbe mai l'annno commettere tanto cccesso in chiesa , ed accompagnare tradimento col sacrilrggio. Mach. lib, 8.
Voyp7- en outre, la vie de Laurent de Médicis, par Roscoc, soit dans l’anglais, soit dans l’cxrellente traduction du oit. Fr. Titubot.
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