XI
Staalh, Vanhelmont,
ainsi que son maître, par le rare talent de trouver dans les phénomènes les plus communs les analogues et les points de comparaison, ou même la cause directe de ceux qui paraissent le plus étonnants, et dans les explications les plus simples la base des plus sublimes théories. Nous ne rappellerons point ici les travaux chimiques de ces deux grands hommes : il suffit de dire qu’ils portèrent les premiers la philosophie dans une science qui jusqu’alors avait flotté sans cesse entre un petit nombre de grandes vérités et une foule de pitoyables erreurs, et qui, par la nature même de ses recherches, semblait devoir être long-temps le patrimoine du charlatanisme ou l’objet trompeur des plus folles espérances.
Staalh entreprit de faire pour la médecine ce qu’il avait fait pour la chimie. Il était nourri de la doctrine d’IIippocrate; et personne ne savait mieux que lui ce que les observations et les vues philosophiques des modernes y pouvaient ajouter. Il vit que le premier pas à faire était de séparer les idées générales ou les principes de la médecine, de toute hypothèse étrangère. Il avait reconnu que la médecine s’exerçant sur un sujet soumis à des lois particulières, l’étude d’aucun autre objet de la nature ne peut dévoiler, du moins directement , ces lois , et que l’application des doctrines le plus solidement établies dans les autres sciences, à celle dont le but est de connaître et de gouverner l’économie animale, de-
vient nécessairement la source des pins graves erreurs.
Chaque siècle a son goût particulier et sa mode. Les mêmes sciences ne sont pas cultivées long temps de suite avec la même ardeur : elles sont remplacées par d’autres ; et toutes, dans ces passages alternatifs, éprouvent des changements plus ou moins favorables aux progrès de leur partie systématique. Aux différentes époques, la médecine a pris la couleur des sciences dominantes; elle a voulu parler leur langue , et s’assujettir aux mêmes principes qu’elles : de sorte qu’elle a passé tour à tour par les différents systèmes qui ont joui de quelque célébrité dans le monde. Cette nécessité de la ramener dans le cercle des faits qui lui sont propres, et qui peuvent seuls fournir des résultats généraux sur la connaissance de l’homme malade , et des systèmes de curation véritablement utiles; cette nécessité , déjà reconnue autrefois ' par Hippocrate, avait également été sentie par Bacon. Staalh exécuta , du moins à quelques égards, ce que Bacon n’avait fait qu’indiquer.
Les idées de Staalh ont, en général, été mal comprises : on peut même dire qu’elles ont été presque également défigurées par ses critiques et par ses admirateurs.
Les causes de cette méprise mériteraient d’être développées dans un ouvrage particulier. Il serait utile , je pense , de présenter la doctrine staa-
Digitiztf
lhieune sous des points de vue plus déterminés qu’elle n’a pu l’être par l’auteur lui -même. On n’a point encore assigné avec précision les points par lesquels elle se distingue , et ceux par lesquels elle se rapproche des doctrines anciennes. Peut-être enfin serait-il convenable de terminer un écrit de ce genre par le tableau raisonné des progrès de la science depuis Staalh,et de ceux que tout lui présage pour un temps assez prochain. Il résulterait vraisemblablement de cette discussion que les réformes déjà faites, et celles qui se feront dans le même esprit, sont et seront en grande partie l’ouvrage de ce grand homme; soit par suite des idées saines qu’il a directement établies, soit à cause de l’impulsion qu’il a donnée aux esprits. Il en résulterait aussi, je crois, que, malgré la manière dédaigneuse dont les adversaires de Staalh l’ont combattu , malgré la manière quelquefois gauche dont ses élèves l’ont défendu , expliqué, commenté, son influencé n’a pas été moindre en médecine qu’en chimie , et que , dans l’une et dans l’autre science, il a rendu des services immortels. Je me borne à remarquer ici que ses moindres écrits, tous remplis de grandes vues, sont en même temps riches d’observations particulières très-précieuses, et que le grand ouvrage où se trouve exposée sa théorie générale n’est sujet à de fausses interprétations que par le vague d’un mot principal, qui jette sou obscurité sur toutes les explications accessoires et consé-
cutives ; vague dans lequel l’auteur crut devoir s’envelopper pour éviter les persécutions.
Les phénomènes de la vie dépendent d’une cause, ou pour parler plus exactement, sont la ; suite et la conséquence d’un autre fait antérieur que nous ne connaissons que par les faits subséquents qui lui sont liés, c’est-à-dire par ces phénomènes eux-mêmes. Cette cause a reçu différents noms aux différentes époques de la mé- ,v. decine et de la philosophie. Hippocrate l’appelait nature impulsive , èvopjAüv Elle a depuis été nommée successivement cime, sensibilité , solide vi-
vaut, force nerveuse , principe vital, etc.
•i'1 Quand on eut établi d’une manière formelle et dogmatique la distinction de l’esprit et de la matière, 1 ’ame fut l’esprit; et les philosophes, de concert avec les théologiens, la regardèrent comme immatérielle. Le corps en fut donc séparé, par cela même qu’il était le corps; et, pour ■ yfa expliquer les fonctions de ses différents organes, on admit, suivant les pays et les temps, différentes causes ou forces , matérielles ainsi que lui , mais soumises par des connexions inconnues à l’ame leur supérieur commun. Des opinions plus dogmatiques encore ayant établi que la pensée est une fonction exclusivement propre à l’ame, essentielle à son existence, et dont l’exercice, continué sans interruption pendant toute la durée de la vie , ne cesse véritablement qu’à la dissolution du corps : dès ce moment , le mot urne ne
• » . Mf • * * V -Z «a- 4
• ‘ ■ « ’i Ifèj ■ . «r*
.* *-V> • • » *JL ■ V .» V