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Descartes surtout agitait l’Europe par ses idées nouvelles ; car Bacon ne fut bien compris que beaucoup plus tard. Le doute méthodique et des procédés inconnus, employés dans la recherche de la vérité, semblaient devoir changer la face de la philosophie rationnelle. L’application de l’ai- *
gèhre à la géométrie des courbes , et un système du monde qui cherchait les lois de ses phénomènes dans celles même du mouvement,, devaient opérer la même révolution dans les sciences physiques. Dès-lors, ces dernières furent cultivées avec plus de soin. L’art expérimental, si recommandé par Bacon, y fut introduit par Galilée sou contemporain , et par les disciples de l’école florentine. On dirigea les recherches d’après des procédés plus réguliers et plus sûrs. Enfin , la géométrie, dite improprement de l’infini, qu’avaient pressentie et même indiquée Fermât , Descartes ,
Pascal et quelques autres, fut trouvée bientôt après par Leibnitz et par Newton (i). Elle ouvrit une nouvelle carrière au génie , et lui fournit les •. moyens de la parcourir. Dès -lors, on put concevoir de sûres espérances pour beaucoup de découvertes ultérieures , qu’on devait auparavant regarder comme absurde de tenter. Le nouvel instrument, comparé à ceux qu’on avait possédés jusqu’alors, était, suivant l’expression de Leib-
(l) Il paraît prouvé aujourd’hui, que la gloire de oette découverte est exclusivement due à Newton.
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nitz , la massue d’Hereule , comparée aux faibles
armes d’un guerrier mortel. ,
Au milieu de cette impulsion générale des esprits , la médecine ne resta pas immobile. Une circonstance dont j’aurais dû parler plus tôt, l’avait préparée à toutes les innovations, en ébranlant encore une fois le crédit des anciens ,■ dont elle dévoilait effectivement quelques erreurs physiologiques : je veux parler de la découverte de la circulation, entrevue par l’infortuné Servet; touchée de plus près , s’il est permis de s’exprimer' ainsi , par Varole et par Cotombus ; exposée avec exactitude et même' assez en détail, relativement au cœur et aux gros vaisseaux , par Césalpin ; mais dont la démonstration est due aux travaux de Harvey , à qui la gloire.en reste exclusivement aujourd’hui. - , >' .
• Ce nouveau jour, porté dans l’économie animale, ne fit, s’il est permis de le dire, que redoubler la rage des systèmes. On ne pensa plus qu’à faire circuler librement le sang, à détruire sa viscosité , à tirer du corps celui qu’on supposait corrompu , à le refaire , à le corriger , à le renouveler, à tenir les vaisseaux relâchés et perméables. De là , ces torrents de boissons aqueuses et délayantes , dont Bontekoë et ses partisans inondaient leurs malades : de là , cette fureur sanguinaire que les partisans de Botal se crurent alors bien plus fondés à mettre en usage , dans les traitements de toutes les maladies; fu->
DE L A M É D E C 1 Ti F..
reur qui tant de fois fatiguée , en quelque sorte , de meurtres méthodiques , n’a fait cependant que se reposer par intervalles, et reparaître encore de temps en temps dans les écoles : enfin de là , ce misérable délire de la transfusion du sang, dont la pratique coûta presque toujours la vie , ou la raison, à ceux qui ne craignirent pas de se soumettre à cette opération téméraire.
Ainsi, l’une des plus belles découvertes de la médecine moderne, bien loin d’éclairer la pratique de l’art , comme on semblait devoir s’en flatter , ne fit qu’égarer les imaginations faibles , éblouies de sa lumière : et l’on peut douter encore raisonnablement , que son application à la connaissance et à la curation des maladies internes ait été d’une utilité réelle. Dans les cas chirurgicaux eux -mêmes, où l’on est plus porté à la regarder comme un flambeau nécessaire, l’observation n’en tiendrait -elle pas lieu presque toujours? et ne faut -il pas borner son importance, à l’éclaircissement d’un point d’anatomie et de physiologie, très-curieux sans doute en lui-même, mais qui , s’il n’intéressait pas indirectement plusieurs autres questions importantes, relatives à l’économie animale, aurait peut-être contribué faiblement à nous en faire connaître les véritables lois?
Au reste, sous ce seul point de vue, la découverte de la circulation a rendu des services dont la pratique finit par profiter; et la gloire de ses
auteurs ne pourrait être contestée que par l’envie la plus ridicule , ou par le goût le plus inconsidéré du paradoxe. ■ ' *,„
' On avait vu la médecine soumise, tour à tour, aux opinions d’Héraclite, de Pythagore , d’Épicure, d’Aristote , etc. Quand la philosophie de Descartes, après avoir été proscrite comme une impiété, obtint de plus en plus toutes les faveurs de la mode, et se transforma même en une sorte de superstition, la médecine fut entraînée par ce torrent ; elle devint cartésienne.
> Les théories chimiques sur les acides et les alkalis, transportées dai\s les tumeurs vivantes ; les théories purement géométriques , par lesquelles des hommes médiocres pour la plupart , comme médecins et comme géomètres, prétendaient expliquer les fonctions des organes; les théories hydrauliques qui en furent la conséquence, et qui servirent de base à tant de faux calculs sur le cours du sang et des autres liqueurs; enfin, les vues physiques sur les lois du mouvement général des corps, sur leur influeuce dans les phénomènes de la vie, ou sur l’utilité dont peut devenir leur connaissance pour l’explication de ces phénomènes , commençaient à jouer un assez grand rôle , quand parut un nouveau professeur qui devait faire une véritable dévolution.
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