XIV
Boerhaave. ... .
La médecine n’avait point occupé les premières années de la jeunesse de Boerhaave. Destiné d’abord à la théologie , bientôt après séduit par le goût des sciences mathématiques et physiques , dont il donna, pondant quelque temps, des leçous pour subsister, ce fut assez tard, et muni de connaissances très-profondes et très-vastes sur toutes les parties de ses premières études, qu’il entra dans la carrière médicale. Son esprit avait gagné déjà beaucoup en force, en étendue, en habitude de discussion sévère, en ténacité d’attention : mais son tact , exercé pour la première fois sur des objets tout nouveaux, à une époque de la vie où les impressions extérieures commencent à s’affaiblir par une certaine diminution de la sensibilité , ou à devenir plus confuses par leur multiplicité même ; son tact n’eut .jamais peut-être , à cause de cela , ce degré de perfection qui peut seul mettre en valeur , au lit des malades, toutes les richesses du savoir et toute la puissance de la raison. D’ailleurs, comment renoncer au désir si naturel d’appliquer à ce qu’on apprend, ce que l’on sait déjà? Nourri de la scolastique du temps, comment en écarter toujours
les méthodes, les formules, les hypothèses? Plein
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de confiance dans les procédés rigoureux et suis de la géométrie, comment ne pas vouloir les faire ••entrer quelquefois dans cette science , à laquelle il serait si glorieux sans doute de faire perdre son caractère mobile , et trop souvent incertain ?
Nous avons observé plus haut, que Boerhaave savait beaucoup, et qu’il voulut faire entrer toutes ses connaissances dans ses systèmes de médecine. Il avait lu les écrivains de toutes les sectes et de tous les âges; il les avait extraits , analysés, commentés , développés. Tous leurs travaux lui étaient connus; toutes leurs opinions, familières. Il s’en empare, il les modifie, il les combine ; il répand sur le tout cet ordre lumineux qui le caractérise: et bientôt sortent de ses mains ses Institutions de médecine, et ses Aphorismes de pratique, les deux tableaux , tout-à-la fois les plus vastes etles plus précis qu’oneût encore vus dans les sciences, et qui ne le cédaient , pour l’universalité des objets et des points de vue, qu’à ceux du grand Bacon. Heureux si la chimie, qui d’ailleurs lui dut de très-importantes découvertes, si les idées des prétendues diverses acrimonies et de leurs neutralisations, enfin si de pures hypothèses mécaniques et hydrauliques ne déparaient souvent un si beau travail ! Heureux encore, si plus fidèle, dans ses expositions, à l’ordre naturel de la formation des idées , il eût commencé par recueillir et classer les faits, ou les données, au lieu d’entrer sans cesse en matière par les résultats ! Lés
1)E LA MÉDECINE. l/|l
écrits de cet homme extraordinaire eussent alors été des modèles de la manière de philosopher et d’enseigner; comme ils sont des chefs-d’œuvre d’érudition , de critique , de clarté , d’ordonnance et de précision.
Boerhaave a publié différents écrits particuliers sur plusieurs parties de la médecine. Dans tous , ou trouve la même vigueur de tête. Celui sur les maux de nerfs, ses consultations et sa lettre à Gorter, prouvent que, dans un Age plus avancé, après avoir suivi la nature au lit des malades, Bo.erhaave attachait beaucoup moins d’importance à ses systèmes, et qu’il se rapprochait de plus en plus des idées d’Hippocrate et de tous les véritables médecins. Mais les deux ouvrages que j’ai cités auparavant , contiennent la substance de sa doctrine; et comme ils étaient destinés à lui servir de texte pour ses leçons , ils font très-bien connaître son plan d’enseignement.
L’école médicale de Leyde , célèbre par plusieurs savants professeurs lorsque Boerhaave y fut reçu, ne l’est presque plus maintenant que par lui. Leur gloire s’est, pour ainsi dire, perdue dans la sienne. Après avoir régné pendant sa vie sur la médecine de l’Europe, son nom a conservé long-temps après sa mort le même éclat. Les talents de ses disciples répandus dans tous les pays, l’ont fait également admirer et respecter; et sans doute ce nom , justement, illustre , vivra dans la postérité, sinon comme celui d’un génie éminent
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et véritablement philosophique, du moins comme celui d’un professeur très-laborieux, très-habile, et d’un écrivain très-élégant. ' -