‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 26 sur 67 · XV · texte numérisé non relu

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Hoffmann ; Baglivi ; nouveaux solidistes d’Edimbourg ;

• École de Montpellier . ,

Dans le même temps, Hoffmann, professeur à l’université de Hall, fondait sa pratique et ses leçons sur un nouveau système, auquel on a donnp le nom de solidisme. C’était la doctrine méthodique (i), modifiée par les vues d’Hippocrate et par les découvertes de la chimie et de la philosophie moderne.

L’éloquent Baglivi , enlevé à la science par une mort prématurée, en avait déjà tracé l’ébauche à Rome, dans ses cours, dont la célébrité faisait accourir des élèves de toute l’Europe, et dans son traité de Fibra motriee et morbosa.

Ces deux médecins (a), rejetant ou limitant les opinions des humoristes, suivant lesquels les fluides exercent une influence essentielle et di- • recte sur l’état sain et sur l’état malade , ont restitué ce rôle important aux solides. Ils établissent

> ,(ï) Prosper Alpin avait déjà tenté de la rajeunir.

' (2) Hoffmann se rapproche beaucoup plus de Baglivi que de Prosper Alpin.

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que les modifications ressenties par les fluides, ne sont que la suite et l’effet des modifications que les solides ont éprouvées. En un irot, d’après leur hypothèse, la vie s’exerce, et toutes ses révolutions se passent dans le solide, qu’à raison de cette maniéré •même de le considérer, Hoffmann appelle solidum vivons. Ce qui distingue les solidistes des méthodistes, c’est qu’avec Hippocrate les premiers reconnaissent une force vitale , dont les lois ne peuvent être connues que par l’observation des phénomènes propres au corps vivant : et ces phénomènes résultent pour eux de son action sur les fibres, entre lesquelles la nature l’a comme distribuée, pour les animer toutes d’une certaine somme d’énergie et de mouvement.

Les principes d’Hoffmann se trouvent dissé-1 minés dans ses trop volumineux ouvrages, remplis sans doute d’ailleurs de savoir et même de bonnes observations pratiques. 11 les a résumés et présentés avec toutes leurs preuves, dans un dernier écrit intitulé : Medicina rationalis systematica.

Ces principes semblent avoir été la source de ceux qu’on enseigne encore aujourd’hui dans l’école d’Edimbourg; école justement renommée pour la réunion singulière, et la succession non interrompue de professeurs distingués dans plusieurs genres différents.

On avait donné le nom d’animistes atix dis-

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ciples immédiats de Staalh, tels qu’Alberti, J un-, ker, JNenter, etc- Ceux qui depuis ont associé ses vues à celles des solidistes, des chimistes ou même de6 mécaniciens, tels que Gorter, Gaubius, Sau-j vage, Robert -Whytt, ont reçu le nom de semi~ animistes. [.

Enfin, des opinions de Staalh et de Vanhelmont, et du solidisme, étendu, modifié, corrigé, s’est formée une nouvelle doctrine à laquelle Bordeu, Venel, Lamurre, l’on peut dire même l’école de Montpellier presque entière , a donné beaucoup d’éclat et de partisans. Agrandie, depuis ces maîtres célèbres, par les vastes travaux de Barthez; fortifiée par ses élèves et ses successeurs de ce que les découvertes modernes et les progrès des sciences collatérales pouvaient lui four-, nir de preuves nouvelles ; perfectionnée par l’application des méthodes philosophiques, que de bons esprits commencent à porter enfin dans tous les- objets de nos études, elle se rapproche de plus en plus de la vérité. Bientôt ce ne sera plus une doctrine particulière : en profitant des. découvertes réelles , éparses dans les écrits de toutes les sectes; en se dépouillant de cet esprit exclusif qui étouffe la véritable émulation , et qui, n’a jamais enfanté que de ridicules débats, elle, deviendra la seule théorie incontestable en nié-, decine; car elfe sera le lien naturel et nécessaire; de toutes les connaissances rassemblées sur notre art jusqu à ce jour.. «»] Arftmb titnt éO

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État de l’enseignement.

Dans tous les siècles , les écoles se sont laissé plus ou moins entraîner par les systèmes dominants : cela devait être. Mais par une fatalité singulière , elles ont , presque sans exception , partagé toutes leurs erreurs , sans beaucoup profiter des vérités nouvelles qui , pour l’ordinaire , en avaient donné les premières idées , ou des vues utiles que les plus absurdes de ces systèmes pouvaient encore suggérer à de bous esprits. Les erreurs s’alliaient généralement beaucoup mieux avec les doctrines reçues : elles étaient adoptées. Tout ce qui s’éloignait de ces doctrines frappait moins des yeux préoccupés : on le rejetait, ou l’on négligeait de se l’approprier. L’enseignement , confié dès la renaissance des lettres à des corps lents dans leur marche, opiniâtres dans leurs principes, et qui d’ailleurs avaient intérêt, soit par vanité, soit par politique, à repousser les idées nouvelles; renseignement dut presque toujours rester en arrière des lumières de chaque siècle. Chez les Arabes, les universités furent ref mises entre les mains d’une classe particulière d’hommes qui , sans tenir comme parmi nous à la hiérarchie sacerdotale, formaient pourtant de véritables corporations à part , et dont un cer* 1. ' io

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tain esprit, constamment à peu près le même, réglait la conduite et les opinions. Chez les Grecs, à la vérité, des philosophes furent à la tête des écoles; mais l’esprit de secte n’a peut-être, dans aucun pays , été poussé jusqu’au même degré de passion : et quelque parfaites qu’aient été les écoles anciennes de médecine, leurs succès tenaient bien plus que dans les temps modernes à la capacité des maîtres, et bien moins au caractère des institutions. Elles devaient donc éprouver des variations plus fréquentes et plus complètes. D’ailleurs, trop de parties des connaissances humaines, nécessairement liées à la médecine, étaient encore dans l’enfance; et cette organisation du monde savant, qui fait concourir aujourd’hui les succès de chaque partie à ceux de toutes les autres , n’existait pas encore; elle ne pouvait pas même exister.

Peut-être aussi faut -il ajouter une dernière remarque ( mais celle - là s’applique à tous les temps ) : c’est que les professeurs les plus habiles n’ont pas toujours été les meilleurs observateurs, ni les esprits les plus étendus. Car, il faut l’avouer ingénument, ce n’est pas entièrement à tort que toutes les fonctions, pour lesquelles la facilité • de la parole devient bientôt par ellemême un mérite éminent, ont la réputation de gâter plus de têtes qu’elles n’en peuvent former. On s’enivre des succès de la chaire doctorale, comme de ceux de la tribune aux harangues : et

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s’il est assez difficile de 11e pas s’entêter pour des opinions qu’on a débitées tant de fois avec applaudissement, il l’est peut-être encore plus de ne pas rejeter celles qui y sont contraires , et de ne point chercher à détourner de leur sens naturel les faits capables de troubler la paisible jouissance de certains préjugés pour lesquels on a longtemps combattu.

L’école de Cos, ou plutôt l’école d’Hippocrate, enseigna la médecine d’après les meilleurs principes. L’esprit philosophique , et non pas les systèmes , y dirigeait l’enseignejnent. L’observation, l’expérience attentive, la culture des sens, l’art de raisonner: tels en étaient les fondements. Nous avons vu que les élèves étaient sans cesse entourés des objets de léurs travaux : livres (r), instruments, remèdes, et malades surtout, sans la présence desquels il est bien étonnant que de grandes nations , éclairées d’ailleurs, aient si longtemps cru possible de former des médecins.

Mais dans le siècle d’Hippocrate, et plusieurs siècles encore après lui, l’anatomie était restée dans l’enfance; l’anatomie de l’homme, surtout, existait à peine. La chirurgie n’avait point de règles fixes pour plusieurs opérations impor*tantes. La matière médicale se bornait à quel-

(1) Un passage de Xénophon nous apprend qu’U en existait dès lors, un grand nombre. ( Faits et dits mi'tnoratdes • dà Spcntte. )

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ques remèdes d’une grande efficacité, mais trop violents pour pouvoir être maniés habituellement sans danger. L’art de les préparer était presque entièrement inconnu. Enfin, la minéralogie, la chimie, la physique, et toutes les parties des sciences naturelles qui tiennent plus ou moins à l’art, de guérir, avaient à peine encore recueilli les premiers faits, ou se perdaient dans des théories fausses et ridicules.

Cette époque n’a donc pu voir éclore un plan d’enseignemènt complet, quoique celui qui était mis en pratique fût d’ailleurs très -sage : et c’est uniquement pour la manière d’envisager la nature vivante, pour celle d’observer et de décrire les phénomènes des maladies, que l’école d Hippocrate nous a laissé des modèles dignes d etre encore imités.

Je franchis un long espace de temps où l’état •les écoles ne peut en général qu’attrister 1 observateur, et où .celui de 1 enseignement est limage fidèle du chaos.

A la fin du seizième siècle, et dans le dixseptième , les progrès de la science furent importants et rapides : ceux de l’enseignementfurent presque nuis. C’est ici surtout qu’on aperçoit une grande distance entre la doctrine des bons livres et celle des écoles ; entre la sage hardiesse, la marche plus ferme et plus exacte, l’accent plus indépendant des écrivains, et l’aveugle routine, le galimatias scolastique, les rampants et

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serviles préjugés de la plupart des professeurs (t )* C’est dans le dix - huitième siècle que l’enseignement a fait de véritables progrès. Au jargon scolastique a succédé une langue plus précise et plus pure. Le perfectionnement des méthodes mathématiques; les procédés plus sûrs, employés dans les observations de physique et d’histoire naturelle; le ton philosophique qui, par degrés, est devenu général; l’élégance et le goût, dont les chefs - d’œuvre multipliés des lettres ou des arts avaient fait en quelque sorte un besoin pour les classes cultivées, chez toutes les nations , ont forcé les écoles à secouer enfin leur poussière barbare. La raison les environnait et les assiégeait de toutes parts; elle se glissait entre leurs bancs. Il faut leur rendre justice; elles ont combattu vaillamment contre le sens commun ; on peut même s’apercevoir que leurs restes impuissants seraient prêts à renouveler le combat : mais la déraison a été forcée de céder; et, quoi qu’on fasse , c’est pour toujours. La longueur et l’opiniâtreté de cette lutte scandaleuse sont précisément ce qui rend impossible le retour aux anciennes routines , et surtout aux anciennes erreurs, en faveur desquelles seules les routines ont du prix aux yeux de certaines gens. Sans doute ceux qui se dévouent à être les

(i.) Les jésuites avaient rendu des services dans ce genre: mais ce furent MM. de Porl-Roval qui offrirent le premier exemple d'un enseignement philosophique.

j5o & évolution s

organes fidèles de la vérité, seront, dans tous les temps , outragés par l’ignorance et persécutés par le charlatanisme : mais le triomphe de leur cause est désormais assuré. Plusieurs parties des connaissances humaines ont atteint une sorte de perfection ; de riches matériaux sont rassemblés pour les autres : il ne s’agit plus que d’appliquer également à toutes les seules vraies méthodes; il s’agit surtout de les appliquer avec la même rigueur à toutes les branches de l’enseignement.

Mais s’il n’appartient qu’au philosophe de tracer ces méthodes, il ne peut appartenir qu’au législateur d’en transporter l’esprit dans l’organisation même des établissements publics d’instruction.

11 est sans doute beaucoup de travaux que le gouvernement doit se borner à protéger. Quand l’intérêt particulier parle assez haut , il faut s’en rapporter à lui : l’intervention de la puissance publique ne fait pour l’ordinaire que le troubler et le gêner. Ainsi, beaucoup de belles et grandes entreprises , dont une nation tout entière recueille les fruits, se font beaucoup mieux quand les gouvernants ne s’en mêlent pas : des établissements, pour ainsi dire, au-dessus de la puissance des souverains eux-mêmes, s’exécutent facilement par la réunion et le concert des intérêts individuels qui s’y trouvent liés.

On peut espérer qu'il en sera de même Un ‘jour dé l’instruction. Elle sera si directement nécessaire à l'existence et au bonheur des citoyens',

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qu’ils iront la chercher partout avec empressement. Dès lors , elle deviendra pour les hommes qui seront en état de la propager , une branche d’industrie également honorée et profitable : clés lors , les gouvernements pourront s’en reposer sur ces intérêts mutuels, et des progrès de la science, et du perfectionnement graduel de l’opinion.

Mais aujourd’hui qu’il s’agit de prévenir les suites du brigandage , de la déraison et de la fureur, qui se reproduisent sous toutes les formes ; aujourd’hui que les charlatans, prêts à s’emparer de l’opinion flottante, doivent être contenus avec plus de soin que jamais par les lois, en même temps qu’ils seront démasqués par les lumières ; aujourd’hui que la place des anciennes erreurs renversées n’est point encore occupée complètement par des vérités reconnues : c’est au gouvernement sans doute qu’il convient d’indiquer le but, et d’imprimer le mouvement aux esprits. C’est à lui de mettre d’accord l’enseignement et la législation, afin qu^ls se secondent mutuellement, en attendant qu’ils puissent se corriger ou se perfectionner. C’est donc encore à lui de venir au secours de^ vrais médecins , pour l’entière réforme de leur art, qui, par sa nature, exige à la fois et plus de surveillance et plus d’encouragements (i).

(i) Le gouvernement de la république a fait beaucoup pouf cet objet, en consolidant les écoles actuelles de médecine , et surtout celles de Paris et de Montpellier.

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