‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 30 sur 67 · DE LA SI ÉD1C CI N E · texte numérisé non relu

DE LA SI ÉD1C CI N E

toration s’établit. D’autres boissons incisives hâtent cette évacuation. En6n, après un effort plus ou moins marqué de la part de la nature, les symptômes s’évanouissent ; la santé revient.

Dans le tableau des remèdes qui correspond à celui des maladies, à côté du mot Pleurésie , on trouve donc, saignée, boissons délayantes , d’abord; ensuite boissons incisives, remèdes expectorants ; én dernier lieu , sudorifiques doux.

On voit qu’ici, je prends l’hypothèse la plus favorable; celle où les symptômes ont été bien reconnus, où les effets des remèdes ont été frappants et bien saisis. Voilà donc un axiome , une règle de pratique : sa déduction nous représente la manière dont toutes les autres règles peuvent être déduites , dans les cas où des principes sûrs et des procédés sages président à leur formation.

Supposons que les symptômes exprimés pat* le mot abstrait , pleurésie , se présentent seuls; que la nature, le temps et l’ordre dans l’administration des moyens curatifs aient été bien observés : dans ce cas sans doute , ce mot pleurésie ne dit rien de plus ni de moins que l’ensemble même de la maladie ; et le succès des remèdes est constaté par un nombre suffisant d’exemples. Je dis qu’alors les règles tracées pour l’emploi de ces remèdes, se trouvent véritablement déduites des

faits, et suivant une sûre méthode de raison-

nement.

i(J6 révolutions

Mais dans d’autres cas', auxquels on applique également le mot pleurésie , à cause de la présence des principaux phénomènes qui portent déjà ce nom générique, la saignée est nuisible; les boissons délayantes augmentent la maladie ; les incisifs ou fatiguent ou ne produisent absolument aucun effet :• tandis qu’au contraire , tantôt des vomissements copieux, spontanés ou provoqués par art; tantôt des vermifuges donnés à plus ou moins grandes doses; tantôt des purgatifs et des sudorifiques employés immédiatement; tantôt enfin d’amples vésicatoires, emportent ou tout k coup et comme par enchantement, ou par degrés et movennant une suite de crises partielles, le point de côté, la toux, le crachement de sang, etc.

Ces cas, si différents puisqu’ils ne guérissent que par des traitements variés et propres à chacun d’eux, sont, il est vrai, caractérisés par des sigiies accessoires qui les signalent d une manière directe , ou par des circonstances qui les dévoilent indirectement. Mais avant que des obseï valeurs attentifs les eussent reconnus, décrits et distingués, ils étaient restés long-temps confondus sous ce masque trompeur d’une dénomination commune.

* VI ' l

§ IV. 1

Mêmes difficultés et mêmes dangers dans b classification des remèdes.

Si nous passons aux classifications de remèdes , nous y trouverons souvent les mêmes vices ;.et ces vices tiennent à la même cause.

Un remède provoque la sueur ; on le range dans la classe des sudorifiques. Un autre rappelle les règles supprimées ; on le range parmi les ernménagogues. Ces propriétés que des expériences incomplètes leur assignent, et dans l’évaluation desquelles on tient ordinairement si . peu de compte des diverses circonstances de la maladie et de l’administration du remède, sont fréquemment tout -à- fait illusoires, à moins qu’on n ait eu le bonheur d’employer ces remèdes dans des cas absolument les mêmes à tous égards que ceux qui ont fourni les observations. Aussi s'aperçoit-on bientôt que les remèdes qu’on appelle sudorifiques, peuvent empêcher pu supprimer la sueur ; que ceux qu’on a qualifiés emmênagogues , augmentant ou le spasme ou l’inertie de la matrice , peuvent aggraver le mal qu’on leur attribue la puissance de guérir.

Il faut en dire autant de tous les remèdes doués d’une action véritable : il n’en est point qui , suivant les cas dans lesquels ils sont employés, ne

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puissent produire des effets absolument contraires ou du moins fort différents.

Ouvrez les livres de matière médicale : vous verrez plusieurs remèdes rangés successivement presque dans toutes lés classes; on pourrait croire qu’ils produisent tous les mêmes effets : et comme les traces des observations primitives qui leur ont fait accorder ces qualités si diverses, sont pour l’ordinaire entièrement perdues, ce n’est plus qu’à force de travail et de sagacité qu’on parvient à se reconnaître au milieu de ce chaos. Voilà ce qui rend la lecture inconsidérée de ces livres si dangereuse, même pour un assez grand nombre de médecins : voilà ce qui force ceux d’entre eux qui respectent la vie des malades, 'et qui veulent apprécier avec sévérité leur propre jugement, tantôt de remonter aux sources, et de chercher dans les observateurs le secret de ces contradictions apparentes; tantôt de répéter les expériences eux-mêmes , en oubliant ce qu’ils ont trouvé dans les livres, pour le rapprendre de la nature : et voilà aussi peut-être la principale cause de ce pyrrhonisme opiniâtre que la médecine inspire à beaucoup de bons esprits.

Le lecteur n’aura pas de peine à concevoir que les circonstances venant à changer, les impressions et leurs effets sur l’ensemble de l’économie animale ne sauraient plus être les mêmes. Or, les circonstances où se trouvent les corps vivants, sont aussi variées que peuvent l’être les combi-

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liaisons de toutes les causes externes ou internes capables d’agir sur eux: elles ne diffèrent pas de ces causes et de leurs combinaisons; et comme la sensibilité vive et mobile de la machine humaine la livre à l’influence d’une foule d’agents divers, c’est uniquement par le secours de l’observation la plus attentive qu’on peut parvenir à lui appliquer les remèdes, précisément dans les cir- , constances qui les indiquent, et qu’on est véritablement en droit d’en attendre certains effets

déterminés.

Tentatives faites pour perfectionner les classifications - médicales.

j Aristote l’avait reconnu de son temps l’abus de la méthode n’est pas moins nuisible au prp- * grès des sciences que son défaut absolu. On vient d’en voir la preuve; et ce philosophe pourrait, fournir lui-même plus d’un exemple à l’appui de ceux que nous venons de citer. Peut-être est-ce là le piège, s’il est permis de parler ainsi, le plus subtil et le plus dangereux que la nature ait placé sur la route de l’esprit humain.

Dans une pratique journalière qui les force, à remettre sans cesse les classifications à côté de la nature, les hommes réfléchis s’aperçoivent bien vite de l’infidélité de ces tableaux. Ils voient la nature se puer d’un orgueil puéril qui pense

pouvoir suppléer à la justesse des vues par l’appareil des efforts , et qui semble vouloir s’éblouir lui-même par une sorte d’éclat scientifique. Ils sentent la nécessité de revenir à l’observation des faits particuliers, et de mieux circonscrire la. valeur des signes généraux. De là, l’idée des définitions. C’est le premier pas qu’on fait lorsqu’on s’occupe de la réforme des méthodes.

S’il ne s’agit que de vues purement rationnelles , ou si l’on ne veut examiner les objets que relativement à certaines propriétés particulières et très -simples, la définition suffit en effet; on s’entend , et l’on peut bien raisonner.

Mais il n’en est pas ainsi, lorsqu’on veut appliquer ses connaissances à des objets usuels. On n’agit plus alors sur des valeurs abstraites, dont le propre est de rester toujours telles qu’elles ont été fixées. Ce n’est plus le cercle ou le triangle géométrique; ce ne sont plus des rapports de nombres incapables de changer. Ce n’est point également cette pleurésie définie par une phrase , qui rappelle la toux , le point de côté , l’expectoration sanglante : ce sont des ensembles de phénomènes, toujours différents, toujours individuels et spécifiques, qui s’offrent à nos yeux : et plus nous sommes en état de bien voir, moins nous retrouvons ces prétendues identités de maladies qui n’ont d’existence que dans le cferveau des observateurs irréfléchis ou inattentifs.

En un mot, on finit par ne reconnaître que

des individus dans la réalité des choses. Voilà ee qui faisait. dire à Leibnitz qu’il n’y a pas deux feuilles qui se ressemblent à tous égards.

Ainsi , les fautes inévitables qu’entraîne dans la classification le sens incomplet et vague des mots , font bientôt sentir la nécessité de ramener les

idées générales à leurs éléments , c’est- à -dire , aux objets ou aux faits individuels dont elles ont été tirées; de's’assurer s’ils y sont tous renfermés exactement , et si ces mêmes idées n’en supposent pas d’autres qui n’ont point été fournis par l’obT servation ; enfin , de fixer nettement leurs rapports mutuels et la valeur précise des termes qu’on emploie pour les désigner. On a d’abord pour cela recours aux définitions. Mais on ne tarde pas à s’apercevoir que ce moyen est très- insuffisant; qu’il a plusieurs des inconvénients attachés aux classifications ; et que la définition , pour être exacte, pour ne pas laisser beaucoup de vague dans l’esprit, doit se rapprocher de plus en plus de la description circonstanciée , et finir par n’étre elle -même qu’une véritable description.

§ VI

Difficultés nouvelles. •

Les hommes se trouvent ainsi ramenés ajï même point d’où ils étaient partis : ils se trouvent replongés dans oe même chads où les avait jetés

fjl RÉVOLUTIONS

il’ abord la multitude et la variété des objets. Après avoir reconnu les abus de la méthode, ils sentent avec plus d’amertume l’impuissance absolue où nous laisse la privation de ce secours artificiel : il faut résoudre ces difficultés ou flotter éternellement entre l'ignorance et l’erreur.

Ces obstacles au perfectionnement du tableau de nos connaissances , et ces inconvénients qui se manifestent surtout quand il s’agit d’en faire l’application aux besoins usuels de la vie, ne sont point les seuls dans tous les cas. L’étude des différents objets offre des degrés différents de difficultés : ces objets ne sont pas tous également faciles ou difficiles à fixer et à bien saisir : l’utilité que nous en pouvons retirer, seul rapport sous lequel il nous importe de les connaître, est plus ou moins étendue, plus ou moins directe, plus ou moins frappante. Les objets qu’il nous serait le plus utile de bien connaître ne sont pas toujours, à beaucoup "près, ceux qu’il nous est le plus facile de bien étudier. Pour prendre un exemple dans notre sujet , que d’habitude d’observation , que de sagacité ne faut - il pas pour démêler, dans une maladie, les phénomènes véritablement essentiels et fondamentaux qui la constituent , ces phénomènes dont tous les autres ne sont que des accessoires ou des conséquences! que de tact et de justesse, pour évaluer l’influence plus ou moins grande que ces derniers ont sur le fond de la maladie, et les modification!»'

qu’ils y apportent, même en lui restant 'subordonnés! que de souplesse d’esprit et d’attention, pour en, suivre tous les mouvements; pour ne point être séduit par les apparences diverses que la maladie, peut prendre à ses différentes époques par les métamorphoses que son caractère même, ses complications et toutes les circonstances extérieures peuvent lui faire subir !

L’examen des causes, ou prochaines ou éloignées, ne peut manquer de redoubler encore ici l’embarras d’un véritable observateur.

Qu’on me permette de revenir sur des idées que j’ai déjà exposées ailleurs, mais qu’il est indispensable de ne pas perdre de vue, pour savoir ce qu’on fait quand on raisonne sur une suite d’observations.

Ce mot cause ne doit point nous faire regarder les phénomènes de la nature comme contenus les uns dans les autres , comme tour à tour engendrés et générateurs : car il n’existe véritablement pour nous que des faits, qui se présentent ou simultanément ou dans un ordre successif. Tout ce que peut l’observation raisonnée est d établir entre eux des rapports d’analogie ou de différence, d’indépendance réciproque ou de subordination et d’enchaînement. Deux faits se ressemblent, ou ils diffèrent; ils paraissent toujours ensemble, ou ils surviennent souvent isolés. Si nous voyons un fait arriver constamment à la suite d un autre , nous disnus que le premier est

l'effet , le second la cause. Mais ceç noms ne leur donnent pas des qualités nouvelles : ils expriment seulement l’ordre de leur succession. Au reste, cet ordre n’en est pas moins important à connaître, puisque l’apparitiou du premier fait nous annonce avec certitude celle du fait subséquent. Sans cette connaissance, toute histoire n’est qu’une vaine suite de tableaux dépourvus de liaison ; sans elle, l’histoire des différentes maladies, incomplète et ridicule comme description, devient inutile et même dangereuse comme objet de comparaison applicable à la pratique.

Mais si cet ordre des phénomènes, tel que la ‘nature livrée à elle -même ou le cours le plus ordinaire des choses le présente, est très-difficile à déterminer; celui des phénomènes, qu’on peut appeler artificiels ( puisque c’est l’art qui les produit par l’emploi raisonné de diverses impressions insolites), est sans doute bien plus difficile encore à reconnaître et à fixer exactement.

Un homme éprouve des douleurs à la suite d’un grand nombre de circonstances qui peuvent également les avoir occasionées : si ces douleurs cessent naturellement au milieu de beaucoup d’autres circonstances qui se mêlent et se confondent, l’ignorance et l’irréflexion peuvent seules regarder comme facile de démêler et la véritable cause du mal, et celle de la guérison. Si le changement favorable arrive ensuite de l’emploi de certains remedes que l’analogie avait fait présumer

utiles , la conjecture d’après laquelle nous prononçons qu’ils l’ont été réellement a d’autant moins de poids que les exemples du même succès, dans des cas semblables, sont moins nombreux : et ce n’est qu’avec le temps 0 et par des observations répétées dans diverses circonstances, quelle peut atteindre à un très -haut degré de probabilité.

Il m’a paru convenable d’exposer dans toute leur force ces premiers obstacles, qui rendent si difficile et si incertaine la marche de l’esprit dans l’étude de la médecine , et surtout dans l’application des principes, ou de ses vues générales, à la pratique. J’ai pensé qu’il ue pouvait qu’être utile de reconnaître ces différentes sources de nos erreurs, sources malheureusement trop fécondes, et qui tiennent à la nature même des objets ou à celle des instruments que nous pouvons mettre en usage pour les étudier, et pour en approprier la connaissance à nos besoins.

On revient toujours nécessairement à la méthode. Elle ne nuit jamais par elle-même. Comment elle doit être appliquée à la médecine.

Observons d une part que le défaut de méthode ne peut pas être long-temps dangereux ; la nature nous force trop impérieusement a ré-

clamer ce secours : de l’autre, que l’abus de la méthode vient toujours, non d’elle -même, mais de la manière imparfaite dont les règles en ont été tracées. On 11e s’égare point, parce qu’on a trop de méthode ; mais parce que celle dont on fait usage n’est pas bonne. A mesure qu’elle se perfectionne, on voit toujours disparaître par degrés tous les vices et les inconvénients qu’on en croyait inséparables Les règles trop générales, tirées des ressemblances, se corrigent par d’autres règles tirées des différences. On descend jusqu’aux faits individuels: les distinctions, les exceptions elles -mêmes se classent; il s’en forme d’autres systèmes , toujours plus partiels : et de cet ensemble d’opérations successives dont les effets se rectifient ou se compensent mutuellement, on tire des résultats qui deviennent de jour en jour plus exacts et plus complets.

Enfin, dans l’application des connaissances théoriques aux usages de la vie , à la satisfaction de nos besoins particuliers; dans ces opérations de notre esprit , où les moindres vices de raisonnement peuvent avoir les conséquences les plus funestes, il est encore une méthode expérimentale et pratique , fruit de l’observation continuelle des objets et de l’emploi, sans cesse répété, des instruments. Un instinct heureux , plutôt que le savoir, en trouve les premières règles: il les suit comme un guide sûr, long-temps avant qu’on ait pu se tracer des règles véritables. Mais bientôt le

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savoir les éclaire et les étend : l’esprit philosophique les enchaîne et les coordonne ; il en perfectionne surtout l’application. Enrichie par des observations constantes, dirigée dé jour en jour par des vues tout à la fois plus générales et plus sûres, cette méthode pratique parvient à rectifier avec le temps ce que Ips autres méthodes, trop exclusivement renfermées dans la théorie , présentent de trop absolu , de trop rigoureux; et soumise elle-même à certaines modifications qu’indiquent et nécessitent les circonstances , elle se confond en quelque sorte avec le talent, dont elle est l’ouvrage, mais que cependant elle ne remplace jamais. *•

Bans l’étude de la partie thérapeutique de la médecine , c’est-à-dire , dans celle que toutes les autres ont pour but définitif de perfectionner, les règles ne peuvent être développées qu’au lit des malades; leur application ne peut être bien saisie que dans une- longue suite d’exemples : car ces exemples doivent, pour ainsi dire, épuiser toutes lès combinaisons possibles: il faut du moins qu’ib en retracent cent et cent fois les éléments ; il faut surfout qu’ils laissent dans la mémoire des images ineffaçables, qui servent dans la suite à reconnaître au premier coup-d’œil les caractères distinctifs de chaque maladie , au milieu de , toutes

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les complications qui peuvent les déguiser.

C’est ainsi que se forment, sous la direction de maîtres habiles , des médecins capables de guérir.

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Encore ces maîtres , il faut l’avouer , éprouverontir* souvent qu’on ne peut faire partager a ses auditeurs certaines sensations fines et fugitives; qu’il est des espèces de raisonnements inexprimables en termés précis, des jugements qui paraissent se confondre avec les impressions directes. Le médecin, dans l’esprit duquel les motifs de ses déterminations arrivent alors par une' vraie sympathie, infiniment rapide, ne peut les transmettre qu’aux hommes également bien organisés. Recevoir ces sensations, former ces raisonnements, ces jugements, concevoir ces déterminations, est

l’attribut exclusif du talent.

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» § VIII

Grande influence des langues sur les sciences. Leur réforme.

Parmi les causes diverses qui peuvent hâter le progrès des sciences, il n’en est point sans doute de plus puissante que des langues : c’est une Vérité trop généralement reconnue aujourd’hui, pour avoir besoin d’être exposée et prouvée ici de nouveau. Premier lien des hommes épars, doux fruit des premières relations fraternelles , les langues , apres avoir fait et scellé tontes les conventions des peuples naissants , ont confondu de plus en plus les intérêts et les efforts des individus, les ont dirigés par une impulsion bientôt hidé-

pendante d’eux-mèmes : et se mêlant à tous les détails de la vie privée et publique, elles ont exercé la plus puissante influence sur toutes les institutions et sur toutes les habitudes des sociétés. Partout où les langues et surtout les langues écrites étaient bien faites, les progrès de l’état social ont été rapides et sûrs : partout, au contraire, où des circonstances , qu’il paraît impossible de déterminer avec exactitude, avaient fait adopter un mauvais système de langage et de signes fixes où d’écriture, les peuples ont croupi dans l’ignorance , ou gémi sous l’oppression.

Mais les avantages des langues quand elles étaient bien faites , et leurs inconvénients quand elles étaient vicieuses, se sont fait sentir principalement dans les sciences, et plus particuliè»' rement encore dans celles dont les objets sont très -mobiles, et .par conséquent souvent mal déterminés.

Les mots saisissent, pour ainsi dire , les sensations : ils les résument et les fixent. En les retraçant à l’esprit, ils nous fournissent les moyens de les considérer sous toutes lèurs faces, de les comparer entre elles , d’en former les idées les plus simples, qui sont le résultat direct de cette première comparaison. Les idées les plus simples jouent à leur tour, en quelque sorte, le même rôle que les sensations directes. Elles se fixent , se retracent, se comparent encore à l’aide des mots;,*'

et ainsi de suite. D’où J’ ou voit * qjxe , par çë

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moyen artificiel, non - seulement des idées plus

compliquées et plus étendues s’expriment lorsqu’elles sont formées, mais aussi qu’elles se ' forment et se développent. Ce sont donc l’exacti-, tude et le bon emploi des mots, ou plus généralement des signes, qu’il faut considérer comme le critérium de la vérité : c’est à leur caractère vague, à la manière incertaine et confuse dont on les emploie, qu’il faut attribuer les notions imparfaites, les préjugés, les erreurs et toutes les habitudes vicieuses de l’esprit.

Dans presque toutes les parties de la médecine, la langue est mal faite. Elle s’est altérée de plus en plus par la fausse application des mots empruntés aux autres sciences, et par un certain jargon insignifiant et ridicule, que le coupable respect des préjugés populaires a trop souvent fait adopter aux, praticiens. *

Ce sont les Grecs et les Arabes qui nous ont donné les premières idées de médecine : c’est surtout dans Hippocrate et dans Galien que les professeurs modernes ont puisé la matière de leurs premières leçons. Les maladies décrites par les anciens , ont gardé les noms qu’elles en avaient reçus : les instruments, les remèdes et les préparations, découverts ou imaginés par les Arabes, ont passé pfrmi nous avec les mots qui les désignaient’ chez leurs inventeurs. Quand les Fran- ** çais Coinmencèrent à savoir écrire, le latin était 1^ langue des Savants: nos premiers livres de rilé-

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DE -LA MÉDECINE. l8l*

decine sont écrits en latin. En parlant français, la médecine conserva ses mots; on n’y fit guère d’autre changement que celui de leurs terminaisons. D’ailleurs, la barbarie des écoles était alors portée au comble : on y parlait d’une manière « la fois empesée et burlesque ; on écrivait d’un style obscur et trivial , grossier et fastueux. De cet état des esprits et des choses pouvait-il naître une langue médicale avouée par le bon goût et par la ' raison ?

Je prends un exemple. L’anatomie, trop souvent cultivée par des dissecteurs, plutôt que par des esprits dignes de la considérer sous ses véritables points de vue, est peut-être, plus qu’aucune autre partie de la médecine, embarrassée et obscurcie par ce vice des mots qui dénature à la longue les choses elles-mêmes. Il est inutile d’en citer les preuves : elles sont innombrables; et cette triste vérité ne peut plus faire une question que pour ceux qui ne seraient pas en état d’en suivre l’examen. Quelques vues isolées sur la nécessité de réformer la langue anatomique , se trouvent répandues dans différents écrits. Vicq-d’Azyr, mort en l’an 2 , victime de son ardeur pour le travail et de son zèle à secourir les pauvres de ses lumières , a mis à la tête de ses planches anatomiques un discours sur l’esprit qui doit diriger cette réforme. Mon respect pour la mémoire d’un homme qui a bien mérité des sciences, ne m’empêchera pas d’observer que cette partie de son

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travail est ‘ peu digue du sujet et de l’auteur. Il est arrivé â Vicq - d’Azyr ( comme à quelques autres savants ou hommes dé lettres) de croire suivre la méthode analytique , parce qu’il en employait les signes ou les expfessions. Mais , en appliquant cette méthode à des objets nouveaux, il faut l’approprier à leur nature et à leurs caraé- . tères particuliers; il faut rechercher et reconnaître les règles qui doivent y diriger son -en^r ploi; il faut, avant tout, se mettre bien en garde contre cette confusion des termes qu’elle est spécialement destinée à bannir. f ;l

Deux autres célèbres anatomistes et physiologistes ont publié des plans d’une nouvelle nomenclature. Ces plans sont dignes de leurs auteurs; c’est tout dire. Ils ont été dictés par uat. véritable esprit philosophique. Cependant je crois devoir faire quelques observations sur la matière elle-même en général.

Une langue est destinée à transmettre et à retracer les idées ou les images de tous les objets qui s’offrent à nos sens. Ces idées doivent d’abord être claires et précises : ainsi , le premier vice des mots d’une langue sera d’être confus , vagues ou susceptibles de plusieurs sens. Eft second lieu, les d’idées doivent être enchaînées dans un ordre naturel , et classées de manière à faire sentir dis-

tinctement et sans effort les rapports qui les lient entre elles : le second vice d’une langue est donc que ses mots n’aient point été formés sui-

vaut le plan de la formation même des idées ; quon les y transporte d’un objet à l’autre: qu’on les modifie ou les combine sans règle fixe ; que l’usage constant de la règle n’y lève pas toute incertitude par rapport à leurs transformations de sens, et ne montre pas dans les analogies ou dans les relations grammaticales des mots, celles mêmes des objets. La troisième qualité des idées est dp se réveiller et de se transmettre facilement : le troisième vice d’une langue est donc d’ètre difficile à apprendre et à retenir. Enfin, cette peinture parlée de nos sensations , ou plutôt des idées qu’elles font naître en nous, doit être capable de rendre par l’harmonie, la couleur, l’élégance, la force et la vivacité tle l’expression , les différents caractères de ces memes idées : elle doit pouvoir eu suivre tous les mouvements, en faire sentir toutes les nuances, et s’adresser avec le même succès à la raison , à l’imagination et à la sensibilité. Ce n’est pas seulement le désir de plaire , ou le besoin d’être ému , qui impose cette dernière condition; ce sont la netteté, la rapidité, l’énergie et la durée des impressions qui l’exigent : c’est par là seulement que l’intérêt et l’attention peuvent être toujours soutenus. Les langues qui sont tout à la fois exactes et brillantes , réagissent sur Jes esprits : elles leur impriment une activité nouvelle , et deviennent ainsi la cause directe de beaucoup d’idées qui n’eussent point été produites sans ce nouveau genre d’impressions. On

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pourrait croire que la langue des sciences doit se borner à l’exactitude , à la précision , à la clarté ; ces qualités y sont les plus essentielles sans doute : mais , non-seulement les sciences ont leur genre d’élégance et d’agrément; elles ont aussi leur éloquence ; elles ont leur manière d’ébranler l’imagination; et quelquefois même elles peuvent, s$ns sortir des limites que trace un goût sévère, parler à la sensibilité du lecteur.

Il serait inutile d’expliquer ce qu’on doit entendre par un mot précis. Pour être tel , il suffit que ce mot désigne clairement un objet déterminé>et qu’il ne puisse, en aucune manière, réveiller l’idée d’un objet différent.

La nécessité de suivre, dans la formation des langues, la même route que la nature dans celle des idées, n’est pas moins généralement reconnue aujourd’hui parmi les hommes éclairés : mais on a commis, je pense, quelques méprises à cet égard. Il n’est peut-être pas inutile d’en chercher la raison.

L’esprit humain n’a qu’une manière de procéder ; il va toujours du connu à l’inconnu. Màis , selon la nature des objets, cette méthode peut paraître quelquefois suivre un ordre inverse. Dans la formation d’un grand nombre de nos idées, l’analyse, va directement du simple au composé : daus celle de quelques autres , elle part du composé pour arriver a,u" simple. Ainsi, d{ms la formation primitive de nos idées et de nos senti-

monts moraux , dans le premier examen , clans la première classification qu’elle en a faite , l’analyse naturelle est partie des données les plus simples: ensuite elle les a combinées, surcomposées en quelque sorte à l’infini , sans pouvoir jamais arriver au terme de ces compositions et de ces combinaisons. Dans l’étude , au contraire , des objets de la nature dont nous voulons connaître les ressemblances et les rapports, par les déterminations de leurs élémens; dans la chimie, par exemple, dont le but est d’abord de séparer, les unes des autres , toutes leurs parties constitutives, les objets composés sont les premiers qui s’offrent à nos regards; et les plus simples, ou ceux que nous regardons comme tels, faute de pouvoir les décomposer, sont toujours nécessairement les derniers connus.

Ainsi, les premières idées de la morale, et les premiers mots qu’elle emploie, ne renferment, pour ainsi dire , qu’eux-mêmes : ils sont moins susceptibles de décompositions. Par exemple , dans la première époque de l’état social, l’idée de vertu n’est que l’idée de force ; la valeur de ce mot ne va pas au-delà de son sens direct. Mais , peu à peu , l’idée de vertu comprend celle de plusieurs autres qualités ou dispositions; et la signification du mot s’étend et se complique chaque jour, de plus en plus.

En chimie, au contraire, les premiers objets de nos recherches sont les corps les plus com-

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posés. A mesure que nous faisons de nouvelles découvertes, l’analyse résout ces corps en prin-* cipes élémentaires, de plus en plus simples; et le degré de cette simplification pourrait être regardé comme la mesure exacte des progrès de la science.

• Dans ces deux exemples, l’esprit a toujours marcbé du connu à Y inconnu , mais non toujours du simple au composé.

Ceci ne conduit-il pas naturellement à quelques remarques sur la nouvelle nomenclature chimique? Mon admiration pour ses auteurs, dont les travaux ont donné la plus puissante impulsion et la direction la plus sûre aux sciences naturelles; je dirai plus, mon attachement particulier pour . tous ceux qui vivent encore, ne permet pas de penser que je veuille, en aucune manière, diminuer l’importance du service qu’ils ont rendu, par la réforme de la langue la plus barbare et la plus absurde. D’ailleurs, les vrais savants de tous les pays s’étant empressés d’adopter la nouvelle nomenclature , et son usage offrant en effet plusieurs avantages essentiels , il ne s’agit plus de la discuter en elle-même. Mais, comme on la donne, d’une manière peut-être trop absolue, pour le modèle de plusieurs autres réformes du même genre, exigées dans diverses parties des sciences , quelques observations sur les principes qui ont • dirigé ses auteurs ne peuvent point , je crois , paraître hors de propos.

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En chimie , les vrais radicaux ne sont pas les corps simples, mais au contraire les corps composés : ce sont les premiers connus ; ce sont les premiers qui reçoivent des noms. Les noms des autres ne doivent-ils pas, en bonne analyse, se tirer de ceux-là? Le premier mot d’une bonne langue chimique doit-il être celui par lequel s’exprime son dernier résultat ? Ce mot ne peut-il pjts alors être souvent le produit d’opinions hypothétiques? et dans ce cas, le sens vicieux dont il serait affecté ne devrait-il pas dénaturer celui d<? tous les autres mots auxquels il serait associé , dans de nouvelles combinaisons ? Enfin , ne s’ensuivrait-il point de là la nécessité de créer une nouvelle langue, au moment où des expériences plus étendues ou plus précises auraient renversé l’hypothèse, ou seulement reculé les bornes de la science?

Supposons que Staalh , après avoir rassemblé dans son Traité du Soufre, l’un de ceux qui prouvent le plus et son habileté dans l’art expérimental, et sa rare sagacité dans la manière de raisonner d’après les faits ; supposons, dis-je, que Staalh eût entrepris alors de réformer la langue barbare de la chimie. Sa confiance très-juste, il faut en convenir, dans l’exactitude des travaux qu’il venait d’exécuter; l’admiration du petit nombre de juges compétents qu’il avait en Europe; la nécessité, bien réelle dès ce moment, et qu’il pouvait avoir reconnue ,' de porter dans les si-

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gnes des objets la même exactitude que dans les procédés des opérations: tout aurait justifié sans doute une pareille entreprise de sa part. Or, si dans cette réforme il n’eût pas suivi l’ordre de la formation des idées; c’est-à-dire, s’il eût négligé, dans la formation de ses mots, de commencer par ceux des corps composés, tels qu’ils s’offrent d’abord à nos yeux, pour en tirer graduellement ceux des produits de leur décomposition , sa langue nouvelle n’eût pas duré plus longtemps que son système , sur lequel elle aurait été nécessairement fondée. Si , au contraire , il eût suivi la vraie marche de la nature, peut-être aurait-il rendu, d’avance, absolument inutile la réforme qui s’est opérée de nos jours. Il aurait suffi d’ajouter les noms des objets nouvellement découverts, à la suite de ceux qui étaient déjà connus ; de tirer ces nouveaux noms des anciens , du moins quand cet ordre de leur génération eût été celui même des idées; de les combiner avec eux dans un enchaînement, et d’après des rap- • ports toujours simples et naturels. On voit qu’alors, la nomenclature aurait eu la même coordination que les idées : les nouveaux signes se seraient rangés d’eux-mêmes , ainsi que les idées nouvelles, dans un tableau tracé sur le même | plan. Car, s’il est de la nature d’une sage méthode de laisser toujours, dans la classification des sciences , une place pour les découvertes futures ; il est également de la nature d’une langue bien

faite, d’offrir, si je puis m’exprimer ainsi, des pierres d’attente pour les mots nouveaux que ces découvertes pourront exiger.

Et quant aux réformes proposées pour la langue anatomique , est-il bien vrai qu’un nom doive être la description , ou la définition de l’objet qu’il exprime ? Je ne le pense pas. Les mots simples , et dont le sens est direct , sont assurément tout-à-fait arbitraires (1). Pourvu que leur acception se trouve déterminée avec exactitude; qu’ils ne soient point désagréables à .l’oreille par les sons que la voix produit en les prononçant, ou à l’imagination par les idées qu’ils peuvent rappeler , il importe d’ailleurs fort peu qu’ils aient été formés d’après tel ou tel système. Ce n’est que pour les mots plus composés qui en découlent , ou pour ceux qui prennent un sens figuré, qu’on doit mettre le plus grand soin à suivre les analogies naturelles; à reproduire, s’il se peutj les sensations par lesquelles les objets eux-mêmes se manifestent à nous. Une jambe , un bras, pourraient être désignés aussi bien par deux autres mots, pourvu qu’on fût d’accord sur l’acception de ces mots arbitraires; pourvu qu’ils 11e pussent jamais avoir d’acception différente. Le langage serait plus ou moins harmonieux , plus ou moins

(1) C’est même là, puisqu’il faut le dire, un des plus

grands avantages des langues, et en général de tous les si- . gués artificiels. * f . . ai

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élégantf mais il serait toujours exaèV et clair.

U aigre, le doux, qui sont des qualités simples, du moins relativement aux impressions qu’elles font sur nos sens , pourraient être désignés indifféremment par d’autres termes quelconques : on n’y perdrait rien , ni pour la précision du sens , ni pour la facilité de la conception , ni pour celle , du rappel des idées par l’opération de la mémoire. Quand on prononce bras , jambe , on ne décrit ni ne fait connaître par ces mots les propriétés des objets qu’ilÿ retracent: quand on dit aigre, doux, on ne fait point l’histoire des substances acides et douces, ni même celle des sensations qu’elles causent. Mais si l’on détourne le sens de ces mots, en les appliquant à d’autres objets; si l’on veut les combiner avec d’autres mots, pour exprimer des idées complexes, alors il n’est plus possible de prendre et de suivre une route arbitraire. Si , par exemple , nous appliquons le mot bras à certaines parties d’une pince ou d’un fauteuil ; le mot jambe, à d’autres parties d’une table , ou d’une charpente : nous sommes forcés pour être clairs, et même pour ne pas devenir tout-à-fait ridicules , de suivre des régies constantes d’analogie. Si nous composons un mot pour exprimer une sensation complexe;. si, par exemple, nous disons aigre-doux, nous serons encore forcés de suivre d’autres règles fixes, qui sont déterminées par le caractère et par le but de la

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L) E r, A MEDECINE.

combinaison des idées et de la composition des mots.

Cela posé , l’on voit ce qu’il faut penser de la peine que se donnent quelques nomenclateurs , pour renfermer toujours les qualités d’un objet dans le nom même qui le désigne. Ces qualités étant différentes, suivant le point de vue sous lequel on le considère , il est aisé de voir que les noms peuvent être infiniment divers: et l’on retombe ainsi dans un autre arbitraire , mais privé de tous les avantages de la brièveté , de la simplicité , de l’unité ; car le même objet exige alors autant de mots différents, qu’il peut offrir de points de vue à l’observation.

Revenons encore à des exemples. L’une des plus mauvaises nomenclatures est sans doute celle de la myologie ou de la description des muscles;: c’est aussi par sa réforme , qu’on a cru devoir commencer celle de la langue anatomique. Mais le reproche le plus important qu’on ait à lui faire, n’est pas d’être surchargée de mots dont l’origine' est inconnue à la plupart des élèves; ce n’est pas de ne pouvoir aider leur attention et soulager leur mémoire, par le rapport des mots dérivés avec les mots primitifs ou radicaux , et de ceùx dont le sens est complexe ou figuré, avec ceux dont le sens est simple ou direct : c’est surtout de vouloir représenter les propriétés des objets, ou les circonstances qui le caractérisent , dans la formation même ou dans l’association des mots.

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Rien île plus variable, au reste, que le plan et le choix (les anciens nomenclateurs à cet égard. Tantôt ils se sont bornés à la figure du muscle , comme pour le trapèze , le splenius , le comnlexus , le jascia lata, le deltoïde, etc. : tantôt ils l’ont caractérisé par ses fonctions réelles, ou présumées, comme celle d 'obturateur, te fléchisseur de releveur, de sphincter, etc. : quelquefois il est désigné par la place qu’il occupe; tels sont le thènar, les lombaires, les épineux, le crotaphite, etc. : d’autres fois le mot qui le retrace se rapporte à la disposition de sa partie charnue, comme pour le digastrique : enfin le lieu, le nombre, ou la direction des attaches, a fourni le nom de plusieurs. C’est dans cette langue myologique surtout, que la pédanterie semble avoir réuni tous ses efforts; et ce n’est assurément pas sans succès.

Il faut rendre justice aux nouveaux nomenclateurs : toute cette bigarrure a disparu dans leur système. Leurs dénominations sont formées sur un plan unique. Le nom de chaque muscle indique les points de ses attaches : ils se sont bornés à ce seul caractère; et leur langue a déjà plus d’unité. Mais il est possible, et même il est convenable, (le considérer les muscles sous plusieurs autres rapports, pour en bien connaître la structure; et d’ailleurs, comme ils ont souvent des attaches plus ou moins multipliées, il faut alors nécessairement, de deux choses lune, ou

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•que le nom les exprime incomplètement , on ■qu’il soit composé de plusieurs mots, mis l’un à la suite de l’autre : or, dans le dernier cas, il devient souvent pédantesque, quelquefois ridicule, presque toujours difficile à fixer dans la mémoire, et d’un usage incommode. r

Un mot, je le répète, n’est point une description; il ne doit pas même être une définition : il lui suffit de désigner clairement, et sans équivoque , l’objet qu’il rappelle. Décrire cet objet , faire connaître ses qualités, ou ses fonctions, n’est pas le nommer : c’est faire son histoire ; c’est exprimer quels sont les éléments dont il se compose; c’est retracer son analyse, et en offrir les résultats.

L’importance de la matière doit faire pardonner , je pense , ces détails dans lesquels j’ai cru devoir entrer. Sans doute il ne m’a pas été permis de la traiter ici, avec l’étendue qu’elle mériterait : mais les observations ci-dessus feront du moins suffisamment entendre quelle idée j’attache à ces mots, langue bien faite , et réforme analytique des langues. C’était mon seul objet flans ce moment. - •

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