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propres, c’est-à-dire, des observât ions et des expériences faites sur le corps vivant , sain et ma- ' lade. Si l’on peut un jour les rapprocher des dogmes qui appartiennent aux autres sciences, ce ne doit être qu’après les avoir vérifiés séparément les uns et les autres. Telle était, dis-je, l’opinion de Bacon.
Un médecin plein de talent, que j’ai déjà cité avec estime , mais sans enthousiasme , Baglivi renouvela cette idée dans ses écrits et dans ses leçons. Il lui dut sans doute une grande partie ' de ses succès ; et l’on peut dire qu’il ne s’est * égaré quelquefois, que pour ne lui avoir pas été toujours assez fidèle. Enfin, Barthez l’a développée et appuyée de toutes ses preuves, dans un ouvrage rempli de grandes vues médicales, autant que de philosophie et d’érudition.
Dès lé temps d’Hippocrate, la médecine était déjà, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet ouvrage, altérée par le mélange • des systèmes philosophiques et cosmogoniques. Hippocrate- reconnût avèc beaucoup de sagacité , les inconvénients qui résultaient de ce mélange.
Cet observateur assidu vit clairement que la nature en général ne tient aucun compte des rêveries par lesquelles on prétend l’expliquer , et que la nature vivante, en particulier, a ses allures propres, qu’il faut étudier dans les faits, et noh vouloir deviner par de vaines conjectures et par ‘ de plus vains calculs. Il attaqua donc cet abus
ig(i RÉyOLïfïIONS
avec beaucoup de forçe. Mais le respect pour la vérité, qui doit toujours marcher avant le respect pour les hommes, quels que soient d’ailleurs leur génie et leurs services ; le respect pour la vérité ne nous permet pas de dissimuler que plus d’une fois, il céda lui-mème au penchant le plus général peut-être de l’esprit humain. A la place de certaines doctrines , vieilles et renversées par ses propres observations, il substitua des doctrines nouvelles, plus rapprochées des faits sans doute* mais qui n’étaient cependant encore que de pures hypothèses. C’est à lui qu’est dû ce système des éléments, qui joue un si grand rôle dans les écrits des anciens , et dans ceux dé leurs modernes abréviateurs , ou compilateurs; système qui donna bientôt naissance à celui des tempéraments , tels qu’ils étaient rangés dans leur première classification. Hippocrate était allé plus loin encore : il avait indique cette application qui en fut faite plus méthodiquement après lui , aux qualités des humeurs principales, et même au caractère médical des saisons, dont ehacune avait celui de l’un des éléments , et passait pour présider à l’une des humeurs.
En effet , quoique le système de Galien ait peut-être plutôt renversé les opinions dominantes . avant lui, que relevé la vraie médecine hippocratique^, son auteur n’a guère fait que dévev lopper d’une Ynaniète classique .différentes vues' plus ou înoins heureuses, qui se trouvent ré.-
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pain lues dans les ouvrages du médecin de Cos , ou dans ceiftc que ses disciples lui ont attribués.
Le lecteur sait déjà que ce système a régné despotiquement, pendant plusieurs siècles , dans les écoles. Attaqué tout à la fois par les admirateurs d’Hippocrate , par les chimistes , par les empiriques observateurs, il a résisté long-temps à leurs coups redoublés : et la pratique se ressent encore de sa longue tyrannie , même dans ce moment où nul homme véritablement éclairé n’oserait se déclarer le sectateur de Galien.
On a vu plus haut, qu’Asclépiade avait fondé sa médecine sur la philosophie corpusculaire. Le tempérament des Romains était en quelqne sorte -jfc ' plus fort, que la médecine ne pouvait être erronée : il résista à celle d’Asclépiade , comme il avait résisté précédemment à celle de Caton l’ancien. . .
Les méthodistes remplacent Asclépiade : nouvelle théorie, nouveaux plans de traitement.
Les premiers chimistes avaient eu raison contre les écoles. Ils avaient écrasé le galénisme , par les raisonnements et par les faits. Ils avaient découvert plusieurs grands remèdes. Par leur secours , ils savaient produire des espèces de miracles, c’est-à-dire, des effets inconnus jusqu’alors., et d’imposantes guérisons. Ces mêmes remèdes font encore aujourd’hui la fortune des charlatans , qui les manient avec plus d’audace que les hommes éclairés, et qui sans doute tuent souvent.
mais guérissent pourtant quelquefois; et cela suffit. Paracelse, par le moyen de lVjpium et de différentes préparations mercurielles, avait eu souvent l’air d’un Dieu qui commande à la nature.
Bientôt ce qui se passait dans les matras et dans les alambics devint , pour ces hardis expérimentateurs, l’image fidèle de ce qui se passe dans les corps Vivants. Les fonctions vitales, les ' mouvements organiques de tous les genres, ne furent plus que des fermentations, des neutralisations, dès sublimations. Si le cœur et les artères ont la faculté de se contracter , si les muscles ont celle de mouvoir les membres , tous les effets qui se rapportent à ces propriétés générales , sont dus à des effervescences , à des explosions particulières. La production des esprits animaux est une vraie sublimation, où le crâne joue le rôle d’un chapiteau d’alambic. Les acides et les alkalis, tantôt se combattant avec force, tantôt se neutralisant d’une manière paisible , déterminent, ou modifient la plupart des fonctions organiques. Le suc acide du pancréas se combine avecla. bile alkaline, pour compléter la grande fermentation digestive. Le mélange de l’acide du chyle, avec les sels, ou les soufres du sang, prodùit la chaleur animale, etc. etc.
Entraîné malgré moi , dans ces répétitions , je dois éviter du moins de les multiplier. Je terminerai donc , en rappelant que l’un de . ces chimistes , Tachénius , poussa le délire jusqu’à
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donner aux acides répandus dans le corps, et qu’il regardait comme la cause de toutes les maladies, une espèce de prudence ou de jugement , en vertu duquel ils choisissent avec justesse , parmi les alkalis des aliments ou des remèdes, ceux qui sont le plus propres à les neutraliser.
Avant que l’expérience raisonnée eut pu dissiper tant de pitoyables chimères , leur application systématique au traitement des maladies avait fait déjà beaucoup de ravages. L’esprit philosophique est dubitatif; il marche avec lenteur : l’esprit de conviction et de certitude, propre aux enthousiastes, est aussi prompt que tranchant. Les désordres et les malheurs se multipliaient de jour en jour ; les esprits semblaient s’égarer de plus en plus. Et cependant une certaine hardiesse à secouer les opinions consacrées ; une certaine inquiétude qui,- si elle ne conduit pas directement à la vérité, doit nécessairement empêcher de suivre long-temps la route de l’er- * reur, pouvaient encore , au milieu de tant d’objets attristants pour le philosophe et pour le véritable médecin observateur , leur inspirer de • justes espérances pour l’avenir. Nç semble-t-il pas , en effet , que ce soit le propre des erreurs chimiques , introduites dans la médecine à diverses époques? elles l’ont presque toujours égarée sans doute; mais ‘elfes n’ont jamais peut-être retardé véritablement ses progrès : et la pratique
doit à leurs tentatives les plus hasardées, plusieurs remèdes puissants. •• •
Pendant le dix -septième siècle, la géométrie et l’algèbre furent cultivées avec beaucoup d’ardeur et de succès. On peut dire qu’elles devinrent une espèce de mode. Vers le milieu du siècle dix-huitième, l’enthousiasme parut se renouveler. Fontenelle et Maupertuis, qui vivaient beaucoup dans le monde, y contribuèrent peut-être encore plus par leurs conversations, que par leurs ouvrages. Maupertuis, avec son imagination ardente , avec ses vues audacieuses et souvent gigantesques , entraînait les imaginations oisives , toujours avides d’impressions nouvelles. Fontenelle, par ses vues fines, par sa manière de * simplifier les objets les plus compliqués, de rapprocher les plus distants , de traduire en langue vulgaire les vérités les plus éloignées des idées reçues, faisait croire à ses? auditeurs comme -à ses lecteurs , qu’ils entendaient et savaient ce qu’il avait fait passer ainsi rapidement , mais avec netteté devant leurs yeux. ' " • •
Comme nous l’avons déjà vu, la philosophie de Descartes régnait à peu près exclusivement pendant cette époque. En appliquant Un nouvel instrument à des parties importantes et difficiles de la science, de l’étendue, Descartes en avait fait une science, en quelque sorte, toute nouvelle. Un nouveau calcul, plus hardi dans ses vues, plus puissant dans ses effets, semblait mettre
bien plus véritablement encore la géométrie à la tête des sciences. Ou crut voir dans des formules rigoureuses la pierre de touche de toutes les vérités.
Comment les médecins seraient- ils restés tranquilles spectateurs de l’enthousiasme général? Ils voyaient soumettre au calcul la- plupart des plus grands phénomènes de la nature. Pour être susceptibles de son application, ne suffit- il pas que ses phénomènes suivent un ordre régulier ; que leur apparition, leur retour, leurs changements offrent*des points de vue constants , sous lesquels on puisse les considérer à loisir? Les fonctions de l’économie parurent présenter ces caractères (1).
La géométrie et l’algèbre leur furent donc appli- . quées avec confiance. Les médecins pensèrent que la sûreté de l’instrument serait transmise aux résultats. L’Europe savante le crut; et ces résultats , publiés avec le ton de la certitude , passèrent ^ long-temps pour des oracles.
Ainsi, Borelli, le géomètre classique de lamé-* . deciue, d’après' la supposition que les aliments pressés par l'action des muscles du bas - ventre , ’àf du diaphragme et des tuniques de l’estomac, y t
^i) Sans doute les phénomènes de la vie peuvent, sous quelques points de vue, se prêter au calcul : mais ces points de vue sont en général peu importants ; et leur examen le plus approfondi lie jdtte presque aucune lumière sîfr les vérr- <aldes problèmes physiologiques et médicaux. f -
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T, sont triturés ou moulus pendant la digestion , * calcule la force que ces muscles emploient pour ' , • produire cet effet. Il trouve qu elle égale un poids
de deux cent soixante-un mille ceht quatre-vingtm * six livres; Wrainwright l’évalue à deux cent soixante mille; Fracassini, à cent dix-sept mille quatre- vingt- huit livres; Pitcarn, à douze mille neuf cents. Or, il est prouvé maintenant que la digestion se fait par d’autres moyens ; qu’il n’y a *• point de trituration dans l’estomac, et que le mouvement de ce viscère est, ainsi que c$lui des • intestins, presque insensible dans l’état oitlinaire , même après le repas le plus copieux.
Suivant Borelli , la force réunie des deux ventricules et des deux oreillettes du cœur, est de cent quatre-vingt mille livres; Haies ne la porte 9 qu’à cinquante -une; Keil la réduit à une. Cette différence énorme dans les résultats du calcul, qm ^ y devraient nécessairement être toujours les mêmes , si les données avaient quelque précision, dé- . -4 montre également la fausseté «le tous.
| Avant que les injections de Swammerdam et de
Ruisch eussent rendu sensibles aux yeux les 7 , séries, sans cesse décroissantes, des vaisseaux qui
charrient les différentes humeurs animales , l’hydraulique, peu perfectionnée encore elle-même, ne jouait qu’un faible rôle dans la médecine. Mais depuis cette époque, si mémorable d’ailleurs par de très -belles découvertes, les tuyaux, les stmpapes, les pistons, ont hérissé la nomen-
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clature médicale. Les lois de l’équilibre, celles des frottements et des résistances, les modifications que peuvent apporter dans l’action des forces impulsives le nombre, le diamètre ou la direction des tuyaux, sont entrées, comme données indispensables , dans l’explication des phénomènes de la vie. Presque toutes les sectes ont adopté, du moins à quelques égards , plusieurs de ces explications : et bientôt la pratique elle-même n’a plus * considéré le corps humain que comme un assemblage systématique de conduits communiquant entre eux, et dans lesquels il s’agit de faire circuler librement et facilement les humeurs.
Mais en retraçant ce tableau, je suis forcé de revenir sur des objets que j’ai déjà mis sous les yeux des lecteurs. Je sens encore une fois la nécessité d’abréger ces répétitions.
Paudrait-il, en effet, exposer toutes les conséquences exagérées ou ridicules que les différentes sectes, des solidistes modernes ont tirées de quelques observations, justes en elles- mêmes? Est- il nécessaire de rappeler que des fonctions générales et très -essentielles ont été attribuées à certains organes qui u’en ont que de très-secondaires ou de très- bornées? et que d’importantes ‘relations» ont été établies entre des organes ou des phénomènes qui n’en ont aucune? '
Cette foule d’opinions iucohérentes, renversées les unes par les autres, sont presque le seul fruit qu’aient produit jusqu’à ce moment les conuuu-
■%o4 "R K-V O LU T I O N S
nicatious prématurées que l’orgueil scientifique voulait établir entre la médecine et les autres sciences. L’examen de toutes les autres hypothèses, enfantées par le même esprit,- offre toujours le même tableau.
Et combien n’a -t -on pas à déplorer des erreurs sur lesquelles les praticiens n’ouvrent le plus souvent les yeux, qu’après qu’elles out fait périr un grand nombre de victimes! Dans les sciences dont l’application n’est pas directement relative à nos premiers besoins , ou dont les fautes peuvent être facilement réparées, les erreurs des théories choquent toujours sans doute les bons esprits; car ils voient dans un seul mauvais raisonnement le principe de beaucoup de fausses et dangereuses conséquences, qui peuvent en sortir comme d’un germe pernicieux : mais ordinairement ces erreurs ne sont pas d’une importance grave et immédiate. Le système du monde dePtolémée prouvait, et vraisemblablement aussi prolongeait l’enfance de l’astronomie : mais il n’avait dans la pratique aucun effet dangereux; il y suffisait même aux opérations usuelles. La théorie du phlo^istique de Staalh n’a tué personne, que •je sache"; et même les progrès de la chimie ne paraissent pas en avoir été beaucoup retardés.
En médecine, ce 11’est plus la même chose. L’application des règles qu’on s’est tracées est directe ; on ne peut errer impunément dans leur choix. La moindre fausse vue tire à conséquence;
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DE I. A M E DF. C. I If F.
et c’est (le la vie des hommes qu’il s’agit. Que de morts cruelles et prématurées , que d’existences débilitées et valétudinaires ont payé les folies des théoriciens! car ces folies sont presque toujours séduisantes. L’étude d’un système est plus facile, que celle de la nature: dans la pratique, il semble aplanir toutes les difficultés. L’esprit se repose sur des principes qu’il croit pouvoir mettre à la place de l’observation; et quand un assentiment un peu général en a fait une sorte de symbole pour les esprits faibles et imitateurs , si ies malheurs s’entassent , si les victimes tombent en foule sous cette faux nouveRe, associée, pour la destruction, à celle de la mort, on en cherche la raison dans des circonstances frivoles; on serait presque tenté d’en accuser les lois éternelles , sans songer qu’elles ne pehvant jamais avoir tort avec nous. M
La Médecine tend aux hypothèses , par la nature même *- du sujet auquel elle s'applique.
Deux questions se présentent ici naturellement à l’esprit: r? comment tant d’hoçnmés éclairés,*. « qui tous les jours avaient des tableaux de maladies et de traitements sous les yeux , ont : ils nu ^tre séduits parades idées que ces tableaux semblaient devoir 'démentir à chaque instant? 2° et comment se fait -il que les^uufeucs^deè plus pi- v
ao6 RÉVOLUTIONS ‘
toyables théories aient été quelquefois de sages médecins et des praticiens heureux?
La réponse à la première question sera facile.
v‘, » La nature semble avoir imprimé de faux traits de ressemblance à ses divers ouvrages; ou, pour parler plus exactement, nous pouvons voir entre eux des rapports chimériques. Souvent aussi, nous pouvons y découvrir des rapports réels, mais étrangers au but actuel de nos recherches :
• et plus les objets sont importants, ou s’éloignent de nos premières notions, plus aussi ces rapports, diversement infidèles, les défigurent à nos yeux. •
En effet, au milieu de cette immense variété de productions et de phénomènes, notre esprit se hâte, pour les classer, de chercher entré eux des analogies qui les rapprochent. Or , il est , en ♦r quelque sorte, impossible de ne pas trouver des ^ caractères communs, même dans les objets qui diffèi^nt le plus essentiellement les uns des
• autres : à plus forte raison, devons -nous en retrouver dans ceux qui présentent quelques traits
. de ressemblance véritable , mais qui cependant ue se rapprochent (pie par certaines faces ou de
* peu d’importance, ou tout rà- fait étrangères au genre de considérations pour lesquelles on veut
* les réunir.
& * Les différents corps offerts à notre observationsont régis par des lois propres, qili nous servent les. dislijiguef et S le^ classer. £■ ' \
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MÉDECINE. ' a©7
Ceux qui ne présentent aucune trace d’orga-
nisation , aucun signe de mouvement automatique, déterminé par leur structure, sont emportés par le mouvement général de l’univere, et soumis à la loi commune des masses, que l’on regarde comme agissant alors toute seule sur eux.
D’autres corps, également inertes en apparence, se trouvent pourtant réunis dans un ordée régulier, qup l’on n’observe pas sans étonnement; mais que la science ramène maintenant au calcul, et que l’art imite et reproduit. Tels sont les cristaux, les sels, et beaucoup de substances minérales qui ne sont ordinairement comprises ni sous l’une, ni sous l’autre de ces dénominations. Dans cet état des corps, qu’on peut considérer comme un second degré d’existence , les lois particulières qui les régissent leur impriment des caractères distinctifs et constants.
Sur cette terre que nous habitons , croissent à côté de nous, comme pour subvenir à nos besoins, ces familles innombrables de végétaux, dont l’aspect fait le charme des yeux j et dont les produits divers nous fournissent des habitations, des aliments, des vêtements, des moyens prompts d’employer le feu à notre usage , et, par lui, de nous procurer une foule de jouissances nouvelles. Examinés avec soin , leurs formes et leurs propriétés les distinguent sans doute à l’infini : mais cependant certaines qualités communes, certaines manières d’être générales les unissent;
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. 1 . ^Digtîieed by Gocÿli
R K V O L U T I Uff S
et les descriptions abrégées qui expriment ces ^qualités et cps manières d’être , forment le caractère fie ce qu’on nomme le règne végétal. Troisième degré de l’existence. :
Une organisation plus ou moins parfaite, une sensibilité plus ou moins exquise, distinguent les animaux entre eux : mais tous sentent, et tous sdnt organisés pour sentir comme il convient à leur destination. Les uns restent fixés à la place que le hasard leur assigne : ils ne sont que des plantes vivantes. Les autres ont reçu le mouvement progressif en partage : ils peuvent déployer leur activité, satisfaire leurs besoins, sur différenLs points de la terre ou dés eaux. Ces derniers . sont plus animaux en quelque sorte ; car cette seule circonstance multiplie leurs appétits et les moyens de les satisfaire.
Tods ces êtres si divers se trouvent doués d’une faculté commune, qui peut seulement devenir de plus en plus délicate, à mesure qu’elle s’exerce par des organes moins grossiers, et s’étendre sans cesse, à mesure que les appétits de l’espèce ou de l’individu -se portent sur plus d’objets; mais qui, cependant, établit un rapport général entre tous les êtres sensibles, et les sépare, par nue ligne de démarcation bien distincte, de tous ceux qui ne sentent pas.
C’est le quatrième et dernier degré de l’existence , du moins pour nous qui ne voyons, et qui par conséquent ne pouvons nous figuier aucun
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système d’organisation plus compliqué, d’où pussent naître des qualités nouvelles. Aussi, sommesnous réduits à prêter celles des êtres qui nous sont connus par l’observation , aux êtres que notre imagination peut se peindre, jetés dans d’autres mondes tels que le nôtre, ou répandus, comme une force vivifiante , dans l’immensité de l’univers.
A ces différentes classes de lois qui régissent tous les êtres dont l’homme a connaissance, il faut ajouter celles de la décomposition des corps, soit que la nature l’opère d’elle-raême, soit que l’art l’imite, soit enfin qu’il invente les moyens de la produire ; lois qui sans doute comprennent toutes celles que peuvent suivre dans leurs modifications variées, et dans leurs combinaisons nouvelles, les résultats, ou les êtres nouveaux obtenus par cette décomposition.
Il n’est pas sans vraisemblance que les êtres et les propriétés qui se développent dans ces derniers phénomènes, suite du mouvement éternel des corps, trouveraient leur place dans l’un des quatre degrés précédents; et l’on doit espérer de pouvoir les y rapporter quelque jour. Mais plusieurs questions importantes doivent avoir été résolues, et peut-être quelque grande découverte doit nous avoir fourni de nouveaux moyens d’analyse chimique , avant qu’on puisse ramener aux lois de la physique générale les phénomènes de la combinaison et de la décomposition des corps, i. i T/»
Ainsi, de la matière morte jusqu a la matière vivante ; de la masse inerte qui dort au sein de la terre, jusqu’à l’être qui sent et qui devient susceptible d’affections et de pensées, tout sans doute se lie et s’enchaîne : mais des lignes de séparation semblent tracées par la nature ellemême; et la méthode, en les fixant, a consacré des distinctions réelles, puisqu’on les observe entre le plus grand nombre des objets qu’elles séparent, et surtout entre les plus importants.
Il faut seulement observer que les lois caractéristiques de chaque classe se retrouvent, à quelques égards , dans la classe qui la précède , ou qui la suit. Ainsi , les substances cristallisables nous offrent des phénomènes qui leur sont propres, et qui sont absolument distincts de ceux des masses confuses; mais, en même temps, elles rentrent sous les lois de la physique générale, par leurs propriétés de corps étendus , pesants, etc. Les végétaux semblent, à leur tour, tenir encore par quelques phénomènes , à la classe des substances cristallisables; et par d’autres, ils se rapprochent des êtres sensibles et vivants : comme ceux-ci se rapprochant, par degrés , des plus parfaits de leur propre classe, se confondent par leurs espèces inférieures, avec quelques-unes de la classe des végétaux.
Dans celle des animaux, et surtout dans l’espèce de l’homme qui marche à leur tète, on ob-
de eâ‘ 'imîbfcdi’ifE. a’i ri
serve des séries de faits, communs à toutes les antres.
Quelques phénomènes de l’économie animale appartiennent, du moins sous certains points de vue, à la simple mécanique; d’autres sont une conséquence directe de la structure des organes, et de leurs rapports mutuels : il en est qùi résultent des Ibis auxquelles est soümis le cours des fluides dans un appareil quelconque de tuyaux : il en est aussi qui sont purement chimiques; d’autres enfin sont exclusivement dus à l’action de la sensibilité.
Dans le mouvement progressif, et dans tous les efforts qui le produisent, la puissance dès muscles s’exerce de la même manière, et suivant les mêmes lois que celle des différents leviers, auxquels ils peuvent être assimilés à plusieurs égards ; et son action s’évalue comme celle de toute force motrice quelconque, toutes lés fois que les circonstances de cette action , la nature de la résistance et le poids du mobile sont bien connus. La formation des os et celle de quelques concrétions morbifiques, semblent se rapporter à la cristallisation , en prenant ce mot dans son sens le plus général et le plus étendu.
Ce n’est pas sans apparence de raison, qiie les observateurs les plus attentifs ont donné le nom de végétation charnue, au' bourgeonnement de certaines parties animales , dépourvues de sensi-
212 HKVOLUTIONS
bilité , lesquelles semblent naître et se développer dans les corps vivants, à l’instar des plantes parasites. On a même regardé comme une espèce de végétation , la formation et l’existence même de l’animal dans le ventre de sa mère, où il vit des sucs pompés par ses racines, ou par les vais-seaux veineux du placenta, avant que des besoins plus étendus et plus variés aient^développé ses appétits , ses goûts et ses passions. Il ne devient, disait -on, véritablement animal, que lorsqu’il éprouve des désirs distinctement perçus; lorsqu’il est en état de combiner les sensations qui dépendent de ces désirs eux - mêmes ou des moyens de les satisfaire; lorsqu’il juge, choisit et conçoit des volontés : jusque-là, toute son existence se borne à l’instinct qui lui rend nécessaire l’application des sucs nourriciers. Quoique ici l’on ait poussé trop loin , sans doute , ces V analogies, il n’est pas entièrement déraisonnable de conjecturer que ce premier état des corps animés se rapproche, à beaucoup d’égards, de l’état constant des végétaux.
Enfin , certaines décompositions qui s’opèrent journellement dans l’économie animale; le dégagement ou la formation de certains fluides aériformes ; la neutralisation de certaines substances, et les effervescences qui l’accompagnent; la manière dont se comportent les aliments, ou les remèdes diversement associés : tous ces phénomènes, dis-je, appartiennent réellement à la
chimie; et quoique, en général, ils n’aient guère lieu que dans l’estomac , dans le canal intestinal , ou dans certaines parties qui ne reçoivent, soit naturellement, soit accidentellement, qu’une faible influence vitale, ils ont pu , non pas (du moins encore ) fournir une base solide aux dogmes d’une médecine chimique, mais entrer comme éléments dans les combinaisons des praticiens.
Ces observations répondent à la première question que nous nous sommes faite. Les caractères divers, confondus dans la plupart des phénomènes de l’économie animale, suffisent pour expliquer, et peut-être ils excusent à certains égards, le règne de tant d’hypothèses , qui pouvaient toutes invoquer en leur faveur le témoignage de quelques faits (i). Car les hommes ne se sont pas égarés si souvent , et d’une manière si funeste , sans pouvoir colorer leurs erreurs de certains motifs plausibles. Ordinairement , les opinions les plus absurdes doivent leur origine à l’abus de quelques observations incontestables ; et les erreurs les plus grossières sont le résultat île certaines vérités reconnues, auxquelles on donne une extension forcée, ou dont on fait une mauvaise application.
(i) Vôilà ce qui faisait dire aux anciens, que le corps humain est un petit monde, qui présente, en quelque sorte, des échantillons , ou des modèles de tout ce qui se passe dans le grand.
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Quant à la seconde question, qui consiste à rechercher comment il peut se faire que des théoriciens très - déraisonnables aient été, plus d’une fois, de sages praticiens : la réponse se tire également, et de la nature des objets que la médecine embrasse, et de la mauière de procéder la plus familière à notre esprit. Peut-être aussi ce phénomène singulier tient-il à un fond d’habitudes philosophiques, que les médecins doués de quelque sens, sont, pour ainsi dire, forcés de contracter dans la pratique de leur art ; habitudes qu’on observe chez des hommes d’ailleurs fort médiocres , et dont se ressentent encore utilement ceux même dont on a le plus égaré l’imagination.
Et comment serait -il possible de considérer sans cesse la nature vivante , sous tous ses points de vue; d’assister à la production de tant de phénomènes; de suivre l’existence de l’être physique et moral dans ses passages de la santé à la maladie , de la maladie à la sauté , de la vie à la mort , sans avoir des idées plus justes de l’homme, de ses facultés, de leur emploi, du véritable but de son existence? En épiant tous les traits qui caractérisent ses divers états, combien d’observations qui, dans la suite, ferment tout accès aux préjugés! combien d’cd>jets intéressants offerts à la curiosité , et dont la contemplation l’aiguise et la règle tout à la fois! Que de tableaux
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qui dévoilent et les hommes, et les choses, aux regards les moins pénétrants !
D’abord , toute maladie réduite aux termes d’un problème dont on cherche la solution, ou d’une énigme dont on cherche le mot, renferme sans doute en elle -même, les données de son traitement. Ces données sont dans le caractère , dans le nombre et dans l’influence réciproque de ses phénomènes. Dès-lors , pour être le plus sûr, le plus facile et le plus prompt, ce traitement doit s’y rapporter avec exactitude. Il ne faut pas croire, cependant, comme je l’ai fait voir ailleurs , qu’on ne puisse guérir que par une seule méthode (1) : vraisemblablement, il en est une, dans chaque cas particulier, meilleure que toutes les autres; le talent du vrai médecin consiste à s’en rapprocher, autant que le permet la nature des choses , et celle de notre propre intelligence : mais des méthodes différentes, ou même contraires , du moins suivant l’opinion commune, peuvent nous conduire au même but, à la guérison : et comme il est presqtte toujours impossible d’évaluer les dangers de celle qu’on a suivie avec succès, le médecin et le malade demeurent ordinairement persuadés qu’elle est lu plus parfaite. J’ai fait voir aussi qu’il n’y a point
(i) Voyez l’écrit intitulé : Du degré de certitude de tu Médecine.
2 16 ,BÉV0LÜT10fîS
à cette manière de s'entir et de conclure , autant d’inconvénients qu’on pourrait l’imaginer.
En second lieu, quoique guidés par de mauvaises théories, quelques praticiens habiles ont eu, comme Sydenham, la sagesse de n’en faire aucune application hasardée. Ils ne sont point sortis, en s’appuyant sur elles, des faits mêmes qui les leur avaient fournies; et dans leurs traitements , ils ont évité de les regarder comme des règles sûres, pour les cas nouveaux. Par là, leurs erreurs systématiques n’avaient , pour eux , presque aucune mauvaise conséquence pratique. Ils se conduisaient à peu près comme ils auraient pu le faire, s’ils n’avaient point adopté d’hypothèse sur les principes de l’art. '
En effet, entre l’empirique rationnel, qui ne sort point des raisonnements immédiats tirés de l’observation, et le théoricien qui n’appliquerait sa théorie qu’à des phénomènes identiques avec ceux sur l’analyse exacte desquels il l’a fondée , la différence serait absolument nulle. L’un et l’autre , dans des circonstances semhlables , prendraient exactement le même parti ; c’est-à-dire , celui que l’expérience leur a fait reconnaître comme utile : et si les traitements diffèrent alors, ce n’est pas à cause de la théorie adoptée par l’un des deux médecins et rejetée par l’autre; c’est uniquement à cause de la diversité des méthodes curatives qui ont dirigé leurs expériences. Âiusi , les erreurs du théoricien qui resterait dans
ces sages limites, ne seraient des erreurs que pour les personnes qui les voudraient adopter après lui. Ces dernières , n’ayant point les mêmes tableaux dans leur mémoire, comment pourraientelles resserrer l’application des principes dont ils sont le fondement, dans leurs justes limites? Et les sectateurs ne sont-ils pas toujours bien plus portés que les inventeurs eux-mèmes, à pousser les idées systématiques jusqu’à leurs extrêmes et plus folles conséquences? Leibnitz riait quelquefois avec ses amis intimes , des monades et de l’harmonie préétablie ; Wolff était fort éloigné d’en rire. Staalh se moquait assez librement des applications indiscrètes que plusieurs de ses disciples faisaient de son système; il les admirait, 'd'être plus staalhiens que lui : pour eux , rien ne leur était plus pénible que les plaisanteries de leur maître; leur foi n’en était point ébranlée, mais elle s’en effarouchait comme d’un scandale; et ils s’efforçaient de les cacher pieusement , comme les enfants de Noé venaient à reculons voiler sa nudité.
L’application d’une philosophie plus rigoureuse à la Médecine, l’a-t-elle privée de richesses véritables?
Tel est donc le point où la médecine philosophique est parvenue. Elle a renversé la plupart
al^ RÉVOLUTIONS*
des théories; elle a ridiculisé les autres; et les observations , ou les faits relatifs à chaque branche de l’art , sont à peu près tout ce qui surnage , au milieu de cette espèce de naufrage universel.
Mais en réduisant la médecine à ce positif, en apparence si borné, les méthodes philosophiques n’ont -elles pas attaqué la science ellemême? N’a-t-on pas censuré par orgueil, rejeté par dédain, détruit par dégoût? Et cette grande révolution , comme la plupart de celles qui l’ont précédée t ne tient-elle pas uniquement au désir inquiet de la nouveauté, au triste besoin d’anéantir les travaux de nos prédécesseurs, à cette activité tumultueuse qui porte sans cesse quelques hommes à tout recommencer sur de nouveaux plans?
Ce serait d’abord une idée bien singulière que de regarder la révision de la science comme une attaque dirigée contre elle, et le rejet des hypothèses comme un renversement de tout principe. Les vues générales doivent être déduites des faits : si elles en découlent véritablement, nous les y retrouverons aussi bien que ceux qui les eu ont tirées : et nous serons d’autant plus sûrs de leur justesse, qu’aucun intérêt particulier ne nous attache d avance à l’une plutôt qu’à l’autre ; que nous sommes disposés à recevoir celles qui peuvent se présenter, et que nous ne connaissons pas encore, avec le même empressement que celles qui nous ont été transmises par les anciens. Aujoitr-
d’hui, ce n’est plus à défendre telle opinion, que les savants mettent leur gloire ; c’est à faire preuve d’un bon esprit, en cherchant sincèrement la vérité , en reconnaissant leurs propres erreurs. Etre arrivés à ce point, c’est avoir fait un grand pas.
Occupés à multiplier les connaissances réelles , et surtout à les constater , les vrais philosophes sont toujours, d’avance, parfaitement indifférents sur les résultats de leurs recherches. Que ces résultats soient, ou ne soient point conformes à quelque opinion reçue , qu’importe ? La seule question pour eux est de s’assurer qu’ils sont exacts. Cette disposition d’esprit est encore fortifiée par le caractère des méthodes actuelles qui, loin d’aiguiser la vanité, lui laissent chaque jour moins de prise, en ramenant de plus en plus à des procédés, pour ainsi dire, mécaniques, la plupart des travaux dont la société retire le plus de gloire et de fruit.
Descartes, eu proposant la réforme des idées, exigeait pour préliminaire indispensable, de considérer toutes celles qu’on pouvait avoir déjà, comme non avenues. Il voulait qu’un nouvel examen en fit reconnaître la solidité ; il voulait même qu’on fût d’autant plus difficile dans cet examen, que l’habitude de croire équivaut presque toujours pour nous à la démonstration. Les esprits faibles furent, de son temps, fort effrayés de ce plan de réforme : ils crurent qu’il ne s’agissait de rien moins que d’ébranler la hase des certi-
RÉVOLIITIOHS
turles humaines. Quelles vaines alarmes! Comme si la discussion pouvait être redoutable pour autre chose qife pour l’erreur! comme si la vérité ne sortait pas toujours de cette lutte, plus pure et plus brillante ! Ce sont les examens incomplets eux seuls qui troublent les idées, qui font sans cesse flotter l’esprit entre le dogmatisme et le septicisme. La bonne analyse nous détourne, il est vrai, de plusieurs recherches inutiles; à sa lumière, nous n’avons pas de peine à reconnaître quels sont les objets qu’il nous est à jamais interdit d’éclaircir : mais elle donne plus d’évidence à toutes les vérités; elle nous y attache avec plus de force ; et c’est elle seule encore qui nous indique les moyens de faire et de vérifier toutes les découvertes qui nous sont réservées dans l’avenir.
Il en est de la médecine comme des autres objets de nos études. En y répétant l’examen des faits et des opinions, non-seulement nous ne risquons de perdre aucune des vérités découvertes, mais nous devons, par cela même, en découvrir nécessairement beaucoup d’autres, qui sont renfermées dans les observations, et que nous n’y soupçonnons peut-être même pas. Les richesses réelles des sciences sont dans les vérités constantes et reconnues, et non dans l’appareil des systèmes ; elles se mesurent sur l’exactitude , et non sur le nombre, ou sur l’apparente grandeur des idées. Lors même que les méthodes «l’examen
sont parfaitement sûres, on ne peut en réitérer , trop de fois l’application aux mêmes objets. C’est ainsi que les connaissances s’épurent de plus en plus : et rien sans doute ne serait plus avantageux que de faire, de temps en temps, une sévère révision de celles même qui ne laissent aucun motif d’incertitude dans les esprits.
§ XII. «jwi
Que reste-t-il à faire pour la réforme de la Médecine ?