‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 33 sur 67 · I . 'râsrh- J .•'îi.ifirtù · texte numérisé non relu

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Mais comment doit se faire en médecine, cette révision de nos connaissances? ou plutôt (car elle est supposée faite au moment où toutes les hypothèses se trouvent écartées sans retour), comment réorganiser cette masse d’observations et d’expériences dont elles ont été successivement le centre de réunion, ou le point d’appui, et qui restent maintenant éparses et sans lien commun?

Toutes les sciences d’observation se composent de faits; chacune d’elles existe dans l’ensemble de ceux qui lui sont propres. L’industrie humaine les observe, les constate, et quelquefois les produit artificiellement : le raisonnement les enchaîne, tantôt suivant l’ordre dans lequel ils se sont manifestés, tantôt suivant celui qui paraît devoir en mieux faire connaître les rapports. Il les classe, les rapproche, ou les met en opposition : il fixe les rapports généraux ou particu-

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, liers, à raison de leur importance directe, ou de celle des résultats que ces rapports entraînent, et des vues ultérieures qu’ils indiquent.

Telle est la marche de l’esprit quand nous suivons une bonne route ; et telle est la route qu’il faut s’efforcer de suivre toujours. La partie théorique d’une scierice doit donc être le simple énoncé de l’enchaînement , de la classification et des rapports de tous les faits dont cette science se compose; elle en doit être, pour ainsi dire, l’expression sommaire. Si la théorie ne se renferme pas sévèrement dans ces limites étroites, ce ne sont plus des tableaux méthodiques d’objets réels qu’elle présente : ce sont des ensembles de résultats étrangers aux faits ; ce sont de vains fantômes qurelle produit.

Quand on jette les yeux sur la masse entière des faits de médecine que les siècles ont recueillis, l’esprit se trouve comme perdu dans leur ♦ nombre et dans leur diversité. Que faire alors? Ce que fait un homme qu’on place à côté d’un amas d’objets confondus, et qu’on charge de les distinguer et de les classer, en indiquant dans l’ordre même de leur distribution, les rapports qui peuvent être observés entre eux.

D’abord, cet homme s’arrête sur les grandes différences, sur celles qui sont le plus incontes- . tables, et en même temps le plus faciles à saisir: . il en tire ses premiers moyens de division. Il revient ensuite sur chacune de ces classes génc-

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raies. En considérant avec plus d’attention les objets quelles renferment , il y reconnaît des différences moins frappantes, mais cependant sensibles , qui lui servent à tracer des divisions secondaires. Ainsi, de proche en proche, il va classant, divisant et subdivisant, jusqu’à ce que tous les objets aient trouvé la place qui leur convient le mieux.

Car il faut observer que cette place peut être fort différente, suivant la nature du but qu’on se propose dans la classification. Les objets ne sont pas considérés sous le même point de vue, dans toutes les sciences : dans chacune, ils peuvent donc avoir, ils ont même effectivement entre eux, des rapports spécifiques et particuliers; et par conséquent, quoique la méthode générale des classifications soit toujours la même , chaque classification peut et doit offrir des différences dans l’ordre et dans l’enchaînement des objets.

Rendre compte de cet ordre et de cet enchaînement; en exposer, en développer les motifs; montrer tous les rapports des objets ou des faits rangés dans le tableau; tirer de ces rapports toutes les conséquences qui peuvent s’en déduire immédiatement : voilà ce que les meilleurs esprits ont fait dans quelques parties des connaissances humaines , et voilà ce qu’il reste à faire en médecine. Ainsi la science, ou du moins les ouvrages destinés à en présenter le tableau le plus fidèle, se réduiraient, d’une part, à des recueils complets

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et bien ordonnés d’observations; de l’autre, à tle courts, exposés théoriques, où l’on rendrait compte, i? de l’esprit dans lequel ces recueils sont et doivent être formés ; a° des résultats les plus directs qui peuvent être tirés de ces différentes observations.

Pringle disait que la médecine était, depuis les Grecs jusqu’à nous, une science où, sur peu de faits , l’on faisait beaucoup de raisonnements ; et qu’il fallait, au contraire, à l’avenir, y faire peu de., raisonnements sur beaucoup de faits. Dans cette manière d’élémenter l’art de guérir , la seule xlont il soit encore susceptible, le vœu de cet empirique respectable serait rempli. Il ne faut plus de vues hypothétiques, plus de vains systèmes: les idées théoriques qui ne sont pas la conséquence évidente et incontestable des observations ^et des expériences, pourraient-elles se soutenir à ' côté du tableau raisonné de ces expériences, et de ces observations ? Ne serait-ce pas aussi le moyen de ramener la paix, et-.de rétablit' solidement, entre les deux sectes qui divisent la médecine depuis sa naissance ; entre les dogmatiques et les .empiriques? fces esprits les plus sages de l’un et 4’autre parti ne ;trouveraient-ils pas dans ces tableaux tout ce qu’ils s’accordent à désirer dans ‘ un bon système, et rien de ce qu’ils se reprochent

* Et qu’on ne dise pas que ce serait couper les ali 'génie , et le réduire à l’emploi servile de

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ddpiste ; ou de faiseur de tables arides. J’ignore d’abord si, dans les sciences qni demandent avant tout de l’attention et de l’exactitude, il est si nécessaire de donner ce qu’on appelle des ailes au génie; ou si, comme le dit un homme (i) qu’on accuserait difficilement d’avoir été timide, il ne vaudrait pas mieux, lui attacher du plomb aux pieds.

D’ailleurs,' qu’on se rassure, le génie et le zèle auront encore de quoi s’exercer dans cette grande ' réforme; ou plutôt, la carrière qui s’ouvre devant ehtf est entièrement neuve, et, pour ainsi dire, illimitée; et l’on ne pourrait presque plus dès lors, ÿ’' fa ire de faux pas réellement dangereux. Vingtcinq ou trente années suffiraient aujourd’hui pour vérifier toutes les observations (sauf peutêtre celles qui se rapportent aux constitutions épidémiques): le même espace de temps suffi-*' rait encore pour répéter toutes les expériences et pour en constater les résultats.

Ce premier travail terminé, il ne s’agirait plus que de perfectionner les méthodes pratiques.

Elles auraient déjà reçu d’importantes améliorations, et de ces observations, et de ces expé- 'J riences elles -mêmes. A l’aide du temps, l’esprit *****

philosophique leur donnerait toute la sûreté dont ...

elles sont susceptibles. Tous les problèmes se- •

raient enfin résolus j et la médecine se trouve- h 4 W

(i) Bacon.-

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' rait au niveau, des autres sciences par sa certitude; comme elle est peut-être au-dessus par les objets de ses études, et par la haute importance des différents buts qu’elle doit se proposer.

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