‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 34 sur 67 · XIII · texte numérisé non relu

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Exposition plus circonstanciée des procédés de l’analyse

* " l philosophique , appliquée à la Médecine,

Mais la manière d’appliquer l’analyse philosophique aux Objets si nombreux et si variés qpe la médecine embrasse , n’est point suffisamment expliquée par cette indication générale. : il est nécessaire d’entrer encore dans quelques détails.

A quelque objet quelle soit appliquée, l’analyse est au fond toujours la même. Cependant „ comme on peut considérer les objets sous diffé-

• ' /• • rents points de vue, et par conséquent y chercher.

■ des rapports de différents genres, les procédés, par lesquels on. reconnaît ces rapports, offrent ^ certaines différences, relatives, à la nature des re-

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* "sôus le simple point de- vue de sa grandeur, de y , ■ sa forme , des relations dé ses parties, entre elles „ ;iV^.*> ;dfc sa situation à l’égard d’un ou.de plusieurs ‘ ‘ autres corps,' des ressemblances , ou des diffé-

«*V }/ * • Vences que la nature a mises'^entre eux. Que fait

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alors l’analyse ? Elle décrit exactement ce corps; elle lui assigne la place qu’il occupe, relativement à ceux que l’on considère conjointement avec lui. C’est donc ce qu’on peut appeler analyse de description.

Si les recherches ne se bornent pas à ces qualités extérieures, à ces rapports de situation; si l’on veut* connaître les éléments dont un corps est composé, c’est-à-dire, les parties de matière dont l’intime combinaison le constitue ; et si l’on sépare ces diverses parties, pour examiner la nature de chacune d’elles, ou du moins les caractères par lesquels elles se manifestent à nous , le résultat de l’analyse n’est plus une simple description de ce corps. Pour l’étudier sous ce point de vue , il faut le décomposer : et si l’on parvient à le recomposer, en combinant de nouveau ses parties constitutives, qu’on avait d’abord isolées, l’analyse est parfaite. C’est par celle-là, que les chimistes modernes ont opéré tant de merveilles; c’est elle qui garantit l’exactitude et la gloire de leurs travaux. On peut l’appeler analyse de décomposition et de recomposition.

Mais les objets de nos recherches ne s’offrent pas toujours simultanément à nos regards. Souvent, ce ne sont point des corps susceptibles d’être fixés sous nos yeux; ce sont «les phénomènes qui se succèdent, et qui peuvent, tantôt être iiulépendants les uns des autres, tantôt s’enchaîner dans un ordre que l’observation nous fait saisir. • 1 5.

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Quelquefois même, lorsqu’il s’agit de l’étude de certains corps, c’est par les changements qu’ils subissent sous l’œil de l’observateur qu’on les étudie ; c’est le tableau raisonné des changements antérieurs qu’ils peuvent avoir subis, qu’on a pour but de tracer. Dans l’étude de ces phénomènes, on veut découvrir s’ils ont des relations entre eux, ou vérifier s’ils n’en ont réellement pas. Dans le tableau de ces changements, on cherche à reconnaître toutes les propriétés dont les corps ont été doués par la nature; et lorsqu’on a véritablement réuni les observations et les expériences nécessaires pour compléter l’un ou l’autre genre de travail, il en résulte des histoires raisonnées, où la succession des faits relatifs à tels ou tels objets de nos recherches, se développe dans l’ordre naturel. C’est ce que nous appellerons analyse historique.

Enfin , nous pouvons considérer , non les objets eux-mèmes, mais les idées que nous nous en sommes faites. Ces idées peuvent se comporter dans notre cerveau, comme des sensations immédiates; c’est-à-dire que nous pouvons, après les avoir perçues distinctement, les comparer, déterminer leurs rapports , reconnaître quelles sont les idées nouvelles que chacune de celles-là renferme, et déduire ainsi de longues séries de vérités qui naissent les unes fies autres.

ici, dis-je, ce ne sont plus les objets directs et matériels de nos sensations, qui deviennent • . - ' *

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le sujet tle nos recherches : nous opérons sur tles produits de notre entendement, ou plutôt sur leurs signes , seul moyen par lequel nous puissions nous les représenter, et les soumettre à l’examen. Quand les signes sont bien faits, quand ils expriment nettement et ciconscrivent avec précision les idées, on peut toujours s’assurer si chacune d’elles en renferme véritablement une ou plusieurs autres; on suit, sans peine, l’ordre de leur enchaînement; on marche de conséquence en conséquence, avec une entière certitude; et l’on peut à chaque instant, rendre sensible la démonstration de tous les résultats. Cet ensemble d’opérations de notre intelligence, peut s’appeler analyse de déduction.

Nous avons dit que la méthode philosophique' est toujours la même au fond, dans ces applications différentes; il serait facile de s’en convaincre par un examen plus attentif et plus détaillé.

Condillac, pour donner une idée nette «le ce qu’il entend par analyse, suppose un homme arrivé de nuit dans une maison de campagne , dont il ne connaît point les environs. Le lendemain , les fenêtres de l’appartement occupé par cet homme s’ouvrent tout à coup : il découvre une belle campagne, dont l’aspect lui présente beaucoup de points de vue variés. Aussitôt les fenêtres se referment ; et le voilà replongé dans l’obscurité la plus profonde. 11 a saisi, d’un coup d’œil rapide, toute cette campagne si riche et si

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brillante : en a-t-il un tableau fidèle dans l’esprit? Non sans doute. Mais si la fenêtre s’ouvre une seconde fois , et qu’elle reste ouverte pendant un certain temps, alors notre contemplateur recommence l’examen de ce paysage. Après avoir reçu la première impression de l’ensemble, son œil distingue les parties; il les examine séparément, il les compare, il cherche à fixer leurs rapports; et les réunissant ensuite de nouveau, dans un regard qui les embrasse toutes à la fois, il recompose ce tableau total, dont il n’aurait eu, sans doute, que l’idée la plus vague, s’il ne l’avait pas soumis d’abord à cette espèce de dissection. Qui ne voit que, dans ces opérations successives, dont le but et le résultat sont de fournir' l’exacte description du paysage, il y a décomposition et recomposition de l’objet; que dans les jugements portés sur le rapport des diverses parties, il y a déductions d’idées, et conséquences tirées de ces déductions ; qu’enfin , si l’examen du paysage dure assez long -temps, pour que chacune de ses parties soit éclairée de plusieurs manières différentes par le soleil , on observe une suite de changements, ou de phénomènes relatifs à leur état extérieur , et dont l’exposition semble appartenir à l'analyse historique P

De leur côté, l’analyse historique et celle de déduction n’offrent-elles pas, dans les opérations dont chacune d’elles se compose , des circon-

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stances parfaitement analogues, ou même 'semblables à celles qui sont plus particulièrement propres à toutes les autres .espèces d’analyse ? Car, non - seulement dans celle de déduction se trouvent des descriptions d’objets, des décom positions et recompositions d’idées ; mais elle opère souvent sur des résultats qui ne peuvent être fournis que par l 'analyse historique : et nonseulement aussi cette dernière présente des descriptions et des déductions ; mais elle décompose et recompose encore sans cesse les objets , ou les phénomènes et le$. changements , qu’elle a pour but d’enchaîner dans leur ordre naturel , ou de retracer dans ses fidèles tableaux.

Dans un autre endroit de «es ouvrages, Condillac représente un peu différemment les procédés de l’analyse. Un homme veut étudier la structure d’une machine , celle , par exemple , d’une montre. Que doit-il faire pour cela ? Le plus sûr, comme le plus simple de tous les moyens, n’est -il pas de la démonter pièce à pièce; de bien observer la forme et les autres propriétés sensibles de chaque rouage, de chaque partie; de remettre ensuite ces différentes pièces à leiu’ place naturelle , après avoir suffisamment reconnu leurs points de réunion ou de contact , et déterminé leurs rapports mutuels ? Quand on a fait toutes ces opérations, avec as&ez de soin, pour avoir dans l’esprit l’image nette de chaque partie, et de l’ensemble de la madùne, ou eu cou-

ada . ni fou mi:

naît «véritablement la structure ; et l’on peut en

apprécier et même en prédire les mouvements.

Le lecteur verra sans peine, que c’est ici véritablement l’analyse des chimistes , celle de décomposition et de recomposition. Il ne s’agit , il est vrai, que de rouages, ou de pièces mécaniques, et non d’éléments intimes, de parties intégrantes et constitutives : mais qui ne sent que les éléments d’une machine, ou les parties qui la constituent , sont les pièces dont la structure et la réunion la rendent capable de produire une certaine suite de mouvements? comme les vrais rouages d’un corps chimiquement considéré , c’est-à-dire, les causes qui déterminent ses propriétés spécifiques, et qui produisent les divers phénomènes qu’il peut offrir quand il est mis en Contact avec d’autres corps, sont les éléments qui entrent dans sa composition , ses parties constitutifs, ou les corps simples que son analyse nous y fait découvrir.

Enfin, dans plusieurs de ses écrits, et notamment dans la langue’des calculs, Condillac établit que l 'analyse n’est qu’une suite de traductions des idées ou des propositions sur lesquelles rou7 lent nos recherches ; que ces traductions nous font marcher t Y identités en identités ; qu’ainsï lorsque nous faisons une découverte , uous la tirons nécessairement de celles que nous avons déjà faites; que ce que nous ignorons est renfermé dans ce que- nous savons : et comme, sui-

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DJË h 'A. M li D E C I N H. a33

vaut la manière de voir de Coildillac , l’identité

parfaite des propositions on des idées se conserve

dans chaque traduction , et reste la haème à la

dernière qu’à la première, cet esprit si conséquent

est conduit à poser en principe, que Y inconnu

et le connu sont une seule et même chose: ré-

sultat fort extraordinaire sans doute, mais que cependant ne peuvent rejeter ceux qui admettent Y identité (i) complète dans les transformations analytiques, ou dans les traductions successives des propositions.

Cette dernière analyse est celle que nous avons appelée de déduction. Sa méthode doit se retrouver et se manifester dans toute langue eu général. Les langues ne sont bien faites, que lorsqu’elle préside à leur formation ; elles ne sont d’un usage sûr dans la recherche des vérités, • * que lorsqu’elle dirige incessamment leur emploi.

A proprement parler, l’analyse algébrique n’en est qu’une application particulière : mais les signes et la syntaxe de cette langue sont d’autant plus parfaits , et les opérations qu’on exécute par son moyen sont d’autant plus sûres, qu’elle n’envisage les objets que sous tin seul point de vue très-simple , qu’elle ne considère qu’un seul ' .

genre de rapports, dont les éléments sont toujours invariablement déterminés. D’après la manière dont Coildillac s’exprime à ce sujet, dans

(l) Ce <j«i n’est pas exact. .

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la langue des calculs, on peut penser qu’il avait fini par réduire tout l’artifice du raisonnement en général, à X analyse de déduction; c’est-à-dire, à cette forme particulière de raisonnement, que les anciens logiciens appelaient sorite. Si c’était ici le lieu d’entrer dans l’examen de ses motifs , il ne serait peut-être pas difficile "de prouver que son opinion est loin d’être dépourvue, de fondement.

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