XIV
Application des quatre espèces d’analyse aux différents
objets des travaux de la Médecine.
Lorsqu’on cherche à déterminer , ou lorsqu’on retrace les formes d’un végétal , celles de sa tige , de ses Veuilles , de ses fleurs , de ses semences , de ses racines; la grandeur et la situation respectives de ses parties, la couleur de chacune d’elles ; en un mot , toutes les circonstances extérieures qui le caractérisent , on fait une analyse de description. Plusieurs de- ces analyses , jointes ensemble , et la comparaison des différents végétaux dont elles fixent les caractères , nous font toujours découvrir entre -eux des rapports en vertu desquels on peut les ranger et les classer dans un ordre plutôt que dans un autre. De là résulte un tableau méthodique , où tous les individus qui s’y trouvent rappelés reçoivent , en quelqüe sorte, une existence commune, et se
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gravent ensemble dans la mémoire, en se servant mutuellement de point d’appui. Mais quel que soit leur nombre, ce tableau n’est encore lui-même que le produit d’une analyse de description.
Il ne faut pas négliger d’observer que, pour **
être complète, la description botanique d’un végétal doit tenir compte des divers changements qu’il éprouve, ou des divers phénomènes qu’il présente aux différentes époques de sa vie, et que par conséquent l’analyse historique entre dans cette description; comme l’analyse de description entre à son tour, dans les procédés de l’analyse historique, lorsqu’il s’agit de noter les faits d’où se déduisent les propriétés d’une plante, et dans ceux de l’analyse chimique , lorsqu’il s’agit de reconnaître les éléments qui le composent. Je me sers ici du mot analyse chimique; mais c’est dans un sens incomplet : car il en est des végétaux comme des animaux ; on les,décompose , on ne les recompose pas. On ne recompose même pas leurs parties les moins importantes : ce qui prouve qu’il entre dans leur formation quelque élément inconnu, ou qu’elle dépend de certains procédés de la nature , que l’observation n’a pu saisir, et que surtout l’art ne saurait imiter. 4
Un tableau qui nous représente la forme, la couleur , la situation d’un organe , ses rapports de voisinage ou d’éloignement , de ressemblance ou de différence avec d’autres parties ; ce ta-
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bleau, dis-je, est le produit d’une analyse de description. Vous indiquez la place d’un muscle ; vous déterminez son voluipe et l’étendue de l’espace qu’il occupe, la direction de ses faisceaux, les attaches de ses extrémités tendineuses : vous dépeignez la structure du cœur, et vous suivez dans leurs cours les vaisseaux dont il est le centre : vous montrez le cerveau , la moelle allongée, la moelle épinière ; et de là , comme d’un réservoir commun , vous faites partir tous les nerfs dont vous marquez le trajet, jusqu’aux parties où leurs innombrables ramifications vont porter la vie et le sentiment ; c’est encore une simple description que vous faites : vous ressemblez aussi au géographe, qui se contente de peindre les lieux , sans retracer tous les changements physiques qu’ils peuvent avoir éprouvés dans le cours des âges, sans rappeler les évènements politiques dont le pays peut avoir été le théâtre, et les révolutions successives qui peuvent avoir agité ses habitants.
Mais si vous entrez dans l’exposé des fonctions' de ce même organe ; si vous cherchez à dé ter- . miner les mouvements que ce même muscle exécute , ou ceux auxquels il contribue : c’est alors une analyse historique que vous faites, ou que vous retracez ; c’est de ses résultats que doit être formé votre’1 nouveau tableau : comme si vous cherchez à reconnaître quels sont les corps simples et déjà connus, qui entrent dans la compo-
sition <le la partie soumise à vos recherches , vous ne pouvez parvenir à ce but , que par l’analyse chimique ; et la conclusion à laquelle vous ^tes conduit ne peut être juste , qu’autant qu’elle sera la conséquence immédiate et nécessaire des faits constatés et représentés par l’analyse , et que les produits de ses opérations y seront exprimés sommairement.
Une bonne analyse historique doit parcourir avec attention , avec scrupule, la chaîne entière des changements que subit, ou des phénomènes que présente le corps, ou l’objet de l’examén : elle les expose dans leur ordre de succession; elle les peint avec tous les caractères qui les distinguent ; elle cherche à démêler le genre ou le degré d’influence qu’ils exercent les uns sur les autres ; elle s’efforce de déterminer quel est celui d’entre eux, auquel ils se rapportent tous, et qû’on peut regarder, ou comme leur source, ou comme leur lien commun.
Pour faire un tableau fidèle des fonctions de l’estomac, il faut avoir observé d’abord, qu’il reçoit les aliments dans sa cavité; que ces aliments y changent de nature ; c’est-à-dire , que lorsqu’ils en sortent au bout d’uu temps convenable, ils manifestent de nouveaux caractères, de nouvelles propriétés : ces changements portent le nom de digestion stomachique. Cette digestion est donc la- fonction propre de l’estomac : et si nous avous reconnu les conditions nécessaires à
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son exécution., les- circonstances qui la troublent ' on la. favorisent, l’agent ou les agents que la naturq parait en. avoir particulièrement chargés , nous aurons une idée d’autant plus exacte des fonctions de cet organe ,, que l’observation en aura saisi plus fidèlement tous les phénomènes principaux; * . ,
Mais quelque obscurité que présente l’étude de cette suite de mouvements dont la vie des êtres animés se compose , celle des changements* que détermine dans eux la maladie, n’est pas moihs obscure, difficile, hasardeuse : et comme les erreurs dans lesquelles on peut tomber relativement à leur cause , c’est-à-dire, au phénomène principal dont dépendent tons les autres , ou qui les modifie par son influence; comme, dis* je T ces erreurs ne demeurent presque jamais renfermées dans la théorie, mais qu’en, fournissant de fausses vues pour les traitements, elles portent dans la pratique les désordres les plus dangereux; :: elles sont bien plus graves; sans doute , que celles qui se rapportent aux fonctions organiques; ces dernières se bornant, pour l’ordinaire, à donner de tiditfules; explications, ou* du- moins*, les indications qu’on s’est permis- d’en tirer trop de fois, étant en général plus faciles à vérifier.
L’analyse historique d’une maladie il oit être faite avec la plus grande exactitude : on ne saurait s’y dépouiller avec trop de soin,' de toute prévention, de toute vue conjecturale, de toute