ÉFOaXE r
la maladie, ou des révolutions quelle peut avoilf éprouvées , avec l’état où se trouvent après la mort les parties qui paraissent avoir été le siège du mai, et quelquefois celles qui n’avafpit offert aucun signe d’altération ? Qui ne voit que la physiologie peut, comme la pratique, en tirer Une foule d’observations importantes et de résultats curieux? * »
Cependant , si rien n’est plus évident et plus certain que l’état où se présentept les organes f rien souvent n’est plus infidèle et plus trompeur que les. conclusions qu’on serait tenté d’en déduire. Souvent il est assez difficile de bien tracer le terme précis qui sépare l’état naturel d’une partie, chez l’individu dont on examine le ca- • davre, de l’état où la maladie seule a pu l’amener.
2* Ce que nous attribuons à la maladie dont il est mort, peut tenir à des vices primitifs ou à des particularités d’organisation; d’anciens désordres de la santé peuvent en être cause : enfin , les altérations qu’on découvre dans les inspections cadavériques, sont très-souvent le produit immédiat de la mort elle -même. Il faut beaucoup d’attention et de sagacité; il faut surtout pouvoir comparer beaucoup d’observations du même genre, pour bien apprécier la valeûr de chacune, pour fixer avec exactitude et les circonstances qui peuvent les rapprocher , et celles qui les distinguent.
Gette partie de la médecine offre encore , même après tes beaux recueils faits par Bonnet, Mor-
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fr • r' i,
gagni, Lieutaod et Portai, un vaste champ au zèle et à l’activité des anatomistes et des praticiens : elle ne peut être complétée que par une longue suite de travaux.
Une autre anatomie, non moins intéressante peut-être, et presque entièrement neuve, serait celle qui considérerait les changements survenus, soit aux différentes époques de la vie dans l’état de santé, soit aux différentes périodes des maladies aiguës ou chroniques; changements que la mort , certains accidents ou les révolutions de la vie peuvent faire disparaître. Ce serait une sorte d’anatomie vivante, bien digne de toute l’attention des médecins philosophes. Les difficultés attachées à ce genre de recherches, ne doivent pas les décourager : de grandes et belles vérités en seront le prix.
§ Il ,
Physiologie.
Plusieurs branches de la physiologie ont fait des progrès véritables dans ces derniers temps. Il y a loin , sans doute , du traité De usu partium de Galien , aux écrits de Staalh , d’Hoffmann , de Boerhaave, d’Hamberger , de Robert Whitt , de Haller , de Cullen , de Bordeu , de Fouquet , de Grimaud , de Dumas et de Richerand. Le mécanisme des organes est en général connu : leurs, fonctions sont assez bien déterminées ; et ce.
chaos de causes occultes , dont les explications des anciens étaient obscurcies, fait place, tantôt au doute philosophique , tantôt à des théories savantes, qui, si elles souffrent encore des difficultés, se rapprochent du moins, par un langage . tous les jours plus exact, des autres parties de nos connaissances. Une foule de faits précieux ont été recueillis sur la sensibilité générale, sur ses modifications dans les divers organes , sur les communications qu elle établit entre eux. On a fait quelques pas dans l’explication des mystères de la digestion, de la sanguification, de la génération. Si la cause du mouvement musculaire et les moyens intimes et directs par lesquels il s’exécute, restent encore enveloppés d’un voile qui paraît impénétrable, on sait du moins que ce mouvement est fortifié ou débilité, qu’il s’accélère ou se ralentit, se ranime ou s’éteint suivant certaines lois. Ces lois ont été découvertes et constatées par une suite d’observations bien faites : on a reconnu dans certains agents, la faculté de produire ces divers effets; et l’on a soumis au calcul médical l’énergie des forces motrices , et celles de ces mêmes agents qui sont capables de les modifier. Presque tous les phénomènes de la vision se démontrent mathématiquement : l’œil n’est plus, en quelque sorte, qu’un instrument de dioptrique. Le rapport constant entre l’état des solides et celui des fluides s’est manifesté dans les expériences les plus délicates ,
comme dans les faits les plus apparents. Quelques faits incontestables ont fourni plusieurs brillants aperçus touchant la respiration et la formation de la chaleur animale ; d’autres semblent encore , il est vrai, combattre ou du moins limiter, les conclusions un peu trop étendues, ou trop hâtives, qu’on a voulu déduire des premiers : mais on a recueilli du moins quantité d’observations et d’expériences curieuses; et les points de vue différents sous lesquels on les rapproche tour à tour, nous laissent entrevoir, dans un avenir peu éloigné, des résultats plus certains. Enfin, la nature et la combinaison des éléments qui entrent dans les parties animales, sont devenues le sujet des recherches les plus ingénieuses; et l’on peut espérer que ces recherches jetterqnt, dans la suite, quelque jour sur plusieurs phénomènes de la vie , et particulièrement sur ceux qui suivent plus ou moins immédiatement la mort.
Il faut avouer cependant que les traits caractéristiques de la maladie et de la santé; que les lois générales des phénomènes vitaux; que ces relations merveilleuses établies entre les différentes parties du système, relations dont la pratique emprunte tant de vues heureuses; en un mot, que les affections, et, si l’on peut s’exprimer ainsi, que les mœurs de la nature vivante avaient été déjà bien observées et décrites par les anciens. En effet, pour peu qu’on soit versé dans la lecture de leurs écrits, on ne peut mé-
connaître la solidité des principes de théorie et des règles de pratique que ces contemplateurs attentifs de la nature avaient tirés de leurs observations : et peut-être depuis Hippocrate, les • hypothèses adoptées successivement sur la physique animale ont -elles été plus nuisibles, en général, aux progrès ultérieurs et durables de la médecine , qu’utiles à la gloire éphémère de leurs auteurs.
Les explications des anciens , quoique formées sur la simple observation de l’homme sain ou malade , sans le secours de l’anatomie , des con- * naissances physiologiques qui lui sont dues, des expériences dont l’art était presque entièrement ignoré de leur temps, et des sciences collatérales qui nous prêtent sans cesse ou des lumières directes, ou des instruments nouveaux ; ces explications n’ont pas toujours été remplacées d’une manière fort heureuse. Il en est plusieurs qui . reparaissent, de temps en temps, avec éclat, et qui semblent devoir survivre à toutes celles qui les ont renversées : il en est où le sceau de la nature paraît si fortemeut empreint, que chaque nouveau progrès de la science les confirme : il en est enfin que le bon esprit des pères de la médecine avait laissées dans le vague , et qu’après tant d’efforts inutiles pour leur donner plus de précision, l’on doit peut-être considérer comme devant y rester toujours. Car les termes plus rigoureux, employés par la science moderne, n’en
sont que plus vicieux, quand ils établissent comme
certains, des rapports qu’on n’a point reconnus par des examens attentifs.
Voilà ce qu’une bonne physiologie doit exposer courageusement et sans détour.
Peut-être aussi n’est -il pas inutile d’insister sur les raisons qui , malgré la supériorité des lumières de notre siècle, font que si souvent les anciens sont au-dessus de nous, dans les sciences, ou dans les arts de pure observation. En se dépouillant de tout préjugé, ne pourrait-on pas croire que c’est au sentiment de confiance que notre supériorité nous inspire, à la facilité de nous procurer des livres sur tous les sujets, à l’habitude d'y puiser presque toutes nos connaissances, qu’il faut attribuer ce défaut de profondeur, d’originalité, de vérité frappante, dont offrent trop d’exemples les observateurs modernes? Une grande partie de leur temps étant employée à chercher dans les livres, ce que les vrais observateurs ont vu dans la nature, ils voient moins eux-mêmes : ce qu’on n’arrache qu’avec tant de peine à cette nature rebelle, on le trouve si facilement dans les livres ! et les avantages , d’ailleurs si grands, qui résultent de la prompte communication des idées et des différents travaux, n’empêchent pas que l’esprit, en gagnant pour l’étendue, à ces vastes lectures, n’y perde souvent dans le même rapport, pour l’attention; que la mémoire des signes ne soit surchargée
. RÉFORME r' *
aux dépens de celle des sensations ; qu’en un mot , on ne néglige souvent ce qui est , et ce qui peut être vu, pour suivre ce que les autres ont pensé, ce qu’ils ont dit.
Le tableau raisonné des fonctions est l’objet * principal de la physiologie; ou plutôt c’est la physiologie elle-même. Il suffit encore ici, que les principes, ou les vues, soient présentés dans un bon ordre, et toujours comme conclusions de l’ensemble des faits observés. Le choix des fonctions, ou des phénomènes par lesquels on doit commencer, est peut-être assez arbitraire, quoiqu’il . y ait sans doute en cela, comme en tout, un ordre qui peut être appelé naturel, parce qu’il est celui qui enchaîne le mieux les idées. Différentes méthodes factices ont été mises en usage avec succès. Plusieurs paraissent presque également bonnes. En effet, dans l’économie animale, tout se tient et se lie; de sorte qu’il n’y a point de fait qu’on puisse regarder comme le premier, ou comme le dernier. La circulation dépend de l’action des nerfs; l’action des nerfs dépend, à son tour, de la circulation. La respiration est nécessaire à toutes deux ; et sans le concours de toutes deux, la respiration ne peut s’exécuter.
Si l’on veut classer les objets d’après les différences et la division des parties, on n’est pas plus avancé; on retrouve partout des parties de tous les ordres et de tous les genres, qui entrent comme éléments dans les divers organes. Les
l)E LÀ M'ÉDECJhNE. 2^3
muscles contiennent des artères, des veines, des nerfs; les tuniques des artères présentent des nerfs, des veines et vraisemblablement aussi des fibres musculaires (i) : ainsi du reste. C’est suivant l’expression d’Hippocrate, un cercle où l’on ne reconnaît ni commencement ni fin : et comme il importe peu , quand on trace un cercle , dé faire mouvoir à partir d’un point, plutôt que d’un autre, l’extrémité du rayon dont la révolution complète autour du centre doit décrire la circonférence; de même peut-être doit -il être permis à chacun de suivre, en physiologie, l’ordre d’après lequel il conçoit le mieux les objets, et qui les grave le plus distinctement et le plus fortement dans son souvenir. II est cependant assez facile d’appliquer à cette étude , comme à toutes les autres, la méthode naturelle d’observation; celle où l’on commence par les objets qui s’observent les premiers , par les phénomènes les plus apparents, pour passer, par degrés, du plus connu au moins connu ; et toujours ainsi , de pfOche en proche , jusqu’aux objets les plus éloignés, ou les plus délicats, qui sont aussi, par conséquent , ceux que la nature offre les derniers à nos regards et à notre examen.
(i) L'analogie des grands animaux , dans lesquels elles sont évidentes, autorise à penser que ces fibres existent également, mais trop déliées pour être aperçues, "dans les artères -dti corps humain. *
11ÉFO.HM E
§ in.
Relations de la Médecine avec la Morale.
' On commence à reconnaître aujourd’hui, que la médecine et la morale sont deux branches de la même ssience , qui , réunies , composent la science de l’homme. L’une et l’autre reposent sur une hase commune; sur la connaissance physique de la nature humaine. C’est dans la physiologie qu’elles doivent chercher la solution de tous leurs problèmes, le point d’appui de toutes leurs vérités spéculatives et pratiques. De la sensibilité physique, ou de l’organisation qui la détermine et la modifie, découlent, en effet, les idées, les âéntiments, les passions, les vertus et les vices. Les mouvements, désordonnés ou réguliers, de rame, ont la même source que les maladies ou la santé' du corps : cette véritable source de la morale est dans l’organisation humaine, dont dépendent et notre faculté et notre manière de sentir. Là, sont écrits en caractères ineffaçables, des mains même de la nature, ces principes éternels, seul fondement solide de nos droits et de nos devoirs. L’égalité, la liberté; la vertu, le bonheur, enchaînés étroitement l’un à l’autre, se confondent , en quelque sorte , avec notre existence : l’oppression, les préférences iniques, le vice, le malheur, également inséparables et liés, comme dans un invincible et fatal système,
dépendent toujours d’atteintes évidentes et directes portées à notre nature ; de la subversion des rapports qu’établit" entre l’homme et ses semblables leur commune organisation.
Au bon usage de nos facultés ; au respect de * cette voix intérieure, qui parle toujours assez haut, quand on veut l’entendre; à l’observation • ,
scrupuleuse et réfléchie de cette direction spontanée que prennent, sur les objets les plus simpies, nos impulsions natives immédiates; en un , mot, à l’habitude de l’attention et de la réflexion sur soi-mème et sur les autres, sur ses propres sensations et tfur leurs objets, se lient les sentiments généreux, les idées grandes et les idées justes, la raison et la vertu. Au mépris de cette voix, véritablement divine; à l’abus des dons de la nature; à l’oubli stupide des lois éternelles qui régissent et l’univers et nous -mêmes, tiennent aussi toutes les erreurs , tous les Vices , tous les forfaits. Il est important, il est nécessaire de faire sentir ce rapport constant des différents états physiques , avec les différents états mo- J' raux. C’est en montrant comment les sensations s’aiguisent , ou s’émoussent ; comment les idées s’élèvent et s’agrandissent, ou rampent et s’éteignent ; comment les passions naissent , se développent , acquièrent une énergie qui renverse tous les obstacles, ou restent dans l’engourdissement, ou y retombent après en être sorties par <
quelques secousses impuissantes , et se glacent
sans retour : c’est en saisissant, pour ainsi dire, toutes ces rênes invisibles de la nature humaine, qu’on peut se flatter de la conduire par des routes sûres, vers le bonheur : c’est par ce moyen, que, non- seulement on transforme sans peine le bon sens en habitude , la morale en besoin ; mais qu’on peut agrandir toutes les facultés de l’homme, épurer et multiplier toutes ses jouissances, et satisfaire, sur des objets réels, cét instinct inquiet qui l’entraîne sans cesse hors de lui-même, ce désir insatiable d’impressions nouvelles, qu’effraient les bornes de l’espace et de la durée : c’est ainsi que , dans son étroite et courte existence, l’idée et la certitude d’urt perfectionnement, toujours progressif, toujours illimité , peuvent lui faire embrasser en quelque sorte l’infini.
La nécessité de chercher dans la connaissance de l’homme physique, les moyens de diriger et de perfectionner la nature humaine, devient évidente par la considération des rapports qui lient au développement de certains organes la formation, souvent presque subite, de certains penchants, et du genre d’idées. qui s’y rapportent j par l’étude approfondie des effets moraux de certaines habitudes de régime, de certaines maladies , de certaines dispositions primitives de l’organisation , ou de certains états accidentels du système vivant. ..
Voyez cet enfant que la légèreté île ses goûts
dis la Médecine.
fait passer rapidement par toutes les impressions, qu’elle emporte sans cesse d’objets çn objets : ses mœurs incertaines, ses idées vives, mais sans suite, ne sont-elles pas, si l’on peut s’exprimer ainsi , l’image fidèle de la manière dont la nature ébauche en lui la vie ; de ces digestions promptes, mais imparfaites; de ce pouls vif, inégal, irrégulier? L’empreinte de l’enfance physique ne se retrouve-t-elle pas dans tous les traits de l’enfance morale? et celle-ci peut-elle être modifiée par des moyens qui n’agissent point directement sur les fonctions des orgaues, et sur la marche des mouvements vitayx?
Cet adolescent, poursuivi par une vague inquiétude, sans cesse plongé dans des rêveries sans objet, ému jusqu’aux larmes par les! moindres impressions, commence à trouver dans sou imagination des tableaux, et dans son cœur des penchants inconnus. En même temps que le foyer des passions s’allume dans son sein, que son ame, s’attachant à tout ce qui l’entoure, s’élance encore vers des objets iguorés, sa stature, ses traits, son air, ses regards, le son de sa voix prennent un autre caractère : sa démarche est plus ferme , plus impétueuse, sa physionomie , presque aussi mobile , devient plus animée ; ses joues se peignent rapidement d’un vif incarnat ; ses yeux expriment, à la fois, et les désirs, et l’ignorance ou l’incertitude de leur but. C’est alors seulement , que la nature le rend sensible
aux accents passionnés ; qu’en les faisant retentir dans son cœur, elle lui en enseigne l’art et l'usage. Ses penchants, ses idées, ses dispositions physiques, tout n’est-il pas d’accord? et. les grands changements qui viennent d’en faire un être si nouveau, ne dépendent-ils pas uniquement de la maturité d’un système d’organes presque inertes jusqu’alors, et qui presque toujours avaient à peine attiré son attention (i)?
Peut-être cette époque a-t-elle quelque chose de plus important et de plus décisif encore chez les filles. Lés rapports du moral avec le physique, sont marqués chez elles, par des traits plus légers et plus fins en apparence, mais, en effet, plus caractérisés et plus profonds. Une jeune fille , dont les organes commencent à secouer le sommeil du premier âge, ne fait pas un mouvement, ne dit pas un mot, ne lance pas un regard (pii conserve le caractère de l’enfance : les observateurs attentifs en sont toujours frappés. De la timidité, de l’embarras, des caprices qui se déguisent vainement ; l’incertitude et le vague des regards, remplacés par une expression qui veut n’ètre pas aperçue, par une flamme qui
(i) Jf dis , presque toujours, parce que je parle de la raeç humaine en général. Dans l’ouvrage intitulé -.^Rapports du physique et du moral de l'homme , toutes ces idées sont de- veloppéesavec plus de détails : vovez en particulier le Mémoire sur Cinflue.net; des sexes. * ’
éclate d’autant plus, qu’elle se déguise et se voile avec plus d’effort et de soin : toutes ces circonstances réunies ne laissent aucun doute sur la révolution qui vient de s’opérer , sur cet acte important de la nature, qui présage et prépare des changements, et des actes plus importants encore et plus nécessaires à l’accomplissement de son plan total. Ce sein , dont les ondulations peignent souvent les mouvements du cœur, et qui ne paraît d’abord que l’objet de doux désirs, se trouve déjà disposé, d’après les lois admirables des choses , à préparer l’aliment du nouvel être que ces mêmes désirs ont pour but d’appeler à la vie. Un système entier d’organes , foyer des penchants les plus vifs, et dont l’influence ne modifie pas seulement toute l’économie animale., mais développe on outre tant d’idées nouvelles, tant de sentiments moraux ignorés, n’est pour la naturej que le moyen par lequel elle assure la durée indéfinie xlu genre humain.
Voyez également comme dans l’âge mûr, la régularité du pouls, l’énergie constante des fonctions , l’opiniâtreté des maladies correspondent avec des goûts plus uniformes , avec des idées plus fixes, avec des passions moins vives, mais plus profondes et plus ineffaçables.
Voyez enfin si le corps glacé du vieillard , cette circulation régulière, mais lente, ces sensations -çmoussées et comme enfantines , ces maladies presque toujours pituiteusès, et pour lesquelles
â8() JIÉ F O II MF.
la nature semble n’oser entreprendre de crises, ne sont pas l’emblème fidèle de cet esprit tardil Ct sans chaleur , de ces goiits puérils et sans énergie, de cette répugnance à former des eii Reprises que l’individu n’espère pas de pouloir ter- ! miner. En un mot, l’état physique «lu vieillard
n’est-il pas l’annonce et l’image d’une ame, qui, se concentrant par degrés eu elle-même, se prépare à cesser «l’être , par le plus fqneste de tous les sacrifices, le détachement de scs affections?
Dans les différents asyles où la société recueille ' la «lémeuce; dans ceux où les lois enchaînent le ^ crime , qui n’est lui-même qu’une démence d’un autre genre , vous trouverez des preuves , plus frappantes encore peut-être, «le ces rapports constants entre le physitjue et le moral. Vous y remarquerez bientôt que certaines dispositions organiques, manifestées par les formes extérieures, par les traits, par la physioimmic, accompagnent toujours les habitudes coupables et les écarts «le la raison. Vous reconnaîtrez avec la satisfaction d’un ami «les hommes , que ces «leux > • espèces de désordres se confondent souvent , et
qu’ils sont toujours plus pu moins liés entre eux.
Je me borne à ces observations principales, dont les objets se trouvent sous les yeux dç tout ' le momie, et qui peuvent être faites à tout instant ( i).
(t) Ce sujet a été traité, fort au Ion# «tous l'ouvrage que j.>i
rs
DE L\ MÉDECI1VE. 28 1
Le physiologiste ne saurait donc se dispenser à l’avenir, de recueillir soigneusement tous les faits que l’étude de l’homme , dans l’état de santé et de maladie, peut fournir sur cette matière : leurs résultats doivent servir de fondement à toutes les sciences morales. Désormais, qui pourrait entreprendre de traiter les sujets qui s’y rapportent, sans connaître d’une manière exacte et détaillée la liaison des bonnes ou des mauvaises habitudes physiques, avec les bonnes ou les mauvaises habitudes de l’intelligence et de la volonté? C’est par -là seulement qu’on peut apprendre à perfectionner les unes par les autres : c’est d’après ces données, qu’on est en état de tracer les règles de çe perfectionnement; soit qu'on ne s’adresse qu’aux individus, pour leur enseigner l’art d’augmenter leur propre bonheur; soit qu’on indique aux sociétés tout entières , par quels moyens elles peuvent faire éclore au milieu d’elles tous les biens de la destinée. C’est enfin d’après ces considérations, qu’on peut tracer avec certitude le tableau d’une prospérité toujours croissante, dont les penseurs et les philanthropes n’ont peut-être fait encore qu’entrevoir la possibilité sans se faire une idée complète des moyens qui doivent y conduire la race humaine.
La méthode empirique rationnelle , qui ras-
cité plus haut, et qui lui est spécialement consacré. (Voyez
Rapport! du physiipic. et du moral de l'homme. )
semble les faits pour les classer, en indiquant les lois de leurs rapports, trouve son entière application dans la physiologie. Beaucoup d’observations sont déjà faites ; il suffit de les enchaîner dans un ordre naturel : d’autres restent encore à faire ; on peut quelquefois les indiquer d’avauce. Il importe surtout de bien déterminer dans quel esprit, et par le secours de quels procédés, toutes les recherches de ce genre doivent être faites, pour l’être avec fruit, et tous les résultats tirés, pour l’être avec certitude ; à quels caractères on peut directement reconnaître la solidité de ces résultats; et comment il convient de les lier à ceux qui forment déjà la base , ou les principes de la Science, afin qu’ils s’éclairent et se rectifient mutuellement.
Pathologie, Séméiotique, Thérapeutique.
La pathologie, ou la connaissance des affections morbifiques, la séméiotique, ou la connaissance des signes, la thérapeutique, ou l’art de t tirer de l’une et de l’autre des plans de traitements, forment ensemble la partie pratique de la médecine.
La multiplicité des matières, peut-être aussi l idée qu’en divisant et distinguant toujours on
§ IV
faciliter leur étude, engagea souvent les scolastiques à séparer ce qui ne devait point l’être ; en même temps que d’autres raisons J aussi peu réfléchies , les portaient , plus souvent encore , à confondre des qbjets qui n’avaient aucun rapport entre eux. Il est «évident que l’exposition descriptive et historique d’une maladie, le tableau des signes qui la caractérisent, et la méthode de lui appliquer les moyens curatifs, sont absolument inséparables ; ou pour parler plus exactement , cette méthode ne peut être fondée que sur ce tableau fidèle et sur cette exposition détaillée.
Cependant, l’usage a prévalu dans les livres systématiques : la division dont je parle est observée encore avec assez de rigueur , et personne ne se demande si elle est dans la nature, ou s’il ( résulte des avantages réels de son emploi.
Vers le milieu de ce siècle, Sauvages, en classant les maladies, à la manière dont les botanistes classent les plantes, a porté dans la pratique un quatrième chef d’enseignemeut : il lui a donné le nom de Nosologie. Sagar, Linné, Vogel et Cullen ont donné, depuis, dés Nosologies tracées sur des plans particuliers. Dans chacun de ces systèmes, les maladies sont rangées d’après les ressemblances que l’auteur leur suppose. L’art en lui-même, ni la méthode de son enseignement n'ont peut - être pas gagné beaucoup à ces classifications : mais des tableaux , si bornés pour l’espace qu’ils occupeiit', si vastes par la matière
a84 RÉFORME
qu’ils embrassent, et clans lesquels les principaux objets de la science peuvent être parcourus d’un seul coup d’œil, persuadent facilement au lecteur, qu’il connaît ces objets, parce qu’il en sait le titre, ou la définition; aussi réussissent - ils toujours. .
Au reste, l’idée des classifications de maladies est, due à Sydenham. L’opinion de Boerhaave a singulièrement encouragé Sauvages dans son travail : et les successeurs, ou les imitateurs de ce dernier, ont cru perfectionner d’autant plus sa méthode , qu’ils l’ont réduite à n’ètre qu’une aride nomenclature, et que le lecteur cherche vainement chez eux les savantes discussions du professeur de Montpellier.
Sydenham désirait des tables qui, sous chaque titre, pussent lui rappeler ses propres observations -et celles d’autrui; qui lui remissent, sous les yeux, les histoires correspondantes des maladies et des traitements. Rien ne parait plus sage et plus utile , au premier aspect. Mais cet excellent esprit ne faisait pas attention que chaque médecin ne peut guère dresser, sur ce plan, de bonnes tables que pour lui-même. En se transmettant, les indications se dénaturent toujours. Un praticien ne fait de peintures exactement vraies que pour ceux qui ont reçu les mêmes impressions que lui , en présence même des objets : par conséquent, la fausse application que font de ces idées , les lecteurs qu’une longue ha-
bitude d’observer la nature n’a pas familiarisés avec tous les phénomènes, et qui n’en sont pas venus au point de pouvoir reconnaître, comme disaient les anciens, le lion à F inspection de l’ongle ( ex ungue leonem ).; cette fausse application «les idées les plus justes devient, chaque jour, une féconde source des plus grossières erreurs.
La pathologie scolastique s’est perfectionqée par degrés, entre les mains de quelques professeurs, faits pour porter la méthode dans les classifications d’ailleurs les plus factices. Parmi les écrits publiés sur cette matière, et tracés dans cet esprit systématique, l’un des plus estimés est celui de Gaubius, élève de Boerhaave, et célèbre par beaucoup de travaux utiles ou savants. Mais la vraie pathologie se trouve surtout dans les écrits des anciens , auxquels un petit nombre d’observateurs modernes ont fait quelques heureuses additions. Hippocrate, Arétée , Alexandre de Tralles, Aëtius, Paul d’Egine, Galien, et deux ou trois médecins arabes, nous ont laissé les tableaux les plus exacts que l’art possède encore : aucun homme de bonne foi ne peut en disconvenir ; et leurs règles générales de traitements , tirées , du moins en général , du sein même de la nature , n’ont pas moins droit de nous étonner par la grandeur des vues qu’elles supposent , que par leur sagesse et par leur éternelle vérité.
La pathologie des anciens , est toujours identi- • liée avec leur séméiotique. (Quelquefois, ils isolent
Jl K F O II M li
leurs histoires des maladies de celles des traitements : mais pour l’ordinaire, leurs traitements, appuyés sur Tune et sur l’autre , les éclairent d’une lumière nouvelle, que la seule observation des mouvements spontanés de la nature est loin de pouvoir fournir toujours.
Les travaux des anciens ont été résumés dans plusieurs écrits modernes. Le petit tableau des maladies de Lommius présente , en raccourci , ce que Sennert et Rivière abrègent, il est vrai, mais cependant exposent plus en détail. Duret, Houiller, Baillou, Jacot, Prosper Martian, Piquer et quelques autres, l’expliquent et le fortifient de beaucoup d’observations qui leur sont propres. Ces monuments élevés à la gloire de l’antiquité sont, encore aujourd’hui, féconds et riches en solide instruction. Leur lecture est fort utile ; celle surtout du petit tableau de Lommius est une des plus profitables que puissent faire les jeunes médecins. En y joignant le Traité de prcesagienda vita vel morte de Prosper Alpin, et quelques livres du Methodus medendi de Galien , on n’aurait pas seulement la pathologie et la séméiotique des anciens bien complètes; on aurait aussi l’ensemble des dogmes que leur pratique a consacrés (i).
(i) Je ne parlerai point ici de plusieurs écrivains et prolesseurs modernes qui se sont occupés de porter la réforme dans la pathologie : mais je ne puis passer spus sileuee notre .
Les abréviateurs et les classificateurs, en offrant le résultat de beaucoup d’observations, ne nous dispensent pas toujours de Les étudier ellesmêmes. Celles des anciens, rapprochées, en général, avec plus de génie dans leurs propres ouvrages, se lient facilement aux vues sommaires qu’ils en avaient déduites : et la mémoire les reçoit et les retient avec d’autant plus de facilité, qu’elles sont le produit du véritable empirisme rationnel. Rarement celles des modernes ont-elles ces caractères heureux. Peut-être cela vient-il de ce que les objets les plus importants avaient été déjà saisis et peints à grands traits; peut-être aussi cet éminent esprit d’observation qui respire dans Rippocate, dans Arétée et dans quelques autres, a-t-il été moins aiguillonné parmi nous, par les circonstances physiques et politiques, et peut-être enfin les hommes du nord et de l’occident de l’Europe ont-ils réellement, moins de sagacité que ceux de la Grèce, de l’Asie mineure, et des îles de l’Hellespont.
Quoi qu’il en soit, nos meilleures observations sont encore éparses; et les livres dogmatiques qui les résument, ne dispensent pas de recourir aux observateurs originaux. 11 faut lire beaucoup
excellent Pinel , dont la Nosographie n’est pas seulement un des plus heureux essais de classification, mais encore, dans presque toutes ses parties, un compendium exact et complet de médecine pratique.
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de volumes pour recueillir ces tableau* divers; " et l’érudition qui fortifie quelques têtes robustes ,jr mais qui le plus souvent étouffe les intelligences communes, est encore d’une indispensable nécessité pour les médecins.
Sans doute, un des principaux objets que doivent avoir en vue les hommes dignes de concourir à la réforme de la science, est de chercher à la mettre, autant qu’il est possible, à la portée de tous les esprits ; de la débarrasser à la fois de son faux jargon, et de son attirail scientifique. Il est temps de faire le recensement et le choix des vérités : il est temps aussi de faire le choix des livres. Tous ceux qui ne sont pas véritablement originaux , ou directement instructifs par la méthode d’exposition , doivent être Soigneusement parcourus : il faut en extraire tout ce qu’ils peuvent contenir d’utile ; et les mettre ensuite de côté , peut-être pour toujours. L’inventaire de nos connaissances étant bien fait, leur histoire rapidement , esquissée, et la route des grandes découvertes tracée avec exactitude, les bons esprits, sans s’épuiser en lectures infertiles et fastidieuses, doivent employer désormais à consulter la nature, une grande partie du temps qu’ils emploient maintenant encore à consulter les livres : et formés par l’étude de ceux en petit nombre qui sont véritablement capables de fortifier, d’agrandir et de diriger leur jugement, ils ne peuvent trop se hâter
DE LA MÉDECINE. 28c)
de se mettre, pour ainsi dire, aux prises avec les objets mêmes de leurs travaux.
Dans l’étude de la pratique, où les phénomènes et les points de vue sont si variés et si féconds, ce parti sans doute est bien plus indispensable : il y serait aussi bien plus avantageux encore. Les lectures des jeunes praticiens peuvent se réduire à quelques livres originaux , et à des recueils d’observations bien choisies et bien ordonnées. Ces lectures doivent être faites, en quelque sorte, au lit des malades. Ce sont les faits nouveaux, offerts par la nature, qui leur servent de commentaire. Le rôle du professeur se borne à bien indiquer et à fixer les objets qui doivent être examinés et reconnus; à les montrer à l’élève, sous le point de vue convenable ; à lui tracer une bonne méthode d’observation et d’examen.
Les médecins de Cos, qui nç faisaient pas tant de divisions inutiles, qui ne croyaient pas que l’art pût consister dans ces vaines et subtiles classifications, étaient bien loin d’imaginer que l’histoire des maladies, la connaissance des signes et la science des indications pussent être distinguées et traitées à part : ils pensaient encore moins que la médecine pratique, dont elles sont, pour ainsi dire, les membres indivisibles, pût s’enseigner du haut d’une chaire, loin des objets sur lesquels elle doit agir.
L’enseignement médical se compose de matières i. 19
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différentes en elles-mêmes, mais différentes aussi par la manière dont elles veulent être exposées. Quelques-unes se développent bien dans des leçons écrites, ou dans les savantes conversations d’un bon professeur. Les livres, préférables en général pour ce genre d’instruction, le cèdent pourtant, sous certains rapports, à des tableaux que l’accent de la voix et souvent l’aspect des auditeurs, rendent plus animés; à des explications qui, plus étendues, sans que les longueurs en deviennent fatigantes, se proportiouneut mieux à la différente force d’intelligence ou d’attention des auditeurs : et d’ailleurs on peut y reproduire plusieurs fois, et sous des formes nouvelles, les choses qui p;iraissent n’avoir pas été bien saisies d’abord. Mais les matières de ce genre sont en petit nombre : dans toutes les autres , le professeur ne peut être bien entendu qu’en présence des objets. Vouloir peindre un muscle, une maladie, une opération chimique à celui qui n’a vu ni cette opération , ni cette maladie , ni ce muscle , c’est vouloir faire goûter la saveur d’un fruit à celui qui ne le connaît pas, ou l’odeur d’un parfum à celui qui ne l’a jamais respiré.
Les Grecs enseignaient la médecine pratique au lit même des malades : c’est pour cela qu’ils lui donnaient le nom de clinique. La nature fournissait le texte des leçons ; et les dogmes se confirmaient, ou se rectifiaient par les faits.
A Rome, où l’art de guérir n’était guère prati-
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que que par les Grecs, La même méthode fut constamment en usage. Les médecins les pins accrédités menaient leurs élèves chez les maladesds les habituaient ainsi à voir la nature sous différents aspects, à la suivre dans tous les changements quelle éprouve; à prévoir les résultats^ ses efforts spontanés, à calculer l’effet des remèdes. Cetait même un inconvénient, ajouté 'à ceux de la maladie , d’être trop souvent découvert et palpé par tous les élèves de son médecin.
Sous les empereurs d’Orient, les hôpitaux, tenus avec soin , étaient consacrés à la fois au soulagement des pauvres malades, aux progrès de l’art, et à l’instruction des jeunes élèves. Il en fut de même chez les Arabes. Leurs écoles d’Orient et d’Espagne avaient toujours un hôpital dans leur voisinage. Les médecins arabes regardaient une vaste infirmerie, comme un laboratoire nécessaire aux observations et aux expériences du praticien; comme une espèce de galerie , où les jeunes élèves trouvent exposés des tableaux instructifs qUe les livres retracent toujours imparfaitement. En un mot, ils ne croyaient pas plus pouvoir sé passer dans leurs écoles, d’une réunion de malades, que d’une collection de remèdes, ou d’un laboratoire de chimie et de pharmacie, on d’un jardin de plantes usitées pour les traitements.
Parmi les écoles d’Europe quelques-unes, surtout à la renaissance de la médecine hippocratique, ont joui des mêmes avantages. Mais
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c’est depuis peu seulement, que de vraies écoles cliniques, faisant partie de l’enseignement des universités, ont été formées sur un plan digne des lumières et de la philosophie du siècle. Ce n’est pas qu’on ait jamais cessé de sentir la nécessité de voir des maladies , pour les connaître ; de suivre des traitements, pour les comparer, les juger, les répéter, ou les corriger soi-même : mais le zèle de quelques professeurs éclairés avait seul transporté quelquefois l’enseignement de la vraie médecine pratique dans les hôpitaux ; les leçons de ce qu’on osait appeler de ce nom, se donnaient ordinairement dans les salles des universités. Là , rien ne pouvait confirmer les assertions du maître, quand elles étaient fondées; rien ne pouvait les combattre, quand elles étaient contraire aux observations : on entendait un livre; on ne voyait pas la nature.
' Les deux écoles de Vienne et d’Édimbourg ont les premières rempli cette lacune. La philosopliie et le zèle de Joseph II (1 ) ont rendu longtemps l’école de Vienne supérieure à tout ce qu’on avait pu concevoir jusqu’alors. Celle d’Édimbourg, illustrée, presque tout-à-coup, par une réunion d’hommes éminents, n’a pas seulement jeté le plus
(i) Malgré la part active que cet empereur avait prise dans la coalition contre la France, il faut oser le louer pour ce qu’il a fait de bien ; il faut le louer surtout pour l’esprit de tolérance qu'il avait voulu introduire dans ses Etats.
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grand éclat; elle a véritablement formé beaucoup d’excellents praticiens, dont plusieurs rendent encore aujourd’hui , dans presque toutes les parties dç l’Europe, les plus grands services à l’humanité.
Dans un petit écrit sur les hôpitaux, publié vers les premiers moments de la révolution , j’ai proposé l’établissement des écoles cliniques en France : j’en ai fait sentir les avantages; j’en ai démontré la nécessité. C’était le vœu de tous les bons esprits qui s’intéressaient aux progrès de l’art. Je rendais compte dans le même écrit des essais tentés par mon maître chéri, le vertueux Dubrueil, sous les auspices du maréchal de Castries, alors ministre de la marine : je rappelais que les deux écoles cliniques de»Brest et de Toulon en avaient été le fruit : et les services quelles ont rendus me fournissaient les preuves de la justesse des vues qui dirigèrent leur formation.
En 1792, la commission des hôpitaux de Paris, dont j’avais l’honneur d’être membre, voulut mettre en exécution des projets appuyés du suffrage des hommes les plus éclairés, et commandés par l’intérêt public. Elle avait choisi, pour 1 établissement d une première école clinique-, ' l’hospice appelé la Charité. Les plans étaient prêts, les moyens calculés et prévus. Mais bientôt, la France entière tomba au pouvoir de la trop fameuse commune de Paris. Les commissaires des » ’ hôpitaux, ne se croyant plus utiles, donnèrent leur démission , ou furent écartés ; et le peu * •
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bien qu’ils avaient pu faire , s’évanouit en grande partie : celui surtout qu’ils avaient préparé , resta suspendu jusqu’à des temps plus heureux.
Enfin , la première loi d’organisation des écoles de médecine, ordonna que les élèves reçussent désormais, dans ces écoles, des leçons cliniques. Les moyens de tout genre qui peuvent rendre ces leçons plus profitables, ont été réunis avec beaucoup d’intelligence et de soin dans les trois écoles, particulièrement dans celle de Paris : elles n’ont plus besoin que de n’ètre pas troublées dans leurs travaux.
Des encouragements particuliers pourraient, en outre, transformer facilement tous les hospices en autant *de petites écoles pratiques : rien ne serait plus avantageux. Les jeunes geus trouveraient partout alors cette véritable instruction pratique , la plus nécessaire de toutes. En entrant dans les grandes écoles , ils y porteraient l’habitude de l’observation : et les autres parties des connaissances médicales s’arrangeraient avec d’autant plus d’ordre et de clarté dans leur esprit, qu’ils en recueilleraient les matériaux avec des> sens cultivés par cette même habitude, et avec un jugement habitué à s’exercer sur des impressions immédiatement produites par les objets.
Il est très-inutile sans doute d’insister sur les avantages des écoles cliniques en général : on sentira très - facilement aussi combien la multiplication de ces établissements, dans les hôpitaux de
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malades, peut devenir avantageuse. D’abord, les malades de ces hôpitaux seront mieux soignés : quand ils sont le sujet d’observations utiles, ils sont aussi l’objet d’attentions particulières. Le médecin , plus directement intéressé au succès des traitements, les combine avec plus d’attention, et les dirige avec plus de soin ; il prend plus de précautions pour que les effets du régime concourent avec ceux des médicaments. Sous ses yeux, et presque sans sa participation , se forment de jeunes élèves dont l’instruction est d’autant plus solide, que la nature elle-même en fait, pour ainsi dire, les frais, et que cette même instruction est, jusqu’à un certain point, indépendante des talents du professeur. Dans cet exercice continuel de leur sagacité et de leur jugement; à l’aspect de tableaux, tous composés de faits, les élèves contractent l’habitude de les mieux voir et le dégoût de tout raisonnement qui ne s’y conforme pas : ils acquièrent, en quelque sorte malgré eux, le véritable esprit philosophique qui se fonde , en médecine, sur cette habitude et sur ce goût. Des’ recueils complets d’observations sur toutes les infirmités humaines, se trouvent bientôt tout formés, dans les journaux tenus par les professeurs: et de leur comparaison, résultent les règles les plus sûres touchant les modifications qu’exige le traitement des mêmes maladies, à raison des lieux, des saisons, de l’état de l’air, de l’âge des malades*, de leur tempérament, etc. Les épidémies gêné-
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raies', ou communes à différents pays, et les épidémies particulières, ou propres à certains lieux, sont observées avec plus de soin, dans leurs variations et dans leurs retours ; elles sont décrites plus scrupuleusement, dans leurs phénomènes les plus fugitifs. Enfin, par de nombreux essais, on vérifie la puissance et l’utilité de tous les moyens connus; on hasarde des tentatives indiquées par l’analogie; il s’établit des correspondances, ou des communications rapides, entre cette foule d observateurs, tous également intéressés à ne pas enfouir le fruit de leurs recherches : et de ces riches matériaux, doivent sortir nécessairement des corps de doctrine plus complets, plus réguliers, plus exacts, qui chaque jour se rapprocheront de plus en plus de la nature, et qui, plus susceptibles de se plier et de s’adapter à toutes les circonstances, réuniront aux avantages d’un sage dogmatisme tous ceux du véritable empirisme rationnel.
yv Hygiène.
L’hygiène enseigue les moyens de conserver la santé. C’est non-seulement une partie essentielle de la médecine; c’est encore une partie non moins importante de la morale. La morale est en effet l 'art de la vie : comment cet art pourrait-il être complet, sans la connaissance des change-
nients que peut éprouver le sujet sur lequel il s’exerce, et des moyens capables de produire ces changements? L’hygiène , et par conséquent aussi, quelques notions succinctes d’anatomie et de physiologie devraient entrer dans tout système d’éducation. Pour tirer le parti le plus utile de nos facultés intellectuelles, pour diriger nos penchants et nos désirs vers le but le plus avantageux à notre bonheur, il est absolument nécessaire d’approprier toutes nos habitudes physiques au genre de nos travaux, aux dispositions morales que nous voulons cultiver en nous : et quelquefois un bon régime suffit pour ramener l’ordre dans nos idées et pour régler nos passions. De quelle source dérivent les unes et les autres? n’est -ce pas des impressions reçues dans les divers organes? Quelles forces la volonté met-elle en jeu pour exécuter ses déterminations? ne sont -ce pas ces memes organes que la nature lui soumet comme des serviteurs dociles? Combien n’est-, il donc pas préjudiciable d’ignorer la structure et les fonctions directes de ces précieux instruments, par lesquels nous recevons les impressions, nous concevons des désirs, et nous exécutons nos travaux ! Combien surtout n’est-il pas honteux d’ignorer quelles causes peuvent perfectionner ou troubler leur action! Que de préjugés ridicules, que de vaines terreurs, quelle puérile crédulité cette ignorance ne nourrit-elle pas, même dans des esprits éclairés d’ailleurs !
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Les livres diététiques d’Hippocrate, les premiers en date dans ce genre, sont les premiers encore par le caractère des observations. Plusieurs savants médecins les ont commentés à différentes époques. Lorri, dans son Traité des aliments, en a presque toujours adopté les vues générales , et les a fortifiées de tout ce que pouvaient y joindre la physique et la chimie de son temps.
Forcé par une santé délicate à des soins extrêmes de régime , Marsile Ficin avait recueilli beaucoup d’observations sur cette matière; et il s’était tracé des règles que sans doute il croyait utiles et sûres : mais comme sa tête était remplie d’idées astrologiques et de visions hypocondriaques, on ne peut guère avoir de confiance ni dans son jugement, ni même dans l’exactitude de ses récits.
, Cardan , génie plein de pénétration , mais peu véridique et peu sensé; Bruyerin, qui joignait à la connaissance approfondie des médecins grecs le véritable esprit d’observation; Sebisius, que Boerhaave place à la tête de tous les écrivains d’hygiène, laissent peu de chose à désirer poulies préceptes généraux. Mais Sanctorius a depuis ouvert une nouvelle route. Gornaro et l’auteur du Recueil anglais, des longues vies observées dans les trois Royaumes , indiquent certaines pratiques particulières pour la conservation de la santé. Lommius , et plus récemment Mackensie , ont traité le même sujet en médecins. Cheyne uv
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ne l’a point approfondi; mais son ouvrage présente quelques vues fines. Àrbuthnot, de qui on devait attendre un ouvrage vraiment philosophique, n’a, dans son Traité de la nature des aliments , considéré cet objet que sous un seul point de vue.
Enfin, je ne pourrais qu’indiquer quelques autres ouvrages, tant sur la gymnastique (x) que sur le régime des malades ou sur l’usa’ge journalier des différents aliments. Il en est qui contiennent des choses utiles ou curieuses : mais aucun n’embrasse la diététique dans toute son étendue. Le seul Bacon, par quelques aperçus jetés comme au hasard, semble avoir plus fait qu’eux tous pour ses progrès ultérieurs (a).
Mais laissons là cette imparfaite nomenclature de livres et d’auteurs.
On observe qu’aux diverses époques de la vie, eomme dans les maladies différentes, les mêmes aliments ne produisent pas les mêmes effets. Chaque âge a ses habitudes physiques , ses passions propres : les unes et les autres, dirigées d’après k le vœu de la nature , et contenues dans les limites qu’elle leur assigne, concourent également au
(i) L’ouvrage de Mercurialis mérite encore d’être lu.
(a) J’évite à dessein , de parler des traités , partiels ou généraux , publiés par des auteurs vivants. On annonce depuis long-temps celui du professeur Hallé : il sera sans doute dK gne de son auteur , et par conséquent des lumières du siècle.
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maintien de la santé physique et morale, ainsi qu’au développement de l’individu.
**. Dans les différents climats et dans les diverses situations topographiques, la température et l’état de l’air, la nature des eaux, les exhalaisons du sol, le caractère des aliments qu’il fournit, celui des travaux qu’il impose, les goûts ou les besoins qu’il enfante, agissent, tantôt de concert, tantôt sépàrément, pour produire certaines habitudes particulières à chaque local. La diversité de ces habitudes frappe le voyageur le plus inattentif: il ne peut s’empêcher de les rapporter à leur véritable cause, à la différence des lieux. Il voit quelles sont utiles ou nécessaires dans un endroit, dangereuses ou même funestes dans un autre; -et tout lui prouve qu’elles deviennent à leur tour la cause directe des formes extérieures , et même, en grande partie, du caractère propre à chaque nation.
Tl est certain que l’homme, quoiqu’en apparence l’animal le plus faible, est au fond le plus fort. Il s’accoutume par degrés à toutes les températures, à toutes les manières de vivre : il se fait aux plus grands travaux, aux excès de toui genre : il peut s’endurcir, jusqu’à passer sans inconvénient, par les altérations les plus brusques. Ses fibres tenaces et souples se prêtent à tout : et souvent dans les circonstances qui paraissent devoir accabler ses forces et les détruire, il trouve
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1rs moyens de développer en soi des facultés nouvelles qui l’étonnent lui-même.
L’usage de certains aliments fortifie ou diminue certaines habitudes morales. Tantôt il agit directement, et par les impressions immédiates qu’il occasione; tantôt par les états divers de maladie ou de santé qu’il détermine, par les dispositions des humeurs et des solides qui en résultent : car bientôt , toutes ces différentes modifications se manifestent plus ou moins d’elles-mèmes dans les dispositions habituelles de l’intelligence et de la volonté.
Les passions, la tournure des idées, le caractère des travaux intellectuels, l’habitude de certaines séries de pensées et de sentiments, ou leur subite introduction dans une tête qu’ils agitent, pourraient -ils ne pas avoir à leur tour la plus grande influence sur l’état physique? N’avons-nous point chaque jour, sous les yeux, les exemples les plus frappants de l’empire que le moral exerce sur le physique? empire qui ne paraît incompréhensible que lorsqu’on cherche hors des organes , mis en jeu par les impressions, et susceptibles d’agir et de réagir les uns sur les autres, le lien de ces intimes rapports. Combien d’hommes tués, on guéris par l’imagination ! Combien de constitutions altérées, ruinées , on rétablies et rajeunies , en quelqute sorte, par des affections particulières, par des- directions inaccoutumées d’idées et de
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sentiments! Bacon prétend que former tous les jours de nouveaux projets, est un moyen de prolonger la vie; qu’à la vérité, la sagesse invite l’homme aux habitudes constantes et paisibles; mais que les fous auraient vraisemblablement, à cause de la disposition contraire , des probabilités plus fortes de longévité, si leurs extravagances ne les précipitaient d’ailleurs dans une foule de dangers directs.
Ce qu’il y a de plus sûr, c’est que l’abandon des travaux habituels dérange l’ordre des mouvements vitaux, précipite la vieillesse, avance la mort ; et souvent on a guéri des maladies chroniques invétérées, en arrachant le malade aux langueurs du repos ou de la monotonie , en lui imposant de nouveaux devoirs, en changeant la nature de ses travaux.
Tous les faits relatifs à ces différentes vues générales, doivent être recueillis, discutés, comparés avec soin. On peut en tirer dès aujourd’hui d’utiles règles d’hygiène, également applicables à tous les systèmes d’éducation particulière ou publique : et cette partie , presque neuve encore , de la physique et de la morale, offre un champ vaste et fertile à moissonner.
On ue doit pas sans doute se borner à l’histoire des aliments, à l’exposition de leur nature, à la détermination de leurs effets : il faut encore indiquer les chaînes d’impressions, d’idées, d’appétits, on de penchants qui peuvent être la suite
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île leur usage; il faut apprécier chaque genre de vie, par rapport à son influence sur les dispositions habituelles du système, sur celles de chaque organe, sur ses facultés et ses fonctions. Çe serait peu d’assigner l’utilité île l’exercice en général, ou l’effet propre à chaque genre d’exercice : il est nécessaire de parcourir les divers travaux auxquels l’homme peut être assujetti sur les différents points du globe et dans les différentes circonstances de la vie, d’examiner en quoi ils peuvent devenir utiles ou nuisibles; quels sont les moyens de corriger leurs mauvais effets, ou de rendre ceux qui sont bons, plus complets , plus constants et plus sûrs.
En considérant la puissante influence des passions et des idées sur l’état des organes, sur leur développement, sur leurs fonctions, on ne doit plus se contenter des énoncés vagues et généraux auxquels les médecins et les moralistes s’en sont tenus jusqu’à présent : il faut entrer dans des particularités d’une application directe : il faut voir si, du rapprochement des observations déjà faites, et de celles que l’expérience journalière fournit aisément à des regards attentifs, ou ne pourrait pas, dès ce moment, tirer une suite de règles sur l’emploi des affections de l’ame, pour le rétablissement ou le maintien de la santé. En un mot, en embrassant à la fois le physique et le moral ; en indiquant les rapports et les moyens par lesquels ils agissent l’un sur l’autre, on doit
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aspirer à faire servir ces connaissances, une fois bien vérifiées, au perfectionnement de tout l’individu. Et même rappelons ici ce que j’ai fait remarquer ailleurs : l’observation constante des siècles atteste que les dispositions physiques se transmettent des pères aux enfants : quelques faits certains, plusieurs analogies d’un grand poids, et l’ensemble des lois de l’économie animale, portent à croire , en outre , que certaines dispositions morales se propagent également par la voie de la génération. On doit donc porter ses regards encore plus loin, en traçant des règles de régime;' c’est au perfectionnement général de l’espèce humaine qu’on doit aspirer.
§ VI
Chirurgie.
Opérations chirurgicales.
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La chirurgie, née avec la médecine, n’en fut séparée que dans des temps d’ignorance et de » barbarie; dans ces temps où les prêtres et les moines étaient et voulaient rester les seuls médecins de l’Europe. Une prétendue horreur de l’Église pour le sang, ou plutôt l’avilissement profond où la chirurgie était tombée entre les mains des hommes les plus grossiers et les plus vils, fit penser à ces moines et à ces prêtres, qu’il était convenable et politique d’abandonner la
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médecine opératoire aux barbiers et aux jongleurs.
Au temps d’Hippocrate , cette séparation n’existait pas; et même elle ne pouvait pas exister. Il paraît seulement que quelques opérations étaient exclusivement réservées à certaines personnes en particulier. Hippocrate s’engage dans son serment à ne point pratiquer la lithotomie, soit par cette raison, soit parce qu’il regardait les plaies de la vessie comme mortelles. En France; cette même opération a long -temps été le patrimoine d’une ' famille, où, de père en fils, une tolérance tacite et le préjugé public en conservaient, et, pour ainsi dire, en avaient consacré le droit.
Hippocrate était médecin , chirurgien , pharmacien; il a écrit sur les trois parties de la science. Ses ouvrages de chirurgie ne sont pas indignes des autres : on peut encore, sinon y puiser des lumières nouvelles, du moins y recueillir les premières lueurs de celles que les siècles modernes ont répandues sur presque toutes les branches de l’art. Son Traité des Plaies de la tête contient beaucoup d’observations utiles; il respire surtout le véritable génie chirurgical.
j-$Celse, en retraçant et résumant la médecine des Grecs , fit aussi le tableau de leur chirurgie. Paul d’Égine l’enrichit de plusieurs inventions et traitements qui lui sont propres. Sous les Arabes, elle fit encore quelques progrès. Mais ce n’est qu’à la renaissance de l'anatomie, vers l’époque où Vésale secoua le joug du galénisme et des écoles^,
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qu’aidée de la physique, qui se frayait elle-même des routes nouvelles , elle prit ce vol hardi qui l’a" conduite depuis, de découverte en découverte et de succès en succès. Ambroise Paré, Fabrice de Hilden, Fabrice d’Aquapendente, Marc-Anrèle Seyerin, Jean de Vigo, Gui de Chauliac et quelques autres en sont , pour ainsi dire , les pères chez les modernes. Le dix -septième siècle lui a donné plusieurs hommes distingués. Mais le dixhuitième l’emporte de beaucoup, et par le caractère des esprits qui l’ont cultivée, et par l’importance des vérités qu’ils ont établies, ou des préjugés et des erreurs qu’ils ont fait disparaître. Palfin, Dionis, Duverney, Solingen, La Peyronie, Raw, Heister, Petit, Lamotte, Quesnay, Monro, Louis, Pouteau, Pott, les deux Hunter, Cheselden, et plusieurs autres qu’il serait trop long de nommer; les uns en embrassant toutes les parties de l’art, et le traitant d’une manière systématique; les autres en dirigeant leur attention sur les points que leur génie ou les circonstances les portaient à préférer, l’ont agrandie, l’ont simplifiée, l’ont perfectionnée de jour en jour : et les grands maîtres que nous avons perdus depuis peu, tels que les Dessault, les Choppart, etc., ou ceux qui nous restent encore , et que je m’abstiendrai de citer, pour éviter de montrer de la prévention pour mon pays, eu ne nommant presque que des chirurgiens français; ces grande maîtres, dis-je, n’ont cessé de reculer les limites de l’art par leurs • ‘O * '
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travaux infatigables, et de former des élèves capables de les remplacer.
Presque toutes les parties importantes de la chirurgie ont successivement été revues, ont éprouvé d’utiles changements. Le traitement des fistules, et notamment de celles de l’anus, les grandes amputations , les maladies des os , l’opération de la pierre, celle des hernies, celle des anévrismes , les accouchements , etc. , ont fait , depuis moins d’un siècle, des progrès si considérables , qu’on peut regarder l’art comme à peu près entièrement renouvelé.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer que l’étude de la chirurgie , comme celle de la physiologie, se rapporte aux trois analyses descriptive, historique et de déduction; tatidis que l’étude de l’hygiène met particulièrement en usage les deux dernières analyses. Mais peut-être n’est-il pas inutile d’observer que les leçons de chirurgie se donnant toujours nécessairement en présence des objets , elles ont moins prêté que celles de certaines autres branches de l’art de guérir , aux divagations du charlatanisme, et aux écarts de l’imagination. Les. améliorations que cette partie de l’enseignement peut demander encore sont assez faciles, pour que l’exemple d’un seul maître, imbu des méthodes philosophiques, puisse les achever et les consacrer pour toujours.
Quant aux améliorations qui doivent porter sur- le fond de l’art lui -même, les résistances
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qu’elles peuvent rencontrer, tiennent en partie aux vices de sa langue scientifique , en partie au caractère trop mécanique de ses principes généraux. On a vu comment et jusqua quel point il est possible de rémédier au premier inconvénient, et quels désordres nouveaux peuvent naître d’une semblable réforme. Le second tient à la nature même des études chirurgicales. Les esprits lents et bornés, qui sont toujours les plus nombreux, trouvent ici des appuis visibles et palpables pour leurs raisonnements et pour leurs théories. Raisonner sur des objets qu’on a' * sous lès yeux, inspire une grande confiance. Mais malheureusement , un tact grossier et des connaissances bornées ne suffisent pas toujours pour deviner le caractère des objets à travers leur enveloppe extérieure. Cette habitude de tout considérer matériellement peut entraîner ici dans beaucoup d’erreurs, et sans doute elle est souvent insuffisante dans l’application. C’est donc vers l’amélioration de la physiologie et de la pathologie, que les vrais chirurgiens doivent spécialement diriger leurs efforts.
La partie instrumentale et manuelle se perfectionne,’ pour ainsi dire, d’elle-même. Mais le traitement d’une plaie un peu grave; mais l’influence d’une opération majeure sur tout le système; mais certains changements profonds, quoique souvent difficiles à saisir, que les maladies universelles et les maladies chirurgicales exer-
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cent les unes sur les autres, méritent la plus grande attention. Le talent ne consiste pas moins souvent à rendre inutile une opération, qu’à la bien faire; à guérir une plaie ou toute autre affection locale par des traitements internes et généraux, que par l’application des topiques ou des instruments les plus ingénieux. En un mot, il faut que la chirurgie emprunte les vues médicales, comme la médecine a souvent besoin d’emprunter les secours chirurgicaux.