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Matière médicale.
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Le tableau des moyens que l’art emploie pour guérir les majadies, forme ce qu’on nomme la matière médicale. Ces moyens ou les médical ments sont des productions de la nature. La chimie et la pharmacie les combinent et les préparent : la clinique les administre et note leurs effets. Ainsi , la connaissance des substances animales, végétales ou minérales, des qualités extérieures qui servent à les classer, de la manière dont elles se forment, du pays qui les produit, des changements que le temps leur fait subir, est une partie de l’histoire naturelle. Toutes les décompositions, associations et combinaisons dont elles sont l’objet avant d’être mises en usage; toutes les modifications quelles éprouvent, ou
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qu’elles sont susceptibles d’éprouver dans ces nouvelles combinaisons , ou dans leur application aux corps animés, sont du ressort de la chimie et de la pharmacie. Les observations faites au lit des malades , sur les vertus des médicaments , et qui, distribuées dans le même ordre que celles des maladies, en sont le complément, appartiennent à la clinique. Les seuls praticiens observateurs peuvent les fournir , ou leur imprimer le sceau de la vérité.
C’est en regardant, en touchant, en voyant, en flairant et goûtant les remèdes, qu’on apprend à les reconnaître : c’est en les voyant décomposer et recomposer, en observant les qualités de leurs produits ou de leurs nouvelles associations, qu’on acquiert des notions justes sur leurs qualités chimiques : c’est, en les voyant préparer dans les pharmacies , en les préparant soi-même , qu’on se fait une idée nette de leurs transformations, des qualités sensibles que les diverses préparations peuvent leur imprimer : enfin, c’est dans le cours d’une pratique attentive et suffisamment étendue , qu’on apprend à connaître les véritables propriétés des médicaments, à les évaluer, non d’une manière vague, mais par des effets constants bien déterminés, bien circonscrits, et rapportés aux cas individuels, dans lesquels ils se sont offerts à l’observation.
Rien n’est plus difficile , sans doute , que d’as-
signer aux remèdes la part réelle qu’ils peuvent avoir dans les changements survenus à la suite de leur usage. Les observations et les expériences sur cette matière, présentent beaucoup d’incertitudes et de difficultés; elles sont sujettes à beaucoup d’erreurs. On a souvent bien de la peine à constater si les remèdes ont en effet , dans ces changements , une part quelconque. Tant de circonstances étrangères peuvent avoir produit les faits observés , ou du moins les avoir altérés au point de rendre leur véritable cause impossible à reconnaître! Ce qu’il est encore plus difficile de bien démêler, c’est la qualité particulière qui rend un remède capable de produire réellement tel ou tel effet.
Quand on parcourt les recueils de matière médicale, on est étonné de rencontrer la même substance rangée sous plusieurs classes et sous plusieurs genres très-différents. Tantôt elle est purgative, tantôt apéritive, tantôt expectorante, etc. C’est surtout parmi les calmants, qu’on retrouve des drogues tirées de presque toutes les autres classes. La crédulité la plus docile a bien de la peine à ne pas concevoir quelques doutes à cet aspect. Appliqués aux corps vivants, les remèdes agissent d’une manière très - diverse , suivant les circonstances. Tantôt c’est un purgatif qui calme; tantôt c’est un tonique, un acide, un amer, etc Le même remède peut devenir tour à tour évacuant , diurétique , sudorifique. Il faut donc qu’uut;
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suite d’essais, répétés par différents observateurs, dans différents lieux et dans les différentes circonstances où peut se trouver l’économie animale, fixent les incertitudes qui naissent de cette diversité d’effets. Il est même quelquefois nécessaire de rechercher s’il y a des propriétés véritables et constantes dans le remède qui fait le sujet de l’examen.
Ainsi, la meilleure matière médicale serait celle qui présenterait , ou suivant l’ordre des traitements, ou d’après la classification des effets généraux, le relevé fidèle des observations recueillies au lit des malades, sur les propriétés des médicaments. C’est le plan que Yogel semblait s’être proposé; mais malheureusement il se contente de prendre le résultat des observations, sans jamais entrer dans les circonstances*qui pourraient seules caractériser l’effet observé. Quand il parle des propriétés du quinquina, par exemple, il dira fort bien que cette écorce a été employée avec succès dans telle et telle maladie particulière, citant avec exactitude les auteurs : mais il ne donne aucun détail, ni même aucun résultat général touchant les phénomènes de ces maladies, l’époque de l’aunée, le tempérament du malade, le moment de l’administration du remède ; toutes circonstances capables de modifier puissamment, sou action , et sans la connaissance desquelles il est par conséquent impossible de l’apprécier. l)e quelle utilité peuvent donc être pour le- lecteur %
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DIS LA MÉDECIN K. 3l3
ces longues listes d’observations souvent contradictoires? Quel moyen peut -il avoir de concilier ces contradictions, et de découvrir, dans chaque cas particulier, la véritable cause de l’effet obtenu? Le travail de Vogel, excellent sous quelques rapports, est donc à référé, ou du moins à revoir : et les praticiens expérimentés, qui, pro* filant de ses recherches laborieusês, entreprendraient de recueillir et de classer les faits qu’il indique, en se bornant à saisir leurs traits principaux , rendraient sans doute un service essentiel aux jeunes élèves. Ce nouveau travail serait plus instructif encore, si les auteurs joignaient leurs propres observations aux faits nombreux » cités par Vogel, soit pour appuyer les conséquences de ceux-ci, soit pour les combattre et les rectifier.
Au reste , il est aisé de voir qu’avant d’avoir observé par lui- même, l’élève n’entend absolument rien à des généralités sur les observations d’autrui : et quand on s’est fait un tableau de remèdes dont on connaît les effets par sa propre expérience, on n’en cherche plus guère les indications dans les livres. Notre matière médicale n’est déjà que trop riche : ce n’est pas de non- \ veaux remèdes que nous avons besoin ; c’est d’une bonne méthode d’employer ceux que nous pos^ sédons. Cappivaccius disait à ses élèves : Discite meam mcthodiun , et habebitis a/vana mea. ' V •
Cétte manière de traiter la matière médicale
serait toute clinique : aussi, je le répète, ce n’est qu’au lit des malades que sa partie la plus essentielle peut être enseignée avec fruit.
§ VIII
Chimie, Pharmacie.
La chimie ne tient encore à la médecine pratique que par des rapports assez bornés. La connaissance des altérations que les aliments ou les remèdes peuvent éprouver par leur mélange avec * les différentes matières qu’ils rencontrent dans l’estomac , est sans doute nécessaire à la pratique de l’art de guérir: mais ces altérations sont bien moins variées et moins importantes que quelques personnes ne paraissent le penser; et le fussentelles d’ailleurs beaucoup, il est très- difficile de les apprécier exactement. Staalh disait : ChimUv us us in jnedicina nullus, aut ferè nullus. Cette opinion de Staalh , vraie de son temps , l’est peuL être encore presque également aujourd’hui. Le nouvel éclat que les chimistes modernes , et surtout les chimistes français, donnent à la science, et les efforts, très - louables , de quelques-uns d’entre eux pour en rendre les découvertes directement utiles à l’art de guérir, ne paraissent point encore avoir donné des résultats bien étendus, et surtout bien sûrs. On ne doit cependant pas désespérer d’en tirer un jour des lumières sur les
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relations des corps animés , dans leurs différents états , avec les autres corps de la nature ; et l’on sent aisément quels secours pourraient trouver dans ces lumières l’hygiène et la médecine pratique. Mais les expériences nécessaires pour atteindre ce but, ne se feront point dans les laboratoires : ce n’est point en opérant sur des instruments dépourvus de vie et de sensibilité, qu’on pourra parvenir à des résultats également applicables et certains. C’est par l’observation de la nature sensible et vivante ; c’est au lit des malades , c’est dans de vastes infirmeries , qu’il faut pratiquer cette chimie nouvelle , cette chimie animée, dont la cessation de la vie dénature à l’instant tous les produits. Pour pouvoir s’appliquer à la diététique et à la médecine pratique, ces produits et les conclusions théoriques qui en résultent, ne doivent être fournis que par des observations propres, à l’une et à l’autre; ils ne peuvent être solides qtt’autant qu’ils se fondent sur des faits tirés immédiatement de leur sein.
Dans l’état actuel de nos connaissances, la chimie est le flambeau de l’histoire naturelle ; elle enseigne aux arts les moyens de s’en approprier les richesses ; elle prépare , combine et multiplie les matières qui peuvent être appliquées à nos besoins; elle commence à répandre sa lumière sur diverses parties de la physique proprement dite : et plusieurs phénomènes , mal conçus jusqu’à présent , rentrent dans la classe des combi-
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liaisons ou des décompositions dont la chimie a découvert les lois. Enfin, cette science, dont
presque tous les arts empruntent le secours, est née, pour ainsi dire, avec l’art de préparer les médicaments : elle eu fait partie; et c’est d’elle que la médecine a reçu la plupart de ses moyens les plus puissants.
La chimie, après avoir été long-temps le domaine des charlatans et des visionnaires, est enfin devenue celui des hommes les plus éclairés, et des meilleurs esprits de leur siècle. Après avoir servi tant de fois d’instrument à la déraison, après avoir corrompu par son influence plusieurs parties des sciences naturelles, elle a pris enfin le caractère le plus philosophique; elle suit la marche la plus sévère et la plus sûre. Telle est la véritable cause de ses succès aussi rapides que brillants. , y*
La chimie pharmaceutique a suivi cette même marche; elle s’est animée du même esprit. Ses procédés sont devenus de jour en jour plus simples et plus raisonnés. Le. vieux fatras des cadices et des dispensaires disparaît peu à peu; et, quoique la réforme soit loin d’être complète, la manière dont elle est commencée xie laisse guère d’espoir aux inepties et aux puérilités, dont abondaient autrefois les préparations et les formules officinales, de se défendre encore long - temps contre la raison.
Cette réforme est, en grande partie l’ouvrage de
Haumé (i): c’est, du moins, lui qui le premier a mis au jour toute l’absurdité de plusieurs préparations, l’inutilité d’un plus grand nombre, et les manœuvres peu délicates des droguistes et des pharmaciens. Depuis lui, beaucoup d’abus ont été réformés , autant que le permet la nature d’un commerce, où la probité n’a pour surveillant qu’elle-mème : et les pharmacopées ont graduellement resserré le nombre de leurs formules, et banni l’appareil des procédés anciens , dont les lumières actuelles démontrent l’absurdité.
Ce n’est pas en lisant qu'on apprend la chimie et la pharmacie : c’est en voyant opérer, en opérant soi-même, en familiarisant ses yeux et ses mains avec les objets des opérations, avec les instruments dont on y fait usage.
Encore une fois , cette méthode , applicable à toutes les études pratiques, est si bonne, que le talent du professeur y devient presque inutile, et que la nature elle-même, c’est-à-dire, la présence des objets , répare presque toutes les erreurs qu’il peut commettre dans son erisoignement oral.
Je n’ai pas besoin de faire observer en terminant, que l’analyse de décomposition et de recomposition est spécialement propre à la chimie. On sait combien cette science a retiré d’avantages
(1) Quaud mon respectable confrère, le cit. Deyeux, aura publié sa Pharmacie, on pourra regardée cette réforme comme terminée. ' • .
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«le l’application plus régulière des méthodes philosophiques. En les employant sur des objets matériels et palpables, elle en a perfectionné les procédés; et cette même analyse qu’elle met habituellement en usage , maniée d’une manière savante et réfléchie, n’a plus paru étrangère aux objets intellectuels.
Six-.
Botanitjue. «
Les anciens ont traité quelques parties des sciences avec beaucoup de génie et de succès; ils en ont laissé plusieurs autres dans l’enfance. La pratique d’Hippocrate est admirable : son anatomie et sa matière médicale sont au-dessous du médiocre. L’histoire des animaux d’Aristote est un modèle, soit pour la manière de saisir les grands traits et les grands rapports, soit pour la fidélité, des détails : jamais on n’a peint la nature avec un pinceau plus ferme. Sa physique , au contraire, n’est pas seulement indigne de lui; on peut dire avec vérité que c’est un tissu d’opinions absurdes et bizarres, fruit d’une imagination déréglée et subtile : et quant au langage qu’il y emploie, on trouverait peut-être difficilement ailleurs des exemples d’un galimatias plus ténébreux.
A côté «le certaines branches «le la philosophie naturelle, qui se développaient avec vigueur et
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rapidité, d’autres languissaient dans une espèce d’engourdissement, dont l’histoire ne rend pas toujours raison : elles restaient en arrière, malgré le mouvement fécond que semblaient devoir imprimer à leurs études le sentiment du besoin , et quelquefois même le préjugé public.
Telle fut la botanique. Avant Hippocrate, elle n’existait pas encore. Ce grand homme parle de beaucoup de plantes : mais il en parle en médecin , non en botaniste. Ce furent Théophraste et Dioscoride qui créèrent la science. Pline et Galien l’enrichirent, mais sans y mettre aucun ordre. Les Arabes la laissèrent k peu près dans le même état où ils l’avaient reçue des anciens.
Chez les modernes, Mathiole, Fallope, Fabius Columna , l’ont ressuscitée. Jean et Gaspard Bauhin, Cesalpin, Gessner, l’ont refondue et rajeunie. Elle a été remaniée , et , s’il est permis d’employer cette expression, reprise en sous -oeuvre par Tournefort, qui, après avoir fait sentir le vice des méthodes connues de son temps, osa se proposer, et termina le plan de son entière réforme. Ce plan , tout à la fois vaste et simple , ne pouvait être conçu que par une tète forte, exécuté que par d’infatigables travaux.
• Jean Ray, vivant seul à la campagne, presque sans livres et sans moyens d’entreprendre de grands voyages, a cependant fait des recherches et proposé des vues très-utiles. Le premier, il sentit qu’il est nécessaire, si l’on veut éviter la
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confusion , de classer les plantes , non par la ressemblance d’une partie, niais par celle de toutes, ou du moins des plus importantes. Si, dans la pratique, ce système éprouve des difficultés, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il a pour lui l’avantage de l’exactitude , et qu’il se rapporte mieux en général aux formes extérieures des plantes, et même à leurs propriétés.
Parmi les systèmes proposés depuis, on distinguera toujours celui de Linné. Il sert encore de base, ou du moins il s’associe encore à ceux que des connaissances plus étendues, et peutêtre une manière plus saine de philosopher , ont fait; éclore de nos jours.
Fondé sue une observation ingénieuse, ce système lui doit peut-être toute sa grande célébrité : peut-être ses avantages réels, soit pour l'étude purement botanique des plantes, soit pour la connaissance de leurs usages, se réduisent -ils à peu de chose. Les illustres auteurs du système adopté dans le Jardin National , semblent en avoir jugé de même. Ils n’ont point cru devoir se borner à un seul caractère, dans la considération des végétaux : leur classification les embrasse et les combine, pour ainsi dire, tous; et joignant leurs propres observations à celles de leurs devanciers , ils ne pouvaient manquer.de faire un très -utile et très-beau travail. - ;
Les botanistes semblent, en général, avoir mis le même soin à faire disparaître les points de rap-
DE LA. MÉDECINE. 3à I
ports de leur science avec les autres, qu’ils semblaient devoir en mettre à les chercher et à les multiplier. Ils évitent d’envisager les végétaux sous un autre aspect que celui de leur simple description : leurs propriétés et leurs usages n’existent pas, en quelque sorte, pour eux; et quelques-uns seraient presque fâchés que les classifications en offrissent quelques traces. Transporter dans leur science les vues de la médecine ou des arts , ce serait à leur avis la dénaturer.
Mais cette manière d’isoler la botanique et de la réduire à la condition d’une aride nomenclature, n’est-elle pas la principale cause du dégoût quelle inspire à beaucoup de très -bons esprits? N’est-ce pas uniquement à cela qu’il faut attribuer sa propriété remarquable de fatiguer souvent sans fruit les mémoires, qui ne peuvent fixer les objets que par le raisonnement? Enfin, si beaucoup d’hommes, pleins de lumières, lui ont longtemps refusé le titre et les caractères d’une véritable science, n’en faut-il pas accuser cette prétention singulière de ne lui permettre presque aucune utile application?
Je sais que lorsqu’il est question de classer vingt-cinq ou trente mille plantes, dont un petit nombre seulement sont connues par leurs propriétés, on peut regarder comme superflu, de tenir compte de ce caractère si essentiel aux yeux des ignorants. Mais peut-être alors, malheur à ce;ix (pii peuvent, apprendre et retenir tant de
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noms et de phrases descriptives, auxquels ne s’attache d’ailleurs aucune idée que celle de quelques formes ou de quelques traits extérieurs !
La botanique se présente donc ici, sous deux points de vue très - différents : i° comme simple classification de tous les êtres du règne végétal ; a0 comme l’un de ces grands magasins de la nature, dont la médecine emprunte plusieurs remèdes efficaces, et les arts une foule d’utiles matériaux.
Sous le premier point de vue, elle ne serait qu’une simple nomenclature , si l’on s’obstinait à suivre ce système d’isolement, dont je vieus de parler. Or , on peut avoir souvent liesoin de consulter une nomenclature : mais cet aride aspect n’éveille ni l’intérêt de l’imagination, ni celui de la raison.
Sous le second point de vue, la botanique ouvre un champ vaste aux recherches expérimentales-: elle a pour but de saisir des rapports également utiles à connaître, et curieux à découvrir. Les méthodes systématiques qui représenteraient fidèlement ces rapports , n’offriraient pas moins de pâture à l’avidité du savoir, qu’au désir, plus sage peut-être, de porter les résultats de chaque science dans la pratique de la vie, et ■ de les faire servir à la satisfaction de nos besoins journaliers. Cette botanique usuelle ne serait point formée sur le plan mesquin de Chomel , qui n’est pas même bon pour la partie médicale à laquelle
il se borne : elle embrasserait tons les usagés des végétaux; et leur distribution serait faite d’après l’analogie de leurs propriétés.
Peut-être serait -il alors convenable de faire deux classifications : l’une destinée aux espèces nutritives, pharmaceutiques ou vénéneuses; l’autre , à celles qui sont employées par les arts, dans certaines vues d’un intérêt moins immédiat, ou relativement auxquelles l’ignorance et les erreurs sont moins préjudiciables. Ne serait-ce point là le moyen de répandre un intérêt vraiment général sur cette science, dont les objets peuvent nous procurer tant île jouissances? La nature se plaît à parer les végétaux des plus belles et des plus riches couleurs, à les imprégner des parfums les plus doux; nous respirons une vie nouvelle avec les émanations restaurantes des jardins et des bosquets : qui ne l’a pas éprouvé mille fois , et toujours avec un nouveau charme? mais une manière froide et classique de considérer les plantes flétrirait ces heureuses impressions, et laisserait bien peu de prise à la mémoire. Les prestiges de l’imagination , les souvenirs les plus chers au cœur, confondus souvent avec ceux des fleurs' et de la verdure, n’empêchent pas que l’étude d’un catalogue ne soit toujours insipide , monotone , et que le plaisir d’observer des productions également attachantes et curieuses ne se perde au milieu de tant d’efforts pouf retenir des noms presque toujours insignifiants, et des phrases qui
ne sont elles-mêmes que des noms plus détaillés, ou d’arbitraires définitions.
Mais la botanique porte en elle -même les principes féconds de nouvelles découvertes : les hommes les plus distingués qui la cultivent commencent à ne plus se contenter de ces froides classifications. Après avoir épuisé les descriptions extérieures, ils ont senti que les phénomènes qui caractérisent la vie des végétaux , étaient bien plus dignes de leurs recherches. En effet, le tableau de la germination, du développement, de la fructification, des maladies et de la mort de cette classe d’êtres si variés, n’est pas seulement très - curieux , comme partie de la physique; il peut, en outre, devenir d’une utilité directe pour les progrès du jardinage et de l’agriculture; il peut fournir les moyens «l’accroître les richesses de la société.
La physiologie des végétaux doit se fonder sur leur anatomie; comme elle -même doit servir de base à leur pathologie et à leur thérapeutique. On a «loue étudié plus attentivement la structure intime de leurs organes et des parties élémentaires dont ils sont composés.
Voilà, dis- je, une nouvelle et plus noble carrière ouverte aux botanistes observateurs. En joignant à l’étude des phénomènes que présente immédiatement la vie végétale, la recherche des différentes transformations, combinaisons ou décompositions, dont les végétaux sont les instru-
de la médecine.
ments , ou peuvent devenir les sujets, ils parviendront peut-être un jour à dévoiler le mystère de leur formation et de leur développement.
■ La botanique médicale s’apprend sans doute dans les jardins, dans les champs et sur les montagnes : mais elle s’apprend aussi dans les pharmacies et dans les séchoirs. 11 est nécessaire de suivre les altérations de la même plante, nonseulement dans sa dessiccation , mais aussi dans ses préparations diverses. Il est bon de comparer le goût et l’odeur qu’elle a sur pied , avec l’odeur et le goût qu’elle acquiert eu se flétrissant, en se desséchant , en s’altérant , ou qu’elle communique à d’autres substances, en se combinant avec elles. Enfin la connaissance de cette botanique se confirme et se complète au lit des malades : et l’on voit facilement qu’elle rentre alors dans la matière médicale, dont elle est en effet une partie, et dont même elle ne peut être séparée, sans cesser de se rapporter à la médecine.
Médecine vétérinaire.
La médecine vétérinaire est, pour ainsi dire, née de nos jours. Cependant on trouve déjà dans Aristote, dans Xénophon, dans Pline, et dans les Rei rusticce Scriptores , un grand nombre d’observations recueillies par les anciens, sur l’art tle
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soigner en santé les bœufs, les chiens, les chevaux, et de les traiter dans les maladies auxquelles ils sont sujets. L’éducation des chevaux a , dans tous les temps, été l’objet de soins trèsattentifs; celle des chiens de chasse et des oiseaux de vol, est devenue l’objet d’un art savant; et comme tous ces animaux sont assez souvent malades, on a été forcé de chercher les moyens de les guérir. Mais il y a loin de ces premières tentatives informes à une véritable médecine vétérinaire : et même, quoique Ramazzini et quelques autres eussent décrit avec exactitude certaines épizooties; quoiqu’ils eussent cherché les rapports qu’elles pouvaient avoir avec les épidémies humaines, et les méthodes qui devaient diriger leur traitement ; enfin , quoique nous eussions des traités d’hippiatrique fort étendus, l’art n’existait point encore à proprement parler: il ne formait point un corps de doctrine, fondé sur une collection raisonnée de faits.
On peut dire qu’il date de Bourgelat. C’est en effet ce célèbre hippiatre qui, le premier, a ramené les procédés empiriques à des principes généraux; qui les a liés à des connaissances anatomiques et physiologiques beaucoup plus exactes; qui n’a pas seulement enchanté d’une manière méthodique les résultats des observations, mais encqre indiqué l’esprit dans lequel on doit observer. On lui doit surtout le premier établissement où l’art vétérinaire ait été l’objet d’un
véritable enseignement clinique ; où les leçons aient été données, comme celles de médecine pratique, à l’aspect même des maladies, objet de ses recherches.
Les élèves de son école, et les grands maîtres de celle de Charenton, n’ont point fait oublier l’importance de cette heureuse impulsion imprimée à l’art naissant; mais dans le sein de l’une et de l’autre, cet art a fait des progrès rapides: elles ont produit plusieurs hommes d’un mérite rare, que nous avons le bonheur de posséder encore (i); et des disciples accourus de tous les pays de l’Europe avaient déjà, sous l’ancien régime, averti la France d’une richesse qu’elle paraissait dédaigner.
La multiplication, la conservation, le perfectionnement des animaux , sont des objets trop directement utiles, pour qu’il soit nécessaire de faire sentir combien les progrès de l’art qui s’y rapporte intéressent la prospérité publique.
N’est -ce pas d’ailleurs un véritable devoir de donner à des êtres sensibles comme nous, et qui partagent si patiemment nos travaux, tous les soins qui peuvent rendre leur existence plus douce? Ne font -ils pas partie de la famille hu-
(i) Depuis que j’ai écrit ceci, nous avons perdu l’excellent Gilbert , mon moins regrettable pour les sublimes qualités de son ame,'quc pour les talents et les lumières qui1, si jeune encore, lui avaient acquis une si haute réputation.
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maine? ne sont-ils pas les plus utiles instruments d’une foule d’entreprises qui multiplient les richesses et les jouissances de l’état social? Si nos besoins nous forcent à les priver de la vie, avant le terme qui leur fut assigné par la nature , pourrions-nous négliger de leur rendre, du moins, ce peu de jours que nous leur laissons, et que nous tournons encore à notre profit, aussi supportables que l’esclavage le permet? Serait -ce trop présumer de la bonté de l’homme, que d’attendre dans les soins qu’il prend de ses utiles compagnons, quelques sentiments de reconnaissance, mêlés à ceux de l’intérêt personnel ? Je ne le pense pas. La bonté véritable, celle de tous les moments, celle qui s’exerce dans le silence, est moins rare sans doute, que lés imaginations rué-, lancoliques ne se plaisent à le dire, et que les cœurs dépravés n’affectent de le croire. Le mal est toujours éclatant par sa nature même : le bien, au contraire , est obscur. Beaucoup de personnes soignent leurs animaux comme des amis : les habitants de la campagne les pleurent c'omme des frères, quand ils les ont perdus. Ces affections tiennent d’assez près à celles qui unissent les hommes entre eux , pour mériter d’être cultivées soigneusement dans les cœurs.
Les personnes qui joignent à la sensibilité, sans laquelle l’homme moral n’existe véritable- . ment pas, la réflexion, qui , seule,, peut la guider
Digitiz
I) E LA M 1£ 1) li C 1 M E. 3aQ
utilement , ne foulent aux pieds aucune de ces affections indirectes : elles savent que ces mêmes affections sont, pour ainsi dire, la culture la plus heureuse de la raison comme de la sensibilité; elles savent que rien n’est plus propre à leur imprimer une favorable direction. Combien ne serait-il pas facile de réveiller dans les âmes qui ne sont point entièrement dépravées , ces sentiments humains, source féconde des plaisirs les plus doux de la vie! C’est pour notre propre bonheur qu’il importe de les développer soigneusement en nous , de les cultiver avec attention , . . d’éloigner tout ce qui peut les flétrir. Comment supporterions- nous donc froidement ces spectacles de barbarie, que la stupide grossièreté nous présente chaque jour? Comment surtout pourrions-nous jamais devenir les complices de la cruauté capricieuse, avec laquelle on traite si souvent les animaux ? Mais ce n’est point assez d’éviter à l’égard de nos compagnons et de nos aides, tout mauvais traitement sans objet : soyons plus justes; cherchons à les rendre heureux. Ils embellissent, et souvent ils conservent notre vie : qu’ils ne traînent plus la leur dans les souffrances et dans les privations. Ce motif serait digne d’être joint à tous ceux que nous avons d’ailleurs de perfectionner l’art qui veille sur leur éducation et . sur leur santé.
Il suffit d’avoir indiqué les rapports de cet
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art (i) avec la médecine humaine . je ne répéterai point ce que j’ai dit sur ce sujet. On sent assez que toutes les branches de l’art de guérir se tiennent et s’éclairent mutuellement.
(i) De l’art vétérinaire.