‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 43 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Objets accessoires.

Histoire naturelle.

J e n’ai point mis l’histoire naturelle au nombre des études médicales, parce que les parties de cette science qui se rapportent à la médecine, rentrent ou dans la physiologie, qui comprend elle-même l’histoire des lois physiques des corps animés, et celle de leurs penchants et de leurs habitudes; oü dans la chimie, qu’on peut à juste titre regarder comme l’instrument analytique général des différents corps de la nature; ou dans la botanique, surtout dans cette botanique usuelle, dont nous venons de ■parler , qui tient elle-même de si près à la Chimie végétale ; et qui, sans avoir encore peut-être jeté beaucoup de lumières sur les phénomènes de la vie, nous a déjà fait mieux connaître les matériaux qui entrent dans l’organisation des êtres vivants. . ’ ‘

L’histoire naturelle systématique , qui se borne à classer les diverses productions de la nature, d’après des analogies extérieures , a sans' doute la plus grande utilité pour l’arrangement des col-

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lestions : la connaissance des vues générales sur lesquelles la classification de chaque auteur est formée, peut même exercer l’esprit ou piquer la curiosité des jeunes élèves ; elle secourt la mémoire, rebutée de tant d’efforts, où le raisonnement n’entre le plus souvent pour rien; et peut-être aussi quelquefois, elle fournit d’heureux aperçus au génie de l’observation. Mais ces classifications, quelque méthodiques qu’on les suppose, ne sont, pour l’ordinaire, pas plus la science qu’un catalogue n'est une bibliothèque, ou qu’une liste d’individus n’est une assemblée. Réduite à cet état, l’histoire naturelle serait sans doute entièrement étrangère à la médecine, qui n’a déjà que trop de ses propres classifications.

. Physique.

La physique a découvert quelles lois générales meuvent les grandes masses de la nature ; elle a mesuré les différents diamètres des orbites que les, astres décrivent dans leurs cours : et ces lois, auxquelles leurs mouvements sont tous soumis-, règlent en même temps la marche des saisons et toute cette variété de scènes et d’effets qui en résultent pour nous. La physique nous a dévoilé les lois propres à ce fluide répandu , en plus ou moins grande quantité, sur toutes les parties dû

globe, et qui tour à tour roulant à sa surface, ou s’enfonçant dans ses abymes, ou flottant en vapeurs dans les airs, semble destiné par la nature à rajeunir tous les corps, à favoriser leurs reproductions régulières ou leurs continuelles transformations. C’est elle encore qui a su mesurer et peser l’air, en évaluer les forces, décomposer les rayons lumineux, enfin soumettre au calcul cet agent universel et toujours infatigable, le mouvement. Elle l’a considéré dans les phénomènes mécaniques qu’il produit; dans les altérations que les différentes substances éprouvent par son action , plus ou moins énergique ; dans les impressions directes qu’en reçoivent les êtres vivants.

On ne peut méconnaître les rapports qui unissent plusieurs de ces connaissances aux différentes branches de l’art de guérir. Les lois de l’équilibre, celles de l’expansion, de la densité, du choc des corps , peuvent jeter du jour sur plusieurs questions médicales ou chirurgicales. Ce n’est pas qu’il faille dire, avec un auteur célèbre, que lorsqu’on noys présente un blessé qui vient de faire une chute, si nous ignorons les lois de la gravitation , nous ne pouvons estimer avec exactitude l’importance de la blessure, eussions-nous d’ailleurs les informations les plus exactes sur la hauteur d’où le malade est tombé : cette manière de prouver l’utilité de la physique dans la pratique de l’art de guérir , -pourrait paraître un

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peu ridicule. Mais il n’eu est pas moins constant , que les corps dont nous sommes environnés , ou que nous employons aux usages de la vie, produisent sur nous des impressions très-différentes, à raison de l’état dans lequel ils se trouvent : il nous importe donc beaucoup , soit pour la guérison des maladies, soit pour la conservation de la santé , de connaître les lois de tous les changements que ces corps peuvent subir.

Quand Hippocrate conseille, et même prescrit aux jeunes médecins l’étude de l’astronomie comme indispensable, ce n’est pas de celle qui calcule dans de savantes théories la route des corps célestes qu’il veut parler : il entend cette astronomie qui reconnaît et détermine le temps et le lieu de l’apparition dans le ciel, de quelques astres, dont les différentes positions à l’égard de la terre, règlent la marche de l’année, c’est-àdire, l’astronomie d’observation; et, pour mieux ’ expliquer sa pensée, il ajoute que c’est afin de connaître les changements que; les corps sublunaires peuvent éprouver dans les différentes saisons et dans les différents états du ciel. Car, ditil, le soleil, la lune* l’arcturus , les pleyades, exercent sur l’air, sur la terre, enfin sur tout ce qui nage dans l’un et se trouve à la surface de l’autre , une influence qui ne peut, être méconnue; et dans la pratique de la médecine, il est extrêmement utile d’en rapporter les effets aux diverses phases de ces astres, dont ils semblent

dépendre directement. Ainsi, les maladies qui se montrent avec l’arcturus, diffèrent de celles que les pleyades ramènent : plusieurs suivent le cours «le La lune ; et presque toutes augmentent ou diminuent à mesure que le soleil se retire ou reparaît.

On a sans doute, depuis Hippocrate, poussé beaucoup trop loin la doctrine de l’influence des astres : les médecins crédules en ont fait usage pour appuyer de folles visions; et les charlatans en ont abusé pour fasciner de plus en plus les es prits. Mais il est sur néanmoins que plusieurs phénomènes vitaux suivent avec exactitude les révolutions du soleil et de la lune, sans qu’on puisse encore imaginer quels rapports enchaînent des faits si différents et si éloignés entre eux. Les écrivains les plus véridiques rapportent un grand nombre d’observations qui ne peuvent laisser aucun doute à cet égard; et la pratique la plus bornée en présente quelques-unes chaque jour 0).

Qui ne connaît les effets de la lumière sur les végétaux, soit quelle se combine avec eux dans les opérations qui manifestent leur vie particulière, soit qu’elle joue le rôle d’un stimulant nécessaire à l’intégrité de leurs fonctions? II est certain qu’ils languissent et deviennent hydropiques ■■ ■ - ■■ 1 ■ ■ ■

(,i) Voyez entre antres, sur -cette matière, Mcati, de im- /in io solif et litnœ. - . '

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en son absence ; qu’ils renaissent et reprennent leurs couleurs, quand elle leur est rendue.

Beaucoup de faits recueillis par Pascal , médecin italien, que Morgagni cite avec éloge, semblent prouver qu’à certaines heures de la journée, comme à certaines époques lunaires et solai- . res, les morts sont beaucoup plus fréquentes : les praticiens de tous les pays 1 attestent unanimement à l’égard des solstices et des équinoxes. Quelques observateurs prétendent avoir fait des remarques analogues sur les heures de la journée, qui semblent le plus favorables à la naissance des enfants et des petits de plusieurs espèces d’animaux, (i).

Quoi qu’il en soit de l’exactitude de tous ces faits et des conclusions qu’on s’est déjà permis d’en tirer, leur seule énonciation ne peut manquer de faire sentir plus fortement encore l’ulilité des connaissances physiques dans la pratique de l’art de guérir; et l’on doit vouloir quelles entrent daus son enseignement, ou, du moins, quelles fassent partie des études qui en sont le préliminaire indispensable. Mais un peu d attention suffit pour faire voir aussi que les points de vue par lesquels la physique éclaire véritablement les travaux de cet art , se rapportent à des ob-

(i) Mon pore avait observé que les petits îles oiseaux sor- * {ont le plus ordinairement du nid, Vers le matin. Voyez. son £«« sur 1rs 'principes île la greffe. , ' • .

DE LA MÉDECINE. Sty

jets qu’on retrouve nécessairement, comme nous l’avons vu pour l’iiistoire naturelle, clans la physiologie , ou dans la matière médicale , ou dans le tableau général des observations pratiques.

fin.

Sciences mathématiques.

Nous avons déjà remarqué combien les tentatives faites jusqu’à présent, pour appliquer la géométrie et l’algèbre aux parties les plus importantes de la médecine, avaient été infructueuses (i). Les phénomènes vitaux dépendent de tant de ressorts inconnus , tiennent à tant de circonstances dont l’observation cherche vainement à fixer la valeur, que les problèmes, ne pouvant être posés avec toptes leurs données, se refusent absolument au calcul. Et quand les mécaniciens et. les géomètres ont voulu soumettre à leurs méthodes les lois de la vie, ils ont donné au monde savant le spectacle le plus étonnant et le plus digne de toute notre réflexion. Les termes de la langue dont ils se servaient étaient exacts; les formes du raisonnement étaient sûres : et tous

(i) Je reviens encore sur ce sujet, parce qu’il est très-im-

portant, et que l’exemple des sciences mathématiques est le plus propre à faire sentir avec combien de réserve les idées des sciences étrangères doivent être portées dans- la médecine. , ‘ .. '

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