‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 53 sur 67 · DES ÉCOLES DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

DES ÉCOLES DE MÉDECINE

et que les différents cas possibles y soient examinés d’avance, ou du moins qup des règles *

: sûres, touchant la manière de les apprécier, y soient réduites en système complet, pour devenir "•!+•

également applicables à tous. y ' V .

Mais il n’appartenait pas à vos commissions d’instruction publique et d’institutions républi- ’ .

- caines de déterminer les rapports entre la nié- ■

decine et l’ordre public: cet objet tient, d’une ’ '

part, au code civil; de l’autre, au code criminel. f .

C’est dans ces deux grandes lois que toutes les v circonstances où le juge a besoin des lumières du médecin, doivent être prévues; que le genre, ou v le mode de leurs communications, ainsi que la manière dont le juge en tirera les résultats, doivent être spécifiés avec beaucoup de précision et de clarté.

Ainsi donc, le projet qui va vous être soumis, se borne à indiquer les relations générales de la médecine avec la législation. Mais, par une dis-V position particulière, il impose aux professeurs le devoir de répondre à toutes les questions qui pourront leur être proposées par les tribunaux.

Sans doute, le gouvernement trouvera convenable de confier à ces mêmes écoles l’examen des t remèdes secrets et des découvertes nouvelles, ou prétendues telles : mais nous n’avons pas jugé que * les lois dussent , à cet égard , lui fier les mains.

Nous avons présumé qu’en lui laissant la liberté " 7 - «le former alors ses jurys d’examen , de médecins .

autres que les professeurs, vous iriez, autant du moins qu’il est possible, au-devant des reproches de partialité, que les inventeurs ne manqueut guère d’élever contre des juges qui le sont toujours de droit, et qu’on peut croire partie intéressée dans les objets soumis à leur décision.

Mais un point sur lequel insistent particulièrement vos commissions, c’est la nécessité d’interdire sévèrement à l’avenir toute vente de remèdes secrets. Sans doute les auteurs des découvertes utiles ont droit aux récompenses nationales : mais les permissions pour la vente des préparations pharmaceutiques , dont les formules restent ignorées, ont toujours donné naissance à des abus sans nombre; et quelquefois on peut les regarder comme l’autorisation légale de l’assassinat ou de l’empoisonnement.

Quant aux autres parties de la police médicale proprement dite, vous verrez qu’elles se réduisent -à quelques dispositions extrêmement simples. Les mesures du moment , qu’exige la longue suspension des réceptions régulières de médecins , chirurgiens ou pharmaciens, et l'état équivoque des hommes de l’art dans les nouveaux départements réunis, seront-l’objet d’un rapport et d un projet particulier de résolution.

Long-temps, l’art vétérinaire fut presque regardé comme une dégradation de la médecine, frappé d’une 'sorte d’anathème par les préjugés publics, il se traînait, Lien plus défiguré sans'

DES ÉCOLES lit MÉDECINE. d()f

«Ioute encore par l’ignorance et les pratiques superstitieuses; ou plutôt, à proprement parler, il n’existait pas. Mais ces préjugés ridicules sont dissipés : on ne croit plus que l’art de conserver les animaux utiles , de chercher dans l’étude de leur organisation et de leurs maladies des vues nouvelles pour la médecine , dont Fhomme est • plus particulièrement le sujet, puisse ravaler ceux qui le pratiquent. Cet art, né, pour ainsi dire, de nosjours,a fait en France de rapides progrès; il est devenu l’objet des plus importants travaux ; il est maintenant celui d’un enseignement systématique; et les savants distingués auxquels il doit son nouvel éclat, occupent enfin dans l’opiuiou la place qu’eût dû, dans tous les temps, leur assigner sa grande utilité.

Le moment approche où les deux médecines humaine et vétérinaire n’en feront plus qu’une, en quelque sotte : alors elles pourront être fondues dans un enseignement commun qui les liera par leurs rapports, en établissant toutefois les différences de détail qui les distinguent. Mais cetté fusion ne paraît guère possible dans cet instant même : malgré leurs points de contact multipliés, dont le nombre augmente chaque jour, et que je suis bien loin de méconnaître, il existe pourtant encore entre elles beaucoup trop d’autres points de séparation.

D’ailleurs, les dispositions différentes qu'exigent dans cèS deux genres d’écoles les amplw-

39a suk l’organisation

théâtres d’anatomie et les emplacements destinés à l’instruction pratique des élèves, opposeraient de grands obstacles à leur réunion actuelle. Peutêtre même ces obstacles seront-ils, dans tous les temps, difficiles à surmonter.

Nous avons donc pensé qu’il suffisait aujour- • d’hui d’établir, entre les professeurs de médecine et d’art vétérinaire , une intime correspondance , et de leur montrer ces relations comme une partie des travaux qui leur sont imposés par la loi.

II ne me reste plus qu’à dire un mot de la Société -nationale de Médecine que vos commissions vous proposent de placer à côté de la nouvelle école de Paris. Le plan de cette société rentre dans le plan général de celles qu’il nous a paru convenable de créer auprès des lycées. L’utilité de ces réunions de savants, de ces combinaisons fraternelles de travaux, ne peut être mise en question. Mais' on peut demander si l’Institut national ne remplit pas ce but d’une manière complète; si, lui seul, il ne pourvoit pas à tout. Nous n’avons pu le penser. L’Institut, placé trop loin de la plupart des départements pour imprimer partout ce mouvement que les sciences et les arts ont dû quelquefois à la présence d’une académie, dans telle ou telle grande commune; l’Institut, dis-je, en est encore plus éloigné par la multitude des objets qu’il embrasse, par l’impossibilité tic correspondre sur'

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chacun avec un nombre convenable de savants. D’ailleurs, ceux-ci, disséminés d’une manière iné* gale sur le territoire de la république , et surtout trop séparés du centre, manquent de moyens pour suivre journellement le progrès des lumières et pour en créer de véritables foyers autour d’eux. Il était impossible que toutes les parties de la science fussent complètement représentées , à l’Institut. Par exemple, les arts du dessin , et plus particulièrement encore, peut-être, la médecine, ne le sont pas ; et cela ne semble guère pouvoir être autrement. Ce grand et magnifique établissement couronne donc la science ; il en est le faîte , ou, si l’on veut, l’abrégé : mais il n’en offre point, à tous égards, une représentation suffisante; et vous devez chercher à rendre son utilité plus entière et plus générale par quelques établissements inférieurs.

Vos commissions ont en outre jugé, que rien n’était plus propre à perfectionner à la fois, et l’enseignement et les travaux particuliers, que ce rapprochement continuel des hommes qui enseignent, et de ceux qui cultivent ou pratiquent les sciences et les arts. En effet, les professeurs n’ont pas toujours Je loisir de se tenir bien au courant de l’état des sciences : livrés à euxmêmes, ils ont la plus forte disposition à répéter tous les ans les mêmes choses , à les répéter de la même manière; ils deviennent routiniers. D’un autre côté, les savants qui vivent loin du monde.

394 ‘.sur l'organisation ; et ceux qui se trouvent poussés dans de nouvelles routes par la marche de leurs idées ou de leurs découvertes , ne cultivent pas toujours avec assez de soin l’art de faire passer facilement leurs con-* naissances dans la tête des autres. Ils se sont fait souvent certaines méthodes particulières d’invention. Or, ces méthodes elles- mêmes excluent, pour ainsi dire, quelquefois celle d’exposition et d’enseignement : du moins l’ordre qu’elles tracent n’est-il pas toujours le plus naturel, ni l’expression, qu’elles amènent, la plus simple et la plus claire pour [es esprits entièrement neufs. Mais , placées dans un contact habituel , ces deux espèces d’hommes y gagneront beaucoup l’une et l’autre. Les savants isolés deviendront plus méthodiques , ou plus simples et plus clairs : les professeurs, prendront chaque jour des idées nouvelles, qui les sortiront de la routine : la science et son enseignement marcheront d’un pas égal. Si les anciennes académies eussent eu des communications directes avec nos universités, celles-ci ne seraient pas restées tonjours un demi-siècle en arrière de chaque époque; elles n’auraient pas obstinément enseigné les quiddités soixante ans après Locke, et les tourbillons quarante ans après que les eunemis de Newton avaient eux-mêmes cessé de les soutenir.

Je résume en peu de mots les principales vues dont je viens de vous rendre compte , et je les. réduis à la nécessité ,

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