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composée de l’action «les solides, de l’impulsion des liquides, de leur résistance réciproque : voilà ce qu’il faut apprécier pour se faire une idée juste de la vie, pour bien concevoir la manière dont elle s’exerce, s’entretient, se répare, et cesse enfin, comme une boule s’arrête, quand le mouvement qui lui a été communiqué , se trouve détruit par la suite des frottements.
Si l’on en croit les physiciens, ce sont l’attraction, la cohésion, l’élasticité, les forces, les contre-forces; ce sont toutes les lois des masses inorganiques qui doivent nous fournir la solution de ce grand problème.
Chez les mécaniciens , il n’est question tantôt que de poulies, de leviers, de points d’appui; tantôt que de tuyaux, de soupapes, de pistons. Vous croyez être dans un atelier d’horlogerie ou d’hydraulique : tandis que les anciens vous transportent véritablement dans celui de la nature, en la comparant à cette forge de Vulcain , où les soufflets, les marteaux et les ouvrages de l’artiste, tout était animé ; où l’on voyait des trépieds qui d’eux- mêmes allaient aux banquets et aux conseils des dieux (i).
Hoffmann, dans son système du solide vivant, se rapproche un peu des médecins hippocratistes : mais il appelle encore une foule d’idées mécaniques à son secours. . ' 'S'
(l) Cette comparaison est de Galien. .
Staalh accorde l’intelligence, la délibération , le choix à la cause des mouvements vitaux. Par là, il distingue sa théorie de toutes, les autres.
Les animistes, ses disciples, eu tirent des conséquences pratiques plus rigoureuses, plus étendues, et par cela même plus hasardées.
Boerhaave, doué d’un génie vaste, méthodique et lumineux , esprit au niveau de toutes les con- . naissances de son siècle, et très-versé dans la lec- * ture des anciens, veut profiter de toutes les idées, veut concilier tous les systèmes , veut fondre en un co^ps de doctrine tous les dogmes épars, et souvent contradictoires. Chimie, physique, géométrie, mécanique , tout, selon lui , peut être mis à profit par la médecine. Cependant des hommes, pleins de génie et de jugement, en rendant justice à la grandeur et à .la correction de ses tableaux, ont combattu les résultats pratiques des ’ théories qu’il y présente : ils ont pensé que le véritable moyen d’appauvrir l’art , était de l’embarrasser de tant de richesses étrangères; d’établir entre lui et les autres sciences cetté foule de rapports ou frivoles, ou totalemerit faux.
Les semi- animistes modifient les opinions de - Staalh, et les ramènent à celles d’Hippocrate.
L’école de Montpellier les expose sous un nouveau jour. Elle développe les lois de la sensibilité.
Enfin, les nouveaux solidistes d’Édiinbourg rajeunissent le système d’Hoffmann ; ils y joignent
l>p DEGRÉ DE CE* TU JJ DF
quelques' idées de Baglivi : et, sans dédaigner tout- à-fait les idées relatives au principe sentant , iis en dénaturent les conséquences par certaines opinions entièrement hypothétiques, ou les rapetissent par une pratique maigre et bornée.
Ce tableau des révolutions qu’ont, subies les théories générales de médecine, quoique très- ■ incomplet sans doute, suffit pour faire voir combien les livres qui établissent ou combattent ces théories , sont peu propres à lever les doutes sur la certitude de l’àrt loi-même, auquel elles servent de base : et ce qu’il y a de bien frappant dans leur lecture , c’est le ton également tranchant et décidé que prennent tant d’écrivains , sans cesse opposés les uns aux autres. . . ■
• Mais ne peut-on pa$en dire autant des auteurs de pratique ? Ce que l’un conseille , l’autre le condamne; ce que l’un prétend avoir observé, loutre le nie. Les faits les plus simples , lés axiomes dont il paraît le plus aisé, de constater la justesse oti l’erreur, restent incertains pour tout lecteur judicieux. ' ‘
Que si maintenant , quittant les livres, vous - suivez les praticiens au lit des malades, vous retrouverez les mêmes débats , les mêmes contradictions : par conséquent votre incertitude ne fera que redoubler; de sorte que, pour savoir à quoi s’eu tenir, chacun se trouve réduit à sa propre expérience : et, hors les médecins qui pratiquent , tout le monde paraît devoir , pour le
moins, se retrancher dans un scepticisme absolu, relativement à l’action de la médecine.
7° Mais quand les forces vivantes , la nature des maladies, leurs causes et les circonstances qui peuvent les modifier dans leur cours, nous seraient mieux connues; quand il serait possible dé donner aux principes de l’art plus de certitude, au tableau de tous les cas des traits plus distincts et plus frappants; quand. on pourrait déterminer avec précision les effets de toutes les substances qui sont employées comme remèdes , et qui doivent être regardées comme des espèces de poisdns , puisqu’elles n’agisSent qu’en intervertissant l’ordre dés mouvements naturels ; quand tous les écrivains de théorie et de pratique seraient d’accord entre eux, ou ne différeraient que sur des points de peu d’importance; quand la pratique n’exciterait pas chaque jour une foule d’indécentes contestations; quand enfin il serait vrai qu’il existe une médecine, et qu’elle a les mêmes bases que toutes les autres sciences : son exercice demanderait encore tant de connaissances diverses, tant de sagacité, tant d’attention , tant de grandes qualités morales réunies, qu’elle resterait à la portée de très -peu d’hommes, et que, par cela seul, elle devrait être regardée comme n’existant pas, ou plutôt comme une arme dangereuse, mise entre les mains de l’ignorance et du charlatanisme.
4 2Ü nu DEGRÉ ü E C E R T I T U I) F. ,
Considérations sur les premières découvertes de la / médecine , et sur la marche de l’esprit humain dans la déduction des règles qui en résultent.
E» résumant ces objections, je crois les avoir 'présentées dans toute leur force. Mais avant de commencer l’examen attentif qu’elles exigent, il me semble qu’on jeterait quelque joür sur la question, en offrant un tableau rapide des. premiers travaux de la médecine. Lés tentatives de ses inventeurs et les méthodes qu’ils ont suivies nous feraient juger d’avance du genre de con-: fiance que nous devons à leurs découvertes : et réciproquement, le caractère de leurs découvertes nous mettrait plus en état d’apprécier et les méthodes, et les tentatives dont elles ont été le fruit.- Nous avons dit que les êtres vivants sont assujettis à la douleur, comme iis . sont condamnés à la mort, par une suite nécessaire de leur nature et par l’effet de causés dont il n’est pas toujours en leur pouvoir d’empêcher l’action. L’enfant, avant sa naissance, et surtout au moment qu’il voit le jour, est lui -même une occasion de maladies ou de souffrances cruelles pour la mère qui le porte dans son séin. Jusqu’à ce que ses organes nouvellement formés aient acquis toute, leur consistance, il' est en butte àJ tous les agents exté-
DE LA MÉDECINE. l\%rj
rieurs. Son état physique peut être singulièrement modifié par les causes les plus légères. Plus de mobilité dans le genre nerveux, plus de mollesse dans les solides, moins d’énergie ou de constance dans l’action par laquelle les substances nutritives s’animalisent; enfin, mille circonstances particulières, trop longues à détailler, le soumettent à cette foule de maux, qui rendent l’époque de l’enfance si périlleuse dans tous les climats et chez tous les peuples. Ce n’est pas sans orages et sans dangers que son développement naturel s’opère, qu’il subit les diverses révolutions des âges. Il est homme, et il croît; il est homme, et il acquiert des facultés nouvelles :qela suffit pour porter le trouble dans cette machine d’autant plus irritable, que les mouvements toniques y sont moins fermes; pour y détruire quelquefois leur principe par les crises mêmes qui doivent achever son développement. * ■ ,
Les anciens avaient observé • qu’à sept ans , à quatorze, à vingt-un, à trente-cinq, il se fait des changements singuliers dans l’économie animale ; que les hommes guérissent souvent alors de maladies auxquelles ils ont été sujets jusque-là; qu’ils en contractent d’autres, toutes nouvelles, ou qu’ils deviennent du moins susceptibles d’en être affectés. Ces époques sont, selon eux, des temps de combat , où la nature efface , pour ainsi dire, les premières impressions, et leur en substitue d’autres, devenues nécessaires à l’accom-
plissement de ses vues ultérieures : et ce combat ne peut'avoir lieu , sans que le corps éprouve dé vives secousses , sans que toutes les fonctions reçoivent, au moins momentanément, des altérations marquées. , ■ k ■
Les changements observés par les anciens se font dans l’ordre que leurs écrits nous indiquent, et ils suivent leur grande révolution des âges: la chose est incontestable ; l’expérience journalière le confirme. Ces changements sont presque toujours accompagnés d’une espèce de fièvre. Souvent, ils yiennent à la suite de grandes maladies aiguës;, quelquefois, ils les produisent ou les déterminent : car plusieurs de ces maladies, doivent être regardées comme’ la crise de l’époque qu’elles achèvent; comme dépendantes des mêmes lois qui font passer le corps par tous les degrés de croissance, et qui le poussent invinciblement vers le dernier période de la maturité.
Mais s’il est des époques déterminées pour les différentes révolutions de l’être qui se développe, Ü en est aussi pour les révolutions inverses de celui qui décline : et ces temps climatériques, qui viennent apporter d’autres modifications dans le caractère ou dans l’ordre des mouvements vir taux affaiblis, sont également remarquables par les maladies qu’ils occasionent, ou qui les préparent. La vieillesse elle -même ne peut -elle pas , èl ré considérée comme une. maladie d’une durée incertaine, dont le terme est toujours fatal, mais
dont* la marche est également ordonnée par H» nature? ..... V . ,
> Chez les femmes, la première éruption des règles est ordinairement annoncée par de grands désordres; leur retour périodique produit tous les mois quelques incommodités; et le temps de leur entière cessation, que l’on appelle critiqué , est en effet si périlleux, qu’il enlève par des accidents aigus , ou qu’il dévoue à de longues souf* frances, peut-être plus du quart des femmes pervenues à cet âge (i). Enfin si toutes celles qui font des enfants s’exposent- à des maux douloureux et graves, celles qui n’en font pas sont punies par des maux encore plus terribles d’avoir bravé le penchant auquel la nature parait avoir mis le plus d’importance. c *
Ainsi-, sans compter les erreurs de régime , qui1 souvent sont inévitables ; les intempéries des saisons, dont il n’est pas toujours possible de se garantir; les influences épidémiques de l’atmosphère , qui semblent se jouer de toutes nos précautions :. sans comptèr les troubles que les passions excitent dans le corps vivant , soit directe-
(i) Les Grecs disaient, dans leur langue pittoresque, qu’elles avaient été frappées des traits de Diane , dont l’astre ( c’est-à-dire la lune ) présidait aux évacuations menstruelles. C’est dans ce sc'ns qu’Andromaque dit de sa mère:
' . n«Tpôî i'is pufoipsici Âp-repu; ioyéaipa. ».
( ■ ' (Homère, Iliad. X,.) '
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ment, par l’étroite liaison qui existe entre les mouvements physiques et les déterminations morales, soit indirectement, par le désordre que ces mêmes passions portent dans tous les détails de notre conduite ; sans compter enfin les substances vénéneuses, et certaines contagions qui paraissent agir de la même manière quelles : la maladie et la douleur sont intimement liées aux fonctions mêmes de la vie.
J’ai dit que le désir de prolonger cette vie si passagère, de calmer la douleur qui la rend pénible, de guérir les maladies qui la menacent, était aussi naturel à l’bomme que les besoins les plus impérieux;, et qu’un instinct, souvent irrésistible, lui faisait chercher les situations les plus favorables à sa guérison, quelquefois même lui inspirait le désir de ce qui pouvait lui servir de remède. Ce désir est le motif des observations médicales ; cet instinct a fourni le sujet des premières observations qu’on a faites.
Dans une attaque d’asthme, le malade se lève sur son séant , il fait ouvrir toutes les fenêtres , il cherche le grand air. Dans un rhume , il devient , plus frileux, il se couvre davantage, il se renferme dans sa .chambre, il désire des boissons chaudes; il mange peu, parce qu’il a moins d’appétit. Dans une maladie inflammatoire, ce sont des boissons délayantes, l’air frais, peu de couvertures, qu’il demande avec instance! S’il est attaqué d’une fièvre putride, il refuse toute eà-
pèce fie nourriture animale : l’odeur des viandes le révolte; leur souvenir seul lui soulève le cœur.
Mais avec quelle avidité ne reçoit-il pas les fruits acidulés et frais, les boissons aigrelettes, le vin surtout, qui réunit à la propriété de corriger les dégénérations putréfactives celle de ranimer les forces languissantes! Dans toutes les fièvres un peu graves , on cherche naturellement la position (
du corps où les muscles, dépensant le moins de forces, en laissent davantage à la nature pour le travail de la coction. En un mot, chez les hommes dont la vie civile n’a pas trop altéré les goûts, et dont l’imagination n’égare pas l’instinct, celuici parle souvent d’une manière assez claire. Il a précédé la médecine; on a vu qu’il lui montra ' le chemin : il peut la suppléer, il peut l’éclairer encore; et ses indications ne doivent jamais être dédaignées. ' '&É8p'
Nous avons dit aussi que plus la raison se développe , et plus l’instinct paraît perdre de sa sagacité. Dans les maladies compliquées de l’homme social, l’instinct serait le guide le plus insuffisant, .
et même le plus infidèle. Mais , quoiqu’il ne puisse fournir maintenant à notre art ni des vues bien étendues, ni de grandes ressources, c’est très-certainement à lui seul que, dans l’origine, on dut la connaissance des premiers et des plus simples de tous les remèdes.
Indépendamment de ce moyen général, par lequel la force vitale veille à la conservation des
ctrcs animés , il • se produit encore chez eux d’autres mouvements dont ils n’ont point la conscience, mais dont l’effet est également de rétablir l’ordre, soit en évacuant les matières morbifiques, soit en leur redonnant le caractère des humeurs animales saines , soit enfio peut-etrc en changeant d'une manière indéterminée l’état vicieux des organes les plus intimes. L observation de> ces mouvements conservateurs est la source la plus féconde et la plus pure des tableaux de maladies et des essais de traitements, j/art naissant y puisa ses premières richesses: après tant de siècles et de travaux, il y puise encore ses notions les plus exactes et ses vues les plus sures.
H est naturel de penser qu’on s’en rapporta d’abord aux appétits des malades , et qu’on Se contenta de noter le succès de cette conduite. On observa, par exemple, comme on l’a vu plus haut, que tout homme dont l’état s’éloignait beaucoup de celui de la santé désirait constamment une situation horizontale , des boissons délayantes, l’obscurité, le silence: que ceux qui pouvaient se procurer ces Commodités et ces secours guérissaient plus tôt; tandis que ceux qui ne le pouvaient*pas, soit à raison de leur mauvaise fortune, soit par d’autres circonstances particulières, étaient malades plus long-temps, traînaient dans les langueurs, et périssaient quelquefois à la suite de souffrances lentes. De tous
ces faits réunis, constamment observés, on tira plusieurs conséquences pratiques très- simples, mais très - fécondes dans leur application; et les expériences ultérieures, en les confirmant, les rectifiant , ou les limitant , les transformèrent bientôt en axiomes. Voilà le premier pas.
On observa surtout que la nature guérissait ordinairement en excitant quelque évacuation salutaire; que cette évacuation s’annoncait par un trouble plus grand , et que toutes les fois qu’elle n’était pas nécessaire pour ramener l’ordre, l’action des organes, alors considérablement accrue, opérait dans le corps des changements singùliers, qni rendaient aux humeurs, comme je viens de le dire , leur caractère propre et toute leur Vitalité. Voilà le second pas : il est d’une grande importance.
Les malades ne revenaient pas tous à leur état naturel par la même route. Les uns éprouvaient des vomissements, des cours de ventre, ou des flux d’urine; d’autres mouchaient, ou crachaient des matières muqueuses et puriformes; plusieurs éprouvaient des sueurs abondantes , ou des éva-1 cuations sanguines par le nez et par les autres émonctoires. j ,
Mais la terminaison des maladies n’était pas toujours aussi favorable : la nature n’était pas toujours assez forte pour triompher du mal , chasser sa cause hors du corps, ou la rendre sans effet en la dépouillant de ses qualités nuisibles.
Elle ne faisait alors que de. faibles tentatives; ou si elle excitait quelques mouvements isolés plus énergiques , on s’apercevait bientôt qu’ils étaient dirigés autrement que dans le premier cas : et la mort qui venait terminer celte lutte impuissante fixant l’attention sur les phénomènes qui l’avaient précédée , leur tableau restait ineffaeablement gravé dans la mémoire. Quand on retrouvait ce même ensemble chez un autre malade, on savait donc qu’il fallait .peu compter sur la nature , et que les ressources raisonnées de l’art étaient la seule espérance qu’on pût raisonnablement erqbrasser. . . - V - - ...
'.Les. maladies ne se ressemblent ni par les désirs qu’elles inspirent aux malades, ni par les crises qu’elles amènent, ni- par leur issue < ni par leur durée. Elles 11e sont pas toutes les .mêmes 1. et pourtant plusieurs d’entre elles paraissent avoir le même génie, offrent les mêmes phénomènes, suivent la même marche. La nature les guérit d’une manière uniforme ; ou , lorsqu’elle succombe, c’est par la violence d’accidents à peu près semblables. Ainsi, d’un côté, l’on ne peut pas considérer toutes les maladies comme un seul et même fait , comme un seul et même être; tandis que, de l’autre, il n’est pas absolument nécessaire d’en faire autant d’êtres individuels ; ou du moins il est possible de les classer, pour le secours de la mémoire, comme on classe les animaux , les plantes et les fossiles. Car, quoi-
DK y. A MliülïOINK. 4^5
qu’il soit vrai que ces classifications sont devehues de grandes sources d’erreurs, l’esprit a besoin d’une chaîne qui lie ses connaissances : et pourvu qu’on ne suive en la formant aucun esprit de système ; pourvu qu’elle se borne à représenter certains rapports frappants des phénomènes entre eux ; pourvu qu’on n’en tire pas enfin des conséquences plus étendues que ces rapports, elle peut être toujours utile et sans inconvénient, autant qu’elle paraîl indispensable.
La durée des maladies a fourni peut-être leur première distinction. Les unes ont un cours rapide; les autres sont tardives dans leurs effets; (ielles-ci furent appelées maladies chroniques ; celles-Jà maladies aigues: deux dénominations très -bien faites, et qui portent encore l'empreinte de la langue animée des Grecs, de qui nous les avons empruntées.
On forma d’autres distinctions, ou classifications, d’après les différences observées dans les phénomènes, dans les crises, dans la terminaison des maladies , enfin d’après tout ce que ces dernières offraient de semblable, ou de différent". Ces classifications avaient aussi leur fondement dans la nature : elles étaient peut-être plus nécessaires encore à l’art de guérir, qui ne mérite véritablement ce nom que lorsqu'il sait former des plans combinés et complets de traitement. t Celles qui se tirent du tempérament du malade, de son régime, .de ses habitudes, en un
436 nu dkgr ij du ckbtitudf.
mot, de tout ce' qui, précédant la maladie, peut être mis au nombre de ses causes-, ces distinctions, dis -je, furent faites beaucoup plus tard < et quand on fut en. état de les réduire en système, l’observation avait fait des progrès considérables ; la manière de tracer des tableaux s’était perfectionnée ; l’emploi des premiers remèdes devait être connu : la médecine en un mot n’était plus dans l'enfance. •• : : i- • ,
Pendant que les observateurs épiaient les démarches de la nature; pendant qu’ils les décrivaient, les généralisaient, en tiraient les consé^quences le plus à leur portée, il ne faut pas croire que leur jugement restât purement passif; qu’ils pussent se réduire au rôle de simples spectateurs. Les inspirations de l’instinct leur avaient indiqué l’abstinence des aliments ; elles leur avaient appris à se servir de boissons, tantôt chaudes, tièdes ou froides ; tantôt aqueifses, adoucissantes, délayantes; tantôt acides, aromatiques, spiritueuses. Il est vrai, qu’ils n’avaient d’abord porté dans leur administration ni combinaison ni dessein : mais ils avaient noté les bons effets de ces moyens simples; et quand la voix de la nature négligeait de se faire entendre , l’analogie des cas dut les engager à tenter les mêmes secours. On ne peut nier qu’ils furent d’abord guidés en cela par de* simples prôbabilités , à la place desquelles ils n’avaient rien de mieux à mettre. Bientôt l’expérience venait changer ces
probabilités eu certitudes pratiques (i); où s’ils s’étaient laissé tromper par de fausses ressemblances , le besoin de remonter jusqu’à la source de leurs erreurs, et d’apprendre à mieux apprécier dorénavant ces signes équivoques, les ramenait à des examens plus attentifs, aiguisait par ces fautes mêmes la sagacité de leur coup d’œil , et perfectionnait la finesse de leur tact.
C’est ainsi que l’observation des effets produits par les remèdes éclaira celle des maladies,, rendit leur histoire plus corrode et plus précise, limita les conclusions trop générales qu’on s’était souvent pressé d’en tirer : comme, de son côté, l’observation des maladies , après avoir suggéré l’emploi des premiers remèdes, apprit à l’étendre par l’analogie, et, le confirmant ou le rectifiant sur de nouvelles épreuves, s’efforça de le soumettre à des règles certaines.
Ce qui dut fournir sur cet objet les notions les plus exactes et les combinaisons les plus heureuses, ce fut la manière dont on voyait les forces médicatrices de la nature gouverner les crises et produire les évacuations ou les mouvements qui peuvent les suppléer. On avait remarqué, par exemple, qu’une douleur de côté vive et poignante i accompagnée de chaleur, de respiration
(i) On verra ci -après ce que j’entends par certitudes pratiques , et comment je les distingue des certitudes abstraites et rigotireuses de raisonnement. *■ .
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difficile, de; toux , de craéhâts sanglairts, se e;d mait quand l’expectoration prenait à temps uii .* aspect puriforme; que cette évacuation sè faisant sans trouble, opérait une guérison sûre efcprompte; que sa suppression pouvait au contraire causer la mort , ou son interruption ramener tous les accidents. On avait vu que toutes les crises së foht au moyen d’un Surcroît d’action dans l’exercicé même de la vie; que cette action devenant plus faible, les retarde ou les eitipêche entièrement; mais que sa trop grande énergie n’a pas des effets moins funestes : qu’ainsi les mouvements vitaux doivent être contenus dans de justes bornes, ou. ramenés à un certain degré moyen , dont l’aspect des malades peut seul nous apprendre à nous faire, pour tous les cas et pour toutes les circonstances, une image nette et précise.
On avait vu que chaque maladie a sa crise propre, dont la nature aimç à se servir alors de préférence; mais que "Cependant quelquefois, à raison des obstacles qui se rencontrent dans l’état des organes , ou par des Vues particulières , dont il est impossible au médecin de Se rendre compte, elle prend d’autres routes et parvient au même but par des moyens qui lui sont peu familiers : de sorte , par exemple, (ju’bn' voyait la pleurésie , dont je viens de parler, guérir, non-seulement par des sueurs ou par des urines abondantes qui remplacent assez souvent l’expectoration , mais même par des selles bilieuses, genre de crise presque