DF. LA MF» FC. INF. . /|% 'V
entièrement él ranger aux maladies essentielles de la poitrine. Enfin, l’on avait vu que la nature se trompe quelquefois dans son objet; qu’elle semble, par une espèce de délire, se précipiter dans le périls ou le créer elle-même, en faisant des tentatives, funestes , en dirigeant ses efforts d’une manière inconsidérée, en poussant les évacuations jusqu’au dernier terme de l’épuisement. -
D’un autre côté, les appétits .naturels, fanalogie, le hasard, des conjectures heureuses, avaient appris que certaines substances, appliquées au corps humain , pouvaient produire lés mêmes évacuations, déterminer les mêmes mouvements («); auxquels sont ordinairement dues les guérisons spontanées. De ceà substances, les unes faisaient vomir, purgeaient, provoquaient les sueurs ou le cours des urines; les autres excitaient les forces languissantes, ou modéraient leur action trop ^
(i) L'homme, à raison de l'exquise sensibilité de- ses organes, est, de tous les* * apimaiiü ', le plus susceptible d’étre modifié par l’action des aliments, ou des remèdes. Bacon observe que c’est là, tout 'ensemble, et la preuve de l’empire de la médecine, et la source do- ses fréquentes errçiirs.
• Subjeclutn istud medicinœ ( corpus nimirum frumanum'j , en Omnibus quœ neturri //rocreavit , maxime est capax remedii } sed vicissim , illud remedium maxime ■ est obnoxidm errori. Eadetii namque subjecti subtilités et variétés, ut màgrtam medendi facultalcm prœbct , sic magnant etimn nberrantli occasionem. * 1
De Alignât* scient. , I. iv, c. n.
44« . du oKGfiï b k certitude.'
t 1 , vive, ou les maintenaient dans une sorte de médiocrité; d’autres suspendaient les vomissements, les diarrhées, les sueurs, et paraissaient agir, tantôt eu resserrant tous les émonctoires , tantôt en diminuant leur sensibilité, en portant dans tous les organes un calme inconnu , partagé par l’ame elle-même, et précurseur d’un doux sommeil (i).
(ij La saignée et, les bains doivent être mis au nombre des remèdes les plus importants. Ils étaient connus dès la plus haute antiquité, comme nous l’apprend l’histoire de la médecine , et surtout comme on peut le juger d’après l’usage étendu qu’en faisait Hippocrate. Les bains chauds et les bains froids sont conseillés souvent dans ses écrits ; il rapporte meme les effets qu’il en a obtenus dans différentes circonstances. • > . •
Hippocrate faisait ouvrir, presque toutes les veines du corps : il appliquait des ventouses scarifiées. De son temps , l’on coupait et brûlait déjà les artères. Ce n’est qu’après beaucoup d’essais plus timides, qu’après une longue suite d’expéfiences , que les médecins pouvaient s’être enhardis jusqua.ee point. . , .
Dans tous les pays , l'homme a besoin d’eau pour se tenir propre : dans les pays chauds , ce besoin se fait sentir plus souvent ; et des corps brûlés par • le soleil , ou couverts de poussière , ayant une fois éprouvé le bien-tftre que donne la fraîcheur du bain , sont naturellement portés à s’en faire une habitude. L’occasion d’en' observer les effets dans. tous les cas imaginables , renaît donp chaque jour. Si la saison devient plus froide, l’on veut continuer de se laver: mais l’eau de la, fontaine', ou du fleuve, produit alors des sensations pénibles. Qn la fait tiédir ; dans cet état , elle en produit qui sont agréables., quoique d’un autre genre que celles qui accompa-
D K I. A M ÉDtClUK. 44 1
Quand on en fut venu là , touchant la connaissance et l’application dés médicaments, le plus difficile se trouva fait : le reste devait être l’ouvrage du temps, de l’active curiosité, surtout du besoin , qui fait imaginer sans cesse des moyens nouveaux , et sans cesse s’accroît avec ceux qu'il a (de se satisfaire. La manière dont les hommes
gncnt l’action de l’eau froide. Voilà donc un nouveau besoin, t une nouvelle habitude, de nouvelles expériences à faire.
On voit que le bain chaud occasionne des changements dans l'état du corps; què tés changements peuvent être salutaires , ou dangereux; qu’ils diffèrent essentiellement de ceux du bain froid. N’y a-t-il pas encore là de quoi faire rêver les observateurs, et suggérer d’heiureuses tentatives pour te traitement des maladies ?
Les anciens rapportent que Médêe employa , la première , (es bains chauds dans cette intention. Par leur moyen , eîlb rendait la peau plus souple et lés- membres plus agiles. C’est pour cela qu’elle prétendait rajeunir les vieillards , et qu’elle fut accusée de les faire bouillir dans de grandes chaudières. Au reste , cette tradition , défigurée par les fables dont on l’accompagnait , n’est peut-être qu’une fable elle-même ; et qui pis est, elle ne nous apprend pas grand’chose, malgré les efforts tics interprètes de l’antiquité pour y trouver quelque utile leçon.
Les rymuments liistoriqnes ne nous, instruisent pas mieux de l’origine de la saignée. On dit que Podalire, au retour du siège de Troie , guérit la fille du roi Darnœthus ( laquelle avait fait une chute grave) en la saignant des deux bras. Pline assure que l’hyppopotame se saigne lui-méine lorsqu’il est devenu trop gras , en se frottant contre des roseaux aigus. Mais le fait est douteux; et ce qui ne l’èst pas moins, c’est
4a Wr , \
44 à DD OFÆRÉ JlÊ CE R l'JTU 1)E
.avaient fait leurs découvertes, pouvait les coru-
thiire à beaucoup d’autreS; ils le voyaient , ils le sentaient. Le but se montrait à leurs yeux dans l'éloignement ; la route était frayée^ et des vérités
qu’il ait fourni , comme le prétend cet auteur, l’idée du mémo remède aux hommes. ' • . • ■
- Il est vraisemblable qu’après avoir observé que les hémorragies spontanées sont la crise dtPnlusieurs maladies; que la rétention des menstrues chez les femmes, ou du flux hémorroïdal chez les hommes, est la cause d’une foule d’accidents , et leur éruption régulière le signal de la santé ; après avoir và que les plaies guérissent ordinairement plus vite lorsqu’elles ont saigné quelque temps, et que les vaisseaux, sur- , tout ceux' qui- ne battent point , se cicatrisent alors avec une grande facilité: il est vraisemblable, dis-je, que, d’après toutes ces observations , on fut conduit à tenter de produire par art ce que la nature 8u les accidents avaient produit souvent d’euJÎ-mémes. .
On a, vu des apoplectiques tomber sur la face , éprouver de violents saignements de nez , ou s’ouvrir l’artère temporale, ' et guérir de leur maladie, par l’effet même de la chute qu’elle avait occasionée. Les premiers scrutateurs de la nature ouf pu être témoins de faits pareils. Or, rien n’était perdu pour eux dans un temps où les connaissances, les vues /et les moyens étaient si bornés ; où l’attention , portée toute entière sur les faits , n’en était distraite par aucune hypotlfèse théorique. • ■ • • •••*>•.* ■ v«
' Galien rapporte une observation qui lui aurait suggéré sans doute l’idée dé la saignée, s’il non avait déjà connu les grands effets « la bonne administration. Il fut appelé pour un homme qui c’était tait une blessure au bas de-la jambe. .L’hémorragie était violente; elle durait depuis long-temps, et continuait avec là même impétuosité, malgré tous les slyp-
■i 0>: h \ MÉDF.C'lKR. 443
du plus grand intérêt pour eux, les attendaient de distance en distance. '
Sans entrer dans de plus grands détails, on voit comment la nature et les circonstances les gui-
tiqucs auxquels on avait eu recours : car l’artère n’étant coupée qu’à demi , les deux bouts ne pouvaient se contracter et se retirer dans les chairs. Galien acheva de couper l’artère ; le- sàng s’arrêta , et l’homme guérit. Mais il ne guérit pas seulement de sa plaie ; la grande quantité de sang qu’il avait perdue , le délivra d’üne vieille sciatique contre laquelle tous les secours de l’art avaient échoué. Galien ajoute -qu'étant attaqué lui-même d’unedouleur inflammatoire du foie, il fut averti en songe de s’ouvrir le vaisseau qui ranipe entre te pouce et l’index ; ce qu’il -ne manqua pas d’cxécutejr, et ce" qui réussit à merveille. Mais je crois qu’on doit plus compter sur les. faits que cet homme célèbre . observait , ou sur les vues qu’il en tirait étant éveillé , que sur les révélations qu’il recevait en dormant.
Suivant la fable, un vautour enseigna au berger Mélampe l’usage de la rouille de fer contre l’impuissance , et le hasard celui de l’ellébore contre la manie. Les vautours ne nous enseignent plus rien. Quant à ce qu’on appelle hasard ,, c’est toujours encore une de nos principales sources d'instruction. Mais elle n’instruit que tes observateurs : pour profiter de ce qu’elle offre, il faut y regarder; ét celui qui cherche le plus est aussi celui qui fait le plus de découvertes. ’ /
Les premiers remèdes employés’ dans la pratique, furent les vomitifs , les purgatifs , mais surtout les substances qui réunissent ces deux propriétés. Cela devait être : leur action est la plus simple et la plus évidente; les mouvements que ces remède.» provoquent, sont les plus familiers a la nature; leurs avantages, ou leurs inconvénients, sont les plus faciles à constater. • .
>444 DÙ UKGKÉ »E CE HT 1 T U DE danl toujours par la main, les inventeurs île la médecine furent poussés à faire leurs observations, à les étendre par l’analogie, à les rectifier par des expériences nouvelles, à les enchaîner dans un ordre méthodique, à placer à côté et dans le même ordre les conséquences qui s’en déduisaient naturellement. L’art existait donc, même à l’époque où je le laisse : il existait , non avec toutes les connaissances qu’il peut acquérir , et qu’il n’acquerra peut-être jamais; mais avec presque tous les moyens qui peuvent l’y conduire. On connaissait l’état sain et l’état malade; on connaissait l’un et l’autre, non d’après des hypothèses subtiles, mais d’après des signes évidents et certains. Ôn avait appris à distinguer les maladies , à prévoir leur marche , leurs crises ,
, leurs terminaisons; on s’était assuré de l’effet des remèdes principaux; on avait soumis leur emploi à des règles généralement sures et con- • . stantes; on savait qu’ils devaient agir d’une telle manière, dans tel cas détermiué, et dans tel autre , d’une manière différente ou contraire; on s’était convaincu surtout qu’ils ne peuvent produire quelques changements dans le corps que par le moyeu des forces vivantes qui l’animent; que l’art n’opère point sur le cadavre., et qu’on ne saurait arrêter , troubler , intervertir les mouvements imprimés par la nature, qu’à l’aide de la nature jeHe-mème. * • . .
Voilà l’état, à peu près, où se trouvait la mé-
decine du temps d’Hippocrate. Les écrits qui portent le nom de cet homme extraordinaire, qous offrent tantôt des mpdèles de l’art d’observer et de. décrire les maladies, tantôt des résultats généraux sur leur connaissance ou leur diagnostic, et sur les indications de$ remèdes; résultats qui . > renferment presque toutes lés grandes vérités, presque toutes les grandes vues, et même, on peut le dire sans prévention , le germe de plusieurs des découvertes modernes les plus importantes.
On voit qu'avec une matière médicale peü riche, . Hippocrate savait déjà faire beaucoup : et l’on ne saurait douter que ses succès ne fussent dus à l’ordre dans lequel il avait acquis ou rédigé luimême ses connaissances, à sa manière d’observer et de tirer ses indications, en un mot, à la méthode qui dirigeait ses vues et ses traitements.
Je ne prétends tirer aucune conséquence de tout ce qui précède : mais le lecteur me paraît main- 1 tenant plus à portée d’entrevoir s’il est ou n’est pas possible en effet de répondre aux reproches allégués contre la médecine.
Je vais les examiner l’un après l’autre, avec attention , et peser dans une balance impartiale, les raisons dont on les appuie. Ce n’est pas pour soutenir des préventions favorites que j’entreprends cet examen; c’est pour chercher sincèrement la vérité, qui, devant toujours à# la fin s’élever sur les débris de toutes les opinion^*humames, est la
446 bU DKGKÉ DK CKIITITUDE
seu je -autorité qu’il puisse être à jamais honorable de reconnaître et de défendre.
v- III.
Examân de b première ol>jection.
’■* 11 est certain que, d’une part , la nature de
l,a cause qui meut les corps animés, et, de l’autre, les circonstances immédiates qui modifient son influence dans les divers organes , se dérobent également à nos recherches, et nous sont tout-à-fait inconnues. 11 est certain que, si leur connaissance doit servir de'base à l’art de guérir , l’art pèche essentiellement. par sab&se. La question se réduit donc à savoir s’il est nécessaire, ou du moins s’il serait très-ayantageux, de pénétrer l’essence même des forces, vivantes , et d’avoir une idée précise de Ja manière dont elles agissent sur • le côrps. ..
-, L’homme ne connaît l’essence de rien, ni celle de. la matière qu’il a «ans cesse sous les yeux, jù celle du principe secret qui la vivifie et détermine tous les phénomènes de l’univers. Il parle souvent des causes qu’il se flatte d’avoir découvertes, et de celles qu’il se plaint de ne pouvoir découvrir ; mais les vraies causes, les causes premières, sont aussi cachées pour lui que l’essence même de§ choses; il n’en connaît aucune. Il voit des effets, ou plutôt ,il reç<pt des sensations : il observe des
Digitteed by
* i. , t>f. LA. M ]v U V.C INF. .r 44?
rapports, soit entre les objets auxquels il attribue ces sensations, soit entre ces objets et lui-même: il s’efforce d'apercevoir sans cesse de nouveaux rapports (i) : il les met en ordre pour fixer leur souvenir dans son esprit, pour les mieux apprécier, pour en tirer ce qui peut servir à sa conservation, oii lui donner de nouvelles jouissances; et voilà tout. Eu examinant ces prétendues causes, dont la connaissance l’enorgueillit, on voit qu’au fond, elles ne sont toutes que des faits., Deux faits se trouvent enchaînés l’un à l'autre, dans un ordre successif : on dit que le premier est la cause du second. Celui-ci peut devenir cause à son tour, relativement au troisième qifi le suit; ;comme en remontant, vous trouverez toujours un fait antérieur à votre cause, jusqu'à ce que vous arriviez à cette force spontanée (a)
(i) Expliquer un fait pat ses rapports avec un autre, .ce n’est pas remonter véritablement à sa cause. Quand les deux faits sont identiques, c’est les réduire à Un seul ; quand ils sont simplement analogues , c’est déterminer lettré -points <le ressemblance. ..
fa) Cette force n’est autee chose que le principe généra! du mouvement, la puissance active, personnifiée chez lu plupart des peuples , sous des noms différentSj mais dont il est impossible de nous faire d’autre idée que celle qui résulte directement des phénomènes de l’univers. Je l’appelle spontanée , non que je prétende exprimer par-là sa nature , mais ' parce que ce mot me' paraît rendre l’impression qu’en reçoit l’intelligence bornée de l'homme, en voyant cette, force agir
cjui meut le monde dans son ensemble et dans chacune de ses parties. Or, cette cause est la seule véritable ; elle les renferme toutes : et sa nature , ainsi que ses moyens propres d’action , se dérobent également à notre faible vue. En vain cherchonsnous à les dégager des nuages qui les couvrent: à chaque effort de notre part, l’obscurité semble s’épaissir davantage : nous n’aperfcevons que des fantômes trompeurs : l’objet fuit , et se plonge devant nous dans un vague lointaiu, à mesure que nous croyons eu approcher.
D’après la nature des choses, ou plutôt d’après notre propre nature, nous sommes dans l'impossibilité de connaître cette cause première, l’objet des recherches et le désespoir des penseurs de tous les âges. Nous l’entrevoyons sous mille formes diverses; mais elle nous échappe toujours. Car , dans les phénomènes des trois règnes , dans la marche régulière des corps célestes, et jusque dans les propriétés de la molécule la plus inerte en apparence , elle se fait toujours sentir évidemment. Mais, que voit-on là , de plus que ces propriétés mêmes, la régularité de cette marche^ l’ordre et les rapports de ces phénomènes?
Maintenant, il reste à savoir si cette connaissance” à la poursuite de laquelle tant de profondes méditations et tant de veilles ont été si
sans relâche , avec une activité toujours nouvelle et toujours renaissante d’cjle-ntcme. •
DE'L'A hé DEC IN R. ^/|9
inutilement employées , est réellement applicable aux besoins de l’homme. Pour observer l’ordre constant dans lequel se fait le flux et le reflux ; pour s’en servir à régler la marche des vaisseaux qui descendent ou remontent à l’embouchure d’un fleuve , ou qui longent des bords escarpés , l’homme a - 1 - il besoin de connaître quelle force balance l’Océan, quelle loi primitive fait agir cette force avec tant de régularité? A-t-il besoin de connaître la cause des affinités des corps, de leur élasticité, de leur cohésion, pour faire, soit en chimie, soit en physique, toutes les opérations fondées sur ces propriétés? Pour inventer, pour perfectionner l’agriculture, faut-il qu’il arrache à la nature le secret de la vie des végétaux , celui de leur instinct et de leurs penchants particuliers? Non, sans doute. L’observation des faits est son partage : elle lui suffit. Comme il ne lui importe d’étudier les objets que par leurs rapports avec lui , et que ces rapports mêmes sont de sûrs moyens d’y découvrir tout ce qui peut l’intéresser; il s’ensuit que les objets qui résistent à ses recherches, lui sont d’autant moins utiles à connaître, qu’ils sont plus hors de la portée de son esprit; et que, dans le fait, il n’a besoin de savoir que ce qu’il peut apprendre par le bon usage de ses facultés.
J’ignore donc les causes. Mais l’observation m’apprend que tout s’ôpèredans la nature, d’une manière régulière et constante; que, dans des cir- «• 29
450 Dl! DEGRÉ DE CERTITUDE
constances absolument semblables, les faits sont toujours les mêmes; que si l’on peut quelquefois les rendre différents, c’est à raison des changements qu’on peut apporter aussi dans les faits antérieurs dont ils découlent , dans les faits simultanés avec lesquels ils ont des rapports étroits.
J’ignore la cause de la digestion : je veux dire cette cause qui fait que les nerfs de l’estomac impriment aux sucs gastriques la faculté de dissoudre tels , ou tels aliments ; qui enlève à ces mêmes sucs cette même faculté,' par l'effet de circonstances dont l’action ne s’exerce que sur le système nerveux en général, comme, par exemple, par l’effet de certains désordres moraux. Je l’ignore , et vraisemblablement je l’ignorerai toujours. J’ignore, (lis-je, comment des substances, douées de qualités diverses , sont transformées , par l’action de J’estomac et des intestins , en un fluide blanc et homogène, qu’on appelle chyle ; comment le battement des vaisseaux , le mélange de la portion la plus animée de l’air, que les poumons absorbent, l’impression de la vie dans tous les organes, animalisent, par degrés, ce fluide, et le rendent propre à réparer les pertes que souffrent les parties solides, à remplacer les humeurs qui se dissipent par les fonctions de la santé. Mais malgré cette ignorance , je n’en suis pas moins porté par des désirs automatiques, vers les objets qui peuvent servir à ma nourriture. Des goûts constants me ramènent vers ceux
DF. LA MJiDÇ.qiKK. I
qui m'ont constamment réussi. Je vois que les aliments font sur moi des impressions différentes, qu'ils produisent des effets très -variés. Les uns relâchent le ventre ; les autres le resserrent : les uns portent dans toute l’existence un sentiment de calme et de fraîcheur; d’autres, au contraire, augmentent la chaleur naturelle, donnent plus d’activité à tout le corps, impriment à chaque partie, dans un temps donné, une plus grande somme de mouvement. Il en est qui nourrissent suffisamment, sous un petit volume; et je sens qu’ils donnent plus ou moins d’occupation à mon estomac. Tantôt leur digestion s’opère sans que j’en sois averti par les phénomènes dont ce travail est ordinairement accompagné, tantôt elle occasionne une véritable fièvre., Il en est plusieurs qui ije soutiennent mes forces , qu’autant que j’en prends une quantité considérable. J’éprouve aussi que leur transformation est, plus ou moins lente, plus Ou moins pénible. Enfin, je vois. que les aliments peuvent apporter plusieurs modifications importantes dans toute la machine vivante : je vois que ces modifications ne sont pas les mêmes chez tous les individus , dans tous les cas, dans tous les temps. Je me compare aux autres hommes, et je trouve que parmi les effets observés sur moi-même, il en est plusieurs qui sont communs à toute l’espèce humaine; que ceux qui paraissent m'être particuliers, dépendent de mon âge, de moi) tempérament, du climat où je
vy
45a DU DEGRÉ de certitude
vis, de l’état dû je me trouve quand j’en fais usaU. De mes essais, comparés avec ceux d autrui ? de toutes ces observations combinées, et de l’expérience même du genre humain , s’il est possible, je tire des règles diététiques, telles, par exemple, que celles dont nous sommes redevables au génie d’Hippocrate. Maintenant je demande si j’ai suivi la route qui conduit à la vérité , si ces règles sont fondées sur une saine logique. Les philosophes ennemis de la medecine diraient-ils que non; eux qui recommandent sans cesse d’épier les appétits naturels, de ^ laisser guider par l’effet des aliments; eux qui célèbrent avec tant de raison , le pouvoir du régime i) • Mais la médecine a les mêmes bases que la
(,) «Les malades guérissent quelquefois sans médecin mais , i guérissent pas pour cela sans médecine Us ont fait
. . :i5 en ont ésrité d’autres. STds se sont con-
***'“■ chb,.., * » cM règles *, l’art; .il. «
“‘recédés d’une bonne médecine, que la fortune les ade-
obés au danger. Dans le régime , comme dans 1 emploi es
’ «enménts on peut suivre des méthodes utiles ; on peut
:“^son^per„icieuses: mais les unes et les autres
"ouvcnt également la solidité de l’art. Celles-ci nmsent jiar
„ emploi^mal entendu ; celles-là réussissent par un emploi
i l Or ce qui Convient et ce qui ne convient pas ttnvenable. Or ce q ^ existe ; car , pour qu’il
randrit que le nuisible et l’utile fussent confondus. » ,
ME LA MÉDEÇIHE. 453
diététique : les sujets d’observation sont du même genre; la manière de procéder pour en tirer des conclusions pratiques, est absolument la même. Celui qui reconnaît dans l’une les caractères de la certitude, ne peiit reléguer l’autre parmi les hypothèses, ouvrage de l’imagination. Je dis plus : les changements légers qui surviennent dans un corps sain, et les mouvements nouveaux que produit chaque jour l’exercice de la vie , sont bien moins remarquables que les signes par lesquels les maladies se manifestent à tous les yeux; les effets des remèdes 6ont bien plus aisés à constater que ceux (Tes aliments : car ces derniers n’agissent que d’une manière insen-' sible, et sans introduire d’altérations bien marquées; tandis que les pretniers, changeant brusquement l’ordre et le mode des mouvements naturels , manifestent leur action par des symptômes toujours saillants.
Je demande encore si ce n’est pas à la médecine qu’on doit la diététique ?\ ou , supposé que les observateurs eussent commencé par étudier les effets des aliments, avant de passer à ceux des maladies ( ce qui se trouve absolument contraire aux faits; ce qui même, on peut le dire, s’écarte beaucoup de l’ordre que les besoins de l’homme ont dû faire prendre à ses recherches), je demande s’il était naturel de se borner à conserver la santé , dont on s’occupe si peu quand on la possède, sans penser à soulager la maladie,
qui, par tant de sen^btiorts pénibles, nous ramenant incessamment à l’observation de ses causes et des moyens qui peuvent la soulager , nous force malgré nous à demander du secours à tout ce qui nous environne? Les choses assurément ne se -passèrent pas ainsi. C’est long-temps après avoir observé les effets que 'produisent certaines substances nutritives, dans l’état de maladie, qu’on s’est avisé- d’observer systématiquement ceux qu’elles produisent dans l’état de santé, ou dans celui qui s’en éloigne peu. Leurs effets, dans le premier cas , ét^jent remarquables , paree que cet état l’était lui-même : dans le second , ils l’étaient infiniment moins , parce que cet état ne l’était point du tout. Les faits marquants frappèrent d’abord ; on aperçut les autres plus tard : telle est la marche naturelle. - •
Ainsi donc$ la médecine précéda la diététique; et la diététique n’est qu’une production , qu’une partie de la médecine. Or, je le répète, les sujets de leurs recherches sont analogues, et souvent les mêmes les résultats qu’on en tire sont fondés sur les mêmes règles de raisonnement. Ni l’une n’a besoin de connaître les causes de la digestion (x), pour noter les faits qui s’y rapportent ; ni l’autre , de connaître les causés de la
(l) Les véritables causes de la digestion rentrent dans celles mêmes de la vie : les unes ne sont pâs plus facile» à déterminer que les auVre^ .
DÉ LA JMÉA)KC|REr- 455“
vie, pour observer les écarts auxquels leur action peut être sujette, pour étudier les moyens qui la font rentrer dans l’ordre naturel. Les phénomènes de la santé, ceux des maladies, les effets des aliments , ou des remèdes ; tout cela tombe sous les sens : et nous en tirons toutes les leçons nécessaires à la pratique de l’art.
La première objection porte donc à faux : et comme l’ignorance des causes n’est pas particulière à la médecine, si ce reproche pouvait la faire regarder, avec fondement, comme incertaine et conjecturale, il jeterait le même doute sur les principes de presqüe toutes les sciences.
§ iy.
i Examen de la secopd^ objection. \
En répondant à la première objection, je! réponds indirectement à la seconde (i), qui ne fait que la reproduire sous une autre forme, ou en d’autres mots. Je pourrais d’ailleurs demander ce qu’on entend par la nature et les causes premières des maladies. Nous connaissons de leur nature ce que les faits en manifestent. Nous savons , par exemple', que la fièvre produit tels et tels changements : ou plutôt , c’est par ces chan-
(i) Cette seconde objection porte sur notre ignorance, et de la nature , et des causes premières des maladies.
gements quelle se montre à nos yeux ; c’est par ( eux, seuls -qu’elle existe pour nous. Quand un homme tousse, crache du sang, respire avec peine, ressent une douleur de côté, a le pouls plus vite et plus dur, la peau plus chaude que dans l’état naturel : ou dit qu’il est attaqué d’une pleurésie. Mais qu’est -ce donc qu’une pleurésie? On vous répliquera que c’est une maladie dans laquelle tous ou presque tous ces accidents se trouvent combinés. S’il en manque un ou plusieurs, ce n’est point la pleurésie, du moins la vraie pleurésie essentielle des écoles. C’est donc le concours de ces accidents qui la constitue. Le mot pleurésie ne fait que les retracer d’une manière plus abrégée. Ce mot n’est pas un être par lui-même : il exprime une abstraction de l’esprit, et réveille par un seul trait toutes les images d’un assez grand tableau.
Ainsi, lorsque, non content de connaître une rpaladie par ce qu’elle offre à nos sens, par ce qui ^eul la constitue , et sans quoi elle n’existerait pas, vous demandez encore quelle est sa nature en elle-même, quelle est son essence : c’est comme si vous demandiez quelle est la nature ou l’essence d’un mot, d’une pure abstraction. Il^n’y a donc pas beaucoup de justesse à dire y d’un air de triomphe, que les médecins • ignorent même la nature de la. fièyre , et que sans cesse ils agissent dans des. circonstances, ou manient des instruments dont l’essence leui; est iacpnnue-.i
Quant aux causes premières dès maladies, qu’on les accuse de ne. pas mieux connaître, la question me paraît aussi facile à simplifier que la précédente. Entend-on par ce mot les causes qui rendent l’homme, dans tel cas donné, susceptible d’éprouver tel changement dans les fonctions de la vie? Je réponds que nous les ignorons absolument, puisqu’elles sont encore les mêmes que celles en vertu desquelles nous vivons. Mais parlet-on seulement des faits liés à la maladie , qui font partie de son histoire, et qui peuvent fournir des lumières pour le traitement ? Je réponds que ces causes sont» toutes du domaine de L’observation : on peut les voir ou les toucher; on peut en acquérir la connaissance par dés récits fidèles : et comme elles produisent toujours certains phénomènes dans l’économie animale (car si elles n’en produisaient pas, elles ne mériteraient aucune attention, elles seraient nulles), c’est dans ces phénomènes mêmes qu’il faut les chercher; c’est dans leurs propres effets qu’il faut s’habituer à les reconnaître.
Deux grandes sectes se partagèrent long-temps, chez les Grecs, l’empire de la médecine. Les dogmatiques prétendaient que l’ignorance des causes la fait errer au hasard , et frappe les plans de curation d’un vice radical d’incertitude. Comme les maladies diffèrent toutes à raison de leurs causes, il est, disaient-ils, absolument indispensable d'avoir des notions claires de celles-ci, pour
/|58 DU DEGRÉ n F " CERTITUDE
appliquer le» remèdes avec méthode. Les empiriques soutenaient, au contraire, que les causes sont hors de notre portée, tandis que les faits se livrent d’eux - mêmes à nos recherches. Suivant; cette école, il suffit de connaître tout ce qui fait partie de la maladie, ce que nous pouvons eh apprendre par l’observation ou par une description complète. ' • .
Quand vous êtes appelé, disaient les dogmatiques, pour un homme mordu par un chieft; vous demandez si le chien était ou n’était pas enragé; car votre traitement ne saurait être le même dans les deux cas : il importe donc de remonter aux causes. Que la morsure, répliquaient tes empiriques, soit faite par un chien bien portant, ou par un chien enragé , cela n’est point indifférent sans doute : mais il n’est pas ici question de causes; cette circonstance est un simple fait, qui tient essentiellement à L’histoire de la maladie; et sans lequel cette histoire serait incomplète. v
On voit que leur dispute roulait sur des mots, et que les uns et'les autres avaient raison dans le sens qu’ils y attachaient. Celui des empiriques était , selon moi , le plus correct ; celui des dogmatiques était le plus reçu dans le langage commun.
Mais jusqu’à quel point faut-il donc s’occuper dé la recherche des causes , en comprenant sous Cétte, dénomination générale, les causes que les anciens appelaient cachées, et celles qu’ils distinguaient par »lè titre d’évidentes ?- La réponse est
simple; elle résulte clairement de ce qui précède. Les causes dont la connaissance est nécessaire pour compléter l’histoire de la maladie, ou qui exigent des modifications dans le traitement, se montrent, soit par elles-mêmes, soit par les effets qu’elles produisent : elles sont toutes des objets . d’observation. Il serait dangereux, sans doute, de les ignorer; et il est toujours possible de les découvrir. Mais on doit, rester, relativement aux autres , daus la plus invincible indifférence , et ne pas .sortir de cet axiome fondamental , que plus elles sont au-dessus de nos recherches, moins il nous importe de les connaître. Qu’on me pardonne quelques répétitions. Je m’efforce d’être court; mais il est encore plus nécessaire d’être clair : et lorsqu’on examine l’une après l’autre différentes objections, qui ne sont au fond que la même, on est bien forcé de ramener plus d’une fois le lecteur à la vérité commune, qui les réfute toutes également.
îix^en de la troisième objection.
Tout médecin qui a réfléchi sur les vraies dif^ Acuités de son art, sera forcé de convenir que la troisième objection (i) est beaucoup mieux fondée
' (i) Elle porte sttr lu difficulté d’avoir des notions exactes • des mutadics , et de s'assure)- de l'effet des remèdes.
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que les deux premières. Les maladies sont trèsvariées ; elles sont susceptibles de complications infinies. L’âge, le sexe, le climat, la saison, le caractère de l’épidémie régnante, tout, jusqu’à des circonstances, en quelque sorte, inappréciables, peut les modifier de mille manières diverses, donner aux phénomènes de nouveaux aspects , les enchaîner dans un nouvel ordre de succession ou de balancement réciproque, conduire les crises à d’autres terminaisons. La séméiotique , ou l’art de reconnaître les différents états de l’économie animale, par les signes qui les caractérisent, est sans doute la plus difficile comme la plus importante partie de la médecine. A chaque instant , on est obligé d’admettre des exceptions aux règles par lesquelles on croyait pouvoir être guidé. Rien de fixe dans leur application ; rien de constant dans les plans de conduite qu’elles doivent fournir : de sorte qu’à l’exception de quelques principes très- généraux, et par conséquent peu propres à nous éclairer dans le détail de chaque circonstance particulière , il semble que le savoir théorique du médecin deviemie^iul au lit des malades; que son savoir pratique réside tout entier dans une sorte d’instinct perfectionné par l’habitude. En effet, c’est en s’identifiant, pour ainsi dire, avec l’ètre souffrant, en s’associant à ses douleurs, par le jeu prompt d’une imagination .sensible^ qu’il voit la maladie d’un seul coupd’Oeil, qu’il en saisit tous les traits à la fois : car
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cest ainsi qu il eu partage à un certain point toutes les impressions; et cet instinct lui fait, en quelque sorte, pressentir plutôt que prévoir l’utilité de certains remèdes, dont les effets lui sont d ailleurs connus. Voila , sans doute, une manière de procéder qui doit paraître peu fidèle et peu sure. Ce n’est là véritablement ni la marche du géomètre ou du calculateur, ni même, à ce qu’il paraît au premier coup-d’œil, celle du logicien sévère, qui va pas à pas, de proposition en proposition. Or, si, dans les sciences mathématiques, le moindre défaut d’exactitude, quant à la construction ou quant à l’emploi (les formules, mène iné\itablement aux conséquences les plus fausses, pourra-l-on constamment éviter l’erreur dans un art ou les succès tiennent à la sagacité; où les vues les plus heureuses sont bien moins des raisonnements que des inspirations?... Cela est difficile sans doute : mais cela n’est pas impossible; du moins je le crois ainsi.
ht d abord, je ne crois pas impossible de se faire une idée juste des modifications que les maladies éprouvent; de démêler à quelles circonstances elles sont dues , de quelle manière il est avantageux d’en tracer le tableau. Car comment les a-t-on soupçonnées? comment s’est -on assuré de leur existence ? comment est - on remonté jusqu’à leur source? c'est-à-dire, comment a-t-on su que telle ou telle circonstance pouvait V donner lieu ? N>st-ce point à l’observation que
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nous élevons ces premier.s pas importants? Ce que l’observation a commencé , pourquoi ne l’acheverait-elle pas? pourquoi ne parviendrait- on point , par son secours , à réduire en système ces différentes séries de faits qu’on n’admet déjà comme distinctes entre elles, que parce qu’on a pu réellement les distinguer, au moins quelquefois. - .
Nous jugeons que les maladies diffèrent par leurs causes., attendu que nous les voyons différer par leurs phénomènes. Si leurs phénomènes étaient les mêmes; si elles guérissaient toutes par les mêmes crises ou par les mêmes remèdes, qui jamais eût pensé que beaucoup de circonstances diverses peuvent , chacune à leur manière , influer sur elles et les modifier? On ne saurait soupçonner de causes , lorsqu’il n’y a point d’effets : ou plutôt y ceux-ci n’existant pas , celles - là ne sauraient avoir lieu.
Mais l’observation nous fait apercevoir des différences entre les maladies : elle nous fait voir que ces différences suivent certaines lois comme tous les phénomènes de la nature ; que les changements produits par les maladies dans l’état des corps animés , ont .des rapports réguliers avec certains faits antérieurs ou présents. Nous pouvons donc déterminer ces . rapports , ou l’enchaînement des effets avec ce qu’on' appelle leurs causes ; car nous pouvons savoir , quand nous voypns un fait, que t.el aqtre l’a précédé. L’ob-
servation nous fait donc reconnaître si l'un dépend de l’autre , s’il le suit ou l’accompagne : et réciproquement, quand la cause se montre , nous prévoyons sans peine l’effet qui doit la suivre. L’observation peut donc apprécier l’influence de toutes les circonstances qui en ont une véritable : elle peut réduire cette connaissance en règles fixes , la rendre plus exacte par la méthode , plus présenté à l’esprit par l’habitude de la retracer et d’en faire des applications.
Je dis qu’elle peut le faire : je devrais dire qu’elle l’a fait. Qu’on parcoure sans prévention les travaux îles vrais interprètes de la nature; c’est-à-dire de ceux qui décrivent naïvement les faits , de ceux qui ne font que les résumer dans des règles générales , ou les traduire, en quelque sorte, d’une manière plus abrégée, sans jamais forcer ni déguiser leur sens direct. Qu’on voie dans quel esprit ils ont observé, assimilé, distingué , classé les maladies , soit d’après les phénomènes qu’elles présentent , soit d’après les causes qui les modifient. Qu’on examine , par exemple , relativement aux épidémies , les recherches et les vues générales d’Hippocrate, de Bâillon, de Sydenhain, de Ramazzini, de Dehaen, de Stork j de Stoll , etc., etc. Mais, que dis -je? les écrits du seul Hippocrate nous mettent en état de prononcer sur ce point. Qu’on parcoure donc ses admirables résultats sur les maladies des âges, des sexes, des climats, des saisons; qu'on
les rapproche surtout cle la nature , telle qu’elle peut se moutrer, chaque jour, à l'observateur attentif: je ne crains pas de le dire, la médecine a d’autant moins à redouter un pareil examen , qu'il sera plus réfléchi , plus judicieux , plus impartialement sévère.
L’homme se trouve jeté , comme au hasard , au milieu des scènes du monde. Les objets passent en foule sous ses yeux. C’est par leurs différences et par leurs rapports d’analogie ou de parité, qu’ils le frappent; c’est en les comparant entre eux et avec lui qu’il apprend à les connaître; c’est en se comparant avec eux qu’il apprend à se connaître lui-même. S’il ne les voyait qu’isolés, sans les rapports qu’il peut avoir avec eux, sans les rapports qu’ils peuvent avoir entre eux relativement à lui , sans doute ils lui seraient tous inconnus. S’il n’apercevait rien hors de lui, s’il ne pouvait se mesurer à rien , il s’ignorerait à jamais; ou plutôt il n’existerait pas, car il ne serait averti par aucune impression étrangère (t) de sa propre existence : or il ne peut la concevoir dépouillée de ce qui la fait sentir. La nature a donc voulu que la source de nos connaissances fût la même que celle de la vie. Il faut recevoir
(1) Les 'impressions internes qui résultent directement du jeu de là vie, seraient bientôt nulles, dans cette hypothèse; ' l’habitude en effacerait bientôt le sentiment, et le moi cesserait de les apercevoir.
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«les impressions pour vivre; il faut recevoir des impressions pour connaître : et comme la nécessité d’étudier les objets est toujours en raison directe de leur action sur nous , il s’ensuit que nos moyens d’instruction sont toujours proportionnés à nos besoins. Ce principe', incontestable en général, est peut-être encore plus frappant de vérité dans son application aux objets qui sont du ressort de la médecine , particulièrement à celui qui nous occupe maintenant. En effet , les modifications des maladies ne sont importantes à connaître que parce qu’elles «ai dénaturent les phénomènes : mais dès lors elles deviennént remarquables ; elles le deviennent par cela même ; et les tableaux se trouvent nécessairement d'autant plus distincts, qu’il est plus essentiel de ne pas les confondre. •
Mais la variété des maladies et leurs complications u’empèchcnt-elles pas absolument que nous puissions en avoir des notions complètes? La tète la plus vaste, la mémoire la plus heureuse, peutelle avoir toujours présents à la fois tant de souvenirs si divers? Il est sûr que pour les fixer et les retenir, il faut pouvoir les rapporter à un certain nombre de principes généraux : et voilà ce qui rend les systèmes , considérés comme expositions méthodiques, absolument inévitables. Mais on a bien senti les erreurs où pouvaient conduire des classifications arbitraires et prématurées. Le danger était plus grand peut-être- en médecine que i . ... • 3o
dans aucune antre partie des sciences. Les meilleurs esprits ont donc pensé qu’il fallait observer long- temps encore chaque maladie comme un être individuel , distinct de tout autre ; qu’il était nécessaire de répéter, de multiplie^ les remarques et les essais avant d’établir des axiomes généraux , applicables à tous les cas. Ils ont dit, par exemple, qu’il était absurde de ranger sous le titre commun de phthisie , des maladies qui diffèrent absolument les unes des autres, et par leurs circonstances déterminantes, et par leurs phénomènes , et par le traitement qu’elles exigent ; qu’il n’y a peut-être pas deux phthisies parfaitement semblables; que par conséquent il faut se borner à les décrire chacune en particulier avec son génie et ses phénomènes propres. Enfin , des hommes d’un grand mérite ont soutenu que cet empirisme qui se dépouille , nonseulement de toute hypothèse , mais même de toute méthode trop générale d'assembler les faits ou de tracer les indications des remèdes, peut seul nous mettre sur la véritable route des découvertes utiles.
Les nosologistes tels que Sauvages, Linné, Sagar, Vogel, et Cullen lui -même, en rapportant toutes les maladies à certaines divisions princi*pales, en les rangeant par familles, comme les botanistes rangent les plantes , ont fait , il est vrai , des tables plus propres à secourir la mémoire d’un bachelier qui soutient thèse , qu’À