‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 62 sur 67 · DE L K II É DEC 1NE · texte numérisé non relu

DE L K II É DEC 1NE

montrer au praticien l’ordre dans lequel ses connaissances et ses plans de curation doivent être enchaînés. Quand ils ont voulu tout dire , ils se sont perdus dans de futiles détails : ils ont multiplié , presque à l’infini, les familles et les espèces : et plus ils auraient perfectionné ce plan , plus ils se seraient rapprochés des simples descriptions individuelles. Quand ils ont voulu , comme Cullen , ne faire aucun double emploi , ue tenir aucun compte des maladies symptomatiques ou déguisées, dont le traitement doit être différent de celui de la maladie qu’elles imitent : ils ont laissé de grandes lacunes dans leurs tableaux ; ils ont été forcés à regarder comme non avenues une foule d’observations précieuses. Au lieu de s’étendre entre leurs mains, l’art s’est donc rétréci. Eu ramenant tout à des vues rigoureusement générales , espérant par là remplir les vides qui se trouvent encore dans l’ensemble le plus complet des faits médicaux , ils éteignent chez leurs lecteurs le véritable esprit d’observation : et la pratique qui résulte de leur manière de considérer l’économie animale , est presque toujours mesquine, faible, souvent même trèserronée.

Mais s'il était vrai que chaque maladie différât essentiellement de toutes les autres ; si l’on ne pouvait se laisser guider dans son étude par aucune règle générale; si l’on ne pouvait parvenir à prévoir sa marche et ses crises, à leur appro- • 3o.

prier une méthode raisonnée et sûre de traitement : il est évident qu’on ne se ferait une idée précise et complète de celte maladie , que lorsqu'elle aurait parcouru tous ses périodes; et ce ne serait qu’alors, c’est-à-dire quand il ne serait plus temps , qu’on pourrait donner aux malades des secours dirigés par d’évidentes et sages indications : en un mot, l’art n’existerait point. Mais ceux qui combattent le plus vivement les systèmes nosologiques sont bien éloignés de tirer ce résultat. L’empirisme qu’ils professent prête, au contraire , à la médecine un très-grand pouvoir. Ce sont eux qui manient le plus hardiment les grands remèdes; qui s’en reposent le moins sur la nature; qui, mettant de côté toutes ces hypothèses futiles et même dangereuses par lesquelles la pratique est énervée et corrompue, recueillent les fruits les plus heureux de l’application courageuse et prudente qu’ils font chaque jour de ces „ remèdes énergiques. Ils se conduisent donc d’après des règles. Sans cela , comment oseraient-ils seulement prédire que le mercure arrêtera les progrès d’un ulcère vénérien , ou que le quinquina coupera les accès d’une fièvre opiniâtre?

D’un autre côté, l’on se tromperait beaucoup, si l’on croyait que les nosologistes et leurs partisans les plus zélés dirigent toujours leur pratique d’après ces ingénieuses, mais infidèles classifications. L’observation des maladies les dégoûte bientôt d’uu ordre factice, dont l’application pra-

tique est quelquefois impossible , presque toujours embarrassante, très -souvent hasardeuse. Qu’arrive-t-il donc? Le classificateur et l’empirique philosophe, quand ils ont également du talent, ne suivent pas des routes si différentes qu’on pourrait le croire. La nature les guide l’un et l’autre, comme par la main. Elle leur montre les objets sous leurs véritables couleurs, les grave dans leur souvenir par des traits frappants, les y classe par des analogies, ou par des dissemblances réelles. Elle résume enfin pour eux, et souvent presque à leur insu, les généralités fondamentales qui doivent leur servir de guide. Cette méthode de la nature est aussi simple qu’étendue et féconde. On en trouve des traces dans les écrits de tous les bons praticiens; et c’est par elle seule qu’ils ont mérité ce titre. La plupart, il est vrai, ne l’ont suivie que par un heureux instinct : mais, en les lisant, l’on sent à chaque page qu’ils lui sont redevables de tous leurs succès.

Il y aurait cependant de la témérité à penser qpe tant de bons esprits qui mettaient sans cesse en pratique cette méthode, l’ont toujours entièrement méconnue. Mais, quoique les hypothèses les plus erronées en offrent des traces précieuses, auxquelles même peut-être elles ont dû leur éphémère célébrité , personne que je saçlie no l’a développée d’une manière précise et complète. Je vais essayer d’en indiquer le. mécanisme , eû attendant que je l’expose plus en détail dans un

tableau général de nosologie, de matière médicale et de thérapeutique, auquel cette méthode servira de base commune.

A considérer les maladies par leurs causes, o« par leurs circonstances déterminantes, et par la liaison, les rapports et la gravité de leurs symptômes; c’est-à-dire, à les considérer dans leur ensemble et sous tous leurs points de vue , Tune* ne ressemble jamais à l’autre. Deux rhumes, deux simples fièvres éphémères ne sauraient être exactement les mêmes : il y a toujours , comme dans les physionomies les plus semblables en apparence , des traits ou des nuances qui les distinguent. Or les moindres modifications dans leur caractère devant en apporter d’analogues dans leur traitement , il importe d’étudieir chaque cas en lui-même, afin de tirer de la combinaison, ou de la dépendance naturelle de ses divers phénomènes, un plan raisonné de conduite; comme on cherche le mot d’une énigme dans chacune, dans l’ensemble et dans les rapports mutuels des . propositions qui la composent. Pour apprécier au juste une maladie , il faut donc savoir la valeur précise des différents phénomènes qu’elle présente; il faut savoir de plus, si, dans chaque nouvelle combinaison , ils ne sont pas tellement dénaturés, qu’ils résistent à l’efficacité des moyens par lesquels on les a combattus inutilement , soit isolés, soit associés dans d’autres combinaisons: car alors, il faut en convenir, la médecine flot-

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