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terait souvent au hasard et sans boussole sur une mer inconnue. . • , -
Quand les hommes observent .pour la première fois un objet , ils eu notent les circonstances les plus saillantes ; ils les. comparant entre elles ; ils placent sur la même ligne celles qui se lient par des rapports. Des observations nouvelles leur font apercevoir de nouveaux faits plus déliés ou moins importants, lesquels se trouvent également enchaînés par des rapports analogues. On ne tarde pas à reconnaître que les uns et les autres peuvent être diversement gradués, diversement combinés et nuancés ; et qu’eniin , dans tous les objets de nos recherches, d’un petit nombre de faits, ou de phénomènes communs, se forment tou» les faits particuliers , quelque admirable que soit leur variété, quelque infinie que soit leur multitude. C’est ainsi que dans le chant et dans la voix parlée, très -peu de sons suffisent pour peindre toutes les affections dé l ame ; que les moyens peu variés par lesquels les organes de la bouche changent en langage déter- ' miné les sons échappés du larynx , donnent à l’expression du sentiment la précision de la pen- ' sée : car toutes ces modifications, désignées par les grammairiens sous le nom de consonnes , se réduisent à un petit nombre. C’est encore ainsi que quelques signes suffisent pour fixer, par Té-, criture, les richesses des différents idiomes, qo les prestiges de la musique la plus savante. ;
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En notant avec soin ce qui peut séduire, émouvoir ou convaincre dans la marche du discours, dans les images , dans la forme du raisonnement , les anciens rhéteurs s’aperçurent bien vite que ces beautés, ou plutôt les moyens par lesquels on les produit, ne sont pas aussi différents qu’ils paraissaient d’abord devoir letre; et qu’en réunissant sous le même titre ceux qui se ressemblent, on les peut tous réduire à un petit nombre de généralités, ou de résultats communs. Or ces résultats, ou les règles qu’ils expriment, sont comme les ressorts secrets et magiqueif.de l’éloquence et de la poésie; mais ils n’ont jamais, à la vérité, de pouvoir qu’entre les mains des
enchanteurs. .
. Toutes les remarques précédentes s’appliquent également aux objets que présente l’observation des maladies. A chaque cas nouveau, l’on croirait d’abord que ce sont de nouveaux faits : mais ce ne sont que d’autres combinaisons; ce ne sont que d’autres nuances. DansTétat pathologique, il n’y a jamais qu’un petit nombre de phénomènes principaux : tous les autres résultent^ de leur mélange et de leurs différents degrés d’intensité. L’ordre dans lequel ils paraissent , leur importance, leurs rapports divers, suffisent pour donner naissance à toutes les variétés des maladies. A partir de la douleur la plus faible, 'jusqu’à la plus insupportable; de l’incommodité la plus simple, jusqu’à la maladie la plus compli-
quée; de la fièvre éphémère, jusqu'aux fièvres pestilentielles , on n’observe partout que les mêmes formes, les mêmes traits, les mêmes couleurs générales. C’est de leurs alliances, de leurs teintes opposées , on combinées ; c’est de leur concordance, ou de leurs contrastes, que la nature /ait sortir cette multitude de tableaux , si différents les uns des autres au premier coupd’œil : comme on vient de voir que l’art savait , au moyen d’une très-petite quantité de signes, reproduire aux yeux tous les chefs-d’œuvre du génie musical , ou leur faire entendre toutes les merveilles de la parole.
Cette méthode symptomatique est l’ouvrage de la nature elle-même : elle n’a rien de l’arbitraire des méthodes factices. Elle simplifie l’observation des maladies, leur histoire et leur traitement. Elle ne dispense pas, il est vrai, d’étudier le génie propre de celles qui en ont véritablement un, nitie rechercher les effets particuliers «les remèdes spécifiques, qui, pour le dire en passant, sont beaucoup moins nombreux qu’on ne pense : mais elle aide la mémoire, sans égarer le jugement, et n’est pas moins un guide sûr dans la pratiqué de la médecine, qu’un moyen naturel d’en lifcr les connaissances. Plus on s’en
éloigne, et plus on s’égare; plus on la suit scrupuleusement, et plus on obtient de succès. Voilà ce que nous apprennent l’expérience journalière
474 DU DEGHK UE' cehtitude
et la lecture réfléchie des écrivains de pratique
de tous les siècles... . *
La troisième objection , quoique plus spécieuse que les précédentes , ne peut donc encore soutenir un examen scrupuleux.
§ VI
Examen de la quatrième objection.
Je passerai rapidement sur cette quatrième objection : elle ne mérite pas de discussion détaillée.
En effet, qu’a-t-on besoin de connaître la nature îles remèdes, pour observer les changements qu’ils produisent dans les corps? Ofc ne connaît pas davantage celle des aliments : cependant on a constaté que leurs effets diffèrent; on a constaté qu’ils diffèrent suivant les circonstances où se trouve celui qui les prerîd , suivant la manière dont il les emploie; et l’on a tiré*d’une longue suite d’expériences des règles diététiques fondées ■ sur toutes les basés des certitudes humaines. La manière de raisonner touchant l’action et l’eiu- * ploi des remèdes est la mèmè. Il nous est donc inutile de savoir quelle est la nature (r) du quitta ■ . - l :
(i) On pourrait même encore demander aux ennemis de la médecine , ce qu’ils entendent par cette nature des remèdes qu on nà connaît pas : ils seraient peut-être assez embarrassés de répondre nettement.
qoina, pour remarquer son pouvoir spécifique dans les fièvres intermittentes; quelle est celle de l’antimoine, ou du mercure, pour nous assurer que, moyennant certaines combinaisons, l’un fait vomir, tandis que l’autre, sous plusieurs formes différentes , guérit les maladies vénériennes (t): Des essais réitérés peuvent nous apprendre qu’un remède produit tel effet dans tel cas et sous telle condition ; que , dans d’autres cas , son effet est différent , ou contraire ; qu’eu le modifiant , le combinant avec certains autres moyens connus, on obtient encore de nouveaux résultats. Tout cela, c’est l’observation qui nous l’enseigne : et quand nous connaîtrions la nature intime du remède , les faits notés en l’éprouvant
(i) « fl faut tirer toutes tes* règles de pratique , non d’une suite de raisonnements antérieurs , quelque probables qu’ils puissent être , mais de l’expérience dirigée par la raison. Le jugement est une espèce de mémoire, qui rassemble et met en ordre toutes les impressions reçues par les sens : car , avant que la pensée se produise , les sens ont éprouvé tout ce qui doit la former; et ce sont eux qui en font parvenir les matériaux à l'entendement. » , ^
(Hippocrate, napayf «t.îai. )
Voilà ce qu’ Aristote a dit depuis dans cet axiome, si célèbre chez les modernes , et si bien développé dans les écrits de Locke , d’Helvétius , de Bonnet et de Condillac : Nihil est in intcllcctu , <juod priùs non fueril in sensu. Mais Hippocrate peint , en quelque sorte , ce qu’ A ristote ne fait qu’énoncer. ’ ,
11e seraient ni plus certains, ni mieux liés entre eux. Or, pour assurer sa marche dans toute science expérimentale, l’homme n’a besoin que de constater les faits , de leur donner dans son esprit, autant qu’il est possible, le même ordre et les mêmes rapports qu’ils ont dans la nature , et de n’cn tirer que les conséquences qui s’y trouvent renfermées expressément.