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gardons un opiniâtre scepticisme sur tout ce qui n’est pas certain; efforçons-nous sans rçlâche de reculer les limites d’un art dont le pouvoir est si précieux à l’humanité; et si quelques objets résistent invinciblement à nos recherches, songeons qu’un problème èst comme résolu, quand une lois on l’a reconnu pour véritablement insoluble;
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Examen de la sixième objection.
• . J<a sixième objection est beaucoup plus à la portée de lotis les esprits: ell,e fait en général une grande impression; et il est aisé de voir que cela doit être ainsi.
Les écrivains de médecine sont divisés sur les principes : les praticiens le sont sur lés plans de traitement. On voit les systèmes, renversés les uns par les autres* se succéder avec rapidité : ou voit les méthodes curatives subir les mêmes varia-' lions, toast du moins ce qu’on croit apercevoir .au premier coup -d’œil , quand on compare les prétentions et les récits de toutes les differentes sectes. Des artistes qui ne seraient d’aCcord ni sur les généralités fondamentales de leur art , ni sur la manière d’en faire l’application, pourraient, il faut en convenir, inspirer quelque défiance à des juges peu crédules. S’il est vrai , le plus souvent, que lorsque Hippocrate dît oui , daheu dise flou-
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n’est-on pas en droit de présumer que les règk-s d’après lesquelles ils observent et jugent , n’ont aucune base commune aux bons esprits; que par conséquent elles sont , de part et d’autre, suivant toutes les apparences, également futiles*et vaines? Il est peuvde personnes instruites chez qui cette première considération n ait fait naître des doutes; il est même peu de médecins, dq moins parmi ceux qui sont dans l’habitude- d’éclairer et de surveiller leur raison et leur conscience, qu’une affligeante incertitude n’ait fait reculer d’effroi,' dès l’entrée de la carrière. Mais la lecture plus réfléchie des livres,' l’examen plus attentif desdiverses pratiques, surtout un coup -d’œil plus profond, jeté sur la nature ellé-même, doivent nous foeuriûr les moyens de lever ces difficultés, si toutefois il est possible de le faire d’une manière satisfaisante.
J’observe d’abord que les opinions théoriques portant toutes , non sur les faits , mais sur la manière dont ils sont produits, il importerait peu qu’elles différassent, ponrvu que la pratique ne marchât qu’à l’aide des faits , et ne sortît jamais des indications qu’ils lui fournissent. Si , par exemple, les mathématiciens, tels que Pitcarn, ne se conduisaient pars autrement dans la curation <1 une pleurésie que les solidistes, tels qu Hoffmann, ou les chimistes , tels que Silvius; si les uns et les autres ayant appris, par lehrs observations propres ou par celles d’autrui , l’effet constant des remèdes
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qu’on peut employer en pareil cas, ne se servaient de leur hypothèse (pie pour lier en corps de doctrine toutes leurs idées; s’ils s’en''tenaient obstinément, pour former leurs vues de pratique, au simple résultat de l’expérience : il est clair que ces différentes sectes ne seraient opposées les unes aux autres que sur des points tout -à- fait étrangers au véritable objet de l’art, et que nous devrions regarder ces oppositions de principes, avec la même indifférence que les gens sensés regardent en morale toutes les opinions ' qui n’influent pas sur la conduite.
Si chaque secte, au contraire, non contente d’avoir fait cadrer à tout prix son hypothèse, avec les faits, en vieht jnsqii a prétendre asservir lès fûts à son hypothèse ; si elle veut que la nature Obéisse à des rêves : ce n’est pas à l’art qu’il faut s’èn prendre; il n’y est pour rien : et les erreurs qui résultent de là, tiennent même uniquement à la violation de ses règles fondamentales. Les folies et les absurdités n’anéantissent point la sagesse et la raison : au contraire, elles les supposent. Le désordre en effet suppose l’ordre, et le * mensonge la vérité; car les contraires ne sauraient se concevoir sans leurs contraires. Ainsi, l’on peut affirmer que l’art existe par la même raison qui fait avancer qu’il n’existe pas; c’est-à-dire, parce que la méthode de philosopher , que l’esprit de système y porta tant de fois, diffère essentiellement de celle qui mène 'à des conclusions
certaines, ou de la bonne méthode,, dont nous n’aurions sans doute aucune idée, si elle n’était pas dans la nature ( i).
Ne mettons, au reste, ni trop, ni trop peu d’importance aux théories. La seide théorie gui n’égare jamais, n’en mérite pas le nom, à proprement parler. Elle ne va* pas plus loin que l’observation : elle n’est que l’observation elle-même. • Les autres se hâtent de ranger d’avance tous les faits sous des principes généraux qui ne se rapportent qu’à un' petit nombre d’entre eux : par conséquent elles doivent nous induire presque toujours en erreur. Elles peuvent cependant nous' faire rencontrer juste quelquefois; car les plus absurdes de ces théories se sont appuyées, dans l’origine, sur des expériences incontestables. Le tort de leurs auteurs a été de donner à ces expériences une signification trop étendue; de faire un système complet de ce qui pouvait à peine fournir quelques vues de détail. Quand ou veut expliquer l’économie animale par les lois de la
, (.1) Il ne 'suffit pas de prouver qu’on a mal raisonné en
médecine : pour tirer de là quelque conclusion contre cet art’, il faudrait prouver qu’on ne peut pas V 'bien raisonner- .< Tous les arts, dit Hippocrate, sont dans la nature: si nous l’interrogeons convenablement , elle nous révélera toutes les vérités qui tiennent à chacun d’eux; elle nous garantira des erreurs que l’ignorance ne manque jamais d'y introduire.' L’art doit alors s’épurer : mais l’art existait malgré ces défauts. ■ - •• -'.i' fri-
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mécanique, de la physique, de la chimie, ou par quelque hypothèse philosophique puisée ailleurs que dans l’observatio’n même du corps vivant ou se trouve arrêté, pour ainsi dire, à chaque pas : les exceptions à la règle deviennent bientôt plus nombreuses que les faits qui s’y trouvent conformes : et non-seulemeut on est forcé de reconnaître combien ces hypothèses sont insuffisantes pour lier les fragments de la science , mais on s’aperçoit facilement qu’elles entraînent des *. fautes sans nombre dans la pratique. Ira-t-on conclure de là qu’il n’y a rien de chimique, de physique , ou de mécanique dans les fonctions vitales? on aurait bien tort sans doute : et s’il en était ainsi , qui jamais eût trouvé , qui même jamais eût cherché de pareilles explications? Les lions esprits les rejettent, non parce qu’elles n’expliquent rien, mais parce qu’elles n’expliquent pas tout; parce qu’elles ne sont rigoureusement applicables qu'aux mêmes faits plus ou moins nombreux, dont on les a tirées: et s’il est vrai que leurs sectateurs les plus raisonnables les abandonnent au lit des malades, peut-être n’ont- .elles pas, à beaucoup près, toutes le£ mauvaises conséquences qu’on devrait en redouter.
Une preuve que la nature corrige sourdement, par l’expérience, ce que les principes peuvent avoir de vicieux; et qu’elle force les médecins qui ne sont pas entièrement dépourvus de jugement et de taçt , à suivre une méthodç à peu près uni-
4go DU DEGJIÉ DE CÉfiTI *r.D DE
forme: c’est que, malgré le ton décisif dont 011 affirme le contraire , la pratique de tous les sièclesest au fond la même. Les tableaux de maladies
que nous ont laissés les anciens sont encore frappants de vérité : on enseigne dans nos écoles leurs règles de diagnostic et de pronostic : nos indications générales de traitements sont . absolument les mêmes que les leurs ; nous les traçons d’après les mêmes motifs. Depuis Hippocrate jusqu’à nos jours , il est sûr que tous les bons observateurs ont retrouvé ce qu'il avait vu. Arétée, Alexandre de Traites, Aetius, Cœlius-Aurélianüs, Celse, Galien , sont encore souvent pour nous des guides sûrs. Dans noire Europe moderne, les restaurateurs de la médecine les ont suivis pas à pas. Sennert et Lommius n’ont fait que les abréger, et mettre leurs observations dans un meilleur ordre. Vallcsius, Duret, Houllier, Prosper Alpin, Haillon, Prosper Marlian , Fernel, Rivière, et tant d'autres qu’il serait trop long de nommer, leur doivent tous leurs succès : c’est en se faisant leurs disciples qu’ils ont mérité d’être placés à côté d’eux. Et dans ce siècle même, oû des travaux sans Tiombre ont enrichi l’art de quelques "découvertes réelles , les médecins dignes d’être comparés à nos premiers maîtres, n’ont obtenu cet honneur, n’ont appris à les surpasser quelquefois qu’eh les imitant presque toujours.
. Ou peut donc nier que la pratique ait en effet: changé d’un siècle à l’autre: on peut nier. que les
>• v I)>; LA- MÉUKCINK. 49!
vues des bons praticiens diffèrent essentiellement. .• Ea grande quantité de points dans lesquels elles \ se trouvent entièrement conformes, ne prouve pas mieux l’éternelle régularité de la nature que l’inébranlable certitude de l’art. Elle prouve l’une, parce qu’elle prouve l’autre. Car si, dans des circonstances données, la nature produit toujours les mêmes phénomènes; et si l’art peut changer . à son gré plusieurs de ces circonstances, ce qui ne saurait être mis en doute : il s’ensuit qu’il peut agir efficacement sur les phénomènes, puisque ces derniers doivent dépendre de lui, préci- *sèment au même degré.
Maintenant je rentre dans l’histoire : et je dis que la puissance de l’art s’est toujours exercée par les mêmes moyens. A quelque temps de la' médecine qu’on se transporte, quelque secte , ancienne ou moderne, étrangère ou nationale, qu’on , . interroge , on retrouve toujours les mêmes motifs généraux , les mêmes règles , les mêmes plans. Les praticiens ont toujours combattu l'état inflammatoire par la saignée et le régime antiphlogistique (1): ils ont toujours conseillé les vomitifs dans l’état de plénitude de l’estomac , les purgatifs dans celle des intestins : pour la sécheresse, la tension , la raideur , ils ont toujours ordonné les bains tièdes; pour le relâchemeut et la fai-
(1) Il faut en excepter qûeltpu-s modernes ; ou verra bien- - tôt pourquoi.
4y* UU DEGRJS DE CE KTITUDK
blesse , les bains froids , les toniques. Ils propo- ; - t .* sent tous également d’évacuer le superflu , de
: restituer ce qui manque, d’exciter la nature lan-
, guissante , de réprimer sa fougue tumultueuse. • En un mot , il n’est aucune maladie douée d’un . génie constant que la saine pratique ne traite
aujourd’hui par les mêmes remèdes, ou du moins . par des remèdes du même genre qu’autrefois.
. Ce qui peut , au reste,, occasioner quelque 4 confusion à cet égard , c’est que tous les écrivains ne donnent pas les mêmes acceptions aux mêmes ■ •* mots. L’un entend par fièvre ardente , une vraie fièvre inflammatoire (i), et conseille la saignée; 1 autre désigne soys ce nom une maladie de la classe bilieuse, et proscrit toute évacuation de sang. Eu paraissant se contredire, ils n’en sont . pas moins d’accord sur les principes fondamen-
taux des indications : ils disent les mêmes choses en .d’autres termes ; ils diffèrent seulement par . *• la langue particulière que chacun d eux emploie. Car toutes les fois qu’au lieu de donuer un nom • a la maladie, ils la décrivent; toutes les fois qu’ils
cherchent à nous montrer dans la juste estimation des symptômes , les motifs de leur plan de trai- *4 . te ment : ils s’éloignent si peu les uns des autres.
fl) Les anciens, par exemple, regardaient le cçiiiim inflammatoire comme un produit bilieux ; plusieurs modernes oui confondu certaines fièvres bilieuses avec les maladies inflammatoires, etc. , «*lc.
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qu’un lecteur instruit devine sans peine d’avance, » non sans doute leurs formules précises, mais le but très -déterminé qu’ils veulent atteindre, mais la nature particulière des moyens qu’ils mettront en usage. J’en appelle, sur ce point, au témoignage des personnes qui ont lu les observateurs avec l’attention convenable.
Oui , la pratique des bons médecins est unilorme clans tous les siècles et dans tous les pays, » comme la nature elle- même. Elle l’ést autant; il ne faut pas prétendre qu elle le soit davantage* car le cours des siècles apporte clés changements notables dans les maladies; et les climats^ leur . impriment certains caractères propres à chacun d’en*. Mais l’art n’établit pas mieux la solidité de ses principes en constatant la marche de la nature dans ses règles , qu’en f’épiaiit dans ses exceptions.
On insistera peut-être; et l’on dira qu’une pareille considération , quelque poids qu’on lui donne d’ailleurs, n’explique point ces éternelles contestations qui produisent, au lit des malades, tant de scènes scandaleuses ou ridicules. Si les médecins qui écrivent sont d’accord , ceux qui parlent ne le paraissent guère ; et s’il est possible de rapprocher les uns entre eux, il l’est assurément fort peu de prêter aux autres les mêmes vues.
En répondant qu’il suffit de prouver rigoureusement la certitude de la médecine, telle que la
nature bien interrogée l’enseigne aux hommes* que d’ailleurs on peut abandonner la cause de ceux qui l’exercent et laisser à chacun d’eux le soin de se défendre lui-même; je n’aurais justifié ni l’opposition des écrivains dont je viens de parler, ni celle des praticiens sur laquelle l’objection porte particulièrement. En ajoutant que l'amour -propre ou d’autres passions plus viles sont d’ordinaire l’unique source des contestations entre ces derniers , et que de misérables intérêts n’égarent leur jugement qu’après avoir corrompu leur conscience; je les justifierais encore plus mal: et cette manière de les juger serait, j’ose le dire, aussi peu digne de moi que du. corps de savants le plils respectable, peut-être, qui ait existé dans tous les âges (i). Non, sans douté, les médecins ne sont point autant de jongleurs >•- avides , se servant de tous les moyens pour faire valoir chacun sa drogue , et dépriser celle qui se débite sur le tréteau voisin : non, la bonne foi , la candeur , l’amour de la vérité , l’amour du genre humain au service pénible duquel leur art •les dévoue, toutes les affections de l’homme sensible et tous les devoirs de l’homme juste, ne sont point étrangers à leur cœur. Plusieurs d’entre eux pratiquent dans le silence les vertus pé-
(1) Il serait trop absurde de dire cju’il n’y a point de charlatans. parmi les médecins : mais il est d’une grande injustice, d'établir quç le plus grand, nombre sont des charlatuus. .
PE r. V MÉ PISCINE.
iiibles.de leur état : ils se jugent eux-mêmes avec sévérité; ils jugent leurs confrères avec indulgence. Us combattent des avis hasardés, non parce que ces avis ne sont pas les leurs , mais parce qu’ils les croient dangereux. Us concilient tout ce qui peut l’être sans préjudice pour les malades; et s’ils s’élèvent avec force contre l’ignorance ou l’astuce , c’est un devoir sacré qu’ils remplissent avec peine: l'imputation qu’ils ne’' cherchent tous qu’à se contredire , que la paix est . à jamais bannie de leurs discussions , doit être regardée comme d’autant plus injuste qu’on veut . la rendre plus générale. Ou à vu dans tous les temps des médecins , on ,en rencontre encore un grand nombre, dans tous les pays, qui s’excitent les uns les autres au bien par de nobles exem<* pies, qui s’encouragent dans leurs travaux, et confondent leurs lumières pour l’avantage de l'humanité. . ( *
Mais, sans entreprendre une vaine apologie, on peut répondre directement à l’objection. Quand deux médecins adoptent des vues contradictoires , quand ils conseillent des remèdes d’un genre différent, vous en couchiez très-mal que l’un d’eux est' nécessairement dans l’erreur. En restant opposés, ils peuvent avoir également raison ; ils peuvent suivre des routes diverses pour arriver au même but. heur unanimité ne prouverait pas qu’ils se conduisent bien ; leur. r
opposition ne prouve pas qu’ils s'égarent. Ceci demande quelque éclaircissement. • ’
Dans chaque maladie la nature emploie une certaine série de mouvements pour changer l'état morbifique et ramener la santé. Ces mouvements sont d’ordinaire les mieux appropriés à ses vues et à ses moyens; et lorsqu’elle paraît entièrement libre dans son choix, elle les affecte de préférence comme nous lavons déjà dit ci-dessus. Mais la crise qui ne peut s’accomplir par un émonctoire, la nature la tente souvent par un autre; elle fait par les sueurs ce qu’elle n’a pu faire par les selles ou par les urines. Il n’est aucun genre d’évacuation qui ne puisse être suppléé; il n’en est aucun peut-être qui ne puisse être mis à la place de tout autre, quel qu'il soit. Or, la terminaison critique ne devant plus être la même , les efforts qui la préparent , et l’ordre dahs lequel ils sont enchaînés, éprouvent des changements analogues. La nature peut donc employer presque toujours plusieurs méthodes différentes eu tout point. J’ai déjà cité la pleurésie pour exemple : on peut en dire autant de la fièvre ardente qui se guérit, tantôt par des saignements de nez, tantôt par des sueurs ou par une diarrhée bilieuse , tantôt par un mouvement fébrile ou par une jaunisse critique.
Les maladies spasmodiques sont rarement susceptibles d’une solution franche et complète :
DK LA MÉDECINE, 4 97
cependant le principe conservateur de la vie n’y reste pas dans l’inaction. Le flux hémorrhoïdal , certaines fièvres salutaires, ou d’autres incommodités plus régulières et plus propres à subir une bonne crise , sont des ressources que ce principe semble se ménager pour les cas opiniâtres , et desquelles il fait usage lorsqu’il ne peut rien tenter de mieux. Quelquefois même il se sert alors de mouvements convulsifs plus ou moins violents. Ce dernier moyen est à la vérité précaire et dangereux : il réussit rarement ; presque toujours il aggrave, il peut même rendre mortelles les maladies où les nerfs et le cerveau sont essentiellement intéressés. Mais la proposition générale que j’avance n’en est pas moins certaine : il est encore certain , par conséquent , que les médecins peuvent, sans cesser d’imiter la nature, suivre des indications assez variées, et se tracer différents plans de curation.
Quoique. la saignée et le régime antiphlogistique soient parfaitement appropriés aux maladies inflammatoires, Van-Helmont et Lobby faisaient de très-belles cures par les sudorifiques. Sydenham traitait les affections , dites vaporeuses, par les martiaux ; Hoffmann , par les nervins et les gommes fétides ; Boerhaave, par les savonneux et les fondants; Robert Wliitt, par les stomachiques, le quinquina, les amers; Pomme, par les délayants , les bains tièdes, les bains froids; Bari. 3a
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thés (i), par ce qu’il appelle la méthode perturbatrice, c’est-à-dire par l’alternative des calmants, des excitants et des toniques; les Staalhiens, par les astringents modérés , et surtout par les aloétiques , dans la vue de provoquer les hémorrhoïdes qu’ils regardent comme la crise par excellence de l’âge mûr et de la vieillesse.
Tous ces praticiens citent des faits à l’appui de leurs vues et de leur méthode : la plupart les racontent avec une bonne foi qui ne permet aucun soupçon; des expériences nouvelles et nombreuses ont même confirmé leurs résultats. Et quoiqu’il fût absurde d’en conclure que ces divers moyens peuvent toujours être employés indifféremment, qu’ils sont également convenables dans toutes les circonstances; nous devons juger par là que les forces vivantes peuvent compenser ce défaut de précision rigoureuse , commun à tous nos plans de traitements , et qu’elles savent i comme un habile ouvrier , employer les instruments qui leur sont offerts dans l’esprit qu’ils exigent, ou qui leur convient le mieux.
Mais, il y a plus. L’art peut remplacer par des crises promptes les efforts très-souvent incertains
(i) Ce professeur célèbre, plein d’érudition et de génie, a exposé ses principales vues dans un ouvrage extrêmement original , qui manque de clarté dans quelques endroits , mais «pii méritait un succès plus éclatant , et qui l’obtiendra tôt ou tard. . ' •
et lents de la nature : il peut la forcer, par des secousses inattendues , à rapprocher , dans un petit espace de temps, les tentatives qu’elle ne fait que de loin en loin : il peut lui imprimer des mouvements qu’elle ignore , abandonnée à ellemême. C’est ainsi que les saignées copieuses égorgent dans le principe , suivant l’expression de Galien , certaines fièvres redoutables : c’est ainsi que les vomitifs,- et surtout les antimoniaux, emportent tout à coup des douleurs pleurétiques ou rhumatismales , plusieurs 'espèces d’ophtalmies, de maux de gorge, et qu’ils font cesser, comme par enchantement, certains délires furieux , et même quelques hémorragies utérines. .
Chaque médecin, plein des objets qu’il a vus et vérifiés lui -même, se confiant, avec raison, dans les remèdes dont il a constaté les bons effets, emploie de préférence ces remèdes, toutes les fois qu’il retrouve des cas semblables. Cette conduite n’est pas seulement très-naturelle ; elle est aussi la plus raisonnable et la plus utile. Personne, sans doute , n’est en droit de penser que ' le moyen qu’il conseille soit le seul , ou le meilleur : mais quand il l’a vu réussir souvent , quand il en connaît, par sa propre expérience , les iqdications et l’emploi , c’est le meilleur pour lui ; c’est quelquefois le seul auquel il puisse s’en rapporter.
En traçant le tableau des maladies, les récits ou les livres ne nous transportent jamais véritablement en scène : en rendant Compte des
5oO DU DEGRÉ DE CERTITUDE
effets d’un remède, ils n’en donnent que îles idées fort incomplètes, et souvent capables d’induire en erreur. Les descriptions sont rarement fidèles et pures; et même, le fussent-elles toujours , il est impossible qu’elles embrassent tous les détails , qu’elles saisissent toutes les nuances. Le vague des dénominations vient jeter une nouvelle confusion dans le tableau. Qu’est-ce qu’une fièvre putride? une fièvre maligne? une maladie nerveuse? Si l’on se contente de décrire les phénomènes, en suivant avec exactitude l’ordre de leur succession, l’on fera sans doute beaucoup mieux ; l’on fera même à-peu-près tout ce qui est possible, lorsqu’on ne peut pas offrir immédiatement aux yeux les objets eux-mèmes. Mais la physionomie et l’ame manqueront toujours à ces images, trop indéterminées pour laisser des empreintes durables , trop incertaines pour remplacer en aucune manière la nature. Il suit de là, que chaque médecin peut avoir sa matière médicale , et que la matière médicale ne saurait être bien enseignée qu’au lit même des malades (i).
Le lecteur me demanderait-il de répondre au scepticisme, ou même à l’absolue incrédulité de
(i) La manière rapide et générale dont je parcours mon sujet , m’empêche d’entrer dans le détail des preuves pratiques. Je me borne aux remarques suivantes.
i° Certaines évacuations sont salutaires dans certains cas déterminés; et ces évacuations peuvent être produites ÿ vo-