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quelques médecins? d’en rechercher les causes? d’en examiner les motifs? Je ne crois point cela nécessaire. Dans les objets de discussion , les opinions particulières doivent , en général , être regardées comme milles: et quant à moi, je déclare franchement que je n’y reconnais d’autre autorité que celle de la nature même des choses, c’est-àdire de la raison qui nous est donnée pour en
lonté par le moyen de certaines substances. De cela seul , je conclus que l’art existe. La purgation guérit : la rhubarbe purge ; donc la médecine n’est pas un art chimérique.
Je -vais plus loin. Pour que la médeine ne pût pas véritablement être réduite en art, il faudrait que toutes les substances qui agissent sur le corps vivant , y produisissent des effets uniformes ; qu’elles ne passent l’affecter que d’une manière toujours la même. Du moment où j’observe que certains aliments, certaines boissons, etc., produisent des effets différents , ou bons , ou mauvais , j’en tire des règles pour leur emploi : je me sers de ces règles pour .conserver la santé, pour guérir les maladies : la médecine existe pour moi ; elle existe comme un art véritable. , •
2° Les règles du pronostic ont été portées à un très -haut degré de certitude ; ce qui ne prouve pas seulement l'uniformité des lois de la nature , mais encore l’enchaînement des symptômes sensibles avec les mouvements cachés qui ont lieu , ou qui se préparent. D’un autre côté , l’action des principaux remèdes ne peut être révoquée en doute : personne n’a poussé l’incrédulité jusqu’à prétendre que les purgatifs ne purgent pas, que les vomitifs ne font pas vomir. Or, si Ton prévoit les crises favorables , ou funestes ; si les remèdes ou le régime peuvent seconder les unes , et prévenir les autres , ce qui résulte clairement des effets que tout le monde
rechercher les lois. Aux yeux de celui qui se laisse imposer par les jugements humains , il n’est pas d’absurdité monstrueuse qui ne puisse devenir principe évident, vérité certaine: il n’est pas de vérité grande et féconde qui ne puisse passer pour une erreur dangereuse ou coupable. Si donc
leur reconnaît : ne voilà-t-il donc pas des bases solides pour la médecine ? .
3° L’art guérit des maladies que la nature ne guérit jamais , ou presque jamais : telles sont les fièyres intermittentes malignes , les hydropisies dépendantes de. profondes obstructions des viscères du bas-ventre , etc. , etc. Dans celles que la nature guérit , l’art peut d’ordinaire lui faire produire des mouvements plus sûrs et plus rapides. Ce ne sont pas des raisonnements hypothétiques qui nous l’apprennent ; c’est l’observation , c’est l’expérience dépouillée de tout préjugé.
4° L’on objecterait en vain que la nature guérit seule les maladies : cela n’est pas vrai pour quelques-unes des plus graves , et en particulier pour les accidents causés par les poisons, dont le caractère est précisément d’être au-dessus •des forces vitales. La nature ne guérit, que dans certaines circonstances et sous certaines conditions : mais l’art peut changer les unes et remplir les autres.
« Celvi qui dit que les maladies se guérissent d’elles-ménies , énonce une idée fausse , on ne sait ce qu’il veut dire. Rien ne se fait de soi-mème : tout dépend de pauses ou de circonstances déterminantes. Cela n’est pas moins vrai pour les petits faits isolés , que pour ces ensembles de faits nombreux enchaînés les uns aux autres. Quand on parle de productions spontanées, l’on se sert d’un mot tout-à-fait vide de sens, ou qui n’exprime rien de réel. »
(Hippocrate, ritpi riyvn;.)
Digilîzed
DE LA. MÉDECINE. 5o3
nous voulons savoir ce qu’on *doit penser de la médecine, écartons de notre souvenir ce qu’en ont pensé les autres: recherchons, examinons, discutons. Les conséquences auxquelles nous conduit le bon emploi de notre raison ne peuvent être infirmées par les opinions des plus grands génies eux-mêmes. Ce sentiment n’est pas une présomption vaine; c’est une juste confiance dans la nature, et dans l’instrument qu’elle nous a donné pour éclairer et diriger toutes nos recherches. Si nous raisonnons mal, nous avons tort : mais si nous raisonnons bien , nos résultats n’ont pas besoin d’être d’accord avec ceux que d’autres ont tirés, pour avoir tous les caractères de la certitude et de l’évidence.
Ainsi, je me contenterai d’observer qu’on ne trouve, parmi les médecins détracteurs de leur art , aucun praticien recommandable ; que ce sont ou des spéculateurs dévoués aux sciences exactes, souvent étrangers à toute pratique, ou des hommes sans tact, que des malheurs constants en ont dégoûtés avec raison. Ceux-ci, voyant que leur médecine ne réussit pas, et sentant quelle est vague et sans base, n’imaginent point qu’il en puisse exister une dont les règles soient fondées, dont l’exercice puisse être véritablement utile : ceux-là ne lui trouvant point la marche précise du calcul , ni ces formes rigoureuses qui sont, à leur avis, le seul critérium de la vérité.
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nient que l’application des remèdes (i) puisse jamais acquérir une certitude plausible; sans songer que chaque science a son genre de preuves, et que si l’homme avait toujours réellement besoin de celles qu’ils exigent- pour se décider , il resterait éternellement daiis le doute et l’inaction, relativement aux choses les plus communes de la vie. La nature, dont les procédés sont nos uniques modèles, et dont nous sommes forcés, malgré nous, de suivre l’impulsion, puisque tons les objets sur lesquels nous voulons agir né peuvent être modifiés que d’après ses lois, et puisque nous sommes nous-mêmes sous sa dépendance immédiate, comme tout le reste des êtres exis» tants; la nature ne porte dans rien l’exacte précision : elle semble avoir voulu se conserver partout une certaine latitude (2), afin de laisser aux mouvements qu’elle imprime, cette liberté régu- -1* . J. Jp-
(1) Pitcam énonce ainsi lu problème : Daio inorl/o , invenire remedium proportionatum : n La maladie connue , ÿ proportionner le remède. » Cette solution n’est im|>ossible à trouver que pour le calculateur ^qui la veut mathématique et précise. Les problèmes pratiques des arts ne. se résolvent pas ainsi. L’emploi des instruments que l’homme y met eu usage n’est pas susceptible d’une précision absolue. Mais ils n’en sont peut-être que mieux appropriés à notre nature et :Y celle de leur objet. , •
(à) Cette latitude correspond exactement à celle qu(- l'art ‘ peut se donner dans la pratique, ou plutdrclle en fournit la
1 i mesure..
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lierc, qui ne leur permet jamais de sortir de l’ordre, mais qui les rend plus variés, et leur donne plus de grâce. La certitude rigoureuse, en prenant ce mot dans son acception la plus absolue, appartient exclusivement aux objets de pure spéculation : daus’ la pratique , il faut se contenter d’approximations plus ou moins exactes, que par cette raison on pourrait appeler certitudes pratiques. Il faut s’en contenter, par.ce que ce sont les seules auxquelles la nature nous permette d’arriver , et parce quelles suffisent à l’espèce humaine pour assurer sa conservation et son bien-être. S’il d’en était pas ainsi ,' non-seulement l’homme n’eût pu tenter aucun des travaux qui multiplient ses jouissances, mais, dès long-temps, il n’existerait plus sur la face «le la terre.
En médecine, tout, ou presque tout dépeiit dant du coup d’œil et d'un heureux instinct, les certitudes se trouvent plutôt dans les sensations memes de l’artiste (i), que dans les principes de l’art. Celui qui n’a point vu les objets, ne se fait aucufte idée des preuves que fournit leur obser- • vation : celui qui u’y porte que îles organes inattentifs, ou peu sensibles, s’en fait des idées im-
(i) «Vous ne trouverez aucune mesure , aucun poids, aucune forme 'de calcul à laquelle vous puissiez rapporter vos jugements pour leur donner une certitude rigoureuse. Il u’y a d'autre certitude dans notre art que les sensations. »
(HirrocRATL, ritçi Àf/aiti? tnT^ocf.;. ).’
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5o6 Ut DEGRÉ DE CERTITUDE
parfaites et trompeuses. De là, l’on peut juger facilement pourquoi des médecins purement géomètres ou spéculateurs, pourquoi aussi quelques praticiens malheureux, se sont élevés de bonne foi contre la médecine (i). Ces derniers se trouvaient à peu près dans le cas dès philosophes, qui, d’après la seule lecture de nos écrivains, ont cru pouvoir prononcer sur les plus, secrets mystères de I4 nature. Mais la nature s’est réservé le droit exclusif de les dévoiler elle-même aux seuls yrais observateurs. 1 .
Naguère, il était du bel air, à Paris , de se moqufer de la médecine , de traiter son pouvoir de -chimère. Cette manière de voir était, accréditée par quelques médecins de réputation , qui pensaient, peut-être, donner une plus grande idée de la force de leur esprit , en foulant aux pieds le dieu même de leur temple. Des hommes de lettres, dont les vues hardies avaient attaqué tous les préjugés, la. propageaient avec d’autarit
(1) Quant à moi, je certifie que j’ai souvent vu la médecine utile , et je crois qu’elle peut le devenir presque toujours. Il y a peu de maladies essentiellement incurables r. l’art est loin de la perfection qu’il doit atteindre ; et les médecins, trop asservis aux pratiques routinières , négligent encore d’employer toutes ses ressources. Voilà pourquoi l’on ne guérit pas tous ceux qu’on pourrait guérir. Mais , dans les cas même les plus désespérés , il est du moins possible de pallier le mal et de soulager le malade , ce qui doit pourtant être coinjHé pour quelque chose.
•DK LA MÉDECIN K. Üo']
plus d’empressement, qu’ils s’étaient peut-être un peu trop habitués à prendre l’incrédulité pour de la philosophie. Tous ceux qui voulaient passer pour être, comme eux, au-dessus de toutes les superstitions , se croyaient obligés , en conscience, à répéter dans le monde les raisonnements de Montaigne, les plaisanteries de Molière, ou les boutades de J. J. Rousseau. On entendait, dire et redire chaque jour, qu'il faut s’en rapporter, pour la guérison des maladies, à la nature prévoyante et sage , par ceux même qui ne lui reconnaissaient ni prévoyance, ni plan raisonné. Ceux qui niaient absolument toutes les causesfinales , qui considéraient l’existence humaine comme l’effet de hasards successifs, ou du lent apprentissage de chaque organe, croyaient en même temps impossible de rien ajouter à ces hasards par des combinaisons réfléchies, de perfectionner cet apprentissage par des essais fondés sur l’observation.
Je n’examine point s’ils étaient en cela bien conséquents. Mais quel spectacle que de voir un médecin (i) traitant sa profession de charlatane-
(i) On se ni bien que je parle seulement ici de ceux qui continuent à exercer une profession dont ils désavouent les principes et nient futilité. Quant atix médecins qui, troublés par leurs 'doutes, prennent le parti de renoncer à la pratique, on ne peut assurément que louer leur probité, leur franchise et Jeur délicatesse. ..
Jo8 DU UEGltÉ UE CEHfITUDE
rie , les connaissances qu’elle exige de frivole étalage , ses devoirs de vaines simagrées ! S’imaginerait-il inspirer une grande confiance dans la droiture de son esprit, que n’ont pas rebuté les études d’un art, selon lui, tout-à-fait trompeur? croirait - il honorer son caractère , en affichant ainsi avec impudeur, que s’il pratique son art, c'est sans y croire; en se jouant avec cette audace de la crédulité des hommes? Non, sans doute. Le but unique de ce manège est d’attirer leur attention par des opinions singulières, de leur imposer par le mépris même qu’on témoigne pour leur jugement. On veut se mettre" au-dessus d’eux , en dédaignant ce qu’ils estiment : on croit se mettre au-dessus de tout , en affectant de dépouiller l’esprit de corps et l’intérêt personnel. Mais, le public a pu le voir par expérience, plusieurs de ces médecins n’ont été ni les moins avides, ni les moins adroits à profiter de ses caprices. Et quant à ceux dont l’ame n'est pas fermée aux sentiments de morale et d’humanité, n’ont-ils jamais songé que leurs maximes découragent les jeunes élèves (i) dans leurs travaux.
(i) Dans tous tes genres,' celui qui méprise son art ne |>eut jamais devenir un grand artiste. Et pour ce qui regarde en particulier la médecine, les études en sont si mnlttfiliées , si pénibles, souvent si dégoûtantes, qu’il est assurément bien nécessaire d’en inspirer l’enthousiasme à etmx qui s’y dévouent. Les bons praticiens sont tous des hommes pleins de
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los dégoûtent de leurs devoirs, les disposent presque toujours au charlatanisme le plus profond , le plus systématique et le plus coupable ? "Ne sentent-ils pas que leurs plaisanteries attristent ou blessent un pauvre malade , dont elles attaquent les espérances les plus cheres, et qui ne peut voir sans amertume combien il doit peu compter sur eux et sur l’assistance qu’il s’en promettait ?