OBJET DE CET ECRIT
A. mesure que «les sciences s’agrandissent, il devient de plus en plus nécessaire d’en perfectionner les méthodes.. Ce qui est vrai pour toutes, en général, l’est plus particulièrement encore pour celles d’observation. Ou finit'Jjientôt par sç perdre dans la multitude des faits recueillis, si l’esprit philosophique ne vient les ranger dans un ordre convenable , jl’où sortent , comme d’euxmèmes, les principes généraux propres à chaque science. Quand ces principes ont été déduits légitimement de tous les lipts réunis, comparés et coordonnés, le système ou l’ensemble dogmatique qui en résulte, n’est plus une vaine bypo-
thèse; c’est le tableau véritable de la science, du moins autant que Fétat des lumières permet de le tracer : et les découvertes nouvelles pourront se rattacher facilement aux principes particuliers qui s’y rapportent, soit qu’elles les confirment, soit qu’elles les combattent et doivent y nécessiter des changements, ou des modificatiofts.
Dans cette dernière supposition, c’est-à-dire, lorsque les nouvelles découvertes renversent certaines conséquences que tous les faits antérieurement connus faisaient regarder comme des vérités générales, on sent facilement que la classification de ces mêmes faits , et l’expression ou l’enchaînement des principes, qui ne' peuvent être que leur résultat direct, exigeront des corrections plus ou moins importantes. Chaque époque marquée par de notables progrès de la science, le sera nécessairement par des réformes analogues dans la tangue et dans Jes éléments de cette science. L’esprit humajn ne peut se passer , pour le rappel et l’emploi facile de ses connaissances , d’un lien qiii les unisse , les coordonne , et fasse un totot complet de ces parties, insigui- . fiantes tant qu'elles restent éparses. Chacune de ces époques s’attribuera l’ex^usive possession de la vérité; et toutes pourront *a voir également raison*, 'si les sÿstè*nes*qu’ elles- ont fait naître embrassent et lient d’une qjanière naturelle- tous les faits ébnnus^car les vérités générales- ne sont et ne peuvent 'être que les conséquences de toutes
les observations, ou de toutes les notions particulières qu’on a recueillies sur un. sujet donné.
11 est enfin des découvertes qui ébranlent les fondements même d’une science, et qui la renouvellent tout entière. Comment serait-il possible alqrs que son système d'exposition et sa méthode d’enseignement ne fussent pas totalement renouvelés aussi ?
Mais lors même que les nouveaux faits observés, ou les nouvelles idées acquises, trouvent naturellement leur place dans l’ordre antérieurement admis, le nombre toujours croissant de ces faits et de ces idées force, de temps en temps, à revoir et à simplifier les classifications qui les enchaînent, et les méthodes qui ont pour objet de faciliter leur étude. La science ressemble, dans ce cas, à un voyageur curieux qui , sur sa route recueillant tout ce qui l’intéresse , voit se grossir à chaque instant son bagage, et se trouve fréquemment forcé d’en faire l’examen, soit pour se débarrasser des objets inutiles, ou qui font double emploi, soit pour disposer dans un meilleur ordre cfarrangemeut ceux dont il ne peut se détacher, afin qu’ils occupent moins d’espace', et que leur transport, ou leur emploi, devienne plus facile et plus commode.
S’il est une science surchargée ( qil’on me permette cette expression ) de bagage surabondant, c’est sans doute la médecine : aucune n’a plus besoin que l’esprit philosophique préside à sa
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R t V O utl T I O N S
réforme. Il faut qu’une méthode sévère, en la débarrassant de tout ce qui lui est étranger, ou inutile, simplifie, par une meilleure exposition, le système des connaissances indispensables dont elle se compose, et jette un nouveau jour sur les • véritables points de contact qui la lient à.plusieurs autres sciences. Les objets de ses études sont si nombreux; les qualités d’esprit qu’exige sa culture sont si diverses, et même en apparence si contraires ; la pratique de l’art est hérissée de tant de difficultés; le but principal qu’il se propose est d’une si haute importance, que ses progrès, la perfection de son enseignement et son utilité db recte ou d’application , réclament également une réforme entière et semblable à celle qui fut jadis exécutée par Hippocrate. A l’intérêt de la science se joint ici celui de 1 humanité.
Dans un moment où toutes lès branches de la science se renouvellent en quelque sorte, les médecins doués de quelque philosophie doivent regarder comme un devoir, de réunir leurs efforts potir consommer cette grande régénération de la science et de l’art. L’état des lumières semble permettre de la rendre plus complète , et ses effets plus durables, qu’il ippocra te même ne put le faire de son temps. Dans ce mouvement rapide et progressif qui entraîne toutes les connaissances humâmes i, il ne" suffirait mefne paS d achever les , réformes exigées par le moment actuel : on doit
vouloir encore préparer d’avance celles qui pour-
runt devenir nécessaires par la suite; car toutes devront être dirigées par le même csp'rit, sinon exécutées sur le même pian. Témoins des progrès journaliers que font aujourd’hui les autres parties de la physique, auxquelles d’excellents esprits ont fait l’application des vraies méthodes, les médeoins ne seraient plus excusables de laisser la belle et vaste science qu’ils cultivent, étouffée sous cet amas indigeste de matériaux que les observateurs ont si souvent recueillis sans discernement, et que les théoriciens ont mis en usage sans critique. Il ne peut plus surtout être permis, au milieu d’objets si multipliés, si fugitifs, si mobiles, et dans l’examen desquels les moindres vices de raisonnement ou de déduction conduisent aux plus dangereuses erreurs , de tolérer un langage vague et sans précision , capable d’osbcurcir les vérités les plus simples, et de donner à dé pures visions toutes les apparences de la réalité. Le moment est venu de mettre la médecine en harmonie aveé les autres sciences, et de déterminer avec exactitude leurs rapports mutuels. Placée entre la physique et la morale, ce sont surtout ses rapports véritables avec l’une ou l’autre de ces deux sciences, qu’il s’agit maintenant de reconnaître et de montrer avec évidence et avec exactitude. Il faut qu’elle emprunte le langage sévère et précis de la première, le ton communicatif et pour ainsi dire vulgaire de la seconde. Il faut qu’elle s’éclaire de tout ce que
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la philosophie rationnelle a de pins rigoureusement déterminé dans ses théories, et de ce que son application journalière à la nature sensible, oflre de plus délicat et de plus fin. En un mot, après avoir systématisé ses principes par des méthodes d’observation , d’expérience et de raisonnement complètement sûres, il faut que la perfection de son, enseignement forme, pour la pratique, des esprits tout ensemble profonds, étendus, fermes et souples, qui joignent aux lumières d’une raison transcendante cette connaissance de la vie ’ et cette sagesse d’application, sans lesquelles tous les dons de la nature et de l’art semblent presque inutiles : réunion précieuse , et peut-être indispensable , pour empêcher que la pratique d’une science , dont les objets sont si variés et si mobiles, devienne un fléau de plus pour 1 humanité.
D’après ces considérations puissantes , j avais osé concevoir le plan d’une classification nouvelle des différentes parties de la médecine. J’avais cru devoir adopter un nouvel ordre d’exposition des faits sur lesquels elle repose, et des idées ou des notions particulières que fournit leur examen réfléchi; et sans avoir la prétention de changer sa terminologie ou sa nomenclature, j’avais espéré, par une détermination plus rigoureuse du sens des mots, pouvoir bannir entièrement de sa langue ce vague et .cette obscurité qui la défigurent presque partout. Cela me paraissait d’autant plus indispensable, que ces dé-
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fauts peuvent égarer même des hommes instruits, et que surtout en fournissant un asyle, pour aipsi dire impénétrable, au charlatanisme ignorant, ils deviennent la source des plus fatales erreurs, et les consacrent bientôt par une sorte d’attrait mystérieux. Comme je 'me proposais de considérer la médecine plus particulièrement, sous le point de vue de son application au traitement des maladies, c’était avec la division qui porte le nom de thérapeutique , que toutes les autres devaient se coordonner; c’était par rapport à elle que leurs subdivisions devaient être tracées, et leurs relations mutuelles fixées : et les conclusions résultantes de cette manière nouvelle d’envisager les faits, devaient toutes avoir pour but commun de perfectionner l’art des traitements.
Des occupations et des devoirs de différents genres ne m’ont pas permis de conduire à sa fin un si grand ouvrage, qui d’ailleurs est vraisemblablement au-dessus de mes forces. L’écrit suivant, destiné à lui servir d’introduction, est la seule partie qui soit terminée; c’est du moins la seule que je me permette d’offrir dans ce moment à nos jeunes élèves, pour lesquels je désire sincèrement qu’elle ne soit pas sans utilité.
L’objet direct de cet écrit est donc de tracer, d’une manière rapide et sommaire , l’histoire des révolutions de la médecine ; de caractériser chaque révolution par les circonstances qui l’ont fait éclore , et par les changements quelle a produits.
{$ RÉVOUJTIONS
dans l’état, ou dans la marche de la science; enfin , de chercher à voir si ces différents tableaux, rapprochés des méthodes philosophiques modernes , ne peuvent pas fournir quelques vues utiles à sa réforme et à celle de son enseignement.
Pour remonter à toutes les causes des différentes phases par lesquelles a passé la médecine, et pour en décrire avec exactitude les particularités, il faudrait entrer dans tous les détails de son histoire; il faudrait y joindre celle de plusieurs autres sciences collatérales; il faudrait même tracer, eu quelque sorte, celle de la société civile tout entière. Ce n’est peut-être , en effet , qu’en se remettant sous les yeux ces différents objets à la fois, en examinant l’influence réciproque de l’état social et des événements politiques, leur influence commune sur la marche de l’esprit . humain en général , et celles des différentes sciences sur la médecine en particulier, qu’on peut avoir une idée précise et complète de l’état de celle-ci , dans toutes les époques , jusqu’à nos jours. Rien sans doute ne serait plus philosophique que son histoire exécutée sur ce plan et dans cet esprit : il en rejaillirait une nouvelle et vive lumière sur plusieurs parties de l’histoire . générale du genre humain , avec lesquelles la médecine semble, au premier coup-d’œil, n’avoir aucun rapport. Mais notre but ne nous impose point un plan si vaste. U nous suffît de bien marquer les principales époques de la médecine;
de saisir, dans chaque révolution, le véritable état des esprits; d’en apprécier les circonstances et les effets ; de rechercher enfin les moyens propres à rendre plus utile celle qui se préparé depuis quelque temps, et qui ne peut ni manquer , ni tarder de s’accomplir.
Tel est, dis-je , l’objet de l’écrit suivant.
lo i RÉVOLUTIONS