‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 112 sur 669 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PROCIDA, LORÉDAN, SALVIATI, FONDI.PIll LIPPE D’.VUUILA, ÜDDO, BORELLA, LORI- CELLI, SELV.A, cosJURÉs.

SAtVIATI.

Nous voici rassemblé'.

La mort plane sur nous, le temps presse, parlez. PaociDA.

Selva , Loricelli, veillez sous ces portiques.

AUX cociJur<*4.

Ministres généreux des vengeances piildiqiies,

VouSf dont trois ans d’attente uni éprouvé la lui.

Je vous connus toujours incapables d'enVui ;

Votre dessein m’étonne, amis, et je dois croire Qu’un parti si honteux révolte votre gloire.

Je ne vous blâme point : l'impuissance d’agir Le commandait peut-être et défend d'en rougir;

Mais au glaive étranger avant d'oflrir ma tête.

ISO

LES VÊPRES SICILIENNES.— ACTE IV

J'ai voulu vous somncUre un doute qui ni arrête : Nos torts par un aveu seronuils expiés?

Quand ces fiers ennemis nous tiendront à leurs pieds, Qui |)cui vous assurer que leur reconnaissance Vous accorde un pardon que vous payez d'avance?

SALVIATI

Il serait dangereux d oser nous punir tous.

PROCIDA

Eh! qui clioisiront-ils? prêt à mourir pour vous,

S’ils ne frappent que moi, je bénis mon supplice; Mais je crains leur clémence autant que leur justice. L'intérêt pour un temps peut détourner leurs traits; On saura tôt ou lard vous créer des forfaits ;

Et, brisant par degrés le nœud qui vous rassemble, Punir séparément ceux qu'on épargne ensemble. Est'il un seul de vous qui ne tremble pour lui? Demain il périra s'il échappe aujourd'hui.

Oui , vous périrez tous. Vous demandez la vie...

Ah! souhaitez plutôt qu'elle vous soit ravie.

De leur bonté siq>crbe il faudrait l’acheter Au prix de tous les biens qui la font regretter. Descendez de ce rang que la gloire environne:

Les vainqueurs sont jaloux du pouvoirqu’il vous donne, Ils ne pardonneront qu'en vous aifaiblissanl ;

Tant qu'on est redoutable on n'est point innocent. Vous es|>érez en paix jouir de vos richesses :

Ne vous en flattez pas, ils craindraient vos largesses, ('es noms que huit cents ans Palcrme a révérés,

Ils vous resteront seuls; vous Icsdcslionorez; Insensés ! vous payez de votre ignominie Les tourments mérités d'une lente agonie.

Est-ce donc vivre, ô ciel ! que trembler de mourir. Que d'obéir toujours, que de toujours souffrir.

Ou nourris des bienfaits d'une cour étrangère D’y cacher de son sort l'opprobre et la misère? Hélas ! si vous fuyez, pai‘ vous abandonné ,

A quel sceptre pesant ce peuple est ciichaiuc !

Dans scs maux a venir contemplez votre ouvrage* ;

De ses persécuteurs vous irritez la rage.

Tout deviendra suspect à leur autorité :

L'effroi chez les tyrans se tourne en cruauté.

Us vont, sous les couleurs d'une feinte prudence ,

Par des pleurs et du sang cimenter leur puissance* , Sur des débris nouveaux l'affermir, l'élcvcr.

J'ai perdu la Sicile en voulant la sauver.

LORZÜAX.

Qu’ai-jc fait, misérable?

SALVIATI

O trop funeste image!

FBILIPfE tl AQlilLA.

De nos tristes cnfanis voilà donc riiéritage!

PROCIDA

Grand Dieu ! si la fortune eût servi nos efforts , L'équité renaissait pour consoler ses bords ;

Les lois de nos aïeux, auprès du trône assises, Uesserraient du pouvoir les bornes indécises.

Don Pèdre commandait; par vos mains couronné. Amis , c'est par vos mains qu'il aurait gouverné.

Vous marchiez après lui tes premiers de l'empire. Instruit du noble but où votre espoir aspire.

Je n'entreprendrai point de surprendre vos cœurs A tous CCS vains appâts des trésors, des faveurs,

I Des hautes dignités dont sa prompte justice Voulait récompenser un si rare service.

Ces honneurs séduisants ne vous ont point tentés;

Je le sais, j'en suis fier, mais vous les méritez.

Qu'au timon de l'Etat votre roi vous rappelle,

Borclla, c'est un prix qu'il doit à votre zèle.

Oddo, vous pouviez seul , réparant nos revers.

Des flottes d'un brigand balayer nos deux mers.

O brave d’Aquila! pleurez sur voire gloire :

Vous choisissant pour guideaux champs de la victoire. Don Pèdre aurait fixé le destin des combats, l'A le nom d’un tel clief eût créé des soldais. •

Que le nouveau monarque élu par la Sicile Aux talents, aux vertus ouvrait un champ fertile! Quel destin pour vous tous, vous, son plus ferme appui. De verser ses bienfaits ou de vaincre pour lui ,

De partager ces soins de la grandeur suprême.

Qui font chérir un prince à des sujets qu’il aime , D’cntciidrcun |>eupleeiiiicr vous nommer scs sauveurs! Voilà les litres vrais, les immortels honneurs:

' C'est là l'ambition qui trouble une grande âme ,

I Celle que j’aime en vous, la seule qui m'eiiflaiiime!

1 Abls'il n'est point d’exploit plus beau pour notre orgueil Que de ressusciter la patrie au cercueil ;

Fm~\\ un prix plus doux et plus digne d'cnvic Que de la rendre beureuse après l'avoir servie ?

PHILIPPE D'AQCILA.

i Pourquoi nous déchirer de regrets superflus?

SALVIATI

A quel parti flxcr nos vœux irrésolus?

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