‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 122 sur 669 · BZDAN · texte numérisé non relu

BZDAN

Montforl, je vais (c suivre.

D'un reproche Importun mon trépas vous délivre; Vivez... soyez heureux... Que ce digne guerrier Repose dans la torul>c avec son meurtrier.

A AmeUe.

Des larmes que sur lui vos yeux doivent répandre, Quelques-unes du moins arroscroul ma ccmli'c.

Ah! je vous aime encor... J'expire.

PBOCIDA.

O mon pays !

Je l'ai rendu riionnour. mais j’ai perdu mon fds ; Pardonne-moi ces pleurs qu’à peine je dévore.

It garde un moment le allcnce , puU se loumanl vers les conjures:

SoycE prêts à coinhaltre au retour de l'aurore.

NOTE

Parmi beaitcoap de critiques judicieuses qu'on a faites de celte tragédie, on m'a reproché de n'avoir point donné au caractère d'Amélie tout le développement dont il est susceptible. J’avais tenté de le Paire dans plusieurs scènes qui, au milieu des grands intérêts d'une conspiration, m’ont paru nuire à l’efFct général de l’ouvrage. 11 faudrait, je crois, une tragédie tout entière pour peindre les combats d'une passion criminelle dans l'âme d'une dévote espagnole ou sicilienne. Cependant, par resliecl pour une critique h laquelle je ne pourrais me soumettre sans entraver la marche de l'action, j'imprime ici une des scènes que j'ai retranchées; elle donnera une idée de la manière dont j’avais conçu le rôle d’Amélie. Cette scène terminait le premier acte après la sortie de Lorédau.

AMÉLIE, ELFniDE.

BiraiBB.

Il s'éloigne , m.'idame ; à regret il vous quitte :

Pourquoi rabandonner au doute qui l'agite?

Sans pitié pour des maux que vous pourriez finir, Trouvez-vous quelque joie à les entretenir?

Que vous le condamnez à de mortelles peines '

AIBUB.

Elfride, tout mon sang s'est glacé dans mes veines. Monlfort est son rival !... O redoutable aveu !

Quel fatal ascendant m'a conduite en ce lieu?...

Voulait-il m'éprouver?.., Peul être il m'a trompée!...

De surprise et d'effroi je suis encor frappée.

EiridOB.

Quel {leiiser peut nourrir l'horreur où je vous vois?

AltLlB.

Oui ; J'en crois ses regards et le son de sa voix ,

El ses traits enf1.immés d'un courroux si farouche ;

Oui, c'est la vérité qui sortait de sa bouche.

Il veut me sou|>çonner; dans mes yeux, dans mes pleurs. Il cherche un aliment à ses sombres fureurs.

Que me reproche-t-il? Qticl discours ou quel signe Trahit ce changement dont sa fierté s'indigne ?

ELFRIDE.

Paiiionnez des transports qu’il n'a pas su dompter:

< Madame , un tel soupçon doit peu vous irriter. . .

ABÉLIB.

Le nom de son rival, a-t-il dit, m'a troublée!

C'est son reproche affreux qui m'a seule accablée. D'une rougeur soudaine , à ce dernier affront ,

Le courroux et la honte ont coloré mon front.

^ Ses regards prévenus pouvaient-ils s’y mépremlre?

Où s’égare Montfbrt, et qu’ose-t-il prétendre? Comment s'est-il promis le plus faible retour?

, Moi , céder au conseil d’un criminel amour !...

O Dieu, dont la Justice éprouve mon courage,

I Vous m'aviez réservée à ce comble d'outrage!

I Moi, chérir de nos maux l'instniment ou l'auteur,

, Le plus ferme soutien de mon persécuteur.

Votre ennemi , grand Dieu ! celui dont U» cxemple.H Instruisent nos vainqueurs à profaner vos icmple.s !

Je crois entendre encor vus prêtres révérés ,

Contre eux par la fureur sainlemenl inspirés,

' Dans le secret, parmi quelques témoins fidèh^. D'anathèmes vengeurs charger leurs fronts relM;lles. Elfride , verrons-nous la colère des deux I Descendre et consumer un jeune audacieux?...

I Malgré moi je frémis du coup qui le menace.

I ELFRIDE.

Eh quoi ! devant vos yeux nos tyrans trouvent grâce, Et déjà pour Montfort voire cœur désarmé ?...

AMtUE.

Peut-être au repentir le sien n’est i>as fermé...

Crois-tu que du remords la voix pure et sacrée Ne puisse ramener sa jeunesse égarée ?

Jusqu'aux murs de Sion par sa valeur fameux,

I Esclave de l'honneur, sensible et généreux ,

Que de nobles vertus il reçut en partage!

L'ardente ambition seule en com>m|q l'uiuige.

Ah ! de ces dons heureux les mains qui l'ont orné,

A des tounnenfs sans fin ne l’ont pas condamné !

I Non , je oe le puis croire , et ma raison tremblante ' Devant ce châtiment recule d'é|>ouvaDte.

j ELFRIDE.

I Tournez votre pitié sur un plus digne objet :

I Madame , loin de vous attendant son arrêt,

I Dans vos mains Lorèilan remet sa destinée.

j O souvenir cruel ! ô fiiui*.ste journée !

NOTE

ELFBIDI.

Votre choix plus longtemps ne peut se différer...

Vous ne m'écoulez pas ; je vous vois soupirer...

AIÉLIE.

Pour moi de cet hymen la chaîne est accablante !

ELFRIDB.

<^*entends-je? ma surprise à chaque instanls'augmente... avEux.

Éprise pour mon Dieu d'une sainte ferveur ,

Cet amour me suffit et remplit tout mon cœur.

A cet époux divin si je ne suis unie ,

Du repos loin de moi Tespérance est bannie :

Dans les austérités d'un asile pieux ,

Morte à de faux plaisirs, cachée à tous les yeux.

Que ne pui$>je , le front courbé dans la poussière ,

Finir mes tristes jours consumés en prière !... Malheureuse ! ah ! retiens d'inutiles souhaits !

£b! que veux-tu porter daus ce séjour de paix?

Les tumultes d'une âme où règne encor te monde.

Tes regrets , tes remords , ta blessure profonde ! Espères-tu , livrée aux orages des sens ,

Offrir un encens pur et des vœux innocents ?

O ciel ! défrndez-moi de ma propre faiblesse* ! Lorédan aux autels a reçu ma promesse ;

Que la vertu m'élève à ce pénible effort.

De remplir mes serments , de détromper Montfurl. Nonlfortü... A ce seul nom la force m'abandonne... D'une invincible horreur je sens que Je frissonne.

ELFRIDI.

llélas ! sur votre esprit longtemps irrésolu .

Madame , reprenez un empire absolu.

De Monlfort détrompé craignez moins la vengeance, Et d'un bonheur prochain embrassez l'espérance. AXELIB.

Le bonheur ! pour jamais je l'ai vu s'éloigner ;

Mais quel que soit mon sort , Je m'y dois résigner. Partout du doigt de Dieu reconnaissant l’emprtHnle , Je courbe mon orgueil sous sa majesté sainte.

Viens au temple , suis^mot ; de ce muet témoin Implorons des secours dont mon âme a liesoin r I Sans lui notre vertu s'affaiblit et chancelle.

Viens demander ensemble à ta main paternelle ! De conduire mes pas et de les protéger !. Dans le sentier fatal où je vais m'engager.

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EXAMEN CRITIQUE

DES VÊPRES SICILIENNES

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