‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 125 sur 669 · IG · texte numérisé non relu

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verlit par un hülel des érOnemenls qui s'apprèlent. Cot avis fait trembler Amélie pour les jours de Monlforl. Elle lui livre le fatal billet , et la conspiration est découverte.

Ce moyen a été fort blâmé; il a paru peu vraisemblable, j Comment « a-l-on dit , Lorédan a-t>il eu l'imprudence de | commettre ainsi le sort des conjurés? Et quel sentiment ! inspire Amélie dans celle situation?

Si le troisième acte a paru faible en quelques parties, le quatrième a été juf^é le plus beau de roiivrace. Procida et Lorédan ont été arrêtés. Moiilfort les traite généreusement ; il veut favoriser leur fuite (loiir les soustraire h la vengeance de Charles.^ Le lendemain ils pourront s’embarquer; il leur donne pendant la nuit son palais ! pour prison. Gaston doit veiller sur eux. Les conjurés | sont découragés par la découverte de leur dessein , par I l'arrestation de leurs chefs. Ils viennent dans le palais I (le Monlforl pour implorer leur grâce. Ils y rencontrent Procida qui feint d'abord d'entrer dans leurs rues et de vouloir joindre ses prières aux leurs; mais peu â peu il réchauffe leur courage, il les fait rougir de leur lâche | soumission. On remarquera que l'aclion marche p( ndanl ' que Procida parle et que le changement qui s'opère dans < l'âme des conjurés produit une péripétie. >

Pendant ce discours , Monlfort retiré dans son appartement se livre au sommeil, te croyant gardé par Gaston, mais Gaston n'exisie plus; Procida l'a déjà poignardé. Quand Lorédan voit les conjurés près d'aller surprendre | Mootfort endormi et désarmé , il s'oppose à leur dessein. I U veut se réserver rette victime ; il se réjouit de pouvoir i se venger d’un odieux rival, mais il se vengera noble- ^ ment; il appellera son ennemi au combat. Monlfort est | éveillé par le bruit- Lorédan demeure inlerdilen le voyant ' désarmé. '

Celte scène et la précédente produisent un grand effet à la représentation. Elles n'ont point été exemples de censures. Ou a dit que Monlforl poussait trop loin l'im- i prévoyance; qu'il n'était pas raisonnable qu'il allât se coucher au milieu du jour, après avoir découvert une conspiration; que les conjurés ne sont pas moins imprudents de venir comploter â la porte de sa chambre; que Procida choisit une bien mauvaise place poulies haranguer; qu'eiifiii il est difficile de concevoir que Mootfort, éveillé en sursaut par le bruit, sorle sans ^ armes pour faire un coup de théâtre.

Plusieurs critiques ont répondu â ces différents reproches. Les imprudences de Monlforl , ont-ils dit , sont une conséquence du caractère que l'auteur lui a donné.

11 se relire {>oiir dormir pendant le chaleur du jour, suivant l'usage des Italiens; ce qui n’est pas plus contraire à ‘ la vraisemblance que s'il se couchait â minuit. Quant aux . conjurés, ce n'est pas pour comploter (prils sont venus , | c’Cil pour demander grâce; ils rencontrent naturellement | Procida dans le palais où il est prisuniiier : Procida leur ' parle à cette place parce qu'il est prisonnier; il ne déhilc

pas une harangue d’apparat , ses paroles sont accommodées au lieu , au temps, aux personnes , et la circonstance est tellement préx^ise, qu'il n'aurait pas dit les mêmes choses aux mêmes hommes une heure plus tôt ou plus tard et à trente pas du lieu de la scène. Quant au reproche fait à Monlforl de se présenter sans armes devant Lorédan , il suffit pour y répondre de rappeler que ce Français , loyal jusqu'à l'imprudence ,

Kc saurait te RarJer <l'un poiitn--<r4t ««Aa«^ln,

Et crulrslt l'aiTvlcr en prOtoniant son triii.

La catastrophe historique était trop connue pour qu'il fût possible à l'auteur de la faire attendre longtemps après le quatrième acte • aussi le cinquième acte commence-t-il par le récit du massacre. Comme il faut que ce récit soit fait à quelqu'un, c'est Amélie qui est chargée de l'écouter. Voilà malheureusement la seule raison qui motive la présence de cette femme qui n’agit plus et qui joue un rôle fort embarrassant sur la scène où elle reste jusqu'à la fin de la pièce. Il eût été à désirer que l'auteur abrégeât ce rôle défectueux. Mais les récits qui terminent la plupart de nos plus belles tragédies ont fait passer en coutume l'emploi de ces brillants lieux communs, et le spectateur, rassasié d'émotions, se montre peu exigeant sur la convenance d'une narration que le personnage qui doit l'entendre n'a presque jamais d'intérél à écouter.

Le massacre des Français n'était |K)int un dciioûment complet. Il fallait que chacun des personnages du drame achevât sa destinée. Monlforl vient expirersur la scène , frappé d’un coup que Lorédan lui a porté en défendant son père. Ce dernier sc poignarde sur le corps de son ami. Quelques spectateurs ont trouvé ce coup de poignard su(>erl!u. Procida ne dément pas son caractère : après quelques regrets donnés à son fils , il dit aux conjurés :

Soyez prêts à comhallrc au retour de l'aurore.

.Si les avis ont été partagés sur le mérite de certaines des dispositions de la fable , tous les suffrages sc sont accordés pour reconnaître les beautés d'un style pur, élégant, animé , et constamment élevé. Ce qui a paru le [dus digne d'ètrc loué , c'est une propriété de langage exquise , c'est un choix d'expressions et de figures si bien assorti au sujet, aux mœurs du temps , au caractère des personnages, que le spectateur sc trouve lrans|H>rlé au lieu cl à l'époque où raction se passe. Cette convenance de langage que nos critiques mo<lernes ont appelée couieur locale , est la seule vérité qu'il faille chercher dans les sujets de tragédie empruntés à Thistoire; rexaclitudc du fait est le mérite du narrateur : le poète ne raronit* pas, il peint. Il lui est permis d'inventer <les faits, j|e créer des personnages, pourvu qu'ii soit fidèle dansl'ex pression de la nature et dans la peùilme des mœurs de riùslnire.

DEI.VVIGVE.

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