PROLOGUE
PERSONNAGES
ItEUVlLLE. I ÜALLaINVaI..
!jc thèàhv l'cprèsente uhq place pahliffuc.
DER VILLE Ül une aflicke, O.VLL.MNVAL êiudie un tvlc.
DEaVILLE.
« Second TuiSatre Fhanvais. Aujourd'Jiui la pre- » fliièrcropréseniaiiondes Comédiens jèoméiWc en cinq >aclcs, en vers... >
Parbleu f j'ai peine en croire mes yeux; cela ne se con^oil pas, cl je suis d’une colère...
DALLAIXVAL.
Lh, mais! monsieur, si vous daigniez parler plus bas... ou vous promener plus loin.
OERVILLB.
Comment, c'est vous, mon clicr Dallainval !
OALLAIXVaL.
C est Derville , notre ancien camarade. Eb ! mon cher , on ne vousa pas vu depuis votre rcprcsenlalioii de retraite.
OEBVIUR.
Morbleu, je suis enchanté de vous trouver! Quand je suis en colère, je n'nintc point à mcfàdicr (outscul, cl vous allez faire ma partie. Vous connaissez l’ouvrage qu'on donne ce soir, celle pièce des Comcdient *
DALLAIVVAL, riolUi-mcnt.
Oui. ..j'étudiais lè mon rôle.
dermile.
Comment, vous avez consenti 5 y jouer?
DALLAIXVAL.
l’üurqiioi donc pas?
DRRVIU E.
Certes, voilà du nouveau!
DAI.IAINVAI..
Eh bien! n’en demandez-vous pas tous lcsjours?Ne réj>élez-vous pas sans cesse que tous les sujets d(‘ comédie sont épuisés, qu'il n'y a plus de caractères ? Vous voyez cc|K*ndant que celui du Comédien reste encore à traiter!
UERVILIC.
Vous allez donc dire de nous bien du mai?
DALtAiXVAL.
Non pas Une comédie u est pas un libelle, cl nous
garderons les égards et les ménagements
DERVIILF..
J entends... Que ne le disiez-vous tout de suite? C'est une satire où nous nous ferons dcscooiplimciits...
DALLAnVAL.
Encore moins!... C’ed pour le coup quon s’égayerait à nos dépens...
DERVILI.E.
Eb bien ! morbleu! que direz-vous donc?
DALI.AINVAL.
Eh, mais!... la vérité!... Un tableau fidèle doit tout peindre!... le bon et le mauvais côté. Chez nous .aussi il est de rares vertus cl d'estimables qualités; et vous le savez de reste, tel que le public applaudit comme homme de talent, nous resliiiions comme honnête homme , nous qui le connaissons mieux. On parle du nus rivalités, mais on ne dit pas que toute rivalité
PnOLOGtE.
cesse des qu'il faut secourir un camarade que l'on
nous a vus conirilmcr de nos soins, de nos cflbrts, de nos faihles talents , pour payer la dette de l'amitié , et prouver qu'aux jours du malheur les artistes sontloiis rrêresconmic les arts qu'ils cultivent!...
DERV11.LB.
A la bonne heure ! Si toute la pièce est ainsi , je pense comme vous qu'ou a raison do la donner , et ce soir je vous réponds que je ne céderai ù personne ma place au balcon.
»\LIAIXTAL.
Un instant Je ne prétends pas non plus dissi-
muler nos côtés faibles! Nous avons bien aussi nos ]>ctiis travers ; et au fait, quand toutes les classes de la société ont leurs ridicules.... je ne vois pas pourquoi nous n’aurions pas aussi les nôtres ; pourquoi l'on voudrait établir pour nous une loi d'exception. Dieu merci , il n'y a plus dans l'État de corps privilégiés!... aussi je ne vous caclic pas qu'il pourrait bien être question dans la pièce nouvelle de nos petits démêlés, de nos prétentions dramatiques, de nos tournées départementales.
DERVILLB.
Comment , vous parler de tournées départementales et d'artistes voyageurs?
DAI.LAINVAL.
Sans doute.
HERVILLI.
Des couronnes de province?... eldcs|>ctits vers de l'endroit.
DALLAinVAl..
Un peu.
OKRViLLK.
J'y suis... je comprends entin! (k n'est pas nous... c'est le voisin que vous attaquez... c'est bien! C'est cliarmant, et nous allons reconuaiira tous les portraits.
DAL1.AIXVAL.
J'en suis fdcl»é pour votre })énélraliou, mais vous ne reconnaîtrez personne.
Fl qui donc peindrez-vous?...
bALLAlXVAL.
L'csi>ècc en général... et non les individus ; cl je vous préviens d'avance que , depuis le père noblcjiis* qu'au souffleur , tout sera de fantaisie.
DERVIUE.
De fantaisie!... de fantaisie ! Vous avez beau dire, vous ne m'einpéclicrcz |ias, moi^ de faire des allusions, si cela me plail.
DAUAmVAl.
Vous en empêcher!... Kb! qui le pourrait? On imprimerait aujourd'hui le chapitre de Gilblas surlcs comédiens, que cbacun voudrait reconnaître tous les personnages. Mais nous protestons d'avance ; nous nous défendons de toute interprétation maligne : si vous y trouvez des allusions, c’est vous qui les aurez faites... cl, si j'ai sur vous quelque pouvoir, regardez-y à deux fois...
DERVILLl.
Oh ! nous verrons... je ne promets rien... et puisque vous êtes décidés à u'épai^ner |>crsounc, depuis le soufllcur jusqu'au |>ère noble , passe pour ces messieurs , je renonce ü les défendre ; mais ces dames?...
OALLAIXVAL.
Ces dames !... ces dames sont fort aimables, et nous savons surtout le respect qu'on leur doit... Uégnaiit p:u* les grâces et les talents... chéries , adorées, environnées d’hommages... elles ont tant de qualités brillantes sur lesquelles on |>cul le.s louer, qu'ellesinénics nous abandonneront volontiers quelques légères iuipcrfcclions, quelques petits caprices qui les rendent encore plus piquantes! l.cs ombres ne dél>arcnt point un tableau : au contraire, elles le font ressortir... et nous mettrons si peu d'ombres...
DERAILLE.
Que ce sera clair comme le jour... je vois cela d'ici...
DALLAIXVAL.
Mais non, mon citer, un demi-jour, cl pas autre chose !
. DERA IME.
Ut vous croyez que cette piècc-là sera bonne?
DALLAI5VAL.
Nous l'avons reçue: et si ou la trouve mauvaise, ce sera un chapitre de plus à .'ijouler à celui de nos erreurs; mais en tout cas, j'en suis certain, le public uous saura gré de l'intcniion.
DERAILLE.
Kt vous croyez que les comédiens la joueront ?...
DAI.LAIüVAL.
Oui, monsieur.
DERAILLE.
Kl qu'ils la joucrout bien.
• DALLAIAVAL.
Du moins de leur mieux.
DERAILLE.
Un accident et les trois saluls d'usage ii'eii suspendront pas lu rcprésenlaiion ?
DALLAIRVAL.
Non, certes.