RER5ARD
L’honneur exagéré va droit au ridicule.
Pour reformer nos moeurs vous prenez la férule. Vous débutez , Victor; ilans ce pas hasardeux , j Aurez-vous pour soutien un journaliste ou deux ?
DERXARO.
Et si par hasard leur plume vous déchire ?
VICTOR
Cest un malheur.
Non.
CEUX.ARn.
Chez eux allez vous faire écrire.
VICTOR
BERXABO.
VICTOR
Je vois avec mépris
Ces triomphes d’un jour achetés ou surpris.
Ces bruyants alliés, ces machines vivantes ,
Dont railleur appuyant son mérite en défaut (ionlrc tout un public prend un succès d’assaut. Eb quoi ! j’ai dévoré les dégoûts , les outrages. J'ai consumé mes nuits à polir mes ouvrages , Pour que vingt inaibenreux par mon or soudovés Cbalouillcnl mon orgueil de leurs bravos payéN !
I On voit bien son juge.
VICTOR
Eb! non; mille fois non.
Parlez, qu’importe nu mien mon visage ou mon nom ? j yuand je viens raltendrir, c’est un sot s'il m'écoute; j II est vil s'il SC vend, lâclie s'il me redoute.
• Un bon ouvrageenfin lue un mauvais jonrmd.
Moi, j’irais caresser jusqu’en son tribunal Quelque arbitre du goût dont la feuille éphémère Distille les poisons d'une censure amère;
' .\u ÏH)n sens, au bon droit donne un pial démenti;
lÆS COMÉDIENS. — ACTE II.
Pour jagcr un auteur consulte son parti ;
Aigrit nos passions et dénonce à la France L echl qu'il n'a pas lu , mais qu'il flétrit d'avance ! Voilà donc les faux dieux que je dois encenser î Ah! croyez-moi, leurs traits ne peuvent m’olTcnscr. Qu'ilssoient mes ennemis, que leur courroux m'accable, Qu'ils me déchirent , soit : Icurhaincest honorable.
Il est , n'en doutez pas, il est d'autres censeurs ,
Du talent méconnu courageux défenseurs ,
Qui lui prêtent leur voix avant qu'il la réclame.
Qui ne trafiquent point de l'éloge ou du blâme ,
Kt, gardant pour le vice unejuste fureur.
Des travers de l'esprit se moquent sans aigreur.
Je rends trop de justice à ces rares mérites Ponr les importuner de uies lâches visites.
Si je cueille un laurier par la gloire avoué,
Je ne connaîtrai |>oinl celui qui m'a loué.
An moins je |K)urrai dire : Il écrit ce qu'il pense Est-il quelques cdiagrins qtic ce mol ne compense. Qu'il ne fasse oublier, qu’il ne change en plaisirs?
Tel est leliui constant qu’embrassent mes désirs : Inestimable bien , bonheur digne d'envie ,
Que je palrai trop peu du repos de ma vie.
BBRXARD.
J'aime ces sentiments, ils sont beaux; mais enfin Avec beaucoup d'honneur on peut mourir de faim. Eucilc est mon trésor, mon espoir, ma famille ;
Moins tendrement peut-être un |s>re aimcs;t fille. Vous voulez nous ravir cet excellent sujet : bien que dans un mari j'approuve ce projet.
Je veux que mon enfant vive, ne vous déplaise ,
Sinon dans l’opulence, au moins fort à son aise. Puisque vous tenez tant à ce chien de métier ,
Ayez donc un succès, un succès plein, entier.
Que prône le publie et le journal lui-même :
Autrement point d'hymen, c'est là ma loi siiprénie.
Je retourne à mon poste, où sans doute un m'attend. A i.ucile, qui entre.
Alil viens! de ton Victor je ne suis pas content ;
Il exagère tout, (i’esi à loi, ma Lucilc , fie fléchir, s'il se pcul,ccl esprit indocile.
Je le laisse avec lui.