‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 225 sur 669 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ALVAR, IDAMORE, (Iijekrikhs.

IDAXOBE, à un d'eux.

<iaehcz-Iui ma sentence :

Pourrail-il de son fils supporter les adieux ?

Que, trompé sur mon sort, on ramène en ces lieux; i Akébar l'a permis. Aile/. ; comme à lui-ménie

Qu’on m'obéisse encore à mon licnre suprême!

ALVAH.

Quoi! n’esl-il plus d’espoir?

IDAXORE.

Alvar,je xais mourir.

ALVAB.

I Tant de bienfaits passes n’ont pu les attendrir?

I IDA1IORE.

De leurs faibles esprits Akébar seul dispose.

Si le glaive à la main j'avais plaidé ma cause*.

On l'ciU vu le premier m'absoudre en pâlissant. Désarmé, que lui dire? Il a soif de mon sang :

I Eh bien donc, qu’il s’y plonge!

' A1.VAR

! Instruit qu'â vous entendre

Son oi^ueil en secret avait daigne descendre,

J’ai cru que la pitié mmeriait sa faveur Sur le héros déchu qu'il nomma son sauveur.

' IDAMOBE.

Il tremblait [tour l’Iionncur de sa noble famille i D'une flamme coupable on accuse sa fille,

Liii-mémc la .soupçonne, et, n'osant pardonner,

I Si j'atteste son crime il la doit condamner;

I Victime du |>ouvoir qu’un vain peuple lui donne ' Par les devoirs étroits où son rang remprisoiine,

Il s’t^t plaint des vieillards , dont l'orgueil irrilé* Arrachait ma sentence à sa triste équité ;

Mais, sans eflel pour moi, sa divine influemc Pouvait d'un bien plus cher acheter mon silence;

' I>a grâce de Zarès en devenait le prix.

Pour lut , pour Néala, que n’aiirais-je entrepris?

I \ie conseil m’attendait , j'y cours ; mon témoignagi*

De leurs souj>çons loin d'elle a rcjmussé l’oiitragi*. Puis de la voix d'un chef qui parle à des soldats,

' Tel, et plus fier encor qu'au milieu des combats:

• Point de grâce , ai-je dit , point de pitié : jusinr !

> J'attends ma récompense ainsi que mon supplice,

> En éprgnantmon père, accordez à la fois

> Sa vie à mes bienfaits et ma mort à vos lois. >

LE PAIU.V - ACTE V.

l^mus par co discours , surpris, honteux de IViro, Tous cherchaient leur avisdans les yeux du grand prèl^ui, pourvu qu’il immole un rival dangereux , [ire; Que font ik sa grandeur les jours d'un malheureux? Aussi s'est-il levé, fidèle à sa promesse;

D’un pcTC au désespoir excusant la tendresse.

Du pardon de ses dieux il vient de le couvrir.

Pour moi, je le l'ai dit , Alvar, je vais mourir.

ALVAR

Que deviendra Zarès sans appui sur ta terre ?

Quels accents répondront à sa voix solitaire?

Il n’aura plus de fils.

1DAVORE.

Eh ! ne vivras-tu pas?

ALTAE.

Qui? moi !

IDAIORE.

Ta liberté doit suivre mon trépas :

Eh bien! à ce vieillard mon amitié l’engage;

Des soins que je lui dois accepte rbériiage.

ALVAR

Oui , je le remplirai ce venu de l’amitié ;

Du poids de ses regrets je prendrai la moitié ;

Sa douleur sur mon sein coulera moins amère ,

Vous lui laissez un fils : qui me rendra mon frère?

IDAVORB.

Prends soin de fuir les lieux où mes restes épars Viendraient sur votre roule effrayer ses regards. N’attendez pas la nuit, partez: crains pour toi-méinc sort contagieux d'un réprouvé qui t’aime.

11 ne pourra demain l'accorder son appui :

Ce jour qui va s'éteindre est le dernier pour lui. L’arret porté par eux et qu’un héraut proclame , Ordonne que la mort réservée à rinfùmc,

Au hichc, au meurtrier, qui n’ont point de tomlieaux, De mon corps lapidé disperse les lambeaux.

ALVAR

Et je vous quitterais, alors que leur vengeance Rassemble autour de vous l’outrage et la souffrance. Présente à vos esprits ce trépas douloureux Comme un affreux chemin à des maux plus affreux?... J’écarterai de vous ces images funèbres;

Je fermerai vos yeux ; j’irai dans les ténèbres Vous creuser un asile, et, trompant leur mépris,

De ce devoir furtif honorer vos débris.

Qui d’entre eux vous rendrait ce dangereux hommage? Je l’oserai moi seul...

lOARORE.

Kh! qu’importe à ma rage Que mon corps en pûturc aux vautours soit livré,

! Ou d'un bûcher pompeux par leurs mains entouré? Qu’on l’abandonne aux vents, que le vautour dévore Celui qui les fil v.aincre et qui fut Idainore! j El vieimenl à ce bruit, du fond de l’Occident,

I Ces chrétiens renversés par mon seul ascendant!

; J’appelle en ces climats leurs flottes vengeresses:

Ils reviendront, Alvar, ils ont vu nos richesses.

I Qu’ils dcvsccndcnt , pareils aux in.scctcs ailés,

I Par un souffle brûlant dans les airs rassemblés;

' Qu'ils inondent nos liords; qu’ils changent celle terre En une arène ouverte où renaisse la guerre;

Qu’ils portent dans ses murs l’épouvante et la croix; Qu’ils détrônent scs dieux, qu'ils écrasent ses rois; Que leur foule étrangère cl balaie cl remplace Les lâclies possesseurs endormis sur sa face,

Pour adieux, en partant, pour prix de ses trésors, Lui laissent des débris, de la cendre et des morts;

Et quelques cbùliincnls que ma garde la tombe,

Si ce |>euplû est puni, s'il pleure, s'il succoml>c, J'oublierai mes revers en apprenant les siens,

El l’horreur de scs maux finira tous les miens!

ALVAR

Dans quels vœux vous égare une aveugle furie !

Quels que soient avec nous les torts de la patrie,

Le fils qui la maudit , ce fils dénaturé Prouve qu’elle éuit juste cl meurt désespéré, [chaiiic. Mais vous, ab! croyez-moi, quand votre heure est pro- Comme un poids iiup^niiin déposez votre haine.

Les lurhulcnls transports par la rage inspirés,

La soif de voir punis ceux par qui vous souffrez, N’aident point à franchir ce pénible pssage.

De ma religion le précepte plus sage I Nous apprend que l’oubli de nos ressentiments Verse un calme inconnu sur nos derniers moments,

' Nous dit de pardonner même à qui nous immole;

Il en fait un devoir, et ce devoir console.

I ID4EURB.

I Tes discours dans mon cœur font descendre la paix , * Et, nouveau pourmes yeux, d'où tombe un voile épais, - Je ne sais quel espoir m’éclaire et me ranime :

I Je combattrais encor pour l'Etal qui m’opprime.

\ Mais c’en est fait, Alvar, non, je ne dois plus voir ; Les étendards flouants dans les airs se mouvoir;

Non , je n’entendrai plus le signal des batailles;

I Je ne dois plus rentrer vainqueur dans ces murailles,

! Et, déposant mon glaive à l’ombre des drapeaux, Coûter près d’une épouse un glorieux repos. Demeure... Jeune, aime, célèbre par les amies,

Je sens trop que la vie avait pour moi des charmes. Prêt à me détacher de tout co que j’aimais,

' De toi j’attends ma force!. . Ah! si lu vois jamais

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