‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 23 sur 669 · LK JEUNE DIACRE OU LA GRÈCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LK JEUNE DIACRE OU LA GRÈCE CHRÉTIENNE

Un cri sinistre et doux retentit sur les flots,

Quand l'Alcyon gémit , au milieu des tempêtes :

I Beaux lieux , où je n'ose m’asseoir,

• Pour vous chanter dans nia nacelle I Au bruit des vagues, cliaquc soir,

• J'accorde ma lyre fidèle ;

I Et je pleure sur nos revers ,

> Comme les Hébreux dans les fers,

■ Quand Sion descendit du trùnc ,

> Pleuraient au pied des saules verts ,

> Près les fleuves de Babylone.

> Mais dans les fers. Seigneur, ils pouvaient t'adorer;

• Du tombeau de leur père ils parlaient sans alarmes;

I Souffrant ensemble, ensemble iis pouvaient espérer :

1 II leur était permis de confondre leurs larmes :

I Et je m'exile pour pleurer.

> Le ministre de ta colère

• Prive la veuve et l'orphelin

• Du dernier vêtement de lin

• Qui sert de voile à leur misère.

• De leurs mains il reprend encor,

> Comme un vol fait à son trésor ,

• Un épi glané dans nos plaines;

> Et nous ne buvons qu'à prix d'or

> L'eau qui coule de nos fontaines.

> De l'or! ils l'ont ravi sur nos autels en deuil;

• Ils ont brisé des morts la pierre sépulcrale ,

• Et de la jeune épouse écartant le linceul ,

> Arraclié de son doigt la bague nuptiale,

> Qu'elle emporta daiut le cercueil.

• 0 nature , ta voix si chère

• S’éteint dans l'horreur du danger ;

I Sans accourir pour le venger ,

> Le frère voit frapper son frère ;

• Aux tyrans qu'il n’attendait pas ,

• Le vieillard livre le repas

> Qu'il a dressé pour sa famille;

> Et la mère, au bruit de leurs pas,

• Maudit la beauté de sa fille.

■ I.C lévite est en proie à leur férocité;

> Ils flétrissent la fleur de son adolescence,

• Ou, si d’un saint coniTOUX son cœur s’est révolté,

> Chaste victime , il tombe avec son innocence

I Sous le bâton ensanglanté.

> Les rois, quand il faut nous défendre.

> Sont avares de leurs soldats.

> Ils se disputent des Etats ,

) Des peuples , des cités en cendre ;

> Et tandis que, sous les couteaux,

• Le sang chrétien , à longs ruisseaux ,

> Inonde la terre où nous sommes,

• Comme on partage des troupeaux,

■ Les rois se partagent des hommes.

> Un récit qui s’efface, ou quelques vains discours,

I A des indifférents parlent de nos misères ,

t Amusent de nos pleurs l'oisiveté des cours :

> Et nous somntes chrétiens, et nous avous des frères,

> Et nous expirons sans secours!

> L'oiseau des champs trouve un asile

• Dans lu nid qui fut son berceau,

• Le chevreuil sous un arbrisseau ,

■ Dans un sillon le lièvre agile;

> Effrayé par un léger bruit ,

• Le ver qui serpente et s'enfuit

■ Sous f herbe ou la feuille qui tombe ,

■ Ëcliappe au pied qui le poursuit...

I Notre asile à nous , c'est la tombe !

t Heureux qui meurtchrétien! Grand Dieu feur cruauté

> Veut convertir les cœurs par le glaive et les flammes,

• Dans le temple où tes saints prêchaient la vérité ,

• Où de leur bouche d'or descendaient dans nos âmes

> L'espérance et la charité.

• Sur ce rivage, où des les I S’éleva l'autel réprouvé ,

• Ton culte pur s’est élevé

> Des semences de leurs paroles

I Mais cet arbre, enfant des déserts,

■ Qui doit ombrager Tunivers,

• Fleurit pour nous sur des ruines ,

I Ne produit que des fruits amers ,

> Et meurt tranché dans scs racines.

I O Dieu , la Grèce libre en ses jours glorieux

> N'adorait pas encore ta parole éternelle;

• Chrétienne, elle est aux fers, elle invoque les cieux ;

• Dieu vivant, seul vrai Dieu, feras-tu moins |>our elle

> Que Jupiter et ses faux dieux? >

II chantait, il pleurait, quand d'une tour voisine Un musulman se lève , il court , il est armé.

Le turban du soldat sur son mousquet s'incline. L'étincelle j.nillit, le sal|Hltrc a fumé.

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