C.ourbés }»ar le midi, dont l'ardt-ur les dévore
11* étendent ver» nous leurs rameaux altéré».
L’n journaliitte allemand a accusé M. ('asimir Dv'lavigne d'avoir pris |K>ur un arbre une secte religieuse de t'inde. Le reproche esl grave, du moins en ap|>areiu'e; aussi prendrons-nous la peine d'y répomlrt!. Ce qui nous y engage surloiit, c'est IViiiprcsseiiienl qu’ont mi.* certains journaux français à donner cours à cette crUitpie d'uti- {re-Rhin,&aiis, au préalable, s'étn* informcH. auprès du plus humide l>oimiiste de leur connaissance, qui deM. Ca-
simir Dx'Ia\igue on du docteur allemand s'élail réelle- I ment fourvoyé. Ils auraient (ui fücilemetit juger ab*rs tle I lu valeur d'une pareîlbr accusalinn, et ils lu; se seraieirt I pas imprudemment exjtosés, par une aveugle confiamv • en l’ériidilioii d'un autre, b encourir le juste reproche de j légèreté et d'ignorance.
il nous suftira d'eutrer dans <|uclqiies détails pour ju.<ttificr pIcinetiKiit notre auteur.
Le hanian esl un arbre du genre figuier, bien différtnil cependant de nuire figuier commini : il |K>iis$e de ses branches de longs jets tout à fait semblables à des cordes 1 ou à des baguettes : ces jets gagnent la terre , s’y cnraci- I lient et forintml de nouveaux troncs. (|iii. de la même niaiiièrc, en prodntsenl d’autres à leur tour; en sorte qu'un seul arbre, se multipliant ainsi de tout cAlé et sans
NOTES
iiilcrriiplion,ofFn;unc seule cimcü'uiie immeusc étendue, | |K)*ée sur un (;rand nombre de (ronci de diverses gros- ' seurs , et qui ressemble à la voûte d*un édifice soutenu l>ar une inultiliide de colonnes.
Idnrsden dit avoir vu, dans le Bengale, un banian iloiil le dôme de >enlure ifavaitpas moins de 1,1 tO pieds de circonférence : le tronc sc coinposail d’ii |>en près cin- ' «(liante à soivanle tiges.
Cet arbre est en grande vénération surtout chez les païens, et c'est de là sans doute que lui est venu le nom de Banian , sous lequel sont désignés communément tous les |>euples de l'Inde, que les mahomélans regardent comme idolâtres.
C'est le Ficu$ indica des bolanisles.
( Sote des f^diiems. )
Sï; s23».œ.sc^^©,3SS£S0S3!^^^ ; :'ufSL csa:^' zf£i SR
EXAMEK CRITIQEE
Dl PARIA,
PAU M. DUVIüLlIiï.
<ju*e»t-ce qu'un Paria? C'est la première question que l'on a dû se faire lorsc[iie l'on a etiteiidii |»rler de la nouvelle (ra($édie de l’auleur «les Câpres ticilicnnea. Beaucoup de personnes aiment le ihéâlre , et ne sont pas l>our cela familières avec les Jielaliona du P. Catrou , les f^q^ageaùe Tavernierou ceux de Bernier. Bernardin de Saint-Pierre a fait d'un Parta le héros d'un petit conte philosojibiquc , intitulé la CAauniière /nr/icnne, et ce Paria est, sous la pliiine du romancier, le modèle des sai;es, des solitaires , des amants et des époux ; il révère aa femme comme h aoleil, et l*aime cooime la lune. lu docteur anglais, député de tonies les académies des trois royaumes , a parcouru la moilié du {jlobe pour y chercher la vérité et le bonheur : il ne trouve l'une et l'autre que dans la cabane du Paria. Eu quillant son bote , le voyageur britannique veut lui faire présent d'une nioutre qui sonne les heures. » Les oiseaux les e (’haulent, répond le Paria. — Acceptez du moins ces
pistolets, pour vous défendre des voleurs dans voire 1 olitude. — L'argent dans vos armes sont garnies • buffirait pour les attirer. • Voilà le Paria du roman; voici celui de rbisluire :
• Outre les quatre premières tribus, celles des brames , des guêpiers , des laboureurs et des artisans , il y en a une cin4|uièine qui est le rebut de toutes les autres. Ceux «{ui la composent ont les emplois les plus vils de la société : ils enterrent les morts, ils transportent les immondices, cl se nourrissent delà viande des animaux morts naturellement. Ils sont dans ime telle horreur, «pie , si l'un d'entre eux osait (oiirher uii homme d'une autre classe, celui-ci a le droit de le tuer sur-le-champ; ou les iHinmie Parias. » (Bayival, Ilialoire tlea tleux imlen. )
Il y a encore, au rcipivort du mémo historien, une classe plus ahjecle cl plus méprisée «pie celle de* Parias, c'ttsl la tribu dcb Pmilicbis ; les délails dans lesquels il «Mitre A leur égard , cl que confirme raulorilé des écrivains les plus Irnciisabtes , prouvent qu’il n’csl pas de
degré d'abjection et d'abriiluscMiient aiiqind In tyrannie et l'ignorance ne puissent ravaler l'espèce humaine. Cet étal d'avilissement et d'opprobre n'a jamais déslmnor<: les sociétés éclairées de la lumière du christianisme ^ l'esclavage des noirs , rexcummuitication politique de« Juifs, n'a approché dans aucun temps de cette dégradation absolue des droits de rhomme, à latpielle des castes entières ont été condamnées dans la presqu'île du Gange. En Europe , ceux «pii étaient assis au dernier degré delà liiérarchie sociale se trouvaient réellement dans un étal d'élévation prodigieuse, en comparaisou de ces déplorables victimes du fanatisme, de l'orgueil et des prijugés asiatiques.
Venger ces infortunés . et préparer, même de loin , l'épnipic de leur n'génération |M>lili«|ue, est le devoir d'uii écrivain «lui embrasse dans scs vues les intérêts d«* rini roanité tout entière. Si jamais les Parias sont rendus à leur dignité primitive, j'igiiore jiisipi'â i|ucl |>oiiit ils auront obligation d'un si gr.vnd service à une pièce de tlmâ- Irc jouée à deux mille lieues de Béiiarès ; mais le théâtre répand et propage les maximes avoines par la justice et par la vérité; et, puisipic la presqu'île est aujourd'hui à peu près entièrement assujettie à une dominalion européenne, qui sait si l'opinion favorable àl'alKilitiond'un esclavage odieux ne recevra pas de la tragé«liede M. Belavîgneuiie nouvelle impulsion qui, coinmiiiiiqiiéc de Paris à Londres, Ira se faire sentir, par un heureux contrecoup, sur lei rivages de Coromandel et de Malabar?
L'écueil d'un pareil sujet est l'exagération. 11 est louable de s’enflammer pour une classe d'iitumnes proscrite cl avilie; il est injuste et dangereux de lui sacrifier enlii'^remeiil les classes sujiérieures. Cet écueil, M. Dclavigne n'a pas su l'éviter; il commence par retranelicr des quatre premières Irilms de rilindouslan celtes des lalioureiirs et des artisans; reste la tribu des Brames et celle des guerriers : un Paria est son héros; dès ton, les Brames ne seront plus «pie des iln]H>^leun fanatiques, insensibles à la voix de la nature et de la pitié; et, quant
KXAMEN Cnmgi’E DU PAIllA.
niix (iiK^mcrs , U ciierehora en vnin sur leur front les i traces de leur noble üri^iticj il n y \crra que j
Dci traits Chemines ,
>Mlls par lo« chacrins. par le» pleur» sillonne» ; I
S >11» un fiiftttf impoiont <k'« corp« dont la molicMi; ;
l'.iifoil mentir lo (or qui contrait leur raiblesu^* '
Mais im Paria aura seul plus de force et do coiiraje que (luitr In (rdiit iM-lüqitcinte , que (uiitos le» aiiirc» tribuft ensemble; il n’y a pas lieu d'en douter; ear il s’en vaille cl personne ne le dément :
Vos tribus (lispcrvics 1
A rapproche du Joti^ s'eUIrntdej-l balMer*. |
J(* roesrtai moi seul, qui seul restai debout.
Mais par quelle prodîKo ce Paria , vil rebut d’une n.alion, ^ ce i'aria que Dieu a rdruiiclié
Du nimibrc dos humain»
quand runlvrrs cK'C s'échappa de scs UMins,
âc trouve l il â la lélc de la Ihbii des ipierriers? Ccsl ici la donnée princlpalede la pièce, et elle me conduit naturellement à Panulysc.
Idamore , HIs du Paria Zarès , a quUlé depuis trois ans son vieux iK're, dont il était Punique appui dans le désert. Poussé par un instinct irré&isliblc d'ambition , il s'esl approché de Bénarès, et , dé{;tiU;ml son origine servile sous les dépouilles des tij^res qu’il a terrassés , il esl venu prendre du service dans les iroupoa attaquées alors par les PorlU(;ais. Ses talents et son courage Pont élevé dégradé on grade ]iis<|u'au commandeinoni suprême; ce cominaridoiuenl a été la récompense d’une dernière victoire qu’d a reiii}>ortée sur tes chrétiens, cl dans la» quelle il a fait prisonnier de ses propres mains le jeune Alvar , auquel il a sauvé la vie , et qui est devenu son eonfîdenl cl son ami.
Sdr de son altacliemont et de sa prudem'c, Idamore révéle à Alvar le secret de sa naissance ; .Alvar lui confie A son tour que lui-méme , par suite d'une erreur qu'il ii'expliqiie point . a été excoinmiiiùé ù Lisbonne, et que c'e.d pour SC soustraire aux rigueurs de Piiiquisition qu'il e.<it venu débart|uer sur les bords du Gange. Cette ciiconslance n'est d'aucun intérêt dans la suite de l'ouvrage; ot , comme elle allonge inutilement l'exposition , il ii'y aurait aucun inconvénieiil <l la supprimer.
Rassasié de gloire , dégoûté du faste des villes, Ida» more pensait à retourner aupriXs de Zarés; un seiilimenl iiii|>érieux, Pamoiir, Pa retenu à Rénarés. Epris des charmes de la Jeune Néaln , fille du grand prêtre Akêbar, il a lotieiié son cauir; un obstacle qui parait invincible s’op|M>se à leur union, Néala est vouée par son pért* au dieu du Gange , et ccl byiiien relqpetix lu consacre à une élmielle virginité. D'ailleurs Akébar est emieml d'Idamore, <|ui n'a Jamais voulu ilédiir le genou devant >a puissance sacrée. Comment son emiemi |K>urrail il espérer de devenir son gendre ?
Le pontife, aprésavoir longuement déploré les eiiiaiis allacliés à son rang , la contrainte qu’d est obligé de
s'imposer h tous les moments de la vie , l'abnégation même des sentiineiils naturels, à laquelle U esl condamné par sa pieuse )M>Iilique, et surtout les chagrins cuisants qu'il ressent de l'orgueil inflexible d'Idamore, veuttriom- |)her de son superbe rival, en lui offrant la main de sa fille. Un oracle émané de la puissance suprême a rompu les engagements sacrés de ^*éaIa; et Akêbar ignorant ceux qui lirut déjà les deux Jeunes amants, pro|>osc û Idamore un mariage qui doit inctire fin à touslcs ressentiments. Idamore , transporté de joie, tombe aux pieds d'Akébar, lui jure soumission et respect. Les desseins du pontife sont accomplis; il sort pour ordonner les préparatifs de Phymen.
Néala est auprès de son époux, lorsque tout à coup un scruptilegéuéreux s'empare de l'esprit d'Idamore; peut il laisser ignorer à Nêala qiiec'est un Paria qu'elleépousc? Le terrible aveu lui échap|>e , et à Piiistanl Xéala épouvantée recule avec horreur, et court se jeter auprès de la statue de Brama.
C'esI ici la plus belle et la plus touchante siliialion de ta tragédie. Dans une lirade très-éloquente et très-bien versifiée, Pauleiir a placé Papologiede U tribu des Parias. Idamore cherche à détrom|>er son é|K>nse; il lui prouve facilement c|uc les Parias et les autres Iioinnics sont enfants d'un même Dieu , éclairés d'un même soleil , portés par la même terre, et ap[ielés à une même vocation :
Ulnu nuti» appelle loua ; le brame qui l'cncciuc
El reufanl <)ii OCterl repousse de» aule)»
Bepocerunl uni» dans ses br.-is palerucl».
Cette tirade a été couverte d’applaudissements mérités ; U est juste d'en rendre quelque chose à Shakes|ieare (|iii, dans son Manhanti de yvnise , a prêté les mêmes idées au Juif Sliyloek, « Un Juif ii’a t-il pas des yeux? Un n Juif n'a-l-il pas des mains, des m^pines et des pas-
0 sions? ne se nourril-i} pas des mêmes aliments? ii’esl-il * pas blessé des mêmes hrmes? etc. • Mais nn emprunt fait â un théâtre étranger est une conquête légitime, et M. Delavigiie l’a ornée de si beaux vers qu'il eu a fait incnnlestabluinent sa propriété.
Dans le moment on annonce t'arrivée imprévue d'un vieillard ; et celte arrivée va tout changer, va donner à tout une face imprévue. Zaïès, ne pouvant plus suj>porter l'absence de son fils , vient réclamer les droits de la tendresse et de l'aiiturUê paternelle. A inôiie est-il inslrnit qu'ldainore est perdu h jamais pour (ni, puisqu'il va s’unir à une brainine, que Zarès l’accabie de reproches; il lui rappelle les souvenirs de son enfance, le tombeau de sa mère, et lui ordonne de renoncer û ^êala, et de l’accompagner dans ta retraite; Idaiiioi'c lui demande une lienro ; après une entrevue avec ^éala, il oliêira à son père. Zarès s'enfonce seul dans la forêt.
jdainnn* a déterminé avec ]>eine Nàila ù le suivre .lu fond des déserts ; A ce prix l’Iiyinen s'achève . et la eéix* moiiie a heu sur la scène; Zarès, qui esl aux aguets, hc croit trahi par Id.iinoie, et aecourf en répétant à grands cris qu'il esl un Daria. Le grand prêtre, itidigiie tiu'ini humilie impur .lit osé profaner l'enceiiHe sacri'e .
01 donne la mort de Zarès. ld,imore se jette ati-devanl
KXAMKN CntTIOUK DU PARIA.
(lu coup fninl , ot se «I^clnrc INirin ^ ni proclamaiilZnr^s pour son père. Effroi, conslcrnation , iruuhlc {;èiièral; on emmène Néa!a évanouie. I.es soldais el le peuple alnitdunneiil Idaniore. Akèliar con>04|iie le conseil. Idaluore csl condamné à être lapidé ; la sentence s'exécute. Le fidèle Alvar, qui n'a point voulu ahandonner son ami , est enveloppé , ou ne sait U*<jp puunpioi , dans son supplice. tNéala réparait, mais son époux n'exiitc plus. • kHJe venez-vous chercher? • lui dit Akébar. • Mon |rère! • et elle se précipite dans les liras de Zarès , qui, avant de se n-mellre en mute a>ec elle pour sa solitude, accable Akébar de scs inalédirtioiis, et lui annonce la vc>u{eance céleste par cet hémislidie, le dt’riiier delà pièce ; • Pontife^ il esl tics dieux t •
Le plan de cette tragédie n'en est pas la parlie la plus iiTéprochabIc, cl cc|iendanl je me plais à recomiaUre que , lualj^ré les invraisemblances «pie l'un y a remarquées, il esl plus sage et plus régulier que celui des Pvprcs sicilivunei 11 n'y a rien dans /e Paria ^ que l'un puisse comparer ni à la préstmee inaperçue de Pruciüa et de (rois cents conspirateurs dans le palais même du vice-roi , ui au sommeil de Munlfurt , «pie (rois avis différents ont iusUuit , dans le Jour même , de l’existence de la conspiration , ni h la folie de Lorédan , «pii se tue par amitié pour un homme qui voulait tuer son père, et «pii lui enlevait sa inaitresse. CtqK'iidaiit voici <iueh{ues questions que j'adresse , sous la forme du doute , à &I. Casimir Uelavigne.
Kst-il vraisemblahic «pi'élranger à la tribu des guerriers, dans un pays où ta distinction des castes est si sévèrement maintenue, Idamore suit paiveuu au suprême comniandemenl de cette tribu , saus qu'un se soit informé de sa famille et de sa patrie?
Cue seul , à la tête de soldats |>eints comme des Irkhes cl des elléminés, ü ait atfrancbi sou i>ays du joug des Portugais?
t>u'Akébâr trahisse devant un prêtre suliaUerne le secret de ses impostures , le ridicule de ses pratiques , la cruauté de sa polili([ue sucrée?
kùie Zaïês, reconnu par Idamore, alors investi de la toute-puissance , ne soit pas protégé etficacement contre les dangers «lue lu découverte de su «lualilé de Pùriu peut lui faire courir?
t>u'au uiomeiit du danger qui menace idamore, iNéala n'inlerviomie pas conmie médiatrice cidre son père et son fpuiix,C‘t qu'un évanouissement seul moUve Pubseiieede ces scènes pathétiques et tüudiaritesque la silua- Uoii amemiit si nuturellement , et qui uuratçul jeté tant d'iiilérél et de mouvement dans les derniers actes.’’
Lhi'Alvar , qui ii'a subi ni jugcmeul ui cuudamiialiuii, soit lapidé avec Idamore !
Et «lu'entiu Akébar se laisse enlever sa fille par un Paria qui Poutrage et le maudit?
Je iiunnais d'avance la réponse <i toutes cei questions. Sans tioule , ces invraiseiublaiices existent, et cepeitdaiil la pièce confirme les présages que les premières proiiucnous de M. Delavigue avaient fait eoneevuir ; on y remanpie l«s progrès sensibles d'iiii talent distingué. La vt'rsificalion en esl hrdiaidc \ un grand nombre , un trop
grand nombre pcul-èlre de descriptions y étincellent de beautés poéti(|ues du premierordre. La pensée esl souvent revêtue des couleurs de Pimaginalion; il y a donc beaucoup à allendre d'une muse h laquelle on ne peut imputer encore que des fautes de jeunesse , et «pii donnerait peutélre moins d'cs{>érances si elle montrait plus de raison cl de innltirilé. Acceptons, j'y consens, celle heureuse ( om|>rnKation , et surtout montrons assez d'égards et d'estime â M. Delavigne pour ne pas lui prodiguer de periiicteuscs adulations.
Racine mettait deux ans à mûrir te plan d'une tragédie.
I et lorsipie ce plan , purgé des fautes inséparables d'une I première conception , corrigé, remis vingt fois sur le métier, ne laissait plus enfin aucun scrupule ni à son goût , ni au goût plus sévère encore de son ami Despréaux, lorsqu'il s'était assuré que les caractères , inventés ou (racés d'après rhistoirc , se soutenaient jusqu',^ la fin sans se démentir un seul instant ; que l'intérêt des sîluaiions redoublait avec les obstacles, et allait toujours croissant jusqu'au dénoûmcnt; lorsque après avoir tracé la division des actes et la distribution des scènes, i\ avait’ I esquissé en prose te dialogue de ses différents |)crsuniia- I ges, il avouait que sa tragédie était terminée. Les vers,
I il est vrai , lui restaient à faire; mais de beaux vers pour Hncine élaient la moindre parlie de sa tàidic. Son I seul embarras eût été d'en faire de médiocres ou de mauvais. Aussi, depuis 44tulroniai/ue j la liste des (ragi’dies ’ de ce grand |uH*te ne se comimse que de cliefs-d'a'uvre.
I L'imagination n'y im|>ose auctin sarrifiee à la raison ;la I réflexion et la lecture confirment et jusUfieiiL rilliision ; qu'elles ont produite au théâtre | depuis jdiis d'un siècle ' et demi , lues sans cesse , sans cesse représentées, elles I semblent toujours briller de l’éclat de la jeunesse , de la I fraîcheur de la nouveauté , et la mémoire , qui sc les re- I (race, croit les recueillir pour la première fois.
I Voltaire prmiiiisail plus facilement ; une tragédie lui coûta souvent moins d'un mois de travail; mais aussi iptelle infériorité dans la correction des vers, dans la 1 sagesse des plans , dans la vraisemblance des moyens, dans la régularité des coinposilions! et, toutefois, malgré cette infériorité que l'on n'ose plus contester, le brillant de son coloris . la hardiesse de «[uelqucs-unes de ses cou- < ceptions, le grand ressort du palhélUpic, que nul autre , n'a manié avec plus de force, l’originalité des mœurs j qu'il a introduites sur la scène , et , plus que tout cela ,
' les opinions «pi'il a fait prédominer dans la société , apix'^s : les avoir introduites et essayées sur le théâtre , lui ont conservé , parmi les poètes tragiques , une place si été- ; vée, «pie i’ainbilion de ses successeurs s'ost plutôt attachée à en approciicr qu’â y atteindre. Mais son exemple a été contagieux ; avec moins d<; génie , les auteurs qui sont venus après lui se sont permis toutes les licences que le (îénie «cul peut excuser , parce qu'il esl toujours assez riche |K>ur eu payer compl.vnl la rançon. Lursipi'on repriK'h.iil à ces faibles imitateurs les fautes de comi>osi- ; liuii «pli désiionoratenl leurs ouvrages , ils répomlaii'nt ■ par r«“\eiuple de Voltaire, par le billet «'<{iii\iH|iie de I if.iu’e , par la letlie à double sens de Tancri-de, par la ' fanla.smagorie de Sémirainis , par les invraisemblances
KXAMEN CRITU^H E DU PAIUA.
innombrables d'Âlaire , et ils ne voyaient pas que ce n’é- | tait point par ces défauts que les ouvrages dont Us s*au- ; lorisaient avaient obtenu les succès de la roprésenlalion ' et les sulfra(;es des connaisseurs , et que, p<iur pécher impunément comme Voltaire , il fallait écrire , sentir et exprimer habituellement comme lui.
J’ai trouvé Imaucoup à louer dans le style, beaucoup aussi à blâmer dans la conception généralcde l’ouvrage. C'est indiquer que , d'après mon sentiment , le plan du Paria avait besoin d'excuse, et que le jeune auleurétait sur la route du pardon ; ii serait digne d’un talent qui s*.innonce sous de brillants auspices de ne point se mettre dans le cas de recourir à l'indulgence. Plus il avancera dans la carrière , plus celte indulgence se montrera difficile et rétive ; et compter, pour la réclamer à l’avenir, sur les titres de Voltaire , c'est s'exposer à de cruelles, â d’irréparables méprises.
Au point où est parvenu le talent de M. Delavignc , il lui est plus facile de se perfectionner par la sagesse , que de se grandir en élévation. Écrira-t-ii un jour mieux qu'il n’a écrit jusqu’à présent? sauf vérification ultérieure , il est permis d'en douter ; composera-t-il pius ri'giilièremcnt ? il n’a qu’à le vouloir pour y réussir. Or, une tragédie qui réunirait au mérite de la versification élégante , harmonieuse , énergique de M. Dclavigne , le mérite d’un plan raisonnable , d'un plan conforme en luiil aux régies de la poétique théâtrale, serait un ouvrage , sinon du premier ordre , au moins si voisin du premier, qu'il n'est pas d'ambition qui n'en dûtèlresatiS' faite: où trouverail*on alors les rivaux deM. Uelavigne?
Dans les reproches assez nombreux qui portent sur les diverses parties de rinveDtioii , il en est un qu’on aura été surpris de ne pas rencontrer, et je dois en faire une mention expresse , |>arce qu’il a été à peu près général ; ce ii’est pas pourtant dans rintenlion de l'appuyer, c'est, au contraire , avec la ferme volonté de le combattre que je le rappelle. La prévention et l'erreur ont seules inspiré la critique que je me propose de réfuter.
11 s'agit du personnage de Zarès. Quel est ce père insensé et barbare , eutendais-je réi>éler de tout cdlé , qui , couvert des haillons de l'indigence, vient troubler le bonheur d'un fils élevé au faite des grandeurs , et près de ^ mettre le comble à sa félicité par son uniou avec une fille | vertueuse et adorée ? Quel égoïsme ! quelle dureté ! Quoi ! i ce fils renoncera à son rang , à sa considération , à son amour ! Et pourquoi? pour rentrer dans la fange , d'où son génie a su le relever j }>oui' retourner dans un désert, . s'exposer de nouveau au mépris et à la proscription, pour n'avoir d'autre consolation de son isolement que la so- ; ciété de son vieux père , au<|ucl ii offre de partager sa : gloire et sa fortune . et d'habiter près de lui son superbe | palais de Béiiarès ? Et c'est cependant sur ce vieillard i que l’auteur a reporté tout l'iutérèt de ses derniers actes; | c’est sur lui qu’il appelle la pitié; Idatnorc parailrail ' coupable si après la cérémonie de son hymen, il se refusait â le suivre avec sa nouvelle épouse ! Ne serait-il |>as | plus naturel que Zarès acceptât la proposition de son fils, ; puisque enfiu il n’est pas connu |>otir un Paria , et que , ■ couvert de la protection filiale du chef des guerriers , il
doit plutôt aspirer à s’élever jusqu’à lui, que le condamner à redescendre à l'humiliation d'une tribu dégradée.
Voilà l'objection dans toute sa force. Ceux qui la font me paraissent avoir méconnu le but de la nouvelle (ra- I gédie , et ils ont prononcé d’après des préjugés vulgaires I sur un caractère entièrement placé hors de la position sociale. M. lïelavigne n’a voulu prouver qu'une chose ,
’ c’est qu’un Paria est un homme; que l’infamie politique dont il est frap|>é est une grande infamie morale ; que dans cette caste rebutée il peut $e trouver de grands caractères. Pour appuyer cette théorie par des exemples, il a mis en scène deux Parias, dont l'un, jeune , ardent, ambitieux, a triomphé de ta destinée, en se montrant digne des grands emplois auxquels il est parvenu ; dont l’autre, au contraire, a nourri jieiidant soixante ans , dans la solitude , la haine de ses oppresseurs et de longs ressentiments contre les supériorités dont il est la victime. Façonné à son étal et à ses privations. Il ne doit voirqu'avec dédain cl avec colère tout ce qui se rattache aux castes privilégiées. Il a en horreur leurs villes, leurs arts, leur opulence. Privé de ce fils, unique appui, dernière consolation de sa vieillesse, il le cherche au péril de sa vie ; il le retrouve : dans quel moment ! lorsque son union avec la fille du grand bramiiie va l’enchainer pour jamais à une caste qu’il abhorre, et lui enlever tout espoir de le ramener dans sa solitude, et de pleurer avec lui sur les cendres de sa mère. 11 faut connaître bien mal le cœur humain pour n’avoir pas senti combien était dans la nature cet héroïsme d’une misère stnlquc,cc mélange de vengeance, de dédain eide grandeur d'âme. A-l-on oublié Lusignan retrouvant sa fille au moment où elle va épouser le successeur des califes, et lui défendant, au uoin de la religion et de l'autorité paternelle , un mariage coupable? Mais Zaïre est la fille des rois de Jérusalem ! Oui , sans doute, de rois détrônés , captifs , réduits à une coudilion plus cruelle que celle des plus misérables Parias. Mais elle est fille d’un chrétien, et elle a promis de devenir chrétienne ! Croit-ou que l’âvcrsioii I inspirée par la différence de religion soit plus puissante ' que celle que Zarès doit ressentir contre des litres dont il est séparé par toute la disLmee que met l’orgueil entre la toute-puissance et l'esclavage, entre l’existence et le uéant?
Je suis donc loin de blâmer les sentiments qui animent Zarès; il serait faible et piisillamme s’il en montrait d'autres; ce que je blâme, c'est l'imprévoyance incroyable d'Idamore, qui ne prend aucune précaution pour mettre son père â l'abri de ses propres imprudences, et <]ui , en le laissant s’égarer seul dans la forêt sacrée , s’enlève le moyen de lui apprendre su résolution de partir avec Néala , pour l'accompagner dans scs déserts , dès qu’elle sera devenue son épouse.
Los beautés de style que l'on aime â reconnaître dans ie Paria sont nombreuses ; mais elles sont déparées par des fautes échappées à raUciilion de M. Delavignc, et que je crois nécessaire de lui signaler.
Idainore dit en parlant d’Akébar :
tl «c trouille s rOct»l de M grjQtlcur Mi|>rv-nir ;
It •’tnt|iosc , il »'4ilorc : Il ■ fol dtti* lul-inéme.