I.A l'RINCESSE AL'RÉUE. — ACTE II
Corme; on se plaint de vous: je m'afflige et m'irrite Qu'un lioninie dont mon père estimait le mérite.
D’un dévouement connu, d'un nom si respecté,
Ail donné quelque prise à la malignité.
xiruom».
J’étais trop malheureux |iour redouter l’envie;
El c’est moi qu'on outrage: on veut noircir ma vie! Moi, vous trahir! comment? de quoi ra'accuse-t-on?
AVBtLtE.
O n'est pas tout à fait de haute trahison ;
Je ne l'aurais pas cru ; mais d’un défaut de zèle.
ALPBOfISB.
Votre Altesse n’a pas de sujet plus fidèle ,
Plus ardent , plus zélé.
AiatLIE.
Je l’ai cru jusqu'ici,
Mais j’ai lieu de penser qu’il n’en est plus ainsi.
Ce dévouement vous lasse; un sentiment contraire, Des devoirs qu’il impose est venu vous distraire.
Quels sont-ils? et pourquoi faut-il vous en parler? Mais à qui les oublie on doit les rappeler, llàlcr les armements que le conseil prépare. Surveiller les travaux de uos forts qu'on répare ,
En éuhlir les plans, exercer le soldai.
Placer des corps d’élite aux confins de I État ,
Tels étaient ces devoirs.
ALPHO:fSS.
.Madame , je vous jure
Que je les ai remplis.
AURfcLIB.
Cependant on assure
Que votre cœur, troublé de soins moins importants, Pour vous en occuper vous laissait peu de temps.
ALPUOISR.
De quels soins parle-t-on?
AtBÈLIE.
Je ne veux rien connaître; Des penchants de son àmc on n'est pas toujours maître, Kl ce sont des secrets que j'aurais ignorés,
S’ils n'avaieiil compromis des intérêts sacrés.
AlPIlOnSB.
Permettez qu’à vos yeux ce cœur...
AiaXUE, »(Cviremettt.
Monsieur le coinle , C’est de vos travaux seuls qu’il faut me rendre compte
Elle •'«Mled.
AiraoMSE.
J'obéis. Nos soldats, divisés en trois corps,
De Nola sur trois points prolégcni les abonls.
Aux défilés des monts j’en ai placé l’élite...
Al'REUE.
Ah! près d’une villa qu’une liaronne hahilc.
1^ régent de la guerre un jour me la nomma ..
La baronne... aidez-moi.
ALPBOVSE.
La baronne d'Elma.
Al'EËLlE.
D'Elma! c’est cela même.
ALPHONSE
il ajoutait peut-être
Qu’auprès d’elle assidu...
ACRtME.
C’est ce qui devait être.
ALPHOflSE.
Madame!...
At'RÉLIS.
Nos soldats, comme vous le disiez?...
Ont réparé les forts qui m’étaient confiés;
Kl de Saint-Angelo l’antique citadelle Par un nouveau rempart...
acrElib.
Cette baronne... est belle?
ALPHONSE
Elle a quelque beauté. Convcnail-on du moins. Madame, en m'accusant de lui rendre des soin.s,
Que jamais...
AtaÊLIB.
Nos soldats?
I ALPHON.^E.
I J'eus riionncur de vous dire
I Qu'à mon poste fidèle...
I AL'BÊLIE.
] Oui; mais écrire, écrire,
; Toujours peindre un amour qu’on ne peut reiilcrmcr, Ou voir l’objet qu’au reste on est lil)re d’ainicr,
Le mal n’est pasnioinsgraml icbaqueheureainsi i*cmplie Ksi un larcin qu’on fait au devoir qu'on oublie.
I ALPHONSE
' Soigneux de diriger les travaux pas à pas...
! ArRÊLIE.
Mais il est des travaux dont vous ne parlez pas;
.V vos lauriers, dit-on (la gloire est indiscrète).
Vous ajoutez cucor les palmes du poète?
ALPHONSE
l^ardonncz...
AURÉLIE
C’est donc vrai? le prodige est ré<‘l?
Quoi! poète cl guerrier, c’est être universel.
Je doute cepemlaut que cette renommée
LA PRINCESSE AURÉUE. - ACTE II
l’tiisse augmenter pour vous le respect de l’armée ; Mais qu’on se perde ou non dans tous les ï>ons esprits» 1/ amour d une baronne est d’un bien autre prix, Quand d ailleurs sur vus vers, qu’etlc-inème public. On la juge en tous lieux une reiiimc accomplie.
AI.PliUNSt.
On a tort.
AVHtLIE.
Et pourquoi ?
AL4*UnPl!tE.
Des souvenirs pbis chers Pour une autre, madame, avaient dicté ces vers. ÀnRfcus.
L'ne autre! ah ! Beatrix; elle est vraiincnt aimable : Mon (>èrc à votre hymen ne fut pas favorable;
Vous raimiez : dans le temps je sais qu’on en parla : C’est elle que vos vers célébraient à Nola?
ALPBo;i$e, vivemenl.
?ion , madame, c elait...
Al'RtLiB, arec Aerte.
Qui donc?
ALPOü^SE, avec eiubarrat.
Eli poésie ,
On prend un |iersoniiagc..., un nom de faïuaisie.
On embellit alors cet objet idéal,
D’un charme si puissant qu'il nous devient fatal.
Le poêle en aimant croit aimer son ouvrage ; ■Mai.siion, trompé liii-mcmc, il a tracé l’image üuo de son triste cœur le temps n'a pu bannir,
El sa création ii’élait qu’un souvenir.
AI'RËLIE.
Un souvenir! vraiment? si l’image est fidèle.
D’une beauté si rare où trouver le modèle?
AI.FUOVSE.
.Sur le irdnc sans doute.
AlEEllE.
Alors quel souverain
l’eut SC croire assez grand pour préiendrc à sa main?
ALrUUVSE.
De quels objets depuis il vint iirentrctcnir !
Lui seul il m'égarail; il causa ma folie.
M’csl-on pas malgré soi poète en Italie?
Lui seul , il me rendait ces jardins , ce sijour.
Ce liiiiuillc enivrant des fêtes de la cour;
Ces bals où la grandeur noblement familière .Semblait pour régner mieux s'oublier la première;
Le s|icclaclc toiicliant des pleurs qu'elle essuyait . Ce golfe où, sur les flots, lorsque le jour fuyait.
Votre Altesse cliamait les airs de sa |>alrie ,
Où les accents plus doux de sa voix attendrie .
Dans ce calme du soir, cc silence des vents ,
Au milieu des (>arfums dont s’enivraient nos sens...
Al RELIE, émue.
La saison fut charinuntc ; oui , je me le rappelle.
AlPHuasB.
Et l’on accuserait la froideur de mon zèle Uuaud un seul souvenir remplissait mes esprits! Qu'on en blâme l’excès, on le peut , j’y souscris ; Qu’on CD fasse à vos yeux un crime impardonnable; Mais si du dévoueiiicnl l’eiccs même est coupable. Jamais devant son juge avec moins de remords Sujet plus criminel n’a reconnu scs torts.
AURELIE
Eh bien donc !... ces rempart s... oui, celte forteresse... Vous disicE?
AiraoasE.
J’eus l’bonncur de dire à Votre .Vitesse, Qu'avaiit de me résoudre à former uii lieu Où tout est convcnaiicc, où le emur n’est pour rien... acrElie.
Vous me disiez cela?
ALPHÜVSB.
.Soufli cz que je le dise ;
Il faut qu’à m’eiig.iger votre aveu m'autorise.
Al'RELtE.
Comte, vous l’oblicndreE.
ALPHuaSE.
Mais. .
Les rois, oui, les rois seuls ont le droit d'y prétendre; ' Mais l’adiiiircr du iiiuiiis quand ou a pu rcnlciidrc.
Ne l’oublier jamais quand on a pu la voir,
Ab! c’e.sl le droit de tous, et c’est prcsqu'im devoir. Ce culte de re.spccl et de reconnaissance ,
Que l’on rend aux vertus bien plus qu’à la naissance , Cn jicuple vous le doit; iiiai.s s'il est dus sujets Vdiuis par Votre .Vitesse à jouir de plus près Du cbarinc qui s'altaclie à sa présence nugnslc.
Leur respect plus ardent n’en devient que plus juste, j I n an , tel fut mou sort ; fune.stc souvenir ! ^
AlRtLIE.
Je crois ctilrc nous Que l’Etat, la noblesse, attendaient mieux ilc vous. Votre pays sur vous peut avoir d'autres vues.
AtniOSSB.
Oh ! ce sont des raisons que je n'ai pas prévtics.
Pbilül que de blesser de si chers intérêts ,
Je puis à cet byiiicu renoncer sans rcgrcl.s.
airElib.
On doit à son pays son temps cl scs services ;
.Mais il n'exige pas de pareils sacrifices.