AURÉLIE, ALPHONSE
AUREliE, aur le devant de U «cène.
Ah! le comte a parlé! Qu’un moment on s’oublie, Ils SC ressemblent tous; réparons ma folie. Otons-lui tout espoir. Mais le voici !
ALPHONSE
Pardon !
Je crains d’élre importun, et je m'éloigne...
AVHÉLIE.
Oh! non.
Je m’occupais de vous.
ALPHONSE
A part.
Esl-il vrai? Qu'elle csl belle!
AUltLIE.
Celait là ma pensée ; elle csl bien naturelle ; |
Je vous dois tant!
ALPHOaSE. I
Mon sang n’a point coulé pour vous; I Je cours et je vous sauve : un bonheur aussi doux, | llont j'aurais de mes jours payé la jouissance, |
Peut-il donner des droits à la reconnaissance?
AlXSLie.
Vous téinoigiicr lu luicnnc est un besoin pour moi; |
Comte, piiblicz-la, je vous en fais la loi. |
N'éprouverez-vous pas qncli|uc cbarinc à redire I
Ce qu'aujourd'hui pour vous ce sentiment m'ius[iire? '
ALPSUASE. j
Il sullil à mon cieur de l'avoir inspiré.
Al'StltE. I
N'en ai-je pas reçu l’inestimable prix ?
Je crois voir ce concours de sujets allciidris.
Ce tumulte, ces pleurs que vous faisiez répandre. J'étais là, dans la foule, écoulant sans entendre ; Distrait au sein du bruit sans m'en |)Ouvoir lasser,
A force de sentir j'oubliais de penser ,
Et fier de leurs transports, ému de leur tendresse. Heureux, je m’enivrais de la publique ivresse.
A l'aspeeldcces traits plus beaux de leur bonté,
Oé tous les yeux ardents de ce peuple enclianlé. Fixés comme les mieus, venaient dans leur délire Pour tant de pleurs versés se payer d'uo sourire;
.A votre oom chéri tant de fois proclamé.
Je sentais seulement qu'il est doux d'éirc aimé ,
El qu'il est un bonheur ignoré de l'cuvic Dont un rapide instant vaut seul toute une vie.
AUEtUE.
A part.
Flatteur!... Ah! l’indiscret! s’il n’avait pas parlé !
BauL
Au conseil des régents par mon ordre appelé ,
Du secrétaire absent vous remplirez rofiiee.
Comte, puis-je de vous attendre ce service?
ALPHONSE
C’est un honneur, madame.
AOHÉLIE.
Et vous le mérilcz.
ALPHONSE
Heureux si je le prouve I
AURELIE
Entre les qualités
Qu'exige au plus haut point ce grave ministère,
La principale, au reste, est de savoir sc taire.
C'est aisé, ii’cst-ccpas?
ALPHONSE
Madame, je le croi.
.\urelie.
D’ailleurs il ne faut voir dans ce nouvel emploi Qu’un pas vers des honneurs, un rang, une puissance, Qui doivent de bien loin passer vuiic espérance.
ALPHONSE
Ciel!
ALStLIE.
Ré|H>iidcz d'alionlcl parlez franchemeni ; AN'avez-vuus dans le cœur aucun engagement?
ALPHONSE
Est-ce un bonheur parfait qu’un l>oiiliciir ignoré? Ec soin de notre gloire autanl que ma justice Veut qu’un prix éclatant honore un tel service.
.Vmaiii , maduiue, aucun ; déjà je viens d’écrire... auhLlib.
Si vous n étiez pas libre, il faudrait me le dire ..
LA i*ium:i:sse aiuélik. — acte iii.
Je le àuis.
AU'Uü.^Sk:.
aireue;.
Car j’avoue avec sincente Que j'ai de grands projets sur votre liUn té.
aiPuoRSK.
Qu’euieiids-jc? elle est à vous : à vos pieds je reiiclinîiie. albeub.
l'eut-èlrc à m’obéir aurez-vous (|uc1(|iic peine?
ALPHOlfSB.
O Dieu! non : je le jure.
ACRELIE, en Murlanl.
Aueiidez.
Eli quoi! sans rien savoir!
A son ambition que d'honneurs sont promis! Quels services alors ne peul-il pas me rendre! Vous comprenez.
Mais non; je ne saurais cmiqtremho.
AIRÉLIE.
Votre noviciat danscel ordre gnerri(*r Sera irès-couii.
ALPllO^SE
Comment!
Al rLlie.
S;ms doute: ibcialîer. .
ALrUU*ISE.
AI.PHOaSE.
Oui, j’attends : qui l’aurailpu prévoit ? Suis-je digne? Est-il vrai? Dieu! faul-il <[ueje croie... AlBElIB.
Écoulez.
ALHCLIE.
Dieiilùl couiin.indeur.
AiPiio:^se.
Moi, madame!
AIREUL.
ALPHONSE
Oui , j’écoulc : ab! la crainte, la joie ,
Ce Inmbciir douloureux dont je suis oppressi* .
U m'étoufie, il éclate, il me rend insensé ;
Mou cœur ny suffit plus.
AlIREUt.
Arrêtez.
Ai.nioasE.
Je m’arrête ,
J'écoule, je me tais.
Ai RÊuE, a pari.
C’est sûr, avec sa lélc
Il perdrait tout d'un mol. Allons, c't^sl pour son bien; Mais qu’il faut de courage cl i|u'il m'en coûte!
AIPHUVSE.
rdj bien?
Je veux...
AIRELIE,
ALPnofISE. I
Ma raison cède à l’espoir <|ui l'exalte.
Ah! de grûee, achevez. i
AIHÉLIE. I
Vous envoyer à Malle. |
ALPHONSE
A Malle!
AIRELIE.
Vous savez que celte Me aujourd’hui Est contre l'Orient notre plus renne appui.
Sur le choix de ses chefs mon infliiciice e.si grande. ; Si l'un de mes sujets que sou nom recommande, i
Qu'illustrent ses exploits, dans leurs rangs est admis, |
(iiand maille un jour.
Pardon!
El peut-être
\l RELIE.
Oui, vous serez grand maître.
AI.PIIONSE.
Pcrnieilcz; avant tout il faut faire des vunix-
AIRELIE.
Aussi vous en ferez; si j’en crois vOs aveux.
Libre de tout lien, vous pouvez tout proiuetliv.
ALPHONSE, A part.
De ma confusion j'ai peine à me rcnictlre.
airElie.
Voyez quels nobles champs à vos exploits ouverts! Du joug de Pinlidèle aifraiichir nos deux mers.
Ne hrùlanl sous la croix que d’une chaste ivresse. Avoir [K)ur maître Dieu , la gloire pour maîtresse. Ilival des Lascaris, des Villiers, des Cozon,
A tant de noms fameux unir un plus grand nom:
Lu tel vœu, le passé m'eu donne rassiirance.
Quand il est fait par vous, est accompli d'avance.
ALPHONSE
Mais ce vœu, c’est celui de ne jamais aimer;
.Ne fùl-cc qu’un projet, qui l'oserait former?
N’cûl-on à conserver, dans son indifTéTciicc ,
Que celle liberté qui laisse l’espérance,
Qui donne un cbaniic û tout, permet de tout réver. Se peut-il qu’à jamais on veuille s’en priver?
Qui? moi! par un serment funeste, irrévocable.
Du seul bonheur permis faire un boiiliciir coupable !
LA l’niNCESSE AURÉLIE. - ACTE HL
El dois-je m')' résoudre? et le |iuis-jc? et coinnient Jurer de l'avenir?... je doute du présent.
Il est trop vrai, madame ; on s'aveugle soi-méme, ün croit qu'on n'aime pas, et cependant...
Al'SillI.