B Y ROIS
1 De là tes jours de deuil , de là les longs malheurs ! j Des vierges d’Albion la beauté méprisée Te poursuivit jusqu’au cercueil.
El (le l’Angleterre abusée Tu fus le mépris et l’orgticil.
En vain leurs yeux ardents dévoraient tes ouvrages ; l/auleurpar son exil expia scs outrages; là lu n’as rencontré sous des cieux diflcrcnls ,
Des créneaux de Chillon aux débris de Mégarc ,
Des gouffres d’Abydos aux cachots de Fcrrarc ,
Que sujets d'accuser les dieux et les tyrans.
Victime de l'cH’giieil, tu chantas les victimes Qu’il immole sur scs autels;
Entouré de débris qui racontaient des crimes.
Tu peignis de grands criminels.
Bebellc à ton malheur, ton âme indépendante N’en put sans déses|>oir porter le joug de fer : Persécuté comme le Dante,
Comme lui tu révas l'enfer.
L’Europe doit t’absoudre , en lançant l'anaibèmo Sur tes tristes imitateurs.
La gloire n’ap|)arlicnl qu’aux talents créateurs;
Sois immortel : lu fus loi-inéinc.
Il brille d'un éclat que rien ne peut ternir, tableau de la Grèce au cercueil descendue.
Qui n’a plus de vivant que le grand souvenir De sa gloire à jamais perdue.
Contemplez une femme, avant que le linceul (3)
En tombant sur son front brise votre espérance Le jour de son trépas, ce premier jour du deuil
> (3} Tout le momie connaît ce» beaax ver« de lord Ryron :
He who hath beat him o'er tlie dcad Krc the fir»t dày of dtalb is fled,
The firAl dark day of nothiiignenK,
The loft of d»R{;cr and distre»»... elc.
l.ORD BÏRON.
Où le (langer finit, où le néant commence :
Quelle irisie douceur! quel charme attendrissant!
Que de mélancolie , et pourtant que de grAce Dans scs lèvres sans vie où la pâleur descend !
(iOmine votre œil avide admire en frémissant Kc calme de ses traits dont la forme s’efface ,
La morne volupté de son sein pâlissant!
Du corps inanimé l’aspect glace votre âme ;
Pour vous-ménie attendri , vous lisez vos destins Dans l’immobilité de ses beaux yeux éteints.
Ils ont séduit, pleuré, lancé des traits de llamnic,
Kt les voilà sans feux, sans larmes, sans regard!
Pour qu’il vous reste un doute, il est déjà trop tard; >lais l’espoir un moment suspendit votre crainte,
Tant sa lélc repose avec sérénité!
Tant la main de la mort s’est doucement empreinte Sur ce paisible front par elle rcs|>ecté.
Où la vie en fuyant a laissé la Ijcauié!
C’est la Grèce, as-tu dit, c’est’la Grèce opprimée ;
La Grèce belle encor, mais froide, inanimée ;
La Grèce morte !... Arrête , cl regarde scs yeux :
I.cur paupière loiiglomjvs fermée Se rouvre à la clarté des cieux.
Regarde, elle s'anime; écoule, sous scs chaînes Son corps frémit et s’est dressé.
Ce pur sang, que le fer a tant de fuis versé,
Pour se répandre encor bouillonne dans scs veines;
Son front qui reprend sa fierté ,
Pâle d’un long trépas , lueiiaco et se relève ;
Son bras s’allonge et cherche un glaive;
Küc vit, elle parle, elle a dit : Liberté!
Morte, tu l'admirais; vivante, ({u'elic est IksIK^!
Tu ne peux ré^ster à son cri qui t'appelle.
Tu cours, tu la revois, mais c’est en expirant.
Oh! qui pourrait des Grecs retracer les alarmes , l^s vœux, les ciianls de deuil mêlés au bruit des armes? Autour de la croix sainte , aux pieds des inouïs errant, Le peuple confondait, dans l’ardeur de son zèle,
Setn aiui(|uc croyance avec sa fui nouvelle, invoquait tousses dieux, et criait en pleurant ;
Vent , qui donnes la vie à des fleurs imiimrtelles,
* Toi , par qui le laurier vieillit sans se flétrir;
* Vent, <|ui soiiflles du Pindc, accours, étends les
» Tua plus beau laurier va mourir! [ailes;
I Flots piii-s, où s’abreuvait la |>oésie antique, I (yliilde-llaruldsur vos lourds revient pour succoinlicr; I » Versez votre rosée à ce front héroïque
t Que l.i mort seuh; a pu courber. |
* Dieux rivaux, de nos pleurs séchez la source amère;
> Dieu vainqucurdc Satan, dieu vainqueur de Python,
I Renouvelez pour lui les jours nombreux d’IIomcrc
I El la vieillesse de Milton! i
N’invoquez pas les vents, insensés que vous êtes ! Leur souille aime à flétrir la palme des poètes ,
Tandis qu'il mûrit les poisons!
N'invoquez par les flots des fontaines sacrées ;
Ils brûlent lût ou tard les lèvres inspirées Pour qui semblaient couler leurs dons!
N’invoquez pas les dieux; ils dorment;la mort veille. Pour peu qu’un bruit de gloire ail dénoncé vos jours A son impitoyable oreille,
La mort entend ; les dieux sont sourds !
II n'est plus! il n’est plus! toi qui fus sa patrie. Pleure, ingrate Albion : l'exil paya scs chants. Berceau de scs aïeux (1), pleure, antique Ncustric;
Comcillc’ci lui sont les enfants.
Fl toi, que son trépas livre sans espérance .\ux cliahics des tyrans qu’auraient punis scs vers , Pleure , esclave; son luth consolait m souffrance ,
Son glaive aurait brisé les fers!
Î.CS Grecs le vengeront , ils l’ont juré : la gloire Prépare les funèbres jeux Qu'ils vont offrir à sa mémoire.
Qu'ils marclient, que son cœur repose au milieu d’eux , Enseveli par la victoire.
Alors avec le fer du croissant abattu Ils graveront sur son dernier asile :
« O sort ! que ne ré|>argnais-iu ! [.Vchillc. *
> 11 cliantait comme Homère, il fût mort coiimic
Ab ! quels que soient les lieux par sa tombe illustrés , Temple de la vertu, des arts, (le la vaillance,
Dont Loiidrc est fière encor et qu'a perdu la France , Son ombre doit s’asseoir sous tes jKirvis sacrés.
Wcsiminsier, ouvre-toi! Levez-vous devant elle,
De vos linceuls déjxxiillez les laml>enux ,
Royales majestés! et vous, race immortelle,
Majestés du laloiil, <|ui peuplez ces tombeaux ! l e voilà sur le seuil, il s'avance, il se nomme. .. Pressez-vous , faites place à ce digne liériUei'!
I Milton , place au jXKHe! Hoxyc, place au guerrier 1 I Pressez-vous, rois, place au giami bominc!
|(t) i.a famiiti- «le luril Djruii c>( uri^inairc ilc Kt«niui{,tlir . aiLUi tiuivircul en .toQlctirrc (•uillauiiM- le .