‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 360 sur 669 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

FALIERO, ÉLÉNA.

ÉLtKA.

Eh quoi ! vous êtes seul ? Venez : de celte fête Si le vain bruit vous pèse, à le fuir je suis prête.

Je dois rester pour toi.

Voiidrnis-je prolonger Des plaisirs qu’avec vous je ne puis partager?

J’en sens peu la douceur; ce devoir qui m'ordonne D’entendre tout le monde en n'écoulant personne , Ces flots de courtisans qui m'assiègent de soins ,

El croiraient m'oITenser s'ils m'importunaient moins, D’un tel délassement me font un esclavage.

Avec la liberté qu’autorise l'usage,

Un d'eux , couvert d’un masque et ne sc nommant pas, Mc lasse, roc poursuit, s’attache à tous mes pas.

FALIfcRO, viVi-tDPnt.

Qu’a-t-il dit?

ELlVA.

Rien , pourtant, rien qu’il ti'ait pu me dire ; Mais je conçois l’ennui que ce bal vous inspire ,

OEIAVIGSE.

Et prompte à le quitter, j ai cependant, je croi,

I Moins de pitié |)our vous que je n’on ai |K>ur moi.

I FALIERO

' Ce dégoût des plaisirs cl m'attriste et m’étonne ;

! À quel(|iic noir chagrin ton âme s'abandonne.

I n'es donc plus heureuse, Éléna?

ÊltNA.

f Moi, seigneur

FALIERO

Parle.

^ £Una.

Rien près de vous ne manque â mon bonheur.

FALIERO

I Dis-moi ce qui le trouble? Esl-ee la calomnie?

! L'innocence la brave et n’en est pas ternie.

I Doit-on s’en affliger quand on est sans remords?

fiLtXA.

, Je suis heureuse.

FALIERO

Non : malgré tous vos cflbrls.

Vos pleurs mal élouflés démentent ce l.mgage;

Vous me trompez.

tLiriA , A part.

î O ciel!

FALIERO

A ma voix prends eoMr.vge :

Ne laisse pas ton cœur sc trahir à demi ;

I Sois bonne et confiante av'cc ton vieil ami.

I) va l’interroger.

ELtri.i, A part.

Je frémis!

FALIERO

Ma tendresse

i Eût voulu te cacher le doute qui m'oppresse;

I Mais pour m’en affranchir j'ai de puissants motifs : I Un instant quelquefois, un mot, sont décisifs.

I Un mot peut disposer de mon sort , de ma vie... j £lEra.

I Qu’entcnds-jc ?

I FALIERO

En me rendant la paix qui m'est ravie. N'as-lu pas, réponds-moi, par un discours léger.

Un abandon permi^que tu crus sans danger,

I Un sourire, un regard , par quelque préférence , Enhardi de Sténo la coupable esi>érance ?

£l£sa, vivement.

Sténo!

FALIERO

Non, je le vois, ce dédain l'a prouvé; t Non, pas même un regret par l'Iionneur réprouvé.

MARINO FAI.IERO. — ACTE II

IVun poncliant coinhauii pas incmc le murmure Ne t’a [larlé pour lui, non, jamais?

Je le jure.

FAiiEan.

.\sscr , ma fille, as.scz. Ali! ne va pas plus loin : I n serment ! tou é|>oux n’en avait pas besoin.

Cl.tVA.

Je dois...

rALiaao.

Lui pardonner un soupçon qui t’accable : Il filt mort de douleur en te trouvant coupable. SlÊSA.a part.

Taisons-nous !

FALISao.

Doux moment! mais je l’avais prévu.

Mon doute est éclairci.

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