ORRI^E
Uuitier!
rom RR.
Vons-méme!
CUMIIXK.
Au nom du ciel, plus bas!
CUITIER.
F.h bien! plaignez Nemours, et no l'ai câblez pas.
Mon cœur saigne, je souffre, et ne puisine contraindre Lorsque, seul avec moi, je vous surprends ù feindre, Fl que sur un ami vos yeux n'usenl verser Quelques pleurs généreux qu'on pourrait dciiuiiecr. r.omuxR.
Peu jaloux d'eulcr une douleur stérile Je lais la vérité qui nuit sans être utile;
Notre intérêt commun exige cet efrurt.
CUITIER.
Vous la tairez toujours, moins qu'après la mort , .Affranchi des terreurs qu'un trône vous inspire,
Vos luôiies du lomi>ea(i ne sortent pour la dire.
COXVISE.
Peut-être... Mais, (Ailier, quand de mon dévoucmeiii Un gage trop certain vous jiarle à tout luomeui , Qu’in)|H)rtc si des cours un long apprentissage Fait mentir dessein mes yeux et mon visage^
.V Nemours, comme vous, uni par l'ainilié ,
N'ai-je niontré pour lui qu'une oisive pitié?
Ses fils ne craignaient pins : leur |H‘re était sans vie. La vciigennco du roi vous semblait assouvie ;
Quelle voix dissipa votre comiminc erreur?
La mienne; de leur sort j'avais prévu rhorrcitr.
Un seul voulut nous croire , cl préparant sa fuite,
.A des amis zélés j'en remis la conduite.
Quel refuge assuré s'ouvril devant sus |ki<)?
Ccsl ma famille encor qui lui lendit les bras.
Le duc Cliarlc, à Péroiine, instruit avec prudence, Be^iit de ses niailienrs l'entière contideiiC(‘,
Le vit, et raccueillii comme un Imte fatal Dont il pourrait un jour s'armer contre u:i rival.
Si lu fortune alors lui devint moins sévère.
Plus j'ai fait pour le fils, plus jVi blâmé le |K.Te.
LOUIS XL — ACTE I
Courageux sans danger, vous régnez sur )c roi ;
Mais un sort diiïcrcnt m’impose une autre toi ,
El quand , près de Louis, le devoir nous rassemble,
Il tremble devant vous, et devant lui je tremble.
COITlEft.
El c’est par crainte encor que, forcé d'accepter.
D'un ûcf des Armagnacs on vous vil bériter :
Apanage sanglant que leur bourreau vous donne,
Kl dont les écbufuuds ont doté la couronne.
cuxanE.
Ma fille, en épousant Nemours que j’ai sauvé.
Lui rendra ce dépôt sou.s mon nom conservé.
Elle était dans l’exil sa compagne chérie :
Ils s’aimaient , je le sus ; cl ruppeiaiil Marie, J'approuvai qu'un liymen, aujourd'hui dangereux,
Les unit par mes mains dans des temps plus heureux.
COITIER.
Quand il ne sera plus?
COXXIXE.
Eh! qui donc?
roiTIEE, roontr»nt le» tours du Plessia.
Lui!
CÜMXIXE.
Silence!
Eh bien! ni accusez-vous d’un excès d'indulgence? Blâmez-vous cci hymen !
COlTtER.
J'admire , en y songeant, Le politique adroit dans le jière indulgent.
Qui sait? des .Armagnacs la grandeur |>eut renaître : Admis dans les secrets de votre premier maître, Nemours est cher au duc, adoré du soldat;
Le gendre tout-puissant ne sera )>uinl ingrat,
Et, si voire fortune essuyait quelque orage.
Vous prépare en Bourgogne un poi l dans le naufrage.
COXXIVE.
C’est dicreber, je l'avoue, un but trop généreux .Vu soin tout paternel qui m’a louché pour eux.
A la cour sous ces traits que n'allez-vous me peindre?
COITIER.
Vous n’eussiez i>oint parle si vous |K>uvicz le craindre? Mes amis les plus chers sont par moi peu lUltés,
Mais je garde pour eux ces dures vérités.
ttUXXl^E.
Epargiicz-lcs du moins à Louis qui succombe.
ClilTIER.
Quand lesc'ntemlrait-il? scrail-cc dans la tombe?
CONVIEE.
Vous, son |>erséculeur, devenez son soutien.
COITIER.
Il sciait mon l)ian, si je nelais le sien.
; Vrai Dieu ! ne l’esi-il pas? sait-on ce qu’on m’envie ?
! Du médecin du roi sait-on quelle est la vie?
I Cet esclave absolu , qui parle en souverain ,
I Ment lorsqu'il se dit libre , et porte un joug d’airain .
; Je ne m’appartiens pas; un autre me possède : f Absent, il me maudit, et présent , il m’obsède ;
' Il me laisse â regret la santé qu’il ii’a pas;
I S’il reste, il faut rester; s'il part, suivre scs pas, Sousunplus dur fardeau baissant ma tète altière ; Que les obscurs varlcis courbi'S sous sa litière.
I Conûné près de lui dans ce triste séjour,
' Quand je vois sa raison décroître avec le jour,
I Quand de ce triple pont, qui le rassure à peine,
I J'entends crier la herse et retomber la chaîne ,
C'est moi qu’il fait asseoir au pied du lit royal I Où l’insomnie ardente irrite encor son mal ;
I Moi, que d’un faux aveu sa voix flatteuse abuse I S'il craint qu’en sommeillant un rêve ne l’accuse ;
I Moi , que dans ses fureurs il chasse avec dédain ;
\ Moi , que dans ses tourments il rap|)ellc soudain ; j Toujours moi , dont le nom s'échappe de sa bouclic ,
1 Lorsqu'un remords vengeur vient secouer sa couche.
' Mais s’il charge mes jours du |>oids de scs euiiuis,
Du cri de scs douleurs s’il fatigue mes nuits ,
I Quand ce s]>ccire im|>oste(ir, maiire de sa souffrance , j De la vie en mourant afTccle l'apparence,
I Je raille sans pitié scs cflbrls su|>erflus Pour jouer à mes yeux la force qu’il n’a plus.
Misérable par lui, je le fais misérable:
Je lui rends en terreur l’ennui dont il m'accable ;
Kl pour soufli ir tous deux nous vivrons réunis ,
! L’un de l’autre tyrans, l’an par Tauiro punis,
I Toujours prêts à briser le nœud qui nous rassemble,
' Et toujours condamnés au malheur d’élrc ensemble,
' Jusqu’à ce que la mort qui rompra nos liens ,
: Lui reprenant mes jours dont il a fait les siens,
I Se lève eulre nous deux, nous désunisse, et vienne [ S’ctiiprer de sa vie et me rendre la mienne.
COXRr^E.
On s’avance vers nous : veillez sur vos discours! comER.
Craignez-vous votre fille?
SCKNE V.
COMMINE, COlTIEn, MAIUE.
COXMI1E.
Abiviens, approcln^, accouis.
Tu lie nous troubles point.
LOUIS XI. — ACTE I