SCÈNE IX
MAUIK, .NEMOUllS.
Nemours!
TfEMUl RS.
Je vous retrouve enfin !
Marie!
MARIE
El dans votre patrie.
Sous ce l)cau ciel de Erance!
MEMOrR*'.
11 m'a tant vu soufl'rir.
MARIE
Celui que vous allez nommer Peut-être à ta pitié n’csi pas inaccessible,
Demain, dès ce jour même...
XEMOCRS.
Eh bien ?
MARIE
Tout est possible;
Heureuse , je crois tout. Je ne puis rien prévoir,
Uieii sentir, rien penser, sans m'enivrer d’espoir;
Et, soit que Dieu m’éclaire, ou que l'amour m'inspire, Je n'ai que du bonheur, Nemours, à vous prédire.
Hélas!
.AEllOUIlS.
Espérez !
aSMOlRS.
Près de vous me verra-t-il mourir?
i MARIE.
^ Vous souvienl-il, ami , de ce l>eau jour
Où votre aA'Cu m’apprit que vous m’aimiez d'amour? C’élail le soir.
MARIE
.Mourir! ne craignez plus ; je sais, j’ai rassnrancc Que... Non , je ne sais rien ; cc[iendani respératici; , Comme un songe, à mes yeux sourit eonfusémeni,
El d'un bonheur prochain j’ai le picssenùment.
5EMOIRS.
Tendre sœur, pour mes maux toujours coiiqiatissaiitc, .Mais plus belle!
MARIE
Est-il vrai?
REMOlB.'i.
Plus belle eiicoi^ î
MARIE
Absente,
Vous me regrettiez donc, mon noble dievalier?
Car vous l’êtes toujours.
XEMOIR*.
Au pied d'une croix solitaire.
' MARIE
Me^ yeux baissés comptaient les grains démon rosaire, El j'icoulais pourtant.
XEMOIRS.
Sur le bord du cheiuin,
Un vieillai'd qui pleurait vint nous tendre la main.
MARIE
Il ret;ui notre aumône, cl sa voix aucmirie Me dit que... je si'rais... s, .
XEMülhS.
Mu compagne chérie ,
.Ma feiiiino.
MARIE
11 s'en soimcniî
Le puis-je?
REMOlRS. ILMni'RS.
Qui? moi, vous oublier î ^ Ces biens que j’ai pcnliis ,
J'espérais que, pour \oiis, ils me seraient loiidus.
Lons M. - ACTE m.
Je reviens; mais Icxil csl toujours mon partage.
Des hictis, je n'en ai plus, et dans mon liériuge, Sous le toit |>aiernel, par la force envahis.
Je suis un étranger comme dans mon pa)s.
MCKie.
Votre exil peut finir.
^EMUl RS.
En traversant la France ,
Je visitai ces murs, berceau de mon enfance;
.Morne et le coeur navre, jVnteudis les roseaux Murmurer tristement au pied de leurs créneaux.
Que de fois à ce bruit j'ai révé sous les hêtres.
Dont l’antique avenue ombragea mes ancêtres !
].c fer les a détruits ces témoins de mes jeux ;
Mon vieux manoir désert toudie cl péril comme eux. l/licrbe croit dans scs cours ; les ronces et le licrro Fennenl aux pèlerins sa porte liospiialière.
jKirtraildc mon |)èrc, arraché du lambris,
Était h, dans un coin, gisant sur des débris.
Pas un des serviteurs dont il reçut l'hommage,*
Kl qui bcurtciit du pic*dsa vénérable image,
N'a de rancieii seigneur reconnu riiériiier.
Hors le cliien du logis, couché sous le fo)ci',
Qui, regardant son maître avec un air de fêle.
Pour me lécher les mains a relevé la tête.
MARIE
A vouSj Nemours , h vous! jamais ce ciel natal .
I Jamais ce doux pays ne vous sera fatal, j Apprenez que vos droits, vos biens... Vierge divine. Pardonnez , je me lais. .Moi causer sa ruine,
Moi qui mourrais pour lui!
HENOIRS.
Marie , expliquez-vous ;
t i'urlez.
^ MVRIE.
I Je ne le puis : non , non , séparons-nous.
Par pitié pour vous-même, il faut que je vous quille. Ami , laissez-inoi fuir : le trouble qui m'agite Peut m'arracher un mol à ma tmuclie interdit :
, Ks|>ércz, espérez !... Ou vient :
Se retouriunt vcni U eli«|ivllc.
Je n'ai rien dit.