‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 513 sur 669 · LES ENFANTS D’ÉDOUARD. - ACTE U · texte numérisé non relu

LES ENFANTS D’ÉDOUARD. - ACTE U

Doiir le liiisscr régner, c'csl ee qu'il faut connalire.

Iia'»p;>u[c <urlc faulcull d'edouard.

ncstioniinnges do cour milord est délivré;

J'ai pris sur moi ce soin.

tOULABO.

El JC vous en sais gré :

De CCS émotions Tivressc est accablante;

J’ai peine à soulever ma paupière brûlanlc ;

Ma force est épuisée !

GLOCBSTBR.

Hélas! que de dégoûts Attachés à ce rang qui fait tant de jaloux !

Beau neveu, je vous plains!

taOlABD.

Un regard de ma mère Eiiiporlcra bientôt ma douleur passagère.

Parlez-moi de Uichard : m’a-t-il bien regretté ?

Du voyageur, milord, s'est-ü inquiété?

GLOCBSTBR.

Mais...

Rdocard.

Oui, j’en crois mon cœur, le sien, sa douce image Dont les traits m’ont souri pendant tout le voyage.

Il s’occupait de moi, qui, palpitant d’espoir, Lcchercliais, l'appelais, croyais déjà le voir Se jeter à mou cou , dans sa joie enfantine.

Les bras unis aux miens, pleurer sur ma poitrine, Qui rentendais , milord , comme s’il était là ,

Mc dire en sanglotant : l^douard , te voilà !

N’accablez point vos jours d'un poids qu'on vous allège; Vous n’aurez que trop tôt ce triste privilège.

ÊDOIARD.

Dussé-jc avant le temps rejoindre mes aïeux.

Lord Hivers me l'a dit, il faut voir par mes yeux.

Si mon père abusé , si ce roi qu’on révère ,

N'eût pas fermé les siens dans un jour de colère , Clarencc qu’il aimait et qu’il a tant pleuré....

GLOCBSTCR.

Clarencc!

ÊtM)CARD.

Dans la Tour n’aurait pas expiré.

GLOCBSTBR,4pari.

Il a trop de mémoire!

tOOCARD.

Ah! quelle dilTércoce!

Où j’arrive avec joie, il vint sans espérance.

C'est ici, dans ces murs... leur aspect in’a fait mal : Ils ont vu si souvent couler le sang royal !

GLOCE.HTBR.

Mais l'arrêt celte fois punissait un coupable.

ÊDOIABD.

L'arrêt qui tue un frère est toujours révocable.

GLÛCESTBR. 4 part

Mc soupçonncraii-il?

ÉDOUARD

Un frère !... ali ! ce doux nom Sur les lèvres des rois fuit venir le pardon; Edouard l'accorda.

GLOCBSTBR.

Je veux renlrclenir, celle amitié si sainte ;

Je prendrai du pouvoir les travaux, la conlrainlc. Pour moi, tous scs chagrins, |K>ur vous, la liberté , L’amour, les jeux d’un frère et leur folle gaieté!

ÉDOUARD

Son enjouement naïf au plaisir vou^ invite ;

11 rit de si bon cœur que bientôt ou rimite.

GLOCÉSTER.

Heureux auprès de lui vous n’aurez qu'à choisir Entre les pas.sc-lcnips qui charment son loisir.

ÉIHJCARD.

Je les verrai pcul-ôlrc avec un œil d’envie;

Mais d’autres soins, milord, doivent remplir ma vio.

GLOC ESTER

Et quels soins?

EIH)1 AR^.

Je suis roi.

GiOCESTBR.

Mon Dieu, vous le serez ; Mais lie vous troublez point d’ennuis prémuluivs.

I GLOCBSTBR.

I Trop lard.

^ ÉDOUARD

I Non, niais un crime

Jusque sous son pardon vint frapper la victime.

GLOCESTEB.

; Chassez de votre esprit ce triste souvenir.

ÉDOUARD

! Ah! quand je le voudrais, pourrais-jc l'en bannir!

' J’entends sortir du cœur de mon malheureux père ! Cecri:i Mon frère cslmorl! j’ai failiuourirmoufrère! » * Je jouais, j'étais là, riant sur ses genoux ,

Quand d’horreur, à ce cri, vous avez pli tous.

I Puis avec des sanglots il reprit à voix basse :

« Eh quoi! [>as un de vous n’a demandé sa grâce!

* Qui l'a fait , qui de vous à mes pieds sc jetant,

{ > M'a rappelé ces jours où nous nous aimions tant?

» .Nos durs travaux , ces nuits où brisés par In gucrri* » Dans le luêmc manteau nous couchions sur la terre, j » üù l’ecariant de lui pour en couvrir son roi ,

; ) Sous la froitle rosée il tremblait près de moi?

LES ENFANTS D’ÉDOUAnP. — ACTE II.

t Et je Vaî condamné sans qu'une Ih>ucI)C amie

* S'ouvrii pour me crier ; Il vous sauva la vie!

I Pauvre infortuné frère!... Ali! que jamais ton san» » Ne retomlK* sur lui! dit-il en m’embrassam »

* Surines fils!... » El sa voix s'cleignil dans les larmes. Mais la honte du ciel a trompé ses alarmes :

Aimés , bénis de tous, ses deux fils sont heureux ;

II peut dormir en paix , car vous veillez sur eux.

GLOCESTER

A part. K tclouarU.

Je respire! Écartez ces iin.ages funèbres!

ÉDOIARO.

Oui , quand j'aurai puni.

GIOCESTER.

Qui donc ?

tom ARO.

Dans les ténèbres

l/assassin de Clarcnce en vain croit se cacher.

GLOCESTER

Eb! que prétendez-vous?

tDOl'ARD.

Mon bras l'ira chercher.

GLOCESTER

Craignez, en ressayant, d’éveiller bien des haines !

EMl'ARO.

l«a justice des rois n'a point ces craintes vaines.

Un enfant fera-t-il , h son avènement,

(je qu'Édouard lui-méme évita pnidemmcni?

ÉDOI ARO, *e IpvAnt.

jour OÙ , jeune encore, on revêt la puissance,

On grandit sous son poids; pour secouer l'enfance, Sur les degrés du trône il suffit d'un instant ,

El l'enfant couronné devient homme en nioiilaiii.

Je suis plein d'avenir : Dieu dans ce corps débile Avec un cœur de feu mil une âme virile.

Vous serez fier de moi , j'en ai le ferme espoir ;

Mais punir l’a.ssassin est mon premier devoir.

Je vous le jure ici par les pleurs de mon {>èrc.

Plus il sera puissant, plus je serai sévère.

Uicn ne peut , moi régnant , le soustraire au (répas, Rien , je le jure encor.

GLOCESTER, ft p.ir(.

Tu ne régneras pas!

EDOCARO, qui est retombé dans son f«iüeiiti.

Mais vous avez raison ; ce souvenir me lue!

Je cède à la fatigue, et ma icte abaiiuc,

Malgré moi, je le sens, retombe sur ma main.

GLOCESTER. avec Intérêt.

Qu'avais-jc dit?

erocard.

Croyez que plus lard , que demain , Quand le sommeil... Une heure! oliîsculcmcnt une heure!

GLOCESTER

Pour goûter ce repos , venez.

EDOI'ARO.

Non, je demeure;

I I.a reine maintenant ne peut tarder, je crois ;

I Je l'attemls. Oh! parlez : j’écoule... je vous vois... j Mais comme dans un rêve... cl cc|>endanl je veille.

I Ricliard!... toujours joveux... O mon frère!...

GLOCESTER

Il sommeille.

SCÈi\E VII.

GLOCESTER, l'DOUARO, mdormi.

GLOCESTER

I C'est lui! c'est cet enfant qui parle de punir,

I Quand ce moment, peut-être, est tout son avenir!...

I Non : sans celle autre vie ailacbéc à la sienne ,

' Je oc puis rien.

I Énot ARD, rêvant.

Richard!

j GLOCE.STEB.

U l’appelle! ah! qu’il vienne, j Qu'il dorme à scs côtés, et je suis Richard trois;

! Je suis roi d'Angleterre en étouffant deux rois.

' Nos lords, nos fiers prélats, pôlissanl d'épouvante. Voudront, le crime fuit, baiser ma main sanglame. Et, si je leur partage un lambeau du pouvoir ,

Pour ne rien refuser n'oseront rien savoir.

Narcbant avec agitation.

Qu'il vienne!., els'ildil: Non... Mol fatal! c'est la guerre: Drapeau contre drapeau, nous jouerons rAngicterre.

U s'élance A la fenéire et sc penche en üebors. Aqnilachanccalors?..Maisqu'cnlcnds-je? Aucun bruit! I Mon œil au pied des murs plonge en vain dans la nuit. I Quelle angois.se! Attendons.

Il revient sur le devant de la scène et regarde Edouard.

' La frêle créature!

Relie pourtant, bien liclle... 0 marûirc natun*!

: En comblant tous les miens, tu fis de leur hcituté Un sarcasme vivant |>ourma dilfarmiié.

Ebbicnl marâtre, ch bien ! j’ai détruit ton ouvr.vge : Deiuande-les aux vers qui rongent leur visage ;

! La mort, la pâle mort décomposa ces traits Où d'un œil complaisant jadis tu t'admirais.

Qui doit sunivre à tous? Moi, l'œuvre de la haine , Moi, modèle achevé de la laideur humaine ;

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