‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 551 sur 669 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

l)ON' QI EXADA , ms DON JEAN.

nox QCEXAnv.

Voici donc le grand jour arrivé! Affranelii d'un secret royal dont je me suis toiijoiir défié, je fer.ai désormais ma sieste sans mauvais rêves. Mon élève va monter à la place qui lui est duc, et je vais rentrer dans la douce possession de inoi-inéinc. Je ne me sens pas d'aisc, et les larmes iii’eii viennent aux yeux. (Ouvrant la portr «le la rb.imbrc de don Juan.) Don JUDU, moil cher don Juan, accourez!...

Dût jrvx.

Mon père, je suis heureux de vous revoir.

DOX giEXVDA.

Je le suis plus encore de vous prcs.ser dans mes bras, et de vous aimonecr une nouvelle qui doit vous combler de joie.

DOX JI AX.

Laquelle?

DOX gi’EXADA.

Le plus ardent de vos désirs va hientot se ré.v!iser ; votre bonheur va commencer d'aujourd'hui.

DOX Jl'AX.

Je vous le jure, mon j>ère, qu’il est commencé depuis six mois.

DOX grEXADA.

Depuis le jour de votre eonversion, c'est vrai;

DON JUAN D’AUTRICHE. - ACTE I

in.'iis enfin, vous allez recueillir le fruit de votre docilité et de votre excellente conduite. Kecevez>en donc mon compliment, que je vous adresse du fond de l’àme : dans quelques lieures vous entrez au mo> ! nasière.

DOV JVK^.

Au rnonaslère! dans quelques heures!.... et cctle résolution est irrévocable?

MV Ql'EXADA.

TeUement irrévocable, qu’aucune considération de tendresse ne l'ébranlera, que nulle puissance humaine ne saurait la clianger.

lK)If JI AIV.

Alors je dois vous dire toute h vérité.

imV QIEXADA.

Dites-la : il ne peut être pour moi que très-agré.iblc et Irès-édifianl de l'entendre.

»0?f JL AN.

Aussi bien je suis las de la contrainte que je m’impose, je me sens mal à l'aise sous un masque, cl il est temps de secouer ces apparences menteuses qui me dégradent à mes yeux.

DOV QIZXADA.

Que me parlez-vous de contr.ninie, de musqué?... qu’cst-ce que tout cela veut dire?

un grand nombre, je le sais; je reconnais en eux une supériorité de nature, ou une force de volonté devant lesquelles je m'humilie. Moins je les comprends, plus je les honore ; mais plus aussi je sens en moi l'impuissance de les imiter, cl le besoin de vous dire dans mon désespoir : J'en suis incapable, je ne le peux pas ; non, mou père, je ne le peux pas.

D05 QCEXADA.

Modérez-vous, je vous en supplie, et ne tombez pas dans l'exagération. U'Église, en mère prudente, n’exige pas de tous les siens les mêmes sacriGces; il en est qu'elle prédestine aux honneurs et même â la gloire. Je n’en veux pour exemple que notre immortel cardinal Ximénès; et quant aux innocents plaisirs du I monde, je puis vous afTirmcr que j’ai connu â Rome beaucoup de scs collègues qui sc les [)ermeltaienl sans I que larbosc fit scandale, et qui vivaient absolument comme vous cl moi.

DOV JOAV.

Comme vous mon père, c'est possible, mais comme moi! Sentez-vous bien toute la force de ce que vous me dites? Youicz-voiis que je portedans un cloître des désordres à peine tolérables dans votre maison? voulez-vous que je cache sous la robe d'un moine ce qui n'était que faiblesse cn moi, et ce qui serait crime en luit...

JCAX.

Que je vous trompais, mon père.

DOn QIEXASA.

Vous!

BOX iVAX.

Depuis six mois je vous trompais. Cette ferveur que vous admiriez, elle était feinte; mes dehors de piété n'ciaicnt qu'un jeu. J'aime la lil>crté avec toute l'énergie dont je liais l'esclavage du cloître ; je l'aime d'un amour immodéré, sans bornes. Le jour est moins doux pour moi que lu liberté ; l'air que je respire est moins nécessaire è ma vie, et vous pouvez juger que si j'ai pu descendre jusqu'à tromper pour cn jouir eu .secret, je ne reculerais pas devant tous les supplices pour la défendre à force ouverte.

DOX QÜZXADA.

Quoi! vous... mon vertueux élève!.... je suis confondu, et les bras me tombent de saisissement.

BOX JCAX.

Pardon, mon père, cent fois pardon ! aii ! croyez que celte ruse coûtait plus encore à ma tendresse pour vous qu’à ma fîerté, qui s’en indignait ; mais pourquoi me demander des vertus trop au-dessus de ma faiblesse? Il n’csl rien d'aussi respectable à mes yeux (|u’un prêtre digne de ce nom. L’Lsi>agnc cn compte

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