‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 561 sur 669 · D05A FLORI50E · texte numérisé non relu

D05A FLORI50E

Vous !

DON J TAN D’Al TRICHE. — ACTE II.

Pourvu qu'il en use comme je voudrai.

DOROTilÊR.

A la bonne Iieure.

Je l'aueiids.

Ici?

DOÎI JCA!».

DOnA rLOBIIVDB.

non Ji'An.

C’est l’un de mes témoins, et le plus important. Il est tout-puissant auprès du roi , et le secret de ma naissance qu’il peut me révéler, son appui qui m’est promis, je vous devrai tout cela.

DOIfA FLORinOE.

A moi ?

Don jCAn.

Que vous en coûtcra-t-il? rien : il ne faut que lui plaire.

DOIA FLOBinDB.

Mais vous m’effrayez.

DOROTRtE.

Un ami du roi !... bonté divine! c’est un dévot.

Don jiAn.

Comme on l'est à la cour : d'une dévotion qui se bisse faire. D'ailleurs je vous dirai, entre nous , qu’il a une passion dans le cœur.

oonx FLoainDB

Voilà qui roc rassure.

Don ii'An.

Uccevez-le bien, chère dona Florindc, et mon avenir est assuré ; soyez toute gracieuse avec lui, soyez vous-mëmc, et je ne crains rien pour moi; je n'ai ]>eurquc |>our sa maliressc.

DOROTHte.

Vous n'éics guère jaloux, seigneur don Juan. Ce n’est pas mon pauvre Daniel qui m'aurait parle ainsi d'un étranger le jour de mon mariage.

DO.V Jl'ATI.

Ton mari s’appelait Daniel!

DOROTHÉE

Pourquoi pas? C’est un nom qui en vaut bien un autre.

DOV Jl'AH.

Comment ! c'est un très-beau nom ; c’est un uoui de proplièic.

nUROTlIÉE.

Ne riez pas des prophètes : ils ont annoncé plus de vérités que bien des chrétiens n'en disent dans toute leur vie.

DO!f JI AÎI.

Elle serait juive, qu'elle ne parlerait pas autrement.

DOriA FLOaiHDE.

Et si elle l’était, vous ne la regarderiez plus?

DOH Jl!A?t.

Si elle l’éiaii , je la ferais brûler vive.

DOROTHÉE, etrnyép.

Que dites-vous là?

oov JCAH, â Florlnde.

Pour être on moment seul avec vous.

DOROTHÉE

Je vous jure, seigneur don Juan, que voilà une plaisanterie qui n'est pas plus du goût de ma maîtresse que du mien.

DOl iCA?*, à Florindr.

Est-ce que vous vous intéressez aux juifs?

DOIVA FLORINDE.

Vous leur voulez donc bien du mal ?

DOT JtlAX.

Pas le moins du monde. Grâce au ciel! je n’ai jamais eu affaire à aucun d'eux; mais je ne me connais pas un ami qui n’envoie du meilleur de son cœur toute la postérité de Jacob au fond de lu mer Uouge.

DOTA riORlSDE.

Moi, qui crois juger sans prévention, je pense qu’il y a dans ce peuple qu’on persécute autant de vertus que dans scs persécuteurs , et si comme un autre il a quelques défauts...

DOS JCAV.

Il s’est bien corrigé de celui qui a ruiné l’enfant prodigue.

DOROTHÉE

Continuez, vous êtes en beau chemin; mais je vous dirai à mon tour que je connais telle fille de leur tribu, qui ne se borne pas, comme bien des grandes dames, à prier en faveur des aflligés : elle va de scs propres mains porter secours à leur misère; elle met à profit, pour adoucir leurs maux, les secrets qu’elle a reçus de scs pères, cl qui valent bien loiitc la science prétendue des trois inétlccins du primai d'Espagne.

DOS JIAX.

Je ne le dis j>as le contraire : les rabbins passent |H)ur sorciers , et je sais de reste que les médecins ne le sont }ia$.

DOROTHEE.

Elle est riche, cette jeune fille...

DON JUAN D’AUTRICHE. — ACTE H

D07IA FLOEITIDr.

Assez, assez, Doroiliée.

DOBOTate.

Et le meilleur de son bien , elle le donne aux pauvres.

(riorinde supptio par üe« aigne* DorolhCc deac UIrc.)

DON JUAN. I

Ce n'csl peul-èlre qu'une rcsiiiulion.

DON.A rLÜMNDC. I

;Vh! vous êtes cruel, don Juau. '

DON JUAN

Nous pouvons nous dire cela entre chrétiens, sans libeller personne. J'ai ]>cul*élrc mauvais goût; mais j'avoue que le peuple élu de Dieu n'est pas celui que ' j'aurais choisi à sa place. Ia Uuna Plorlude qui •’c«l «mJsc qui dcru.l Eh! de quoi vous occupez-vous?

DUNA FLUllNDB.

J'achève une lettre. j

DON JtAN. I

Elle est donc bien pressée? {

OONA FLOBl.NOE.

IMus importante encore : tant de honlicur en dé- |

DON JIAN. I

Vous paraissez émue. Ce que j'ai dit sur les juifs | vous aurait-il fait quelque peine ? !

DONA FLülUNDE.

Un les méprise sans les connaître; on les comlamuc avant de les entendre; ils soutirent ctifiii : et quand la force est d'un côté, le malheur de l'autre, c'est | contre le faible que vous prenez parti, vous, don Juan! | ab ! je ne l'aurais pas cru.

DunuiBEE.

Surtout au mouicnl où l'acte de foi qu'on va célébrer doit faire couler tant de pleurs et de sang.

DUN JIAN.

Ab! par Tbonneur! je n’y songeais pas. De grâce, doua Klorindc, ne me condamnez point sur une plaisanterie : qu'un bouiinc soit hérétique, juif, ou musulmau, je puis le railler tant qu'il est heureux; mais dès qu'il souffre, si je ne pense pas comme lui, je souflic avec lui; et je ne suis plus pour le juger ni Castillan ni cliréticn; je suis homme, je suis son frère pour le consoler, pour le défendre.

OUROTHtK.

Je vous reconnais.

DONA FLURINBE, en »c IcvauU

Et moi, je vous remercie, don Juan; j'avais Ijcsoin de vous entendre parler ainsi.

OüN JUAN.

Mais avec quel sérieux vous me parlez vous-niénie ! Parmi ces malheureux qu'on va sacrifier, auriez-vous un ami? Que puis-jc pour le sauver ? disposez de moi : mon bras, ma vie, tout vous appartient. Ai-je une goutte de sang qui ne soit ù vous?

DONA FLURINDB. *

Laisse-nous, Dorothée.

DOROTUEE.

Voici le moment de l'épreuve, seigneur don Juati ; avant de vous décider, regnrdez-la bien.

DON JLAN.

Je n'ai pas besoin que tu m'en pries; mais qu'at-elle donc ? je m’y perds.

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