‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 565 sur 669 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DON JUAN, DO.NA FLORINÜi;, UOUOTHÉE, l’HILlPUE 11.

PHIUFPB II.

Pardon, seigneur don Juan : je suis sans doute indiscret par trop d'exacliiude.

DOS JCAS.

Pouvez-vous l'éire ? vous êtes fait pour ajouter au bonheur quand il est quelque part, et pour l'apporter où il n’est pas; venez jouir du mien, (le prenant paru main.) ; Belle Kloriiide, permettez que je vous présente le comte de Sania-Fiorc.

PB1I.1PPE U, a part.

Par le ciel! c'est ellc,c’cst clle-ménic.

DOSA FLORISDE, ba«A DorolticV.

N'as-lu pas reconnu ce jeune seigneur?

DOROTOEE, de nn)mc A Floritidc.

Je l'ai cru d'abord.

DUS Jl'AS, A Philippe II.

PB1I.1PPE II.

Je crains môme d'avoir poussé ce désir jiiS4(u’à me I rendre importun; mais mon excuse est dans mon admiration pour tant de charmes, cl, je l’avouerai, seigneur don Juan, dans une ressemblauce singulière, étrange...

DOS il'AS.

Avec une personne dont vous m'avez parlé ?

PBILIPPB 11.

Avec elle.

DOS JIAS.

Je lui en fais mon compliment , (saa.) et à vous aussi.

DOSA FLORISDE.

Soyez le bienvenu chez moi, comte deSanta-Fiore.

Un grand pouvoir et l'amitié du souverain sont des titres au respect de tous; mais vous en avez qui me touchent davantage : resiime profonde que le seigneur don Juan vous a vouée et riutérél qu’il vous inspire.

Croyez, senora, qu'il m'est doux de devoir à votre amour pour lui un accueil dont je suis reconnaissant.

(A part.} La jalousie me ronge le cceur.

DOS JIAS.

Oui, aimez-nous tous deux; soyez mon frère cl mon appui, en m'ouvrant une carrière où je ferai honneur à voire protection. Le roi doit avoir besoin d'un . ; bon capitaine de plus, lui qui ne l'est pas.

FBILIFPE II, A part.

L'insolent !

DOSA FLOBISOB, tua A Dorolbéc.

Devant un ami du roi; quelle imprudence!

PBILIPPB II, A don Juan.

11 me semble pourtant qu’il a fait scs preuves à Saint-Quentin.

DUSA PLORISDE.

Et dans uu jour de victoire.

DOS JIAS.

Comme spcclaieur, mais je vous jure que le spectacle ne l'amusait guère, si j'en crois certaine anecdote...

DOSA FLORISDE.

Fausse sans doute, cl qu'il est peut-être inutile de raconter.

Qu'avez-vous donc, cher couue? csl-cc que vous ; piiilippe ii.

auiiez déjà vu la seüora?

piiiLirpE II.

Il est vrai, à Madrid... au Prado...

nus JIAS.

Puisque vous l'aviez vue, j'ai droit à un double mcrcimeui, car vous deviez désirer de la revoir.

I I.aquclle?

1 DOS JL'AS.

On assure qu’au luoiiicnt où les balles silllaieul à I son oreille, il disait à sou directeur aussi pâle que lui : ■ • Je ne comprends pas quel plaisir on peut trouvera » onicndre celle musiipHï-là ? »

DON Jl’AN D’AUTRICHE. — ACTE 11.

rK)7<A nORIRBB.

C'est peu vraisemblable; un tel mol dans la bouche d’un roi île (^slille! ^

pRiiiprs II.

Et le (lirecieur l’aurait répété!

Il ne le lui avait pasdit sous Icsceau delaconfcssion; mais je juge par l’air soucieux de Voire Excellence que vous neseriezpas homme à demander au roi si l'aven- | ture est vraie. |

FQILIPPR it.

Non, car je pense qu’il ne ferait pas grâce de la vie A celui qui lui ailre&serait celte question, (a part.) C’est se perdre de gaieté de cœur.

IH)XA PLORINOE, A Uon Juan.

Vous reconnaissez du moins avec tout le monde qu'il a une volonté ferme; qu’il est infatigable, politique profond?

UOX JCAV. I

Sans doute ; et je lui panlonncrais tout , hors cette sévérité religieuse qui couvre le royaume d’écluafauds | et de bücliers. |

Toujours par suite de votre vocation?... Pour moi, je pen.se, comme lui et comme tous les prêtres de l'Espagne, qu’on ne peut trop détester, qu’on ne saurait punir avec trop de rigueur l'apostasie et le ju- I daisme, et je crois que madame est trop bonne Espagnole pour ne point partager me.s sentiments. I

DONA FLOBIXDI. !

Que Votre Excellence m'excuse : une jeune fille n'.*) point d'avis dans de si hautes questions; mais si j'osais en avoir un , je vous dirais que , fussent-ils cou- | pables, quand des malheureux vont périr, le devoir des prêtres est de les bénir et celui des femmes de les plaindre. !

PHILIPPE II, A pari.

Un sérieux avertissement de l'inquisition pourra lui devenir utile...

DOX JGAX,A Florindc. ;

Cliarmantc!

PHILIPPE II, de mémr. i

El servir mes projets sur elle. j

DOXJl'AX.

Vous conviendrez qu'un ne pouvait pas mieux répondre.

ravouequ'il est difficile de vous donner raison avec plus de grâce.

DOX Jl'AX.

Je vous ai prédit que vous seriez forcé de lui rendre les armes; résignez-vous à tenir votre parole. Pour que vous puissiez le faire en toute connaissance de cause, je vous laisse le champ libre. Oui, sciTora,je me vois obligé de vous quitter pour hâter le plus doux moment de ma vie; mille soins me réclament : il faut courir chez l'alcade, chez les gens de loi, à l'église, penser à tout...

DOEOTHÊE.

Et payer partout.

DOX JCAX.

(A ooroth^o ) Tu dis vrai. (A phiuppc ii.) Vous m’excusez, mon cher conue. (a riorinde.) Je vous le laisse à moitié conquis; achevez votre victoire. (Enwiant.) Dorothée, j’ai quelques ordres â le donner.

ooEOTnCe.

(A don Juan.) Je VOUSSllis;(A Florindc.) etjc reviens vous ap|)orler votre mantille pour la cérémonie.

SCÈXE VIII.

DONA FLOrUNDE, PHILIPPE II.

DOXA TLOBIXDE.Aparl.

Un grand d'Espagne de ce caractère, en lêie-â-téic avec une Juive! que de colère et de dédain, s'il pouvait le soupçonner!

Pavais besoin de vous parler sans témoins, madame.

DOXA FLOBIXDB.

Peut-être pour me révéler le secret que le seigneur don Juan hrAlc de savoir, et dans votre bonté, vous vouliez mclaisser le plaisir delui tout apprendre.

Une pensée plus triste m'occupait; oui, quand je vous contemple, je me sens ému de pitié pour don Juan, en songeant à tout ce qu'il a cru posséder et â tout ce qu'il va perdre.

DOXA PLOBIXDE.

{'ointe, je ne vous comprends pas, mais vous m’effrayez.

Je vous le dis à regret , seriora , ce mariage est impossible.

DOXA FI.ORIXDE.

Qui donc voudrait y inciire obstacle ? vou.s?Oh! non ; ce n’est pas vous, sur qui sa confiance se reposait avec tant d'abandon , qii'i! a reçu comme un hôte

DON JUAN D’AUTIUCIIE. — ACTE II

hicn-aimé, que, tout à l'heure encore, il nontmaitson frère.

PHtUPPB II. I

Ne croyez pas q uc ce soit ma volonté qui vous sé- ; pare, madame; c'est mon devoir; c'est l'autorité que | j’ai reçue d'un jierc. ,

Dü^A PLORIfniE.

D'un père qui n'est plus et que vous refusez de faire connaître, et dont les droits, s'il vivait, ne pourraient enchaîner la liberté de don Juan.

PIIIUPPB II.

Puisque l'autorité paternelle no siiflit pas , j'en ferai valoir une plus puissante , plus absolue, et sous la- , quelle tout Esp:ignol doit baisser la tête et fléchir le genou : celle du roi. I

noi^A FLoanDE.

Qu*eniends-jc?

PHILIPPE II. j

La vérité, madame; c’est lui-nièmequi veut... lui qui est devant vous, et qui vous parle.

DOSA PLOEI^DE.â part.

Grand dieu! le roi ici ! chez une... chez moi! Inter- ' reur me rend muette. i

Vous tremblez ; rassurez-vous. Oui, c'est le roi qui gémit de vous imposer un sacrifice nécessaire, qui | pourrait vous ordonner d'y souscrire, cl qui vous en prie.

DOSA FL0115DE, qui veut mellretm genou en Icrrc.

Ah! sire, excusez ma hardiesse...

Que faites-vous?... un Castillan |H)iirrait-il le souffrir? Cet hommage que je reçois du plus tier de mes sujets, ma courtoisie ne saurait l'accepter de la beauté qui supplie.

Et vons lui direz que de votre pleine et entière volonté vous renoncez à celle union.

Jamais!...

D05A PLoanDE.

Vous hésitez !

DOXA FLORINDE

Non, je n’hésite pas, jamais! Moi, m'y résoudre ! mais ce serait me jouer à plaisir du désespoir de don Juan; mais je le tromperais, mais je mentirais , sire , et le roi ne peut pas me commander ce que Dieu lui défend à lui-méme.

Vous l'aimez donc avec une bien aveugle passion?

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