DISCOURS D IWUCURATION- POUR LE THÉÂTRE DU UA\ RE
Oui , TOUS deviez un temple aux filles d'ApolloTi ; Klles ont eu des sœurs dans ce riant vallon;
Ccst loi que j'cn alleste, aimable La Faveite «
De Clève et de Nemours musc tendre et discrèie,
Qui dérobas la vie ù la célébrité En illustrant le nom que Segrais t'a prélé ;
Toi, docte Scudéri, muse plus téméraire,
Lauréat féminin d'un concours littéraire.
Mais le lièvre a vu naître un talent créateur,
Celui qui transporta sur cc bord emlianleur Les fables et les dieux de l'Arcadie antique (1).
Tout prend sous ses pinceaux un cbarme poétique : l^a Seine est une vierge et fuit un jeune amant ;
A croire les récits de cc conteur charmant ,
La pomme de discorde , ofTeric à trois rivales ,
Se brisa dans vos champs en deux moitiés égales ,
Et si de noirs pépins le germe trop fécond A semé les procès qu’on récolte à Dumfront,
La blancheur de la pomme , où l'incarnat se joue , Embellit la Cauchoise et brille sur sa joue.
Eh! qui de vous, messieurs, quand, propice aux vais* La Hève, au sein des nuits, allume ses fanaux, |soau\. Quand la mer vient heurter de ses vagues plaintives Les rivages de Leure et les pointes de Dives ,
Quand le signal d'alarme annonce à vos nochers Qu'une nef en débris se perd sur les rochers ,
Qui de vous, plus sensible aux traits d'un beau génie, Ne voit sur le tillac s'abîmer Virginie?
De cet amour si pur qui n'a plaint les malheurs? f*loire au talent divin consacré par vos pleurs ! Honneur à sa patrie ! Hélas ! plus d'un orage Retraça sous vos yeux cet immortel naufrage;
Plus d'une fois aussi le Hèvrais généreux ,
Elancé dans les flots cl repoussé par eux ,
Pour riiumanité seule affronta la tourmente Que Paul au désespoir bravait pour une amante;
Il affronta la mort, quand l'obus en passant Creusait sous ses éclats le galet jaillissant ,
El qu'aux cris des vainqueurs , atix clameurs de la ville,
(1) DcrrMi’Jiii tic
Aux bravos répétés des coteaux d'Ingouville , L'amiral ennemi, foudruyé par nos forts Voyait toml>cr scs mèts croulants sur scs saljord^. Mais la paix vous désarme cl vous rend ropulcnrc. Recueillez scs présents, que sa douce influence Règne aussi sur les mers que vous devez fraucliii': Que le brick voyageur armé pour s'enrichir Des parfums du Niger, de l'Indus et du IMiasc , S'élance des elianticrs qu'en glissant il eiuhrase ;
Que du fruit cotonneux des clianips américains La poulie en criant charge vos magasins;
Sortant à grains doré du boucaul qui se vide ,
Que le moka pour vous s'élève en pyramide,
El que de vos trésors qiichjucs faibles ruisseaux , Détournés de leur cours , tombent dans nos bureaux.
Venez sur notre scène, è vos frais emUdlie, Courtiser chaque soir Melpoméne et 'i'halie... Üleipuniènc !... à cc nom ne vous alarmez pus ;
La musc de Grétry sur clic aura le pas.
f>c tragiques douleurs pourraient mettre à la géii'^
Les Colins ubiigi's de la lruu[>e indigène;
Nous ferons succéder à leurs tendres accents ,
Non pus d'un dieu proscrit les bandits innocems,
Mais riiourciix Vaudeville, enfant de la satire.
Dont le luth bas normand naquit au Val de Vire.
Enfin nous tenterons de plus nobles efforts ,
Quand Mars et quand Talma, pass;igcrs sur nos bords, Offriront aux bravos ce talent .admirable.
Qui n'imita personne cl reste inimitable.
Heureux de nos autels les litimbics desservants ,
Si le dieu trop connu qui déf liaine les vents.
Nous épargnant au port scs sifflements sinistres ,
A nus dépens jamais ne vous prend pour ministres;
El plus heureux l'auteur qui composa ces vers ,
S'il n'a point profané des noms qui vous sont chers, El s'il fait partager à votre èine attendrie l.c plaisir qu'il éprouve en chantant sa patrie.
(2; î>ir Smiili.
DISCOURS
RÎV L’HONNEUR DE PIERRE CORNEILLE d).
Doux siècles ont passé, depuis que parmi vous, De lui>ménie inconnu, comme il l'était de tons, Un jeune homme parut, que l'uinour fit poêle. De scs premiers lrans{K>rls éloquent interprète, Plein du démon des vers qui s'éveillait en lui , Poète sans modèle , il marcliait sans appui.
Où les maîtres manquaient bioniùt il fut un maître. | Il francliit la carrière , et d'un pas de ^éanl ,
A la cime du Pindc élancé du néant ,
Il y grava son nom qu'on ignorait la veille : ,
O jeune homme inconnu, c’élail le grand Corneille! j
Deux siècles ont passé, des siècles passeront Sans flétrir les lauriers qui surchargent son front ; l^iirs rameaux vieillissants se couvrent d'un feuillage Dont rimniorlulilé reverdit d'âge en âge. |
L e théâtre, ennobli par ses pompeux travaux, |
Vil naître , aprt*s les siens , des chefs-d'œuvre nouveaux, • Du Mruleur, de Ci»na , postérité siihlitne. I
Ils ont trouvé pour eux l'avenir unanime : |
De Molière en courroux le vers accusateur i
Imprima l'infaniic au front de l’imposteur : ;
Racine, dont Joad ranimait le génie, |
A des concerts du ciel révéle l'harmonie , ;
Kt Ca)rncillc pourtant, cet astre radieux, |
Qui leur traça la route et leur ouvrit les cieux ,
Vous apparaît plus grand ‘ plus lieau qu'à son aurore , | Eutouré des rayons du jour qu'il fit éclore. j
Que n'a-t-on point osé contre ces noms fameux ?
(1)Cc <i»»cour« fut rotnpoAc à rocra^on de U «ou^criplion ouverte par la Société libre d'Êmulation de Rouen , (tour élever un moiiximciit i U glutru du grand Coriiritle. i
Mais cet obscur nuage est tomlH* derrière eux , Comme on voit, près du but, s'abaisser la poussièn Qui nous dérobe un char vainqueur dans la carrièrf. De leur trône aflermi qui pourrait renverser ('.eux que l'Europe admire et n’a pu surpasser? Quand un peuple nouveau de rimeurs en démence Tenterait d'ébranler leur renomiuéc immense.
On verrait tous ces nains, sans haleine et sans voiv, En soulevant le roc , retomber sous son poids; Dussent- iis, pour tromper le bon goût qui réclame. Des éclairs de Brébeuf ressusciter la (lamine.
Évoquer Chapelain des ombres du tombeau ,
Et de Ronsard éteint rallumer le (lambeau.
Non qu'on doive enchaîner la généreuse audace Qui veut frayer sa roule et conquérir sa place. Corneille eût excité cci élan créateur.
S’il est encor nouveau, c'est qu’il fut novateur.
Liberté de mieux faire à qui suit .son exemple!...
Mais renier sa gloire , aux portes de son temple ,
Mais blasphémer d'en bas le dieu sur son autel , Insulter, quand on meurt, ce qui reste immortel : Quiconque l’oserait, pour prix d'un tel outrage Marqué d’un ridicule égal à son courage,
Irait, avec (iotiu d’éternel souvenir,
Égayer de son nom les railleurs à venir.
Vous , qui pour enflammer les talents dont la Francr Sent fi'éinir dans son sein la féconde espérance ,
Vous, qui des mêmes fleurs entourez tous les ans L'autel où vos aïeux ont porte leurs présents ,
A votre vieux (Corneille offrez un digne liomiiiag<>. Le.s murs qui l’ont vu naître allcndaient son imagi* Paris, tous les Français, tout un |»euplc jaloux Veut , de lui rendre honneur, s'honorer avec vous. C'est ainsi qu’à Siralford rAnglelcrre idolàiie