‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 60 sur 669 · DI.SCOLRS DE RECEPTION · texte numérisé non relu

DI.SCOLRS DE RECEPTION

A L'ACABt.MlE FRASr.AISl;.

7 jnitlet 18^5.

l'ii mois avant la perle que l’Acadi'mie françaUe vient de faire dantt la |>crRomip de M. le comte Ferrand, cet ami des lettres désira me coiinaitre , et la demaniie d'mi vieillard fut un ordre pour moi. Plusieurs d'enlrc vous <|iii m'ont vu sur les bancs du colIé(;e , et qui ont voulu , dans leur bienveillante amitié , que leur élève devînt leur confrère, m'avaient sou^cnt entretenu de l'assiduité de M. le comte Feri-and à vos séances : je savais quelle part il prenait à vos travaux; la tribune retentissait de ses paroles; admis la confidence journalière du prince, d'autres devoirs le trouvaient infati(;able. J'imaginais qu'une activité si constante prenait sa source dans cette force de corps , dans celle jeunesse prolongée de qucl- <|ues vieillards, i>our qui le temps semble s'arrêter, comme s'il voiiKiit aussi rendre hommage à de hautes vertus et à des talents peu communs, ou qu'il sentit une sorte de regret à détruire ce qu'il ne peut f<iire oublier.

Quelle fut ma surprise à la vue d'un vieillard faible, infirme , aveugle , et qui , déjà mort dans une portion de Iiit-ménie, paraissait ne plus tenir à la vie qne parla volonté forte de vivre encore? Je trouvai dans son accueil cette bonté facile dont vos entretiens m'avaient appris à connaître (oui le charme. Son àmc encore brûlante se ré|>aiidai( , dans ses discours , comme pour plaire à une imagination qu'il siipimsail pleine d'ardeur et d'illusions : il me parlait de mes ouvrages en ami qui ii’en veut point ;oir les défauts , de mon avenir comme s'il nous appartenait à tous dtux; il ne m'appelait point à lui, il se faisail jeune |Miur venir à moi ; dans l'excès d'une bien- \eillancc inqtuèle il concevait des craintes sur la destinée d'iiii jeune huininc dont les sentiments pouvaient , à quel- «pies égards, différer des siens; il essaya de me montrer la vérité où il la voyait lui-mème ; il conseillait avec douceur , mais avec une sorte d’empire , car il y a loiijmirs qiiebitic chose d’absolu dans la chaleur d'une opinion comltallue et dans l'expérience d'un âge avancé. Je l'écoutais avec respect , cl, si je le quittai sans être persuadé , ne vous en preiiei point à son éIo<|ueDce ; n'es(-il

]>as , j'en appelle à vous-mêmes, des sentiments intime^ dont la racine , trop avant dans le cœur, ne peut s'eo arracher ; des convictions impérieuses de la cnnscieoci qu'on ne peut secouer sans perdre resUine des autres, et , ce qui est le premier besoin de toute Ame généretu'’, l'estime de soi-même.*

M. le comte Ferrand n'aurait exigé de personne un sacrifice que personne n'avait obtenu de lui : l'inlolérancest le dévouement de ceux qui ont beaucoup d'erreurs à faire oublier.

Pour moi, surpris d'une (elle indulgence dans une convirlion si fervente, ému par tant de force moraledan« une si extrême faiblesse , j'emportai de cet entretien ub somenir profond. J'avais appris jusqu'à quel point l’intelligence peut régner sur ces débris de l’homme qu'elb défend contre la destruction : des yeux qui ne voyaieni plus brillaient encore de tout le feu de la |>enséo ; des mains qui cherchaient les objets s'agitaient encore de ce roniivemenl énergique «lonl l'éloquence parle aux regard* et vient au secours d'une voix défaillante. Il était vrai pour moi qu'une àme vigoureuse reste libre et entière dans un corps que les infirmités enchaînent, et que le temps a mutilé. Par la seule force de sa volonté, elle transporte où il lui plaît cet esclave réduit à l'obéissaiice. le soutient quand U chancelle, le fortifie parles iravauv qui devraient l'affaiblir; lutte imposante, où la douleur 80 tait , où la nature parait faire effort contre clte-inéme. où la mort hésite , et semble craindre , en achevant sa victoire , de iterdrc le spectacle d'une héroïque résistance.

De tous les sentiments qui exerçaient, sans l'épuiser l'acUvité de cette àmc ardente, l'amour des lettres fut bpltis puissant. Dans la jeunesse de M. le comte Ferrand , celle passion lui servit comme d'un délassement à de> éludes austères; plus tard, elle le consola dans l'inforliino, et, |>our dernier bienfait , le protégea contre D mort : voilà ce que les muses ont fait pour lui ; rap{Klons ce qu'il a fait pour elles. L'éloge de sa vie poliiiquf n'apparlient point à celle tribune ; c'est l'bomine de Icitrès que vos suffrages m'appellent à remplacer; qu'nu

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