PAR M. PROSPER POITEVIN
Oui »e fùl avise, H y a scuIeiiuMil Ireiile ans, de Jeter i dans une intrigue comique, et d’y placer sur le premier ' piaula grande et historique ligure de don Juan d’Autriche? Assurément personne. La comédie iradmettail alors que des personnages consacrés par une longue tradition : c’était à U bourgeoisie qu’elle empruntait ses héros; les médecins, les financiers, les gens de robe, les valets enfin, I agents indispensables de toute intrigue comique, tels étaient ceux que Thalie choisissait le plus habituellement I pour ses interprètes.
On se permettait bien, il est vrai, d’introduire de temps en temps quelques petits marquis sur la scène; mais on donnait à ces personnages de noble race tant de grâce et d’esprit, que l;i noblesse pardonnait volontiers à de rares et innocentes éptgrammes en faveur des flatteries que les auteurs trouvaient toujours moyen de lui adresser.
C’éiaitduncau sein de la société moyenne que la comédie puisait ordinairemeDl ses inspirations : obligée de fermer les yeux sur les vices des grands, elle s'attaquait aux travers des petits : sa verve s’exerçait tour â tour contre la noble bourgeoisie et la noblesse bourgeoise; jamais ses traits ne portaient plus baul, ni ne tombaient plus bas; elle sentait qu’en généralisant set altaques, ou, si l’on veut, ses leçons, elle |>ouvait tout à la fois s’exposer et se compromettre; aussi ne cherchait-elle pasâ sortir du cercle éiruit où les conven.inccs et la nécessité des temps la retenaient captive.
Le siècle était loin où. libre de tout frein, elle avait pu attaquer de front tous les ridicult^s, faire sans danger la leçon au chef de rÉlat, et amuser Paris <te ses saillies Joyeuses aux dèjjcns du chef suprême de l’Église. Le règne des Enfants sans souci n’avait pas duré plus longtemps que celui de Louis XII. Son successeur, beaucoup moins tolérant ou moins débonnaire que lui, s’étail hâté de réprimer une liherlé devant laquelle il craignait sans doute de ne pas trouver grâce. Il ne se sentait pas, lui, plus disposé â souffrir qu’on lui adressât des remontrances du haut du théâtre, qtle Louis XIV du haut delà chaire.
François qui a mérité le glorieux surnom du Pèn ttes lettres, ne fut certainement pas edui de la comédie; car peu s’en est fallu qu'il ne l'ail étouffée au berceau. Jetée brusquement ]>ar lui en dehors de ses habitudes, elle tâtonna longtemps avant de découvrir quelle souvelie I roule clic devait suivre pour mériter la bicnvcillaDcc du pouvoir, et se concilier celle du public. Elle se voyait condamnée à tant de respect, contrainte â une telle réserv'c, qu’elle ne savait véritablement plus à qui se prendre; i aussi jusqu’au jour où parut Corneille ne produisit-elle que des essais si informes, qu’ils devaient faire désespérer de son avenir en France.
Comme il lui était interdit de par le roi d’exposer au grand jour du théâtre les vices, les ridicules et la sottise I des gens de cour, la comédie ne put naturellement songer j à les admettre au nombre de ses interprètes habituels, et l'exclusion qu’il en fît dès lors se perpétua jusqu'au commencement de ce siècle.
! Nu) doute que, dégagée de toute entrave, elle ne se fût ouvert en France une route nouvelle, et que tout en su- ' bissant les modifications que le temps et l'aK devaient uécessairement apporter à sa forme primitive, elle n'eût I conservé cette pliysioiiomic originale qu’on ne peut mé- ' connaître dans ses premières productions. .Mais force lui I fut d'abandonner son allure naïve, d'abdiquer le carac- , 1ère qui lui appartenait en propre, cl d’entrer dans les ; sentiers battus de rimitalion aussi servilement que l’avait fait la comédie latine.
Molière lui-méme , contraint par le besoin d’accepter de grossières traditions, subit, à son début, l’influence ^ que l'Italie cl rEs|>agne exerçaient alors sur notre double ' scène. Mais bientôt, rejetant les langes qui retenaient son génie captif. Il s'abandonna à ses propres inspirations, en ' dépit de la colère des gens de routine et des criailleries ' de l'ignorance et du mauvais goût.
Si Louis XIV, au lieu de son incertaine cl insufEsaiile I protcelion, eût accordé un peu de liberté à Molière, com- ' bien l’art n’y eût-il iwîs gagné ! Que de ]>ortraits perdus ,