‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 63 sur 669 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

idées du momeot , et le pire des esclavages est celui qui Joue la liberté. Admirateursardents de Sophocle, sachons donc admirer Sbakspeare et Goethe, moins pour les re* produire en nous , que pour apprendre en eux à rester ce (|ue la nature nous a faits. Quel que soit le parti littéraire «lui nous adopte ou nous rejette , cherchons le vrai en évila'nt la barbarie; sans confondre la liberté avec la li* ceoce , obéissons aux besoins d’un sujet dont le développement nous emporte ; mais ne nous attachons pas au char d'un écrivain fameux , pour nous faire traîner à la réputation sous sa livrée : ce qui est vrai en lui est faux en nous; ce qui le jette hors des rangs nous confond avec la foule. Soyons nous-mêmes; nos idées et nos sentiments sauront se revêtir en naissant de couleurs inusitées, et voilà Torigioalité véritable. Celle qu*on cherche ailleurs n'est qu'une imitation plus ou moins docile , que la pâle copie ou la caricature bizarre de roriginalilé d'autrui. N'oublions pas surtout que le premier devoir de l'écrivain est le respect pour la langue. Chez tous les peuples , elle a ses qualités comme ses défauts qui la distinguent ; et voulût-on la corriger ou l'enrichir , on ne peut lui faire violence sans dénaturer son caractère national. La langue française, si rigoureuse dans ses aversions, ennemie impitoyable de toute obscurité, est la plus universelle et la plus calomniée : elle n'admet , il faut l'avouer, que les hardiesses qui se cachent ; elle n'accepte que les dons ((u'on lui déguisé : mais Corneille et Racine ont prouvé qu'au théâtre il n'esi |H>int de hauteurs inaccessibles pour 4 lie , point d'humbles fômüiarités où elle ne puisse descendre ; et la plus singulière des innovations, la ciéalion

Page 1