‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 666 sur 669 · KXAMEN CUITIQÜE D’ILNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER · texte numérisé non relu

KXAMEN CUITIQÜE D’ILNE FAMILLE AU TEMPS DE LUTHER

ne »e montrera jaloux d'une pareille (;loire. Il est l)emi> ; coup plus commode, nous en convenons, de se faire un rapide renom par la bizarrerie et rincohércnce des con- , ccptiuns, par l’âpi-elé et la sauvagerie du style, que de se j dislüi(^er par des œuvn*s dont le fond soit simple et la j forme noble et sévère : aussi peu d'écrivains se condam- I neut-iU volontiers au laborieux enfantement qu'exiçeni les ouvrages de ce genre ; il faut, pour lutter victorieusement contre les obstacles que l'arl oppose, nue étendue et une flexibilité d’esprit que la nature n’a pas accordées à tous, et ceux (|iii proclament la nécessité d'une réforme ’ complète au llicAtre trahissent, selon nous, à leur insu, le secret de leur impuissance.

M. Casimir Delavigne, dans sa tragédie iVUne Famille au temps de Luther, ne s'est pas certes montré l'esclave de toutes les règles en vertu des4|uelles les tragédies étaieut babiluetlement conçues autrefois - mais il a respecté celles qu'il n'esl |>erinis à personne de violer : il a donc usé de son droit de poeie sans en excéder les limites. Il a su, à l'aide de moyens simples et naturels, produire au théâtre avec intérêt le duel entre deux croyances rivales, entre deux fanatismes haineux et implacables. Ce n'est j>as par , des effets multipliés de scèuc, par le choc des événements et des situations qu'il a voulu nous émouvoir, il a même | négligé à tel point l'avantage qu'il eût pu tirer de ces | ressources qu'il nous initie franchement et tout d'almrd au secret de son dénoûmenl, un des plus dramatiques et | des plus terribles qui soient peut-être au théâtre. Mais | quelle tendre émotion n'excile-t-il pas en notre âme par I le seul développement des caractères, parla peinture sa- , vante des passions dont il a animé ses différents person- : nages, t^iie d’habiles contrastes, que d'op[>08Uion8 heuixMises dans les sentiments de ceux mêmes que réunit la ' communauté des croyances !

Les principes religieux de Thécla et de Luigi émanent de la même source ; cependant quelle diversité de nuances entre le protestantisme de l'un et celui de l'autre ! Luigi voit dans la reforme la lulérance, le retour â la raison ; Thécla, un cliatigemeiil complet de doctrine, la siibslUulion d’un i enthousiasme â un autre. tju'iU soient ou non ses coreli- i gionnaires, l'un regarde tous les hommes comme des amis ' et des frères; tandis que l'autre, dans l'emporlement et l'exagération de S(»n zèle, va presque Jusqu'à maudire la mémoire de son époux, mort sans avoir voulu abjui-er sa • foi première.

D’un autre côté, quelle différence encore entre le catholicisme de Paolo et celui du vieux .Marco? Chez celui-ci , quelle raison éclairée, quelle douceur évangélique et chrétieune! Chez celui-là, quelle aveugle exaltation, quel ardent faiiatisme ! Marco ne divise {tas les hommes en catholiques, protestants, musulmans ou juifs, mais en bons et en mauvais, et il trouve dans son âme autant d'amour pour les uns <pie d'indulgence |M>ur les autres. Mais Paolo, élevé à Rome, <l.'ms les sentiments d'une piété inflexible, ne verrait lui, dans son bien- aimé frère, qu'ini implaeabli; ennemi, s’il abandonnait Jamais l'étendard de la foi pour passer sous le drapeau tle l'examen. i

De Cl- conflit de croyances opposées et de sentiments extrêmes, quel intérêt puissant le porte n’a-l-il jws su

faire découler ! La raison aux prises avec le fanatisme devait succomber ; et en effet elle succombe ; mais voyez l'art merveilleux avec lei|uel M. CasimirDclavigne prépare et amène sa terrible catastrophe.

Paolo Ignore que son frère est décidé â abjurer; s'il a quitté rUalie, c'est qu'il a craint pour Luigi la funeste influence de Thécla; il arrive donc avec la ferme résolution d'empècticr un |>areil crime; il entend n'étre séparé de son frère ni dans ce monde ni dans l'aulix; : la vie éternelle de Luigi lui est mille fois plus chère que sa vie mortelle et périssable, et il sent que pour sauver la première il trouverait, au besoin, dans son amitié et dans son zèle, le courage de faire à Dieu, sans hésitation, le sacrifice de la seconde.

La sanglante résolution de Paolo est irrévocable : lui K-vélcr le secret qu’il ignore, c’est le pousser au fratricide. Oui donc lui apprendra la vérité? Ce ne sera évidemment ni Luigi, ni Marco : le iKieie aurait-il voulu faire |>eser sur Thécla la responsabilité de celte funeste révélation? Est-ce elle qui, dans l’orgueil de son triomphe, dira à Paolo : Ton frère abjure demain. Oh ! que M. Delavigne est bien trop habile pour commettre une pareille faute : un mol imprudent, une demi-confidence, même involontaire, eût rendu Thécla odieuse, et il n'a pas voulu qu’on pût reprocher à une mère le meurtre de sou enfant. C'est EIci, simple et innocente Jeune fille, t|ui, eu implorant l'indulgence de son ouele pour sa graiid'inère. apprend â Paolo, sans songer même qu'elle le lui révèle, un secret dont elle le croyait instruit depuis longtemps.

Cette scène charmante, et qui se termine d'une manière si dramatique et si inattendue, produit une |>éripétie complète dans les sentiments de Paolo : le frère disparait â nos yeux pour faire place à l’ardent religionnaire ; une querelle s'engage alors entre lui et Thécla qui survient , querelle violente des deux |»arls, car les deux fanatismes se trouvent en présence, et leur haine s'exhale et déborde avec la plus incroyable violence. Luigi arrive, mais trop tard; car il entend sa mère adresser à Paolo cos paroles terribles ;

Va donc, fui*, i>orle ailleurt Ia i>ieic farouche; . hume tu (end lu» bras : fui» lu* micti», fui* ce» lioiu ;

Nctc, frCrc, psy*. fui* tout ; dan* *«• adieux CrUe qu'un dis Ihsrat traite Ici d'etrangCre ?(‘a plus de ûl* en lui, puisqu'il ii'a plua de oicru.

C'en est fait désormais de ce bonheur que te retour de P<iolu avait fait esjiérer à Luigi, de celte douce union de famille qu'il avait rêvée : cependant il cherche à calmer Paolo. Une discussion engagée amicalemuat alors enlix* les deux frères dégénère bientôt en une dispute vive et passiounée ; car Paolo fait intervenir le nom de Luther, et Luigi, qu'une attaque dogmatique eût trouvé calme, ne peut se contenir en entendant outrager celui «lu'il rc-garde comme un réfonnateur inspiré. Il y a dans cet incident, bien simple en apparence, une grande preuve de tact de la part du pot*le : il est en effet de notre nature de nous irriter bien plus à propos des hommes <iu’à pro|M>s des choses dont ils sont la vivante expression.

Luigi s'cmi>or(e au |>oinl de chasser son fnÈ’re, et

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