‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 69 sur 669 · ÉPITRE A MESSIEURS DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A MESSIEURS DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

Vous, qu’ Apollon cboisil pour siéger dans son temple Oserai-je en passant vous citer voire exemple?

Que de fois la critique a de son trait cruel KfRcuré jusqu’au vif votre cœur paternel !

Que de fois l'indigence au fond de votre asile,

Sans feu, durant riiivcr, fixa son domicile.

Quand vous n'osici cncore,humble$ dans votre orgueil Aspirer aux honneurs de l’immortel fauteuil !

Mais sortez, direz-vous, du temple de mémoire ; Cessez d'unir l’élude à l’amour de la gloire...

Vous m’avez prévenu ; c’est dans robscurilé Que l'étude est un pas vers la félicité.

La vérité m'attire, et soigneux de me taire ,

Je la eberebe, la trouve, et la cache au vulgaire.. La cacher ! à ce mot vous répondez soudain ,

Comme l'eût fait Caton dans le sénat romain :

« La cacher! il le faut, si sa clarté peut nuire ;

• Mais au pied du bûcher dût-elle te conduire ,

» Si tu conçois l'espoir d'élre utile aux humains,

» Parle! aux fers des tyrans cours présenter tes mains

> Parle, c'est ton devoir; philosophe, à quel titre

• Du bonheur des hun^ins te rendrais-tu Larbiire?

• Tu piUis... De quel droit priver dos malheureux » De ce dépôt sacré qui l'est commis pour eux?

» La gloire n'est , dis-tu , qu’une illustre fumée ?

• Il s'agit d'une dette, et non de renommée.

I Parle au prix de tes jours; le sacrifice est grand,

» Mais lu te l'imposais loi-niéme en l'éclairaiit.

t Ton honneur, ton pays, le monde le réclame ;

> Meurs donc infortuné pour ne pas vivre infâme. i

l.’alicmaiive est grave, cl, parmi vous, je crois Qu'on eût vu Fonlcnelle hésiter sur le choix.

Un auteur fut souvent brûle pour un bon livre;

II est beau d’élre lu , mais il est doux de vivre.

Je suis sexagénaire et crains de m’exposer ;

Que j’arrive à cent ans, et je veux tout oser.

Voilà mon sentiment, messieurs, ne vous déplaise Je le redis encor , retranché dans ma lliésc :

Comme ce roi Janus qu'adora runivers,

l/étude offre h mes yeux deux vi&igcs divers.

L'un est houfli d'oiqtueil, mais pàlc de tristesse; L’autre calme, et riant, ressemble à la sagesse.

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