RÉFLEXIONS SUR LES MESSÉMENNES
la Uherlépour muse, noopasla liberté localeet inféconde comme celle dont jouit l’Aii^ileterre, mais la liberté du genre humain. Il pleura sur les malheurs de Naples, mais en mêlant les sévères conseils de la politique aux regrets touchants du poêle, et il ne put se défendre d'un sentiment d'ironie amère, en voyant ce peuple qui avait accueilli In liberté dans ses murs, et s'était soulevé à son appel, trente Jours plus lard, s'enivrer avec les Autrichiens au pied du laurier de Virgile. 11 pleura aussi sur la Grèce ; mais en la voyant si conslanleet si résignée, ne pas plusse lasser de mourir, que ses ennemis de la mutiler, U n'eut pour elle que des chants d'amour, et il sc montra interprètes! passionnéde la pitié des peuples, que les rois eux-mémes entendirent sa voix, et Jetèrent un moment leur sceptre entre la Grèce cl les barbares, afin d'arrêter ces grandes effusions de sang humain.
Une administration inique, tracassière, pesait alors sur la Frauce. Un gouvernement tout factice se sotilenail contre la résistance de l'opinion , avec de faux électeurs, de fausses majorités , de fausses luis et des gendarmes. On bàillounait la presse , on achetait les consciences ; le séjour de la France était accablant. Le iméte partit pour l'Italie; il était las, il avait besoin de respirer. Il vint errer sur les mines du monde romain ; U visita l'Italie , où il avait tenté naguère d'éveiller le génie de la liberté ; l'iosoticianle Italie, où la brise est si molle et si paresseuse, que les générations y passent du sommeil à la mort, sous le plus beau ciel du inonde, et parmi les débris de la plus grande histoire du passé. Là , il demamia aux peuples ce qu'ils avaient fait de leur liberté; il interrogea la sibylle qui répondait Jadis à Énée , mais il vit que les noms de LilH'rléct de Patrie n'avaient plus d'écho même chez la sibylle. Il s'arrêta sur les lagunes de Venise, afin d'y pleurer cette liberté ombrageuse qui la rendait si florissante ; il vil l'herbe qui désunit les degrés de ses palais, le niaUo désert, le lion de Sainl-^arc que nos armées avaient enlevé à Venise dégénérée , et que l'Autriche lui a rendu , mais pour écraser les pâles descendants des époux de l'Adriatique, en face du vieil emblème de leur puissance. Il s'adressa à tous les échos, Ü remua tous les souvenirs ; rien ne parla de liberté !
La Liberté elle était alors occupée en France à remplir un pieux et douloureux devoir, elle conduisait les funérailles du général Foy. La nouvelle en vint à notre poete, l«)rsqii*il élail à Home, promenant ses rêveries du Célius au Palatin , et coiitemphiiit les flots d'ur qu'épanche à son coucher un soleil d'Italie. Alors il détourna ses regards du s|»eetacle de la ville éternelle, et il suivit avec nous le convoi de l'homme libre, qui était mort à la peine, en défendant les franchises populaires ; il chanta sur les leml>eauxdes grands hommes de la Rome antique cet homme pleuré par tout un peuple, ii sentit dans son cœur un noble orgueil, envoyant sa patrie donner au passé et à l’avenir celte grande leçon de reconnaissance nationale; assis près des débris d'un i»euple mort, Il cessa
un moment de s'attendrir sur cesjetixdela fortune, pdur se recueillir dans la pensée de son pays , cl pour envoyer à un |>eiipie plein de muuvemetit et de vie le tribut de son poêle bien-nimé. Ainsi , à (rois cents lieues de la France, au milieu des distractions du voyage, dans un monde plein de souvenirs, il n'oubliait pas sa sainte mission ; et il se faisait encore rinterprëte du peuple, dans cet hommage funèbre rendu à un homme qui avait combattusous le glorieux drapeau de Waterloo, et dont la vie commencée dans les camps, usée par la guerre , avait achevé de s'éteindre dans les combats de la tribune.
Cette marche simultanée du poète et de l'opinion publique, à travers les événements qui ont modifié l’état de la France depuis 181.5, n'esl-elle pas un fait frappant , éclatant, dans la pièce qui termine ce recueil ? La cause du |>oete n'est-elle iwis en 1830, comme en 1815, la cause du peuple, et la victoire des trois grandsjours nedev.iitelle pas être chantée par le poêle des idées libérales?
Telles sont les destinées de la poésie chez les nations libres et civilisées.
Dans le moyen ftge, le poêle est un génie solitaire, à peine compris de quelques âmes, solitaires comme lui. Il croit que son œuvre s'adresse à la foule ; mais comme la foule ne lui répond pas, il se demande avec inquiétude s'il ne s'est pas trompé. Scs vers sont goûtés dans les cours; les grands se font honneur de lui comme d’un Imuffun, et les princes disent en le montrant ; « Voici mon fauconnier, mon fou et mon poêle. » Rentré dans la foule, il n'est reconnu de personne ; il y a même des sages qui sont près de le regarder comme un fou. Le soir, quand retiré dans sa ville, le Tasse écrit ses vers brûlants, et les lit avec cnlhoiisiame à son Eléonore absente; quand il croit être seul, et n'avoir que la solitude et le ciel pour témoins de ses poétiques extases, les filles de Sor: rente s'approchent à pas lents de sa retraite , récoiilent , le doigt }>osé sur la bouche , et se le montrent en souriant comme un pauvre insensé. Le poêle de ces temps vil de la cour , brille pour la cour, meurt, s’il déplaît ù la cour; les rois payent avec une pension les inspirations de sa veine ; c’est un Jouet dont ils s'amusent et qu'ils brisent quand ils s'en ennuient ; heureux encore quand il peut inourirsatisélre poursuivi à ses derniers moments par cette pensée douloureuse, que son eiilhousiasinc n'était qu’une amère dérision, unemoqîierie^ comme parle lord Byron!
De nos jours , le sort du poêle est digne de son génie. Il a du repos, de nobles loisirs. Il n'attend rien de la cour, il n'a pas besoin qu'on le paye sur les fonds secrets, et il ne vend pas sa muse pour le prix que coûtait à un roi rentretieii de quelques faisans. C’est que la voix du poêle est la voix du peuple; c'est qu'appuyé sur les masses, il se fait l’interprète de leurs besoins ou l’écho de leurs plaintes; c'est qu'il vil du peuple, qu'il brille pour le peuple, est compris par le peuple; c'est que son bien être est une deltede la patrie, et non le prix d'une flatterie , ni une faveur de courtisan.
MESSÉNIENNES
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