I.c saint amour des rois dans sa ferveur antique
Des plus beaux dévouements fut la source héroïque, Mais cet amour outré mène an mépris dos lois.
Foule A pieds joints l'honneur, le bon scnseï nos droits, Sous le joug du pouvoir se jette avec furie,
Compte un homme |>our tout et pour rien la patrie. J’en conclus qu’en tous lieux, surtout chez les Français, L'incertaine raison marche entre deux excès,
El court, des qu'un faux pas l'écurlc de sa roule,
Du Iwnbeur qu'on espère au malheur qu'on redoute : Ainsi qu’un clair ruisseau captif entre scs l>ords,
Qui sans les inonder leur verse scs trésors,
(ionflé par un orage , en un torrent se change.
Et roule sur les fleurs, les débris et la fange.
Si les lois, si les arts, le bon droit, le bon goflt,
Si tout admet l'excès, si l'excès flétrit tout,
Ami , la lil>ertc n’en est pas plus complice Que toute autre vertu dont l'abus est un vice.
A son front virginal ma main n'a pas ôté Le bonnet phrygien qu'il n'a jamais porté.
Pourquoi donc, trop séduit d’une fausse apparence. Nommer la liberté quand lu peins la licence ?
Eh! que répondrais-tu, si quelque noir censeur, Trompe par les accords cl sourd à leur douceur , Dans la vierge immortelle A qui lu rends hoiuiuage Voulait voir cet esprit d’im(K)sturc et de rage Qui, sur les bancs dores d’un concile romain.
Présida dans Constance, un braiulon à la main ;
De Jean llus , en priant, signa l’arrèl barbare,
Au front d'un Alexandre égara la tiare;
Qui, le doigt sur la bouche, au fond du Louvre assis, Attisait les complots que soufflait Médicis,
El poussait Charles Neuf, quand ses mains frénétiques Frappaient d'un plomb dévot des sujets hérétiques; Qui, se signant le front, l'air contrit, l’œil fervent. Pour immoler Henri s'échappait d’un couvent;
I Dont partout aujourd'hui la tortueuse audace I Se mêle en habit court aux nouveaux fils d’Ignace ,
I Qui prêche sous le frac, rampe sous le surplis,
‘ Cache son cmljonpoinl sous sa robe à longs plis;
Malgré scs trois menions, vante scs abstinences,
: Se glisse incognito de la chaire aux finances ,
' Résigné, s’il le faut, A sauter du saint lieu Dans le fauteuil royal où s'assit Richelieu?
; Mais non, ce fanatisme est l’abus que je blâme; j 11 n'a pas allumé ces traits de vive flamme i Qui par l’aigle de Meaux A la musc inspirés ,
I Brillent comme un reflet de ses foudres sacrés.
' Il n'a pas modulé ces sons dont riiarmonie Semble un écho pieux des concerts d’Athalic.
I Non, non, ce n’est pas lui que ta lyre a clianlé : j C'est la religion, sœur de la lil)crté;
L'n flambeau dans les mains, les ailes étendues,
Des bras du roi des deux toutes deux descendues Chez les rois de la terre ont voulu s'exiler Pour affranchir l'esclave ou pour le consoler.
Toutes deux ont ensemble erré parmi les tombes,
; Toutes deux s'élançant du fond des catacombes.
' Sous un même drapeau marchaient d'un même pas, Répandaient la lumière, et ne rétoufTaient pas.
L'une, le front parc des palmes du martyre,
I Présente rcspérancc aux humains qu’elle attire ;
I Clémente, elle pardonne avec Guise expirant,
I Embrase Fénelon d'un amour tolérant.
Guide Vincent de Paute, ensevelit Voltaire,
Brille de chastes feux ces anges de la terre
Qui sans faste et sans crainte A la mort vont s’oftiir
Pour sauver un malade ou l’aider A mourir,
' L'autre, le casque en tête et le pied sur des chaînes, Sourit A .Milliadc, inspire Démostbènes,
' Joue avec le laurier cueilli par Washington,
: Et l’offre aux dignes fils des Grecs de Marailton ,
! Libres s'ils sont vainqueurs , cl libres s’ils périssent , Qu'un poêle secourt , et que des rois traliissenl. j Viens, et sans condamner nos cultes différents,
I Viens aux pieds des deux sœurs écliangcr nos serments. ' Éclairés par leurs yeux, réchauffés sous leurs ailes , Pour les mieux adorer unissons-nous comme elles, El dans un même temple, à deux autels voisins,
' Offrons nos dons divers sans désunir nos mains.
Que j'aime le tableau de la barque incertaine , Cédant en vers si doux au souffle qui l'cniraliic!
Au grc des flots mouvants par la brise effleurés, Sous nos deux pavillons nous voguons s^'parés;
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éviTRE A M. A. DE LAMARTINE.
Demaadons l'an pour l'autre une mer sans orage, Un ciel d'aiur , un port au terme du voyage ,
Un vent qni nous y mène , et propice  tous deux , M'apportant les souhaits , te reporte mes voeox.
Mais quel que soit le bord où tende notre audace , Pour nous montrer du doigt l'écueil qni nous menace. Nous saluer d'un signe et d'on regard ami , laissons tomber la rame élevée i demi.