‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 81 sur 669 · I.A MORT DE J. ÜELIUÆ · texte numérisé non relu

I.A MORT DE J. ÜELIUÆ

Vn peuple tendre et fidèle ,

Dans une ivresse éternelle.

Coule uiüllement scs jours.

Sous des ombrages antiques,

Dont les rameaux poétiques Ombragent vos fronts sacrés,

Aux accords de Polymnie,

Par vos jeux vous entourez Sa vieillesse l'ajcunie.

Il s'égare avec vous au fond des bois é|)ais,

Cloriciix , immortel asile,

Où jadis en foulant des gazons toujours frais Vous conduisiez les pas d'Horace et de Virgile.

D’ilion le héros pieux,

Apprêtant des lauriers pour ce front qu'il révère, Au-<ievant du chantre des dieux S'élance et guide son vieux père.

Par un soupir Didonatrahi ses douleurs,

Kt l'amour dans ses yeux retrouve encor des pleurs. Orphée , aux doux accents qui charment ses oreilles, Du Virgile franvais reconnaît le pouvoir ;

Ct le jeune Arislée , accourant pour le voir,

Oublie un instant scs abeilles.

Mais que vois-je! des monts que la neige a couverts, Des rocs dont je cherche la cime.

Un ruisseau qui s'enfuit parmi les saules verts ;

Des sapins suspendus sur les flots d'un abîme ,

Des champs chargés d'épis, des forêts , des déserts, Assemblage confus de mille objets divers ,

Enseiuble bizarre et sublime !

Millon , sur les rochers , sur le liord des torrents , Promène au loin ses yeux errants Dès qu'il voit celte ombre nouvelle.

O vous que les neufs Sieurs oui admis à leur cour, Diuil, que sous vos doigts ma lyre fraternelle Par des accords plus doux cuebante ce si'jour !

Des fantômes noinbrciiv la troupe fugitive Se rassemble, lu'il lixc, et l'oreille allonlive ;

Ainsi dans les bois d'alcnlotir ,

Nous voyous sc presser les chantres du bocage , (Juand la sombre iein|)êtc ou le soir d'un l>eau jour

I Les réunit en foule à l'abri du feuillage.

I Le vieillard étonné les contemple un instant: j Scs yeux d'un seul regard leur imposent silence ;

! H prélude, il commence,

I Lt Milton enchanté l'admire en l'écoutant.

Écartez-vous , légers fantômes !

C'est trop le caclicrà nos yeux,

Habitants qui peuplez ces fortunés royaumes , Écartez-vous, héros et demi-dieux !

Et vous, amants chéris des filles de Mémoire ,

Scs maîtres , scs égaux , les amis de sa gloire. Mortels divins, écartez-vous !

Laissez-iious contempler ccl auguste visage ,

Et souffrez que, témoins d'un douloureux liommagc, Ses regards satisfaits s'abaissent jusqu'à nous.

O toi , le digne objet des pleurs de la patrie ,

Vois un peuple idolâtre entourer ton cercueil !

La mort en le frappant a répandu le deuil Sur la France attendrie.

On répète tes vers, on vante tes leçons ,

Que de ta voix muette on ne peut plus entendre ;

Et , fiers de leur fardeau, tes jeunes nourrissons D'un front res|>eciueux sc courbent sous la cendre !

f Au bord d'un limpide ruisseau » Placez ma toml>c solitaire :

» Que les arbres voisins rapprochés en berceau > Couvrent le tertre funéraire. >

T U l'as dit : le dieu Pan , touché de tes destins ,

Élève en soupirant ce monument cliampêire ;

' El tout près il écrit sur l'écorcc d'un hêtre :

I Au chantre des jardins.

' L'imagination , pensive , échevelée.

Te cherche au milieu des tombeaux :

Tantôt elle gémit , et tantôt consolée.

Flic le voit encor surpassant tes rivaux.

! La pitié sur les fleurs dont la terre est jonchée ! S'avance, ricil timide et la tétc penchée.

I Près du marbre insensible où renfenne la mort, i Sur d’Iiorribles serpents , dont la fureur souimcille , L'ciivic en murmurant s’endort ,

El l'immortalité s'éveille.

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