‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 9 sur 669 · LA BATAILLE DE WATERLOO (D · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE WATERLOO (D

Ils ne sont plus, laissez en paix leur cendre :

Par d'injustes clameurs ces braves outragés A se justifier n'ont pas voulu descendre;

Mais un seul jour les a vengés :

Ils sont tous morts pour vous défendre.

Malheur à vous si vos yeux inhumains M'ont {>oinl de pleurs pour la patrie !

Sans force contre vos chagrins,

Contre le mal commun votre âme est aguerrie; Tremblez, la mort peut-être étend sur vous scs mains !

Que dis-je ? quel Français n'a répandu des larmes Sur nos défenseurs expirants?

Prêt à revoir les rois qu’il regretta vingt ans,

Quel vieillard n'a rougi du malheur de nos armes ? En pleurant ces guerriers par le deslio trahis ,

Quel vieillard n'a senti s'éveiller dans son âme Quelque reste assoupi de cette antique flamme Qui l’embrasait pour son pays?

Que de leçons , grand Dieu ! que d’horribles images ,

(1) C«tte M«uéniennc fui compose au mots de janvier 1816.

l/histoire d'un seul jour présente aux yeux tics roi**! Clio, sans que la plume échappe de ses doigts , Pourra-l-clle en tracer les pages?

Cachez-moi ces soldats sous le nombre accablés , Domptés par la fatigue , écrasés par la foudre ,

Ces membres palpitants dispersés sur la poudre ,

Ces cadavres amoncelés !

Éloignez de mes yeux ce monument fiincsic De la fureur des nations :

O mort! épargne ce qui reste!

Varus, rends-nous nos légions!

Les coursiers frappés d'cpouvanie ,

Les chefs cl les soldats épars,

Nos aigles et nos étendards Souillés d’une fange sanglante ,

Insultés par les léopards ,

Les blessés mourant sur les chars ,

Tout se presse sans ordre, et la foule incertaine.

Qui se tourmente en vains efforts,

S'agite, se heurte, se traîne.

Kl laisse apres soi dans la plaine Du sang , des débris et des morts.

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