LA BATAILLE DE WATERLOO (D
Ils ne sont plus, laissez en paix leur cendre :
Par d'injustes clameurs ces braves outragés A se justifier n'ont pas voulu descendre;
Mais un seul jour les a vengés :
Ils sont tous morts pour vous défendre.
Malheur à vous si vos yeux inhumains M'ont {>oinl de pleurs pour la patrie !
Sans force contre vos chagrins,
Contre le mal commun votre âme est aguerrie; Tremblez, la mort peut-être étend sur vous scs mains !
Que dis-je ? quel Français n'a répandu des larmes Sur nos défenseurs expirants?
Prêt à revoir les rois qu’il regretta vingt ans,
Quel vieillard n'a rougi du malheur de nos armes ? En pleurant ces guerriers par le deslio trahis ,
Quel vieillard n'a senti s'éveiller dans son âme Quelque reste assoupi de cette antique flamme Qui l’embrasait pour son pays?
Que de leçons , grand Dieu ! que d’horribles images ,
(1) C«tte M«uéniennc fui compose au mots de janvier 1816.
l/histoire d'un seul jour présente aux yeux tics roi**! Clio, sans que la plume échappe de ses doigts , Pourra-l-clle en tracer les pages?
Cachez-moi ces soldats sous le nombre accablés , Domptés par la fatigue , écrasés par la foudre ,
Ces membres palpitants dispersés sur la poudre ,
Ces cadavres amoncelés !
Éloignez de mes yeux ce monument fiincsic De la fureur des nations :
O mort! épargne ce qui reste!
Varus, rends-nous nos légions!
Les coursiers frappés d'cpouvanie ,
Les chefs cl les soldats épars,
Nos aigles et nos étendards Souillés d’une fange sanglante ,
Insultés par les léopards ,
Les blessés mourant sur les chars ,
Tout se presse sans ordre, et la foule incertaine.
Qui se tourmente en vains efforts,
S'agite, se heurte, se traîne.
Kl laisse apres soi dans la plaine Du sang , des débris et des morts.